Sentences ardentes

 

Théroigne  –  22.9.2019

 

 

Il s’agit aujourd’hui de vous parler d’un livre aui vient de sortir.

 

Qui n’a rêvé de flinguer, comme pipes sautillantes à la foire, quelques-uns de ces animaux, couronnés ou pas, qui se prennent pour des élites sous prétexte qu’ils se sont hissés, à coups de consultations populaires truquées (voire ignorées) jusqu’à l’endroit d’où on peut nourrir l’illusion d’exercer un pouvoir, alors qu’on n’est qu’une toute petite courroie de transmission de la machine à écraser les peuples ? Sans parler de ceux qui ne passent même pas par la case électorale, version corrigée à Bruxelles du « Jeu de l’Oie renouvelé des Grecs »…

Que fait-on, quand la situation est devenue si intolérable que l’envie vous démange d’arroser à la kalachnikov et qu’on ne veut pas risquer perpète en passant à l’acte ? Si on est écrivain, on se défoule en racontant ses fantasmes, en accumulant par écrit les cadavres d’excellences à portefeuille et en variant avec délectation les modus operandi, une grande partie de la joie que procure l’hécatombe – fût-elle de fiction – naissant de l’inventive diversité des façons d’occire.

Quelquefois, l’un ou l’autre de ces exaspérés accède ainsi au bienheureux orgasme.

Cette fois, c’est Liège, Cité Ardente (d’où le titre), qui sert d’écrin à une brochette roborative de meurtres politiques. En sus, l’auteur, le commissaire, les flics, la magistrature et les cadavres sont liégeois, ce n’est vraiment pas tous les jours que pareille conjonction se produit. Il est loin le temps où Simenon et Denoël, modestes rastignacs, s’en allaient à Paris chercher, à leurs talents, des débouchés qu’ils ne trouvaient pas chez eux, et bien de l’eau sale a coulé sous le Pont des Arches depuis le Pendu de Saint-Pholien.

L’auteur, Patrick Ledent, n’est pas allé aussi loin que ses illustres prédécesseurs : il s’est arrêté à la gare des Guillemins, où il a trimé assez longtemps pour la voir se transformer en la merveille pharaonique de Calatrava, dont il est aussi fier que s’il en était lui-même l’architecte. Stakhanoviste de la nouvelle – en un temps où nul ne lit plus, à fortiori des nouvelles – et auteur de deux ou trois romans fantastiques (on ne naît pas impunément au-dessus d’un temple ardennais de Mithra) encore inédits, le voilà qui se lance sur le tard dans le polar (mais est-ce bien un polar ?) et « sur le tard » est relatif, puisqu’il lui a fallu ramer guère loin de dix ans avant de tomber sur un de ces éditeurs suicidaires qui ont l’inconscience de publier des inconnus. Au point qu’arrivé au pied des presses, le « débutant » s’est senti obligé de tout réécrire. Généralement, ce repentir de peintre littéraire a pour résultat de démolir ce qui avait été plus ou moins réussi du premier coup. Heureusement, ce coup-ci, on y échappe (on le sait parce qu’on avait lu l’autre) et, si le style, la construction et la cohérence de la version corrigée sont en nette amélioration sur la première mouture, pour le reste, l’auteur a su sagement s’en tenir au nombre initial de cadavres – six – et aux causes de l’hécatombe, qui n’ont pas varié. Tout au plus, après fignolements, le cynisme et le désenchantement ont-ils progressé de quelques crans sur leur échelle de Richter, mais à qui la faute ?

 

 

Patrick LEDENT

Sentences ardentes

Noir Dessin Production

188 pages – 18 x 24 cm

15 €

 

Note de l’éditeur :

On n’aimait pas le premier, un député. Personne ne pleura son assassinat. On n’aimait pas davantage le deuxième, un autre député. Tué lui aussi. Quand un troisième rejoignit ses confrères, personne ne crut à un geste de solidarité : le milieu politique ne s’y prête guère. On comprit qu’un citoyen avait décidé de prendre le coq par la crête et d’assainir le Parlement wallon.

Note sur l’auteur :

Né à Nessonvaux (province de Liège) en 1960. Cheminot depuis 1980. Résident liégeois depuis 1985. Une quarantaine d’années à travailler sa plume lui donne l’occasion de rencontrer de nombreux succès d’estime à l’occasion de concours de nouvelles en Belgique et en France. En 2009, un premier recueil de nouvelles, Joli coup, paru aux éditions Calliopées permet à Patrick Ledent des rencontres littéraires. Autant d’occasions de côtoyer d’illustres confrères et de se rendre compte qu’il y a encore du boulot !

 

 

Pour l’histoire, sachez donc, chers internautes, que, d’entrée de jeu, un mystérieux assassin s’en prend à un élu haï de tous. Jusque-là, rien que de normal. Mais il s’avère assez vite qu’on a affaire à un « serial killer » et que ses assassinats sont ciblés et perpétrés d’une manière qu’on peut dire voyante. Exprès.

Le commissaire Bontemps – Antoine de son prénom – se voit, en fin de carrière, investi de la tâche ardue de trouver et de livrer à la justice un bienfaiteur public.

C’est peu dire que personne ne l’aide, quelle que soit la bonne volonté de ses deux jeunes subordonnés – Marc et Baptiste – clones de cette nouvelle génération de post-baby-boomers, dont les vêtures l’affligent et dont le recours systématique à tout ce qui est binaire le désole. Côté femelles, la petite stagiaire Alexandra s’efforce de ne pas faire mentir les statistiques selon lesquelles les filles – et celles issues de l’immigration principalement –  ont en tout tendance à dépasser aujourd’hui les mâles. Ce n’est pas sa faute si elle se plante : c’est que l’assassin est, dans son domaine, un surdoué.

Ajoutez à cela un placide chef de corps nommé Luc Caruba « pris en étau entre son caractère plutôt affable et les exigences de sa direction », un procureur sur les dents et un juge aussi timoré qu’aux abois, qui veut bien signer tous les mandants qu’on veut, mais « Vous comprenez, Caruba, il nous faut du solide, la propriété privée, ça se respecte, en démocratie. Je joue ma réputation là-dessus, vous n’allez pas me mettre dans l’embarras, n’est-ce pas ? » et patati et patata. Et, donc, paf : entrée en scène de la brigade d’intervention, réquisitionnée par ledit juge, histoire de faire dans la dentelle et d’opérer une arrestation en douceur : « boules en brosse à dents, nez plats de trop de castagnes, biceps gonflés aux élastiques et carrures taillées dans la masse au symposium de Comblain-au-Pont ». Oh, il n’y a pas que le personnel politique à se faire tirer en sautillantes pipes. Et qui dit brigade d’intervention (anti-islamiste cela va de soi) dit, tôt ou tard, l’Armée. Car qui peut le moins peut le plus.

Après le troisième meurtre – ou doit-on dire exécution ? – le ministre de l’Intérieur et la ministre de la Justice pointent leur nez, que la dame, dite « la maîtresse du palais Poelaert » a pointu. (Le palais Poelaert est à Bruxelles ce que le Sacré Cœur est à Paris, à la différence qu’il est de Justice et non d’Église.) Mais quand Diane Larbran, exemplaire et estimée conseillère générale des Ardennes (françaises) se fait à son tour estourbir par un serial killer, quoiqu’un autre, d’ailleurs immédiatement arrêté et en aveux, le chaos s’installe comme si Brzezinski, Bolton et Pompeo s’en occupaient eux-mêmes. Entre alors en scène Claude Maturin, commissaire de police de Charleville-Mézières et vieux pote de Caruba… (voir notre seconde pincée de bonnes feuilles). La suite non pas à l’écran mais sur le papier.

 

 

 

 

 

 

 

« Est-ce bien un polar ? » avons-nous dit, ou est-ce un « roman », point barre ? Certes, sept cadavres et des flics, dont deux commissaires, il faut l’admettre, c’est du roman policier. Mais le style, car il y en a un, mais l’allure autobiographique des « ombres » du commissaire « éternel découragé », de son goût pour les échecs et l’arithmétique, de son faible pour la bonne chère et les vins qui se laissent boire, sans parler de la marche à pied, mais aussi de ses dégoûts, voire de ses répugnances… tout cela ressemble quand même un peu au faux narcissisme des écrivains lyriques tels que les a définis Louis-Ferdinand Céline. Ce qu’ils écrivent, alors, a toujours un peu l’air d’une Comédie humaine, la différence entre eux étant justement dans le style et dans le plus ou moins grand degré de violence que leur inspire la force des choses. Or, de la violence réelle, il y en a, car si le commissaire Bontemps est le frère siamois de son auteur, l’assassin l’est un aussi : l’âpreté presque tragique de sa véhémence, au chapitre XVI, ne permet pas d’en douter.

Mais n’avons-nous pas dit, ailleurs, en son temps, que toute l’histoire du XXe-XXIe siècle passera par le polar, dont la variété est infinie ? Alors, à quoi sert de pinailler ? Sentences ardentes est à la fois un roman policier et un de ces romans tout court qui brossent, au niveau d’une province ou d’un  pays, le fidèle tableau d’une époque, en même temps qu’ils témoignent de la sensibilité personnelle du peintre.

Le mieux, pour que vous sachiez à quoi et à qui vous avez affaire, était encore de vous proposer des extraits (deux) en guise de bonnes feuilles. Les voilà :

 

Extrait I – Chapitre II

URL de cet article : http://blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr/index.php/bonnes-feuilles-extrait-1/

 

Extrait II – Chapitre VIII

URL de cet article : http://blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr/index.php/bonnes-feuilles-extrait-ii/

 

 

 

 

 

 

Histoire de donner un coup de main à l’éditeur téméraire…

Points de vente à Liège

Librairie du Baty à Beyne Heusay

Librairie L’Oiseau lire à Visé

Librairie Hesbignonne à Hannut

Fnac Liège (en date du 9,08,2019)

Carrefour : Flémalle, Boncelles, Ans, Herstal et Fléron

Ava Liège

Carrefour Market Bois de Breux et Barchon

Press Shop Régence Liège

Cora Rocourt

Espace 3D Chaudfontaine

Papeteries CLUB de la région liégeoise

Trésors des saveurs à Aywaille

Roka à Aywaille

Librairie P’tit Vatel à Blegny

Librairie de Tilff à … Tilff

Librairie Youyou à Saint-Nicolas

Libraire Titi à Romsée

Librairie RP en Outre Meuse

La Commanderie à Liège (rue de la Boucherie)

Librairie Nathalie à Saint-Nicolas

Librairie de Fléron à … Fléron

Librairie Richelieu à Liège

Li botike di Lîdje… à Lîdje.

Et, on le suppose, chez Noir Dessin : http://www.noirdessin.be/

 

 

 

 

 

 

En lieu et place du Goncourt, du Renaudot ou du siège d’académicien qu’ils n’auront jamais, Les Grosses Orchades se font une joie d’offrir à Patrick Ledent (qui saura pourquoi) et à Anatole Atlas ci-dessous (qui aura vite compris aussi), un vrai Prix Nobel de littérature (par erreur, assurément) dans une œuvre où il s’accorde l’inestimable plaisir de flinguer un de ses hommes politiques les plus joyeusement exécrés. Reconnaissons-le : l’Italie a cette supériorité sur les autres pays que, colonisée jusqu’au trognon au point de pouvoir sembler belge, elle réussit néanmoins à donner sans désemparer au monde, comme elle le fait depuis de siècles, des artistes incomparables, en pleine décadence du continent. Rien que sur ce seul sujet – Il cavaliere – il y a déjà eu, au cinéma, le superbe Loro de Paolo Sorrentino (dont il fut question ici récemment) et le seul de ses films dont Nanni Moretti ne soit pas le sujet, Il caimano. Bien sûr, c’est la Commedia dell’Arte que privilégie, en improvisant sur le thème, un Dario Fo octogénaire – quarante minutes seul en scène sans une gorgée d’eau – par la grâce de qui tout y passe, la genèse d’Ubu, Jarry et ses féaux, les Bergamasques (accent du terroir) racistes anti-Napolitains, les Français du Midi « avé l’assent » mais en italien, etc. etc.

Saluez, c’est du génie !

 

 

UBU la vera storia di Berlusconi

Di DARIO FO

 

[Ce n’est pas sous-titré ni sous-titrable. Apprenez les langues, bordel !]

 

 

 

 

 

 

 

Puisqu’on parlait d’éditeurs :

 

 

Acheter un livre comme un chat dans un sac ?

Oui, à Rome.

 

 

On en profite pour signaler aux italianophones l’initiative plus qu’intéressante de l’éditeur ARDUINO SACCO, de Rome, qui non seulement publie beaucoup d’auteurs inconnus ou dédaignés par les éditeurs dominants, mais qui en assure en outre la promotion et la vente en ligne.

Son originalité est qu’il a également imaginé la vente de livres « à la surprise » : le lecteur curieux désigne une des tranches de prix qui lui sont proposées et reçoit le nombre de livres qu’il souhaite, publiés dans cette tranche, dont il découvre les titres à réception.

 

 

 

 

On ne saurait trop louer une idée aussi inhabituelle, dont l’ambition est de faire échapper aussi bien les lecteurs que les auteurs à la censure très efficace que constitue le pouvoir incontesté mais pas incontestable de l’édition-diffusion mainstream.

 

ARDUINO SACCO EDITORE

www.arduinosaccoeditore.com

Catalogo

https://www.arduinosaccoeditore.com/catalogo/

 

 

 

 

 

 

 

Retournons chez les (vrais) écrivains belges :

 

 

ULENSPIEGEL

La septième identité

 

Anatole Atlas – spherisme.be – 19.9.2019

 

 

« La littérature authentique est prométhéenne » profère Georges Bataille dans La Littérature et le Mal. Nul n’est plus apte à traduire le message de Prométhée que son frère Atlas. Quelle autre ambition que d’assumer ses liens fraternels avec un lointain passé, pour fraterniser avec la postérité ? C’est sous l’effigie du titan qui déroba le feu sacré aux dieux pour l’offrir à l’humanité, que j’ai rencontré Richard Miller voici quatre décennies…

Lors de sa carrière politique ultérieure, jamais je n’ai cru que les fards de la social-démocratie libérale avaient estompé son fond de teint marxiste. Il me faut ici le remercier d’avoir accordé crédit à mes écritures, même si je ne crois guère qu’il ait jamais voulu concrétiser le projet, lorsqu’il était ministre, d’inviter en Belgique mon autre frère Patrick Chamoiseau…

 

 

 

 Lire la suite…

 

URL de cet article : http://blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr/index.php/la-septieme-identite/

Source :  spherisme.be

 

 

 

 

 

 

 

Mis en ligne le   septembre 2019

 

 

 

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