{"id":16939,"date":"2022-02-03T00:14:31","date_gmt":"2022-02-02T23:14:31","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/?page_id=16939"},"modified":"2022-02-03T01:07:48","modified_gmt":"2022-02-03T00:07:48","slug":"le-troisieme-hemisphere","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/le-troisieme-hemisphere\/","title":{"rendered":"Le troisi\u00e8me h\u00e9misph\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/le-troisieme-hemisphere\/000-lyre-harp-rouge-gif-2\/\" rel=\"attachment wp-att-16940\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-16940\" src=\"http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/000.-lyre-harp-rouge-GIF-1.gif\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"112\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 36pt; color: #ff0000;\"><strong><em>Le Troisi\u00e8me H\u00e9misph\u00e8re<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Je te vois effondr\u00e9 sur une plage maghr\u00e9bine et tu me vois te voir,<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">m\u00eame si je suis hors de port\u00e9e de ton regard, tout au fond de la mer\u00a0;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">mais la voyance de ce double p\u00e8lerinage pulv\u00e9rise le miroir,<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">pour te faire acc\u00e9der au Troisi\u00e8me H\u00e9misph\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Seul au bord du d\u00e9sert face au rouleau des vagues. Tiens, les mouettes ont l\u2019air de me faire signe. Curieuse, l\u2019impression d\u2019\u00eatre observ\u00e9 par une voix de l\u2019oc\u00e9an. J\u2019aime cette illusion. Par-dessus ma pr\u00e9sence, elles adressent un message \u00e0 celui qui me parle. Et le peuple des ailes se met \u00e0 affluer venu je ne sais d\u2019o\u00f9. De toutes les directions, par lots de cent et mille, ces vols plan\u00e9s convergent attir\u00e9s par l\u2019appel dont je sais n\u2019\u00eatre pas la v\u00e9ritable source. On dirait un colloque de tous les volatiles peuplant cette lisi\u00e8re, auquel sont invit\u00e9es les ailes de l\u2019autre rive, si j\u2019en crois le ciel sombre envahi de nu\u00e9es survolant l\u2019oc\u00e9an.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Tous les oiseaux de mer se dirigent en effet vers un m\u00eame objectif.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Tu sais que ces bestioles observent en g\u00e9n\u00e9ral une prudente distance,<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">disant combien l\u2019humain leur est \u00e9pouvantail bien plus que les r\u00e9cifs.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Mais ici leur boussole est guid\u00e9e par l\u2019aimance.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Depuis combien de temps cette errance malade vers le sud marocain\u00a0? Nez gorg\u00e9 de microbes y ayant fait leur nid depuis les deux vaccins. Quelle secr\u00e8te peste infiltr\u00e9e dans le sang, quelle forme sournoise de la vieille guerre des classes\u00a0? Exote \u00e0 tout jamais, je m\u2019en remets \u00e0 la mantique des oiseaux. Captant comme il se doit les voix de l\u2019au-del\u00e0, je crois bien reconna\u00eetre celle surgie des flots, qui m\u2019encourage \u00e0 ne jamais abandonner le combat mill\u00e9naire des peuples de l\u2019ab\u00eeme. Ainsi me suis-je encore laiss\u00e9 porter par la folie du vagabond. Il faudrait plut\u00f4t dire de l\u2019oiseau migrabond. Car ce sont des migrants, bip\u00e8des au ras du sol, que par colonnes enti\u00e8res traversant le d\u00e9sert depuis l\u2019Afrique noire, au prix de sacrifices incluant d\u2019avoir pour exclusif abreuvoir la pisse des chameaux\u00a0: chevaliers va-nu-pieds d\u2019une \u00e9quip\u00e9e mortelle fuyant mis\u00e8res et guerres, citoyens sans papiers d\u2019une nation sans nom, que l\u2019on croise en ces sables \u00e9cras\u00e9s de soleil.<\/em><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">N\u2019en rajoute pas trop dans l\u2019effet de pathos avec tes longues phrases\u00a0!<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Qui crois-tu que cela puisse encore toucher aux provinces belgiques\u00a0?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Les rares qui te liront par piti\u00e9 moqueront cette archa\u00efque emphase,<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">dont m\u00eame les cur\u00e9s ne sont plus nostalgiques.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>J\u2019ai reconnu le trait d\u2019ironie de celui qu\u2019en mon pays depuis plus de vingt ans j\u2019ai eu le plaisir et l\u2019honneur d\u2019appeler le Totem. Comme lui se plaisait, par-del\u00e0 maint discord (comment dire ceci sans sanglots de remords\u00a0?) avec cette \u00e9l\u00e9gance du parfait gentleman, jamais pris en d\u00e9faut d\u2019alti\u00e8re noblesse, \u00e0 me nommer Tabou. C\u2019est donc toi qui me parles au fond de l\u2019oc\u00e9an\u00a0? Je ne suis pas certain de m\u00e9riter un tel bonheur dans l\u2019horrible d\u00e9tresse o\u00f9 m\u2019ont plong\u00e9 les affres de ce trip. M\u00eame il y a trente ans, pour \u00e9crire ce cahier d\u2019un voyage de retour en mon pays natal, sur les rives du fleuve quand finissait le r\u00e8gne de Papa Mar\u00e9chal\u00a0; et que sans le secours des puissances invisibles, jamais je n\u2019aurais d\u00fb revoir la chevelure de ma blonde amazone\u00a0; braver mille interdits face \u00e0 ces officiers de la S\u00e9curit\u00e9 me fut un jeu d\u2019enfant, s\u2019il faut le comparer aux terreurs actuelles r\u00e9gnant sur les rapports entre le monde riche et celui qu\u2019il voudrait r\u00e9duire au n\u00e9ant. Chaque jour me remontent \u00e0 la gorge les vers \u00e9crits par Aragon\u00a0: \u00ab\u00a0<\/em>L\u2019enfer existe il est le sort du plus grand nombre L\u2019enfer existe il est ce paysage fou La r\u00e9signation des visages \u00e0 l\u2019ombre L\u2019espoir tenu pour crime et la vie \u00e0 genoux\u00a0<em>\u00bb. Pas moyen de mieux dire. Et c\u2019est ici M\u2019sieurs-Dames, passionn\u00e9s par Zemmour et l\u2019islamo-gauchisme, qui depuis l\u2019opulent \u00e9den europ\u00e9en ne voulez rien savoir de l\u2019enfer africain, dans l\u2019infini d\u00e9sert o\u00f9 pour vous Maures et mort sont m\u00eames signifiants, c\u2019est ici que s\u2019\u00e9tend l\u2019espace du purgatoire. Comment n\u2019y \u00eatre pas h\u00e9l\u00e9 par le Totem \u2013 \u00a0<\/em>go-between<em> entre tous\u00a0?<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">J\u2019ai suivi ton parcours port\u00e9 sur les \u00e9paules d\u2019un autre que toi-m\u00eame,<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">si ce n\u2019est le contraire et que te doit son \u00e2me ton vieil alter ego\u00a0;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">tous deux vous m\u00e9ritiez le ch\u00e2timent d\u2019exil pour crime de blasph\u00e8me\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">en damnation vous \u00eates parfaitement \u00e9gaux.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Peut-\u00eatre est-ce un d\u00e9lire\u00a0? Il n\u2019y a que la mer, et le vol des mouettes. On dirait qu\u2019elles approchent pour venir se poser en un cercle parfait. Comme si quelque logique obscure donnait sens \u00e0 cette convergence.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Allong\u00e9 je me l\u00e8ve et leur cercle s\u2019\u00e9carte pour offrir un passage. Vers le bord du rivage, en direction des vagues o\u00f9 miroite un feu blanc de lumi\u00e8re dansante\u00a0: la voix venait de l\u00e0. Se m\u00ealant \u00e0 l\u2019\u00e9cume le cort\u00e8ge des ailes m\u2019escorte avec brio, comme si chaque mouette avait un don g\u00e9nial pour la figuration. Je sens que le moment n\u2019est pas encore venu de plonger sous les eaux. D\u2019ordinaire j\u2019aurais d\u00e9j\u00e0 nag\u00e9 mon saoul pour chasser les microbes qui m\u2019infectent le nez, mais une intuition dicte l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 des ordres inconnus. Car il est peu banal de se trouver ici, seul sur un littoral perdu dans le d\u00e9sert, tr\u00e8s loin de toute vie. Pourrais-je n\u2019\u00eatre pas \u00e0 hauteur des enjeux de cette mise en sc\u00e8ne et forfaire \u00e0 l\u2019honneur ? Tabou r\u00e9pondra donc \u00e0 l\u2019appel du Totem\u00a0! <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">J\u2019ai parl\u00e9 de blasph\u00e8me sans que tu t\u2019en offusques et je te f\u00e9licite.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">L\u2019heure sonne en ce lieu charg\u00e9 d\u2019ondes sacr\u00e9es, de livrer un message<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">qui pulv\u00e9risera les ondes mal\u00e9fiques seules encore licites,<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">par la source d\u2019eau pure jaillie d\u2019un t\u00e9moignage.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Il me faut retourner, comme un cambrioleur, tous les tiroirs bris\u00e9s de ma vieille m\u00e9moire. Pourrais-je retrouver la raison d\u2019\u00eatre ici\u00a0? J\u2019ai bien pris l\u2019autocar, vingt-quatre heures de bitume, jusqu\u2019\u00e0 cette queue de terre p\u00e9n\u00e9trant en la mer que l\u2019on nomme Dakhla. Fronti\u00e8re entre les mondes. Mais pour quoi donc y faire\u00a0? Sur une \u00e9ternit\u00e9 de route o\u00f9 ne se voit pas trace de sable blond, mais plut\u00f4t la caillasse h\u00e9riss\u00e9e d\u2019\u00e9pineux, sous un ciel sans couleur o\u00f9 le soleil lui-m\u00eame ressemble \u00e0 un cadavre, jamais tu n\u2019as connu pareille situation, sans le moindre rapport entre ce que l\u2019on per\u00e7oit et ce qui se con\u00e7oit. L\u2019\u00e9tendue de non-sens d\u00e9passe donc ici toute capacit\u00e9 des sens. En m\u00eame temps tu ressens (quelle atroce ironie), dans ces amas de pierres dispos\u00e9es par moments comme avec intention, quelque chose d\u2019humain si ce n\u2019est de divin. Souvent cela ressemble \u00e0 des tas de gravats, tels qu\u2019on en voit partout dans les abords urbains. Pierrailles de chantiers, m\u00e9chants parkings cendr\u00e9s, poussi\u00e8re d\u2019un terrain vague, terril horizontal, mais \u00e0 perte de vue, dans toutes les directions. C\u2019est alors qu\u2019au lointain de ce crassier sans nom, l\u2019eau jaillit du d\u00e9sert. Tout \u00e0 coup l\u2019oc\u00e9an se pointe \u00e0 l\u2019horizon. Comme un couple brouill\u00e9, qui se tirait la gueule et de nouveau copule, il bondit vers la route, sa fid\u00e8le compagne, et les voil\u00e0 bras d\u2019sus bras d\u2019sous recommen\u00e7ant leur histoire parall\u00e8le. Sublime plage vide, par centaines de milles jusqu\u2019au lieu-dit Dakhla\u00a0!<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Anachor\u00e8te est l\u2019un des titres dont se pare ton h\u00e9ros litt\u00e9raire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Si l\u2019Egypte archa\u00efque et la Rome imp\u00e9riale ont vu de ces ermites<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">exil\u00e9s au d\u00e9sert, nourrir de l\u2019infini leurs transes visionnaires,<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">puisses-tu les rejoindre en la grandeur du mythe\u00a0!<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Je suis pris d\u2019un vertige de bonheur tel que mes narines infect\u00e9es s\u2019en trouvent d\u00e9bouch\u00e9es. Les mouettes alentour applaudissent des ailes en me voyant signer tacitement le pacte avec la voix qui me guide sur le chemin d\u2019une fable h\u00e9ro\u00efque. Hors les murs de l\u2019Empire se captent les messages reliant au cosmos et ouvrant sur des liens nouveaux dans la cit\u00e9. Les cartes de l\u2019esprit sont \u00e0 redessiner dans d\u2019autres dimensions. Le monde est diff\u00e9rent de ce qu\u2019il para\u00eet \u00eatre selon le sens commun. La caste poss\u00e9dant les richesses du globe, aid\u00e9e d\u2019une valetaille bien pay\u00e9e pour sa t\u00e2che, a mis en r\u00e9clusion, par des moyens techniques, l\u2019immense troupeau de dupes qu\u2019est la plus grande part de l\u2019esp\u00e8ce dite humaine. Ce qui d\u2019apr\u00e8s leurs codes se nomme d\u00e9mocratie. Mais dans les soubassements de cette pyramide g\u00eet un peuple sans nom\u00a0: celui constitu\u00e9 par l\u2019immense nation ployant sous le fouet de la mis\u00e8re extr\u00eame. Celle dont les flots s\u2019\u00e9coulent d\u2019Afrique vers l\u2019Europe, et qui stagne en d\u00e9tresse dans un lieu comme Dakhla. Celui qui fuit l\u2019Empire aux vapeurs m\u00e9phitiques pour s\u2019en venir ici, renouant au sens propre avec la tradition des vieux anachor\u00e8tes, se voit donc tiraill\u00e9 par ses contradictions. La seule issue possible sera d\u2019en t\u00e9moigner. Mission que seul pouvait confier le Totem, car elle touche au Tabou principal de l\u2019Empire. L\u2019unique th\u00e8me politique, en ses murs barbel\u00e9s de haine et de terreur contre l\u2019engeance n\u00e8gre, n\u2019est-il pas d\u2019emp\u00eacher l\u2019acc\u00e8s du territoire \u00e0 ces hordes barbares\u00a0? Or tous ceux qui franchissent la barri\u00e8re de sable, ont un m\u00eame savoir quant aux complicit\u00e9s de leurs Etats fantoches aux gages de l\u2019Europe, avec les djihadismes financ\u00e9s et arm\u00e9s par les gangs alli\u00e9s d\u2019Arabie saoudite. Le crime organis\u00e9 est donc \u00e0 la man\u0153uvre dans l\u2019explosion des bombes \u00e0 Bruxelles et Paris comme par le Sahel\u00a0; sans compter les d\u00e9g\u00e2ts des bombes financi\u00e8res. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Te voici bien plac\u00e9 pour observer ce monde gouvern\u00e9 par des bulles.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Dans quelques jours sera le moment de f\u00eater un double anniversaire\u00a0;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">puisse un quadruple cri ce soir-l\u00e0 d\u00e9clencher l\u2019\u00e9veil des somnambules,<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">telle une fl\u00e8che astrale au c\u0153ur de l\u2019adversaire.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Bain de sang gigantesque me para\u00eet l\u2019oc\u00e9an jusques \u00e0 l\u2019horizon. Cette boule de feu noie l\u2019espace liquide, qui vibre d\u2019une voix jeune et vieille \u00e0 la fois. Comment n\u2019ob\u00e9ir pas\u00a0? Je me suis souvenu de la date fatale \u00e9crite sur ce carnet qu\u2019on nomme passeport\u00a0; le jour de ma naissance, par un heureux mektoub, je le partage avec ma ch\u00e8re s\u0153ur Claudia \u2013 l\u2019\u00e9pouse du Totem. Qui d\u2019entre les deux moi, pr\u00e9sents sur cette plage, peut-il pr\u00e9tendre \u00e0 ces papiers d\u2019identit\u00e9\u00a0? L\u2019un des deux restera pour \u00e9couter la voix, se gorger de soleil et se confondre \u00e0 l\u2019onde, sous les cris amicaux des oiseaux de la mer\u00a0; l\u2019autre se tapera la poussi\u00e8re de Dakhla, pour trouver une table o\u00f9 festoyer le soir de cet anniversaire. L\u2019un de nous fait alors \u00e0 l\u2019autre ses adieux (je jure ne savoir qui) pour aller c\u00e9l\u00e9brer 70 ans au compteur dans cette p\u00e9ninsule. Mais le v\u0153u du Totem portait sur quatre cris lanceurs d\u2019une fl\u00e8che astrale. Nous ferons cause commune, l\u2019alter ego et moi, cependant qu\u2019en Belgique, \u00a0Mich\u00e8le (gr\u00e2ce \u00e0 qui je suis encore au monde) invitera Claudia dans notre chaumi\u00e8re, non sans que l\u2019accompagne ce vieux fr\u00e8re d\u2019Eytan de passage \u00e0 Bruxelles, alors qu\u2019en temps normal il s\u00e9journe \u00e0 Cuba. Mon fr\u00e8re de sang G\u00e9rard, et sa compagne Uta (native du royaume aussi pourri qu\u2019un autre o\u00f9 se trouve Elseneur, la demeure d\u2019Hamlet) seront de la partie. Quant au royaume des ombres, ne regorge-t-il pas d\u2019experts en l\u2019art d\u2019\u00e9crire au moyen de lumi\u00e8re\u00a0? Une <\/em>photographie<em> (c\u2019est le sens de ce mot) serait la bienvenue ce soir-l\u00e0, cher Totem\u00a0!<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Je ne serai pas seul \u00e0 vous prendre en photo pour la post\u00e9rit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">F\u00eater septantenaire exige de convoquer tout un ab\u00e9c\u00e9daire<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">d\u2019amis de l\u2019au-del\u00e0. Me comptant parmi eux, seront donc invit\u00e9s\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Aragon, Bianciotti, C\u00e9saire, De Decker.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>L\u2019\u00e9nonc\u00e9 de ces noms, qui depuis des ann\u00e9es myst\u00e9rieusement veillent sur mon destin, pour la raison qu\u2019un jour j\u2019ai crois\u00e9 leur chemin, me transporte \u00e0 l\u2019instar d\u2019une mouette vers le port surpeupl\u00e9 de Dakhla. La plupart des quartiers ravag\u00e9s de mis\u00e8re sont chantiers en ruines, m\u00eame si le port de p\u00eache assure prosp\u00e9rit\u00e9, vu les h\u00f4tels de luxe et bagnoles 4X4 \u00e0 l\u2019allure de chars. Ceux-ci n\u2019ont pourtant pas d\u2019armes pour disperser les foules agglutin\u00e9es aux trottoirs des caf\u00e9s (o\u00f9 des \u00e9crans g\u00e9ants diffusent \u00e0 toute heure des matches de football), quand leurs cris font trembler les b\u00e2timents v\u00e9tustes aux goals de l\u2019Alg\u00e9rie.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Mais plusieurs bataillons de policiers casqu\u00e9s sont pr\u00eats \u00e0 matraquer sur la place du march\u00e9. La question est sensible en terre sahraouie, et je ne m\u2019avise pas de donner un avis, tant il para\u00eet certain qu\u2019\u00e9meutes et r\u00e9bellions contre l\u2019Etat central \u2013 comme il arrive ailleurs, dans tout le monde arabe \u2013 font l\u2019objet d\u2019occultes et sournoises manipulations. Nulle part comme ici (goulet d\u2019\u00e9tranglement sans phrases pour le dire entre l\u2019\u00e9den du Nord et la g\u00e9henne du Sud) ne s\u2019\u00e9prouve le malaise de vivre un purgatoire d\u00e9pourvu de l\u2019issue r\u00eav\u00e9e par Dante en sa <\/em>Divine Com\u00e9die<em>. Mon infection nasale redouble en virulence face au sort que subit le <\/em>Principe Esp\u00e9rance<em>. Aux carrefours, des femmes en boubous loqueteux font la manche entour\u00e9es d\u2019une hagarde marmaille, b\u00e9b\u00e9s \u00e0 la mamelle. Sur les trottoirs s\u2019\u00e9talent amas de bibelots, faux parfums et bijoux, fausses marques, f\u00e9tiches dor\u00e9s narguant la pacotille locale. De ruelles en march\u00e9s, l\u2019indolence fataliste ob\u00e9it aux smartphones. Car tous ont leurs \u00e9crans de poche : ne sont-ils pas ambassadeurs\u00a0 d\u2019Afrique ? Des villages entiers cotis\u00e8rent pour payer ce passage vers l\u2019Europe. Divinit\u00e9s supr\u00eames sont les t\u00e9l\u00e9phones portables en un resto tenu par des S\u00e9n\u00e9galais, qui m\u2019accueille le soir de ce septantenaire. <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">La t\u00eate sous les sables en son mental d\u00e9sert, l\u2019Europe fait l\u2019autruche.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Cette r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9filant sous tes yeux n\u2019a pas droit d\u2019existence\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">tristes \u00e9pouvantails gonflant de gaz toxique le verbe des baudruches.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Dans la perversion de toute r\u00e9sistance.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Proth\u00e8ses \u00e9lectroniques sur les tables en plastic, au mur \u00e9cran plasma branch\u00e9 sur une s\u00e9rie sous-titr\u00e9e en wolof, les convives n\u2019ont d\u2019yeux que pour tous ces mirages. Cr\u00e2nes lyophilis\u00e9s par la tour Panoptic mieux que par Fran\u00e7afrique. Un seul but\u00a0: sacrifier au dieu Kapitotal. Plus \u00e9tranger leur est que les stars du foot belge, le nom d\u2019un \u00e9crivain de chez eux, prix Goncourt\u00a0: Mohammed Mbougar Sarr. J\u2019essaie d\u2019en parler. Seul \u00e9cho, la t\u00e9l\u00e9. Qu\u2019y a-t-il \u00e0 manger\u00a0? Deux mixtures de riz, l\u2019un sauc\u00e9 de poisson et l\u2019autre de caprin. Je commande les deux\u00a0: \u00e0 ma sant\u00e9 et celle de mon alter ego. Mais la photographie promise par le Totem\u00a0? A cet instant l\u2019\u00e9cran clignote, leurs t\u00e9l\u00e9phones s\u2019\u00e9teignent et le feuilleton stupide montre une image\u00a0: celle de ce boui-boui. Sorcellerie\u00a0! crie-t-on. Mais pas du tout, leur dis-je, \u00e9coutez plut\u00f4t. La voix qui retentit prononce\u00a0: \u00ab\u00a0<\/em>Et je m\u2019accuse d\u2019avoir ri de No\u00e9 mon p\u00e8re nu mon p\u00e8re ivre\u00a0<em>\u00bb. C\u2019\u00e9tait C\u00e9saire\u00a0: mon cadeau d\u2019anniversaire.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Nom de tous inconnu\u00a0! Pour sa plus grande part, l\u2019Afrique ignore C\u00e9saire sur ordre de C\u00e9sar. Celui-ci garantit libert\u00e9 d\u2019esclavage dans son empire d\u2019images, en \u00e9change d\u2019un pouvoir absolu sur les \u00e2mes au march\u00e9 des regards. La phrase prononc\u00e9e fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Cham, fils maudit de No\u00e9. Qu\u2019ils oublient d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 reprend le feuilleton. S\u2019il faut les \u00e9couter, c\u2019est pour ou\u00efr comment leurs essais de franchir les colonnes d\u2019Hercule, \u00e9chouent face aux d\u00e9fenses du bunker \u00e9toil\u00e9. N\u2019ayant pas acc\u00e9d\u00e9 aux cieux europ\u00e9ens, ramass\u00e9s dans des rafles et fourr\u00e9s dans des bus, ils retrouvent le sinistre entonnoir de Dakhla. \u00a0\u00a0Dans un monde o\u00f9 les p\u00f4les sont tenus s\u00e9par\u00e9s, l\u2019humanit\u00e9 scind\u00e9e entre \u00e9lus et damn\u00e9s \u2013 plus de m\u00e9diation reliant ciel et terre \u2013, Atlas peut-il encore sans honte porter son nom\u00a0? Ce qui le terrifie dans la s\u00e9gr\u00e9gation des races oppos\u00e9es, c\u2019est la bonne conscience du monde civilis\u00e9. L\u2019<\/em>\u00dcbermensch<em> nietzsch\u00e9en y reprend du service, diff\u00e9rent de l\u2019esclave ontologiquement. L\u2019<\/em>Untermensch<em> est contraint d\u2019accepter ce sch\u00e9ma (winners contre losers), d\u00e8s lors qu\u2019est abolie cette vision de l\u2019histoire ayant jadis eu nom pens\u00e9e dialectique. Ce qui avait produit le nazisme en r\u00e9ponse \u00e0 une crise ant\u00e9rieure, entra\u00eene les rouages de ce m\u00eame syst\u00e8me vers une catamorphose d\u2019encore plus vaste ampleur.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">F\u00eater tes septante ans n\u2019est pas une raison pour tenir le crachoir<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">et saouler ces migrants de propos radicaux qui les culpabilisent.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Mets-toi donc \u00e0 leur place\u00a0: essaie de sentir l\u2019amertume de choir<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">au sous-sol des \u00e9tages o\u00f9 paradent ceux qui lisent.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Cette amicale critique, d\u2019autant plus vive qu\u2019elle provient d\u2019un d\u00e9funt, me fait voir d\u2019un autre \u0153il les gens de ce resto. Pour la plupart sur les chemins de leur exil depuis bien des ann\u00e9es. Qui suis-je pour juger leur niveau litt\u00e9raire, et condamner chez eux l\u2019ignorance de C\u00e9saire\u00a0? Le Totem a raison. Toute r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9pend du point de vue qu\u2019on adopte sur elle. Et r\u00e9agit selon l\u2019\u0153il de l\u2019observateur. Ce qui doit entra\u00eener la r\u00e9futation de toute vision fig\u00e9e par un regard unique. Merci pour la le\u00e7on, donn\u00e9e par un expert en l\u2019art d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois ici et d\u2019l\u2019aut\u2019c\u00f4t\u00e9. Toujours dans l\u2019ici-bas, m\u00eame depuis l\u2019au-del\u00e0. Ce qui me fait penser \u00e0 cet alter ego, laiss\u00e9 sur une plage au milieu des mouettes. Est-ce pour ce rappel que Jacques m\u2019a taquin\u00e9\u00a0? Nous avons au programme (tiens\u00a0! serait-ce un hasard\u00a0?) \u00e0 examiner son point de vue sur tout \u00e7a. Pour me faire pardonner, j\u2019offre \u00e0 la r\u00e9galade une tourn\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale\u00a0!<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">L\u2019esprit plonge et bondit des ab\u00eemes aux cimes avec un seul outil\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">cette parole ail\u00e9e dont \u00e0 se croire ma\u00eetre un peuple se d\u00e9cime\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">celui des \u00e2mes ayant censur\u00e9 les messages de notre \u00eele engloutie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">L\u2019esprit plonge et bondit des ab\u00eemes aux cimes.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Boisson s\u00e9n\u00e9galaise, le bisab coule \u00e0 flots, suave d\u00e9coction de feuilles d\u2019hibiscus. D\u2019o\u00f9 est sortie la voix\u00a0? Les convives du lieu (que celle de C\u00e9saire avait interloqu\u00e9s) n\u2019ont pas d\u2019inqui\u00e9tude. La parole ail\u00e9e a de quoi r\u00e9jouir. N\u2019ai-je pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9 mes liens d\u2019amiti\u00e9 avec Mamiwata\u00a0? J\u2019ajoute qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un banquet tot\u00e9mique. L\u2019explication suffit. Les paroles se lient quand les langues se d\u00e9lient. L\u2019un d\u2019entre aux a d\u00e9j\u00e0 fait maint aller-retour de Tanger \u00e0 Dakhla. Il semble leur a\u00een\u00e9. Quelle somme d\u2019exp\u00e9riences, enfouies dessous la braise de malheurs en s\u00e9rie soudain reprenant flamme, le font-elles parler\u00a0? Je n\u2019en crois pas mes yeux, non plus que mes oreilles, en le voyant bondir sur une table en plastic et lancer un grand cri\u00a0: guerre \u00e0 l\u2019intelligence\u00a0! Autour de lui s\u2019impose un silence pareil \u00e0 celui qu\u2019au spectacle exigent les acteurs. Le voil\u00e0 qui remonte son froc jusqu\u2019au visage et bombe l\u2019abdomen en prenant une pose d\u2019\u00e9vidence grotesque, pour mettre l\u2019auditoire dans un bain th\u00e9\u00e2tral propice \u00e0 l\u2019envol\u00e9e d\u2019une parole inspir\u00e9e. <\/em>Ne rel\u00e8ve-t-il pas <em>\u2013 se met-il \u00e0 clamer \u2013<\/em> d\u2019une pantalonnade copi\u00e9e du p\u00e8re Ubu, que l\u2019Elys\u00e9e d\u00e9p\u00eache \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, son ministre \u00e0 m\u00e9daille de la Grande Gidouille, pour y tenir colloque sur l\u2019urgence \u00e0 chasser des cours de la Sorbonne toute pens\u00e9e critique,\u00a0au motif que l\u2019\u00e9veil n\u2019est pas d\u00e9mocratique, et menacerait donc, d\u2019une <strong>d\u00e9-cons-truc-tion<\/strong>, la sainte R\u00e9publique ? <em>Ainsi qu\u2019un Arlequin m\u00e9ritant le label Commedia dell\u2019arte, le conteur africain poursuit sa pantomime en roulant des yeux fous. <\/em>Cette rodomontade <em>\u2013 sa poitrine se gonfle \u2013<\/em> qui pr\u00e9tendrait bannir du temple de l\u2019esprit la moindre conscience des discriminations subies depuis des si\u00e8cles par les enfants de Cham, sous le pr\u00e9texte qu\u2019ils furent maudits par No\u00e9, n\u2019est-elle pas applaudie par le ch\u0153ur des larbins de la tour Panoptic\u00a0? <em>Savourant ma surprise d\u2019entendre ces deux mots jamais rendus publics, il me lance un clin d\u2019\u0153il d\u2019amicale connivence et se met \u00e0 mimer la marche militaire, une main au k\u00e9pi\u00a0: <\/em>Si la fi\u00e8re citadelle des savoirs essentiels se met au pas de l\u2019oie face aux ordres donn\u00e9s par la Kommandantur, n\u2019est-ce pas l\u2019effet d\u2019une Propaganda Staffel\u00a0? <em>Sur place il gesticule, bras et jambes en cadence.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>L\u2019auditoire est pantois. Jamais \u00e9cran plasma n\u2019a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de pareille attention. L\u2019acteur improvis\u00e9, parfaite illusion du troufion en parade, soudain fait quart de tour et dresse le bras droit dans un salut romain. Par effet de contraste, alors que l\u2019on s\u2019attend \u00e0 une proclamation tout c\u2019qu\u2019y a d\u2019plus martial, il murmure comme pour une confidence\u00a0: <\/em>S\u2019il fallait r\u00e9v\u00e9ler le signifiant cach\u00e9 de l\u2019empire Occident depuis le grand C\u00e9sar, jusqu\u2019\u00e0 ces matamores s\u00e9vissant aujourd\u2019hui\u2026 <em>le silence est pesant, qui permet de penser la racine de ce mot\u00a0: <\/em>matamore<em>\u00a0: mort aux Maures, et de le rapporter \u00e0 tout ce qui occupe la sc\u00e8ne politique \u2026 <\/em>S\u2019il faut le prononcer, ce mot de quatre lettres en action depuis la Rome imp\u00e9riale<em>\u2026 Jamais je n\u2019ai connu plus accablant suspense, bris\u00e9 \u00e0 cet instant par l\u2019horrible fracas, dont on ne sait s\u2019il est volontaire ou fortuit, de la table en plastic s\u2019\u00e9croulant sous l\u2019artiste. <\/em>HEIL\u00a0!<em> crie-t-il d\u2019une voix cass\u00e9e par les douleurs. <\/em>Notre mal\u00e9diction n\u2019aura jamais de fin\u00a0? C\u2019est elle qui permit aux descendants b\u00e9nis de Sem et de Japhet la justification des traites n\u00e9gri\u00e8res, puis l\u2019\u0153uvre dite pie des colonisations. C\u2019est elle qui autorise le contr\u00f4le au faci\u00e8s dans toutes les m\u00e9tropoles. Et c\u2019est encore par elle que si quelque analyse d\u2019un tel sort est tent\u00e9e \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, le pouvoir s\u2019\u00e9crie <em>HEIL\u00a0!<\/em> Afin qu\u2019au grand jamais il ne soit av\u00e9r\u00e9 scientifiquement, ce que nous savons tous par science du sang\u00a0: la damnation de Cham, notre anc\u00eatre commun, tabou en quatre lettres, qu\u2019assuma le po\u00e8te Rimbaud dans <em>Mauvais Sang<\/em> avant de s\u2019exiler jusqu\u2019en ces hauts plateaux, non sans avoir\u00a0 clam\u00e9 pour la post\u00e9rit\u00e9 <em>J\u2019entre au vrai royaume des enfants de Cham\u00a0<\/em>!<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Le vieillard courbatu l\u00e8ve des yeux r\u00e9vuls\u00e9s tendant les mains au ciel, comme s\u2019il avait voyance des monts d\u2019Abyssinie. Nous y sommes avec lui. D\u2019un bond, le voici qui se jette sur ma table faisant voler par terre mes deux assiettes sales et mon gobelet plein \u00e0 moiti\u00e9 de bisab. Il me prend \u00e0 la gorge et colle ma t\u00eate au mur\u00a0: <\/em>Dis, tu me reconnais, toi le Belge en vadrouille\u00a0? <em>J\u2019avoue qu\u2019\u00e0 cet instant je n\u2019en m\u00e8ne pas large et n\u2019ai jamais autant souhait\u00e9 la pr\u00e9sence de mon alter ego. Mais \u00e0 une lueur dans ses yeux me revient un souvenir lointain. <\/em>Adama de Dakar, en l\u2019\u00eele de Gor\u00e9e, \u00e7a ne te rappelle rien\u00a0? <em>L\u2019empoignade hostile se change en accolade. <\/em>Bien s\u00fbr je te remets<em>, dis-je frappant du front son cr\u00e2ne d\u00e9garni. C\u2019\u00e9tait il y a trente ans. J\u2019\u00e9tais dans l\u2019\u00e9criture des chants de la sir\u00e8ne. Qui porte m\u00eame nom sur le fleuve Congo et dans l\u2019Ouest africain. Je lui avais promis l\u2019envoi d\u2019un exemplaire.<\/em> Alors tu l\u2019as pondu ce roman, petit Blanc\u00a0? Buvons \u00e0 la sant\u00e9 de ta Mamiwata\u00a0!\u00a0<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Qui parle de sir\u00e8ne attire l\u2019albatros au fond de l\u2019onde am\u00e8re\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">l\u00e0 s\u2019\u00e9l\u00e8ve une voix qui bient\u00f4t s\u2019en ira rejoindre les \u00e9thers.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">L\u2019oiseau de mer vole \u00e0 des profondeurs o\u00f9 g\u00eet sa hauteur visionnaire,<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">pour ouvrir aux esprits le Troisi\u00e8me H\u00e9misph\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Les visions du Totem ont une dur\u00e9e de vie garantie pour dix si\u00e8cles. Je ne suis pas certain d\u2019en d\u00e9chiffrer le sens, avec toute la rigueur que vaut l\u2019exp\u00e9rience de conna\u00eetre deux mondes, celui de l\u2019au-del\u00e0 et celui d\u2019ici-bas. La le\u00e7on qu\u2019il me donne est de m\u00e9diation. Ne s\u2019accordait-il pas la mission d\u2019Herm\u00e8s\u00a0? En go-between hors pair, il m\u2019incite \u00e0 ne pas trahir l\u2019injonction contenue dans mon nom, lien entre ciel et terre. Ainsi vont des pens\u00e9es fluctuant au bon gr\u00e9 des vagues de la mer. Car j\u2019ai laiss\u00e9 mon double se saouler de bisab au resto de Dakhla, tandis qu\u2019il me revient de poursuivre son jeu sur la sc\u00e8ne d\u2019une plage bord\u00e9e par le d\u00e9sert. Mon r\u00f4le est incertain\u00a0: quel moyen d\u2019avancer dans la dramaturgie\u00a0? En attendant je nage, avec la sensation que mon corps confondu \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9ment liquide, lui parviennent des ondes \u00e9manant d\u2019un ailleurs, ou d\u2019un autre distinct de mon alter ego. J\u2019aime voir une foule \u00e9cumer dans les vagues et je m\u2019adresse \u00e0 elle\u00a0: avez-vous aper\u00e7u celui qui me ressemble, sous la forme d\u2019un spectre au visage de Maure\u00a0? Car dans ces tourbillons tout se m\u00eale et divague. En r\u00e9ponse, une voix me sugg\u00e8re qu\u2019il fallut des milliards d\u2019ann\u00e9es, pour que de la m\u00e9duse naisse l\u2019anthropopith\u00e8que. C\u2019est par millions qu\u2019il faut alors compter les ans pour voir homo sapiens dans l\u2019axe des \u00e9toiles. Evolution suivie \u00a0pendant des mill\u00e9naires. Le coup d\u2019arr\u00eat se marque au si\u00e8cle XXe de notre \u00e8re chr\u00e9tienne. Ce jour o\u00f9 le dollar obtient statut divin\u00a0: 15 ao\u00fbt 71. Nixon et Kissinger inaugurent un r\u00e9gr\u00e8s vers le technopith\u00e8que. D\u00e9gringolade qui fait bien rire les m\u00e9duses. Leur invasion des plages accompagne la mort de tout ce qui faisait la vie des oc\u00e9ans. Mais leur joie n\u2019est pas due au seul fait qu\u2019elles se voient ma\u00eetresses de la mer. Sourire de plastic, elles f\u00eatent la victoire sur ce qui fut l\u2019\u00e9lan d\u2019une verticalit\u00e9. Colonne vert\u00e9brale\u00a0? D\u00e9j\u00e0 forme simiesque\u00a0! \u00d4 non libres primates, mais babouins en cage, la main toujours arm\u00e9e d\u2019une ge\u00f4le portative\u00a0; l\u2019\u0153il volontiers captif de quelques autres \u00e9crans r\u00e9duisant la cervelle \u00e0 morbide bouillie, dont elles sont le mod\u00e8le. A quoi bon organisme et syst\u00e8me nerveux, si la gel\u00e9e suffit pour se sentir en vie\u00a0? Leurs informations s\u2019accumulent en paquets n\u2019informant plus de rien.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Ces vaticinations me traversent le corps, tandis qu\u2019ouvrant les yeux dans l\u2019onde primordiale, m\u00e9diumnique espace o\u00f9 l\u2019esprit capte mieux que nulle part ailleurs la rengaine des astres, je tente d\u2019\u00e9viter ces bestioles visqueuses en langue arabe nomm\u00e9es chandelles de la mer. M\u2019auraient-elles \u00e9clair\u00e9\u00a0? <\/em>La verticalit\u00e9, c\u2019est toute la nature et toutes les cultures<em>, s\u2019exclamait une voix dont l\u2019accent m\u2019\u00e9tait cher. <\/em>Vois les f\u00fbts des grands arbres et ceux des minarets\u00a0; vois ces jaillissements contraires aux lois physiques de la gravitation\u00a0: qui pourrait expliquer ces \u00e9lans vers le ciel, ces plongeons dans l\u2019obscur, en un cycle infini r\u00e9gi par le soleil autant que par la lune et toutes les \u00e9toiles ? Du jour et de la nuit la m\u00e9diation forme conscience humaine, par contemplation d\u2019aube et de cr\u00e9puscule\u00a0: j\u2019en avisais ton double au resto de Dakhla\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Ce tourbillon verbal m\u2019entra\u00eene par le fond, d\u2019o\u00f9 monte l\u2019autre voix\u00a0: <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">La plan\u00e8te est enceinte. Un embryon de monde agite ses entrailles.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">En la guerre des p\u00f4les, qui donc veut assumer pareille prog\u00e9niture\u00a0?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">La grossesse du globe, et le Sud et le Nord tol\u00e8rent qu\u2019on la raille\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">quelle autre sage-femme que la litt\u00e9rature\u00a0?<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Une bombe mentale explose avec ces mots. Si j\u2019interpr\u00e8te sans faute la parole du Totem (et si je comprends bien toute sa mise en sc\u00e8ne), il a fait d\u2019Adama, griot s\u00e9n\u00e9galais rencontr\u00e9 \u00e0 Dakar sur l\u2019\u00eele de Gor\u00e9e voici trois d\u00e9cennies, le principal acteur d\u2019une dramaturgie ayant pour ambition l\u2019accouchement d\u2019un monde\u00a0! L\u2019antique trag\u00e9die \u00a0rencontre ici Shakespeare ainsi que Bertolt Brecht, en une ma\u00efeutique digne du vieux Socrate. Celui-ci d\u00e9finit le dialecticien par \u00ab\u00a0<\/em>l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une vision synoptique\u00a0<em>\u00bb. Et le constat d\u2019absence de liens dialectiques entre p\u00f4les oppos\u00e9s, susceptibles d\u2019ouvrir l\u2019avenir historique (Nord et Sud figurant m\u00e9taphoriquement la guerre entre les classes), conduit \u00e0 postuler que la litt\u00e9rature assumerait une telle mission performatrice\u00a0! Toujours entre deux eaux, je commence \u00e0 saisir ce que le d\u00e9miurge entend par sa formule <\/em>Troisi\u00e8me H\u00e9misph\u00e8re<em>. Mais la voix d\u2019Adama n\u2019a pas fini de faire son chemin jusqu\u2019\u00e0 moi. <\/em>J\u2019ai suivi ton parcours, et tous les d\u00e9m\u00eal\u00e9s que t\u2019a occasionn\u00e9s la sir\u00e8ne du fleuve. Que croyais-tu, faux fr\u00e8re, que j\u2019allais t\u2019oublier\u00a0? Multiplier les points de vue est fort utile \u00e0 l\u2019\u0153il dialectique. Prends ta respiration, savoure le s\u00e9jour en ce bain d\u2019eau-de-vie. C\u2019est un luxe impayable pour qui n\u2019habite pas la terre ni le ciel, mais ces territoires morts\u00a0: Google Earth et le Cloud.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Le griot de Dakhla croit-il une sin\u00e9cure de respirer sous l\u2019eau, le nez plein de microbes\u00a0? Je laisserais volontiers ce plaisir au f\u00eatard qu\u2019est mon alter ego. Le jour m\u00eame o\u00f9 l\u2019on f\u00eate notre septantenaire\u00a0! Pour un peu je refuserais ces petits jeux, si la voix d\u2019Adama n\u2019\u00e9tait aussi rieuse.<\/em> Prends ta respiration dans ce bain d\u2019eau-de-vie. La civilisation, marqu\u00e9e par un conflit binaire entre les p\u00f4les, sans conscience globale n\u2019a pas d\u2019issue viable \u00e0 ses antagonismes. Quand nous \u00e9tions en ville, ton regard ironique sur mes compatriotes paraissait les juger comme des caricatures de l\u2019addiction mondiale aux drogues num\u00e9riques. Je ne mets, quant \u00e0 moi, pas un doigt sur ces choses. Cliquer, zapper, surfer, tapoter son \u00e9cran n\u2019est pas digne \u00e0 mes yeux de ce qui nous fait hommes. Ce machinal r\u00e9flexe de b\u00eate robotis\u00e9e nie toute gestuelle consistant \u00e0 manier la plume et les embl\u00e8mes ayant figur\u00e9 hier sur la fi\u00e8re banni\u00e8re de l\u2019Union sovi\u00e9tique. De sa disparition vient notre d\u00e9ch\u00e9ance. L\u2019image num\u00e9rique, pellicule d\u2019\u00e9lectrons, n\u2019est pas trace graphique sur mat\u00e9riel support. C\u2019est la mort du calame, dont le Coran nous dit qu\u2019Allah fit son outil. Quelle d\u00e9connection vitale cache donc l\u2019hyperconnexion des humains aux machines\u00a0? Le calame ou la plume, \u00e0 quoi servaient-ils mieux qu\u2019\u00e0 recr\u00e9er le monde par l\u2019\u0153il imaginal\u00a0? Digitalisation, d\u00e9r\u00e9alisation, d\u00e9sincarnation ne sont pas s\u00e9parables. Et c\u2019est ma libert\u00e9 qui te fait parvenir cette vision synoptique. Mais sur une autre sc\u00e8ne, en ces vagues marines bord\u00e9es par le d\u00e9sert. Prends ta respiration\u00a0! L\u2019abrutissement massif a pour condition l\u2019an\u00e9antissement de la litt\u00e9rature. M\u00eame s\u2019il n\u2019y eut jamais tant de bons \u00e9crivains. Qui ose le penser\u00a0? Cette constellation n\u2019a d\u2019autres fronti\u00e8res que celles du march\u00e9, dont \u00e9tals et podiums ob\u00e9issent aux crit\u00e8res de la m\u00e9diocrit\u00e9. Jadis avaient une chance d\u2019atteindre le lecteur des visions synoptiques embrassant l\u2019univers. Toujours ayant pour th\u00e8me une qu\u00eate essentielle de l\u2019unit\u00e9 perdue. D\u00e9sormais sont sacr\u00e9es les platitudes bourgeoises, \u0153uvres oraculaires. Ces v\u00e9rit\u00e9s, qui peut les proclamer sinon un griot africain \u00e9gar\u00e9 \u00e0 Dakhla\u00a0? Prends ta respiration, \u00f4 Belge en vadrouille\u00a0! Une sous-litt\u00e9rature occupe les estrades, expurg\u00e9e de ce qui n\u2019a plus droit de cit\u00e9\u00a0: les qualit\u00e9s \u00e9piques, h\u00e9ro\u00efques et lyriques. Elle a comme art majeur celui du marketing et distille \u00e0 foison l\u2019unique point de vue de la classe dominante. Plus d\u2019illumination par vision synoptique, ni de d\u00e9placement du regard qu\u2019en optique on appelle parallaxe. Car il ne s\u2019agit plus d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois d\u2019ici et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Tout regard est banni qui contemplant les p\u00f4les aurait la vision d\u2019un Troisi\u00e8me H\u00e9misph\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Prends ta respiration, sinon par les narines du moins par les branchies. T\u2019ai-je dit que mon grand-p\u00e8re a port\u00e9 l\u2019uniforme, parmi les bataillons de n\u00e8gres mis au front, lors de la Der des Ders\u00a0? C\u2019\u00e9tait un fameux tirailleur s\u00e9n\u00e9galais\u00a0! Si l\u2019empire d\u2019Occident traverse les \u00e9poques en demeurant conforme au mod\u00e8le c\u00e9sarien, l\u2019image de C\u00e9sar \u00e9volue d\u2019\u00e2ge en \u00e2ge. Il y a juste un si\u00e8cle, son masque \u00e9tait bris\u00e9. Comment l\u2019imp\u00e9rialisme, ayant sacrifi\u00e9 des millions de vies \u00e0 la loi du profit, pouvait-il pr\u00e9server le prestige d\u2019une culture guid\u00e9e par l\u2019humanisme jud\u00e9o-chr\u00e9tien\u00a0? Voici cent ans mon cher, ce fut un floril\u00e8ge d\u2019\u0153uvres exceptionnelles qui jaillit des d\u00e9combres\u00a0: <em>le Manifeste surr\u00e9aliste, Introduction \u00e0 la psychanalyse, A la recherche du temps perdu, Le D\u00e9clin de l\u2019Occident, Le Ch\u00e2teau, Le Proc\u00e8s, La Montagne magique, L\u2019Homme sans qualit\u00e9s, L\u2019Op\u00e9ra de Quat\u2019 sous, Myst\u00e8re Bouffe, Cavalerie rouge, Moravagine, Le Livre de l\u2019Intranquillit\u00e9, Manhattan Transfer, Mrs Dalloway, Orlando, Les Cantos pisans, Histoire et conscience de classe, Le Th\u00e9\u00e2tre et son double, Six personnages en qu\u00eate d\u2019auteur, Le sentiment tragique de la vie, Les El\u00e9gies de Duino, Le Paysan de Paris, Nadja, La Trahison des Clercs, Les Chiens de garde, Eden Arabie, Le Soulier de satin, Noces de Sang, Romancero Gitano, Great Gatsby, L\u2019Esprit de l\u2019Utopie, Le Bruit et la fureur, La Prose du Transsib\u00e9rien, The Waste Land, Le Cimeti\u00e8re marin, Les Somnambules <\/em>et j\u2019en oublie, qui surplombent les miasmes d\u00e9l\u00e9t\u00e8res du commerce livresque professant aujourd\u2019hui le dogme nihiliste. Il n\u2019y aurait plus d\u2019autre horizon que l\u2019impasse, et la seule grandeur serait de voir en face un destin de n\u00e9ant. Faut-il donc s\u2019\u00e9tonner si toute la pens\u00e9e de l\u2019\u00e9crivain fran\u00e7ais vendu comme un proph\u00e8te supr\u00eame de nos temps, se r\u00e9sume en ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Il n\u2019y a pas d\u2019espoir d\u2019une vie apr\u00e8s la vie\u00a0<\/em>\u00bb et \u00ab\u00a0<em>Je ne suis qu\u2019une pute<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0? Un million d\u2019exemplaires est le tirage promis \u00e0 cet <em>An\u00e9antir<\/em>, servile transcription des desiderata du moderne C\u00e9sar, pr\u00e9sentant pour h\u00e9ros le vizir des finances. Et tout cela prosp\u00e8re, sans que nul ne signale un prosa\u00efsme plat tiss\u00e9 de lieux communs, de clich\u00e9s, de poncifs\u00a0; une bouillie de mots creux que l\u2019on sert au b\u00e9tail avec pour objectif l\u2019anesth\u00e9sie mentale. Car le troupeau ne peut contester qu\u2019\u00e0 C\u00e9sar succ\u00e8de sur son tr\u00f4ne imp\u00e9rial de Rome, un agent de Rothschild ayant \u00e9t\u00e9 le chef de la Banque centrale. Ni ne peut s\u2019aviser que le premier C\u00e9sar, en sa <em>Guerre des Gaules<\/em>, \u00e9crivait\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Mundus vult decepi<\/em>\u00a0\u00bb. Faut-il donc que ce soit un griot africain, dans l\u2019antre de Dakhla, qui fasse la traduction\u00a0: <em>Le monde veut la duperie\u00a0<\/em>?<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Le rideau va tomber de cette com\u00e9die. L\u2019acteur qui sur l\u2019\u00e9paule<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">pr\u00e9tend porter le globe, inventera la fin de ma dramaturgie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Son imagination reliera ciel et mer tout autant que les p\u00f4les\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">\u00e0 lui d\u2019improviser sa propre liturgie\u00a0!<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>L\u2019ironie du Totem est telle qu\u2019il me laisse libre choix pour conclure. Comme un acte ajout\u00e9 \u00e0 la pi\u00e8ce mise en sc\u00e8ne durant toute sa vie, ce <\/em>Troisi\u00e8me H\u00e9misph\u00e8re<em> en offre une cl\u00e9. Est-ce une \u0153uvre posthume\u00a0? J\u2019ai plut\u00f4t l\u2019impression d\u2019une cr\u00e9ation qui est encore \u00e0 na\u00eetre. M\u00eame si mon opinion s\u2019avoue tendancieuse, et que plus d\u2019une fois je ne sus pas tr\u00e8s bien faire la part de l\u2019acteur et de la traduction d\u2019un texte \u00e0 d\u00e9chiffrer dans la langue des morts, le message essentiel fut transmis semble-t-il par la voix d\u2019Adama. Ce griot africain, rencontr\u00e9 \u00e0 Dakar voici trois d\u00e9cennies, puis revu \u00e0 Dakhla\u00a0: c\u2019est lui qui tient le r\u00f4le principal du spectacle. A lui revient l\u2019honneur d\u2019avoir mis en lumi\u00e8re l\u2019importance des points de vue quand on pr\u00e9tend cerner une r\u00e9alit\u00e9. Dois-je appeler hasard le fait qu\u2019il ait repris le terme \u00ab\u00a0<\/em>parallaxe<em>\u00a0\u00bb, dont usait r\u00e9cemment l\u2019ami br\u00e9silien Claudio Cesar Dutra de Suza, de Porto Alegre, pour faire l\u2019analyse d\u2019une rencontre avec un certain Jacques Lacan, voici un demi-si\u00e8cle\u00a0? (Ces deux Jacques auraient-ils conspir\u00e9 de concert au royaume des ombres\u00a0?) Et c\u2019est encore \u00e0 lui \u2013 le griot africain \u2013 que je confie mon sort au moment d\u2019\u00e9merger de l\u2019\u00e9l\u00e9ment liquide. Car j\u2019ignore comment conclure sans faillir cette dramaturgie (m\u00eame avec le secours de mon alter ego). Improviser en outre une quelconque \u00ab\u00a0<\/em>liturgie<em>\u00a0\u00bb d\u00e9passe mes talents. Si le Totem a cru bon de me convoquer le jour particulier de mon anniversaire, lui-m\u00eame a rappel\u00e9 que son \u00e9pouse Claudia partageait cette date. Je n\u2019ai gu\u00e8re les moyens de la faire venir, ainsi que ma Mich\u00e8le, et l\u2019ami de Cuba dont le c\u0153ur g\u00e9n\u00e9reux garantit la remise d\u2019un Prix de la Sph\u00e8re. Impossibilit\u00e9s physiques et psychiques\u00a0! Il me faut renoncer \u00e0 l\u2019espoir de pouvoir satisfaire \u00e0 ces v\u0153ux. Pris dans un tourbillon d\u2019angoisse et de col\u00e8re, je roule au creux d\u2019une vague dont l\u2019\u00e9cume jette mon corps sur la plage d\u00e9serte. Mille mouettes criaillent en raillant ce cadavre. \u00a0\u00a0\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 36pt; color: #ff0000;\">PRINCIPE EST LA PAROLE<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00d4 mar\u00e9e de solstice propice au pr\u00e9cipice\u00a0! Les vagues vont venir pour te l\u00e9cher le corps et n\u2019en faire qu\u2019une bouch\u00e9e, qu\u2019elles dig\u00e8reront en leur immense ventre, mais tu n\u2019as plus la force t\u00eate sur les galets que d\u2019entendre leur ch\u0153ur murmurer en sourdine <\/em>Principe est la Parole<em>. Non pas sommeil mais transe inanim\u00e9e sans espoir d\u2019un \u00e9veil ailleurs que de l\u2019Autre C\u00f4t\u00e9. Ce sont les premiers mots de l\u2019Evangile de Jean qui s\u2019\u00e9crivent en langage de la mati\u00e8re inerte au-del\u00e0 des paupi\u00e8res. Seuls joyaux min\u00e9raux ne sont pas les pierres dites pr\u00e9cieuses pour leur valeur. J\u2019\u00e9change tous les diamants pour un de ces cailloux stri\u00e9s d\u2019un sang lointain\u00a0: des millions d\u2019ann\u00e9es de flux et de reflux entre montagne et mer. Etrange comme ceux-ci ont l\u2019accent de mon nom. <\/em>C\u2019est que nous voyageons tout le long du rivage au fil des mill\u00e9naires, depuis l\u2019Atlas en nous baignant dans l\u2019Atlantique, et selon nos d\u00e9sirs avons des escapades jusques en Am\u00e9rique. Il n\u2019est d\u2019explorateur plus avis\u00e9 que nous de tout ce qui se trame entre les p\u00f4les du globe, ni mieux inform\u00e9 sur le Troisi\u00e8me H\u00e9misph\u00e8re.<em> Leurs voix n\u2019ont pas la pr\u00e9cision de celle d\u2019Adama. Je les per\u00e7ois comme celles des oiseaux de mer, elles exigent un effort et j\u2019abandonnerais ce travail de l\u2019esprit pour plonger en sommeil, si elles ne me parlaient comme \u00e0 un arbre mort. O\u00f9 veulent-elles en venir\u00a0? Leur charmant babillage fait preuve d\u2019une m\u00e9moire qui me force \u00e0 l\u2019\u00e9coute. Elles sentent en moi la vigne au jardin d\u2019Everberg\u00a0; rappellent un baobab sur le fleuve Congo, dont la voix leur parvint depuis Lotokila. Mais elles \u00e9voquent aussi cet ombu monstrueux, dont je fis personnage \u00e0 Buenos Aires. Leurs souvenirs sont tels que je suis ahuri de les entendre rire en \u00e9voquant pour moi, comme si elles y \u00e9taient, cette plage de Cuba o\u00f9 accosta Colon. Pour elles c\u2019\u00e9tait hier. Elles voient encore la sc\u00e8ne sous les yeux du jagu\u00eby qui me dicta les pages d\u2019un autre roman. Je commence \u00e0 comprendre, ou plut\u00f4t je pressens. Ce n\u2019est pas du tout clair, mais elles parlent d\u2019un lien de racines et de lianes entre les cr\u00e9atures. Il est imp\u00e9ratif de relier ces arbres d\u2019un continent \u00e0 l\u2019autre. C\u2019est le v\u0153u du Totem. \u00a0A cette condition seulement surgira le Troisi\u00e8me H\u00e9misph\u00e8re. \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">L\u2019albatros en l\u2019\u00e9ther au dessus de la mer a vision plan\u00e9taire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Dans un bond vertical j\u2019ai perc\u00e9 le miroir et vois une colombe<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">na\u00eetre de l\u2019Equateur comme prog\u00e9niture des anciens mill\u00e9naires.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Elle laisse aux deux p\u00f4les d\u00e9combres d\u2019h\u00e9catombe.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Alors j\u2019ai vu s\u2019ouvrir un grand cercle de plumes au vol d\u2019une colombe venue de l\u2019Orient, tandis que jaillissait du fond de l\u2019oc\u00e9an l\u2019albatros au Couchant. Leurs noces eurent pour d\u00e9cor le haut d\u2019un mirador en surplomb de la plage. Par une \u00e9piphanie dont parle James Joyce pour expliquer son art, s\u2019entendit un muezzin chanter\u00a0: <\/em><strong>Intro\u00efbo ad altare Dei<\/strong><em>. Parodie de la messe, au d\u00e9but du roman d\u2019il y a juste un si\u00e8cle, omis par Adama. Si les esprits voyagent en toute libert\u00e9, pourquoi ne pourraient-ils inviter des mortels\u00a0? Mich\u00e8le et Claudia se pointent \u00e0 l\u2019horizon, accompagn\u00e9es d\u2019Eytan, camarade au long cours s\u00e9journant \u00e0 Cuba, dont la petite enfance fut isra\u00e9lienne. Puisque n\u2019importe qui, de nos jours se marie avec n\u2019importe quoi, et qu\u2019avec certitude nul ne peut d\u00e9finir ce qu\u2019est jud\u00e9it\u00e9, Mich\u00e8le et Claudia furent les sacerdotes b\u00e9nissant une union qui rendait Eytan goy et me consacrait juif. Cette c\u00e9r\u00e9monie nuptiale redoublait celle entre la colombe et le prince des nu\u00e9es, en haut du mirador tenant lieu de la tour o\u00f9 s\u2019ouvre <\/em>Ulysses<em>. Ainsi s\u2019improvisa le rite liturgique voulu par le Totem. Son hom\u00e9lie profane reprit avec humour les paroles de Saint Paul\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0<\/em>Il n\u2019y a plus ni Juif ni grec, ni homme ni femme, ni homme libre ni esclave<em>\u00a0\u00bb. (Je me suis rappel\u00e9 les fun\u00e9railles d\u2019Hector, mais il est peu propice d\u2019en parler ici.) Nous n\u2019en avions pourtant pas fini avec la mythologie chr\u00e9tienne. Jacques \u00e9tant le pr\u00e9nom du Totem et son v\u0153u le plus cher \u00e9tant de faire \u00e9merger le Troisi\u00e8me H\u00e9misph\u00e8re, il sugg\u00e9ra ceci. Trois fois multipli\u00e9, son nom relierait les trois Santiago gr\u00e2ce \u00e0 trois arbres \u00e9lus. Le plus proche \u00e0 son c\u0153ur des Jacques rencontr\u00e9s au cours de sa carri\u00e8re \u00e9tait Crickillon. Mort voici juste un an, il \u00e9tait l\u2019une des plus sid\u00e9rantes com\u00e8tes ayant fulgur\u00e9 dans nos cieux po\u00e9tiques. Et l\u2019autre Jacques ayant autorit\u00e9 de saint, devait \u00eatre celui qui nomma <\/em>sinthome<em> Joyce en un jeu de mots portant sur le sympt\u00f4me restant \u00e0 d\u00e9chiffrer\u00a0: Jacques Lacan en personne. Tous trois figureraient les trois Santiago. C\u2019est alors qu\u2019en fusion, l\u2019Esprit de la colombe et l\u2019\u00c2me de l\u2019albatros illumin\u00e8rent le ciel, avant que leurs deux corps \u00e0 jamais enlac\u00e9s dans l\u2019amour \u00e9ternel ne plongent \u00e0 nos pieds, laissant pour ultime trace du rite sacrificiel un message de sang sur la plage au soleil\u00a0: \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong><span style=\"font-family: symbol; font-size: 48pt;\"><em><a href=\"http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/le-troisieme-hemisphere\/logos1-gif\/\" rel=\"attachment wp-att-16970\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone wp-image-16970 size-full\" src=\"http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Logos1-GIF.gif\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"75\" \/><\/a><\/em><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00a0<a href=\"http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/le-troisieme-hemisphere\/000-lyre-harp-rouge-gif-2\/\" rel=\"attachment wp-att-16940\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-16940\" src=\"http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/000.-lyre-harp-rouge-GIF-1.gif\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"112\" \/><\/a><\/em><\/span><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman, times, serif;\">\u00a0URL de cet article :<\/span><\/strong><a href=\"http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/le-troisieme-hemisphere\/\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif;\">\u00a0http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/le-troisieme-hemisphere\/<\/span><\/a><\/span><em><br \/>\n<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"font-size: 14pt; font-family: comic sans ms, sans-serif;\">2 f\u00e9vrier 2022<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Le Troisi\u00e8me H\u00e9misph\u00e8re \u00a0 &nbsp; \u00a0 Je te vois effondr\u00e9 sur une plage maghr\u00e9bine et tu me vois te voir, m\u00eame si je suis hors de port\u00e9e de ton regard, tout au fond de la mer\u00a0; mais la voyance de ce double p\u00e8lerinage pulv\u00e9rise&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/16939"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16939"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/16939\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16973,"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/16939\/revisions\/16973"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16939"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}