{"id":17426,"date":"2022-03-09T00:34:35","date_gmt":"2022-03-08T23:34:35","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/?page_id=17426"},"modified":"2022-03-09T00:36:02","modified_gmt":"2022-03-08T23:36:02","slug":"17426-2","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/17426-2\/","title":{"rendered":""},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 42pt;\"><strong><em>Qui a peur d\u2019Elsa Triolet\u00a0?<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 20pt;\"><em>proph\u00e9tesse de l&rsquo;avant-garde situationniste<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 18pt;\"><strong>Jean-Louis Lippert \u2013<em> alias <\/em>Anatole Atlas<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00a0<a href=\"http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/2022\/03\/08\/des-femmes-dhier-et-daujourdhui\/8-conferenceelsatriolet\/\" rel=\"attachment wp-att-17408\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone wp-image-17408\" src=\"http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/8.-ConferenceElsaTriolet-300x128.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"214\" srcset=\"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/8.-ConferenceElsaTriolet-300x128.jpg 300w, https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/8.-ConferenceElsaTriolet.jpg 700w\" sizes=\"(max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><\/em><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Un soir, je passais sur le boulevard du Montparnasse. J&rsquo;aper\u00e7ois de loin une foule attroup\u00e9e autour de <\/em>La Closerie<em>. J&rsquo;approche. Les gens regardent en l&rsquo;air : devant la fen\u00eatre du premier \u00e9tage, un jeune homme brun, mince, en smoking crie : <\/em>\u00ab Vive Abd el Krim ! \u00bb.<em> Des agents se forcent un passage \u00e0 travers la foule. <\/em>\u00ab Vous entendez, il crie \u201cVive l&rsquo;Allemagne ! \u201d \u00bb<em>. La foule, mena\u00e7ante, grommelle. <\/em>\u00ab Mais non, il parle du Maroc. \u00bb<em> Le jeune homme dispara\u00eet. Des gens serr\u00e9s entre des policiers sortent du caf\u00e9. La foule se bouscule et crie&#8230; J&rsquo;ai fait, trois ans plus tard, la connaissance de ce jeune homme qui criait par la fen\u00eatre des mots indistincts sur un sujet mal d\u00e9fini. Alors, naturellement, <\/em>La Closerie des Lilas<em> est pour moi autre chose qu&rsquo;un caf\u00e9&#8230;<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Ces lignes non dat\u00e9es furent \u00e9crites en 1928 ou 1929, quelques ann\u00e9es <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">apr\u00e8s la sc\u00e8ne qu&rsquo;elles \u00e9voquent : ce banquet devenu c\u00e9l\u00e8bre en l&rsquo;honneur du po\u00e8te Saint-Pol Roux, qui eut lieu le 2 juillet 1925. J&rsquo;ai lu quelques phrases et nous avons entendu une histoire. Par quel sortil\u00e8ge l&rsquo;histoire d&rsquo;une femme, \u00e9voquant sa premi\u00e8re rencontre avec un homme, appartient- elle \u00e0 l&rsquo;histoire universelle ? Car tous les manuels vous le diront : le scandale d\u00e9clench\u00e9 par le groupe surr\u00e9aliste \u00e0 cette occasion n&rsquo;a pas fini de retentir dans la m\u00e9moire collective. Pour se faire une id\u00e9e du s\u00e9isme intellectuel provoqu\u00e9 par les impr\u00e9cations lanc\u00e9es alors contre les seules opinions admises, et relay\u00e9es le jour m\u00eame par un manifeste de la revue <em>Clart\u00e9<\/em> contre la guerre du Rif au Maroc, il faudrait imaginer de nos jours l\u2019\u00e9moi provoqu\u00e9 par une manifestation publique o\u00f9 retentirait par exemple ce cri : <em>\u00ab Vive l&rsquo;islam sovi\u00e9tique ! \u00bb.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">D&#8217;embl\u00e9e nous sommes dans le vif du sujet. Quelle parole peut-elle avoir <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">ce pouvoir magique de faire exploser la contingence des circonstances o\u00f9 elle fut prof\u00e9r\u00e9e, pour gagner un statut lui conf\u00e9rant une aura d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Plus tard, la dame (dont j&rsquo;ai pris quelque libert\u00e9 avec les mots de dire que <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">la premi\u00e8re rencontre avec l&rsquo;impr\u00e9cateur eut lieu ce jour-l\u00e0 de 1925, car elle ne fit alors que l&rsquo;apercevoir et, ayant lu son <em>Paysan de Paris<\/em>, ne se le ferait pr\u00e9senter dans un autre caf\u00e9 \u2013 la Coupole \u2013 que trois ans plus tard), cette dame \u00e9crirait \u00e0 propos de cet homme des phrases qui resteraient grav\u00e9es dans le marbre : <em>\u00ab Quand c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te nous serons enfin des gisants, l&rsquo;alliance de nos livres nous unira pour le meilleur et pour le pire dans cet avenir qui \u00e9tait notre r\u00eave et notre souci majeur, \u00e0 toi et \u00e0 moi. La mort aidant, on aurait peut-\u00eatre essay\u00e9 et r\u00e9ussi \u00e0 nous s\u00e9parer plus s\u00fbrement que la guerre de notre vivant : les morts sont sans d\u00e9fense. Alors, nos livres crois\u00e9s viendront noir sur blanc, la main dans la main, s&rsquo;opposer \u00e0 ce qu&rsquo;on nous arrache l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre. \u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Chacun de ces mots dont vous savez sans doute, chers amis, qu&rsquo;ils sont trac\u00e9s sur la tombe d&rsquo;Elsa Triolet et de Louis Aragon, en un lieu du parc entourant le moulin de Saint-Arnoult-en-Yvelines d\u00e9cid\u00e9 par la foudre, puisque l&rsquo;orage y ayant abattu un grand arbre, c&rsquo;est \u00e0 cet endroit qu&rsquo;elle lui demanda que f\u00fbt creus\u00e9 dans la terre leur lit d&rsquo;au-del\u00e0, chacun de ces mots r\u00e9clamerait plus d&rsquo;un colloque des ombres pour faire lumi\u00e8re sur une \u0153uvre \u00e0 jamais crois\u00e9e contre le sens commun du mot <em>croisade<\/em>&#8230;<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">*<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Comme jamais il n&rsquo;est arriv\u00e9 \u00e0 aucun autre couple, deux vies se sont tiss\u00e9es d&rsquo;histoires dans l&rsquo;histoire de leur si\u00e8cle, jusqu&rsquo;\u00e0 ce point de fusion confinant au surnaturel o\u00f9 Jean-S\u00e9bastien Bach fut pri\u00e9 d&rsquo;envoyer ses <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Sarabandes<\/em>, par le violoncelle de Mstislav Rostropovitch, voltiger autour de la tombe d&rsquo;Elsa Triolet peu apr\u00e8s sa mort le 16 juin 1970. Qui d&rsquo;autre qu&rsquo;elle aurait-il pu voir accourir les fant\u00f4mes d&rsquo;une cour amoureuse l&rsquo;ayant accompagn\u00e9e tout au long de sa vie ? Le premier d&rsquo;entre eux, c&rsquo;est Ma\u00efakovski, rencontr\u00e9 lorsqu&rsquo;elle avait quinze ans, dont Elsa rappelle plusieurs fois combien la hantait le vers du po\u00e8me <em>De Ceci \u00a0\u00bb Ressuscite- moi \u00ab\u00a0<\/em>, jusqu&rsquo;\u00e0 en r\u00eaver chacune des nuits qui suivirent son suicide en 1930; puis, dans l&rsquo;ordre des pr\u00e9s\u00e9ances non chronologiques,surgit l&rsquo;initiateur Maxime Gorki, qu&rsquo;entourent les visages d&rsquo;Ess\u00e9nine, Isaac Babel, Victor Chklovski, Khlebnikov, Pasternak, Roman Jakobson, Chagall, Tzara, L\u00e9ger, Duchamp, P\u00e9ret, Matisse, Chaplin, Picasso&#8230; Suivent alors d&rsquo;humbles admirateurs : Sartre, Camus, Cocteau, Mauriac.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Pour ne pas \u00e9num\u00e9rer la cohorte enti\u00e8re de noms qui font le dictionnaire artistique et litt\u00e9raire du XXe si\u00e8cle, dont l&rsquo;amiti\u00e9 d\u00e9mentit le jugement port\u00e9 sur elle par le seul tribunal ayant de nos jours autorit\u00e9, celui d&rsquo;une Inquisition m\u00e9diatique sacralisant des figures f\u00e9minines plus conformes aux int\u00e9r\u00eats servis par ce clerg\u00e9 : Beauvoir, Sagan, Duras, Nothomb&#8230; (C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;un d\u00e9nomm\u00e9 Pierre Assouline, exemple de plume serve s&rsquo;\u00e9tant empar\u00e9e du pouvoir symbolique, dans un best-seller qui recense l&rsquo;histoire du Prix Goncourt, se devait d&rsquo;insulter Elsa Triolet en attribuant le prix de 1944 m\u00e9rit\u00e9 par <em>Le premier accroc co\u00fbte deux cents francs<\/em>, aux seuls faits que son auteur ait \u00e9t\u00e9 d&rsquo;origine russe et communiste.) Mais s&rsquo;il faut d&rsquo;abord sombrer dans la vie avant de na\u00eetre \u00e0 la cr\u00e9ation, Elsa Triolet commence par donner \u00e0 ses d\u00e9tracteurs son approbation. Tout son <em>Journal<\/em>, tenu par intermittence, atteste un combat qu&rsquo;elle croyait perdu d&rsquo;avance contre le malheur public et intime<em>.\u00ab Le mal que vous font les mots, les arri\u00e8re pens\u00e9es, les regards, les intentions, les racontars, les jugements des autres&#8230; \u00bb<\/em>, \u00e9crit -elle le 6 novembre 1938, jour du dixi\u00e8me anniversaire de sa rencontre avec Aragon. Quelques semaines plus t\u00f4t, elle notait : <em>\u00ab Il p\u00e8se sur ce que j&rsquo;\u00e9cris une esp\u00e8ce de mal\u00e9diction \u00bb.<\/em> Th\u00e8me obsessionnel qui revient dans ses Souvenirs sur Ma\u00efakovski pour \u00e9clairer les souffrances de ce dernier <em>:\u00ab Les gens (&#8230;) qui grignotent votre vie par leurs jugements, leurs suppositions, des racontars, la diffamation&#8230; \u00bb <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Si maintes h\u00e9ro\u00efnes d&rsquo;Elsa Triolet sont victimes de ce <em>\u00ab mal que vous font les gens \u00bb,<\/em> lui faisant multiplier dans son \u0153uvre l&rsquo;allusion \u00e0 une phrase de Tolsto\u00ef : <em>\u00ab Dieu voit la v\u00e9rit\u00e9 mais n&rsquo;est pas press\u00e9 de la dire \u00bb,<\/em> c&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 rebours de l&rsquo;interpr\u00e9tation dominante, qui verrait dans cette attitude les sympt\u00f4mes d&rsquo;un d\u00e9lire parano\u00efaque, une lecture oppos\u00e9e place l&rsquo;\u00e9crivain de g\u00e9nie dans la position l\u00e9gitime de juger les turpitudes et bassesses humaines du point de vue absolu d&rsquo;une exigence de justice et de v\u00e9rit\u00e9. C&rsquo;est en fonction d&rsquo;un tel renversement de perspectives qu&rsquo;il est urgent de lire celle dont le th\u00e8me essentiel, toujours selon son <em>Journal<\/em>, fut <em>\u00ab le rapport avec les gens de quelqu&rsquo;un qui serait comme une \u00e9corch\u00e9e vive, qui marcherait pieds nus sur du verre bris\u00e9&#8230; \u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">*<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Peut-on imaginer constat plus lucide et pr\u00e9cis du sort commun\u00e9ment <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">partag\u00e9 par la plus grande part des humains, que celui d&rsquo;une marche \u00e0 pieds nus sur du verre bris\u00e9 ? N&rsquo;en faut-il pas d\u00e9duire qu&rsquo;une fulgurance visionnaire puis\u00e9e dans la plus singuli\u00e8re exp\u00e9rience d&rsquo;exil, r\u00e9v\u00e8le une <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">v\u00e9rit\u00e9 commune \u00e0 tous, m\u00eame si la majorit\u00e9 refuse une telle r\u00e9v\u00e9lation ? D\u00e8s lors cette \u0153uvre mise au ban sur soup\u00e7on de d\u00e9lire, ne serait-elle pas occult\u00e9e pour la raison m\u00eame qu&rsquo;elle d\u00e9nonce une d\u00e9mence collective ? Car ceux qui font les distinctions et les r\u00e9putations, ne sont-ils pas aux ordres des puissances qui brisent toute vie comme du verre et dressent les victimes \u00e0 se r\u00e9signer d&rsquo;une marche forc\u00e9e sur leurs propres d\u00e9bris ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">De telle sorte qu&rsquo;apparaisse comme scandaleuse et inadmissible une parole f\u00e9minine, travestie dans de multiples personnages, osant prof\u00e9rer ce qui n&rsquo;\u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 qu&rsquo;aux proph\u00e8tes bibliques : <em>\u00ab Je suis la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb&#8230; <\/em>Voil\u00e0 sans doute pourquoi l&rsquo;une des plus g\u00e9niales cr\u00e9ations de tous les temps, qui est de notre temps \u2013 je parle de l&rsquo;<em>\u0152uvre crois\u00e9e <\/em>de Louis Aragon et d&rsquo;Elsa Triolet \u2013 demeure invisible \u00e0 ses contemporains. Chacun croit-il avoir en m\u00e9moire telle rengaine rendue c\u00e9l\u00e8bre par la chanson populaire, puis devenue maxime honorant les discours, comme <em>\u00ab la femme est l&rsquo;avenir de l&rsquo;homme<\/em> \u00bb ? Nul ne s&rsquo;avise d&rsquo;en chercher l&rsquo;origine dans la bouche d&rsquo;un <em>mejnoun<\/em> voyant l&rsquo;avenir depuis Grenade en 1492, pr\u00e9disant \u00e0 cinq si\u00e8cles de distance l&rsquo;existence de celle pour qui fut \u00e9crit <em>Le Fou d&rsquo;Elsa<\/em>, quatre d\u00e9cennies apr\u00e8s le cri <em>\u00ab Vive Abd el Krim \u00bb&#8230;<\/em> Or, \u00e0 creuser encore, n\u2019a-t-on pas la surprise de d\u00e9couvrir dans le <em>Journal <\/em>d&rsquo;Elsa Triolet cette note au temps de sa rencontre avec Aragon : <em>\u00ab Les femmes, c&rsquo;est l&rsquo;avenir du monde. Leur force n&rsquo;est pas d\u00e9couverte mais est-ce que l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 a toujours \u00e9t\u00e9 connue ? \u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Je ne r\u00e9siste pas \u00e0 l&rsquo;envie de vous lire le d\u00e9but de cette page : <em>\u00ab J&rsquo;aime \u00eatre heureuse avec un homme (&#8230;) <strong>on est sur la limite de l&rsquo;au-del\u00e0&#8230;<\/strong> \u00bb.<\/em> Tiens donc ! Dans sa postface au cycle romanesque <em>Le Monde R\u00e9el<\/em>, en <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">1966, Aragon ne d\u00e9finit-il pas le roman comme <em>\u00ab un langage qui ne dit pas seulement ce qu&rsquo;il dit, mais autre chose encore, <strong>au-del\u00e0<\/strong> \u00bb ?<\/em> Cette m\u00eame postface, pouvait-elle ne pas se conclure (trouver son <strong><em>au- del\u00e0<\/em><\/strong>), par une tr\u00e8s longue citation d&rsquo;Elsa tir\u00e9e de son dernier roman alors en date \u2013 <em>Le Grand Jamais<\/em> \u2013 \u00e9voquant la question de la v\u00e9rit\u00e9\u00a0 L&rsquo;id\u00e9e de cet <strong><em>au-del\u00e0<\/em><\/strong> reprise aux religions qui se l\u2019\u00e9taient appropri\u00e9, ne serait-elle pas la cl\u00e9 d&rsquo;une \u0153uvre au seuil de laquelle nous sommes, o\u00f9 la r\u00e9union de ce soir nous convie sur invitation de ses auteurs ?<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">*<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Soit une femme et un homme vivant sans se conna\u00eetre dans la capitale de la R\u00e9volution fran\u00e7aise en 1924. Il ach\u00e8ve la premi\u00e8re d\u00e9claration surr\u00e9aliste <em>Une vague de r\u00eaves<\/em>, avant le <em>Manifeste<\/em> officiel d&rsquo;Andr\u00e9 Breton. <em>\u00ab Qui est l\u00e0 ? Ah tr\u00e8s bien : faites entrer l&rsquo;infini \u00bb<\/em> sont les derniers mots d&rsquo;un texte oraculaire proclamant : <em>\u00ab Il s&rsquo;agit d&rsquo;aboutir \u00e0 une nouvelle d\u00e9claration des droits de l&rsquo;homme \u00bb<\/em>. Ces phrases ne sont-elles pas toujours en surplomb de notre monde cr\u00e9pusculaire ? Elle, venue de la capitale de la R\u00e9volution russe, ne s&rsquo;est alors jamais confi\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 son journal intime. Il s&rsquo;y note l&rsquo;ennui d&rsquo;une jeune femme tr\u00e8s influenc\u00e9e par ce trait marquant de la litt\u00e9rature de son pays, depuis l&rsquo;insurrection des D\u00e9cembristes en 1825 et leur condamnation \u00e0 l&rsquo;exil : une m\u00e9lancolie nourrie de ce que Pouchkine, par la voix d&rsquo;Eug\u00e8ne On\u00e9guine, appelle <em>russka\u00efa khandra<\/em>, terme intraduisible r\u00e9sumant un ensemble de pens\u00e9es et de sentiments d\u00e9sabus\u00e9s, dont les publicistes russes caract\u00e9riseront le type du <em>lychnyi tch\u00e9loviek<\/em> \u2013 homme inutile, ou homme en trop, veuf de toute esp\u00e9rance. La jeune dame en exil \u00e0 Paris tient de ce personnage romanesque. Elle n&rsquo;a pas encore senti combien le <em>Que faire ?<\/em> de L\u00e9nine r\u00e9pondait au m\u00eame titre utilis\u00e9 d\u00e9j\u00e0 par Tchernychevski, dans une acception non d\u00e9nu\u00e9e d&rsquo;ironie qui renversait le sens du d\u00e9senchantement pour le transmuer en \u00e9nergie r\u00e9volutionnaire&#8230;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Ces donn\u00e9es me paraissent essentielles pour situer d&#8217;embl\u00e9e les deux <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">p\u00f4les entre lesquels s&rsquo;inscrira l&rsquo;inspiration d&rsquo;Elsa Triolet. D&rsquo;une part, <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">m\u00eame au temps du pire triomphalisme stalinien, sa lucidit\u00e9 critique sera <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">toujours en \u00e9veil, aiguis\u00e9e par une conscience de la noirceur des choses <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">que masquent les apparats id\u00e9ologiques : j&rsquo;y vois la persistance en elle de<\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">cette m\u00e9lancolie d\u00e9sabus\u00e9e propre au <em>lychny tcheloviek<\/em> ; d&rsquo;autre part, <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">sous les coups de butoirs du plus sombre d\u00e9sespoir, aux heures noires des <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">combats de la R\u00e9sistance, toujours en elle veillera la flamme d&rsquo;un courage physique et intellectuel quelquefois surhumain, que le futur sera bien oblig\u00e9 de relier au formidable optimisme historique n\u00e9 de la r\u00e9volution sovi\u00e9tique. Ainsi, tout \u00e0 la fois militante bolchevik et porteuse de stigmates aristocratiques, naviguera cette femme \u00e9perdue d&rsquo;absolu dont l&rsquo;\u0153uvre sans piti\u00e9 d\u00e9masquera fausses noblesses et religiosit\u00e9s hypocrites \u00e0 quelque camp qu&rsquo;elles appartiennent. Ainsi, me semble-t-il, introduira-t-elle dans la litt\u00e9rature occidentale un type de personnage \u00e0 ce point complexe qu&rsquo;on n&rsquo;ose encore l&rsquo;apercevoir. Mon hypoth\u00e8se ? Elsa Triolet, lest\u00e9e de l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue dans le tourbillon de la r\u00e9volution russe, inventa l&rsquo;avant-garde radicale qui exploserait en Mai 68.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">*<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">On le lui pardonnerait d\u2019autant moins qu\u2019est puissant le tabou entourant toute vell\u00e9it\u00e9 de d\u00e9cryptage en profondeur de ce qui se joua cette ann\u00e9e-l\u00e0. L\u2019histoire n\u2019est-elle pas toujours \u2013 selon ses mots \u2013 <em>\u00ab reconstitu\u00e9e du point de vue de la pens\u00e9e dominante \u00bb<\/em> ? En sorte que l\u2019enjeu de cette aventure qu\u2019est l\u2019exploration des univers cr\u00e9\u00e9s par Elsa Triolet, me para\u00eet \u00eatre une \u00e9lucidation possible du monde o\u00f9 nous vivons aujourd\u2019hui. Qu\u2019une \u0153uvre \u00e9crite, pour sa part essentielle, au cours du gros quart de si\u00e8cle ayant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 les insultes vulgaires lanc\u00e9es \u00e0 Louis Aragon, dans le Quartier latin, par un loustic nomm\u00e9 Daniel Cohn-Bendit voici pr\u00e8s de 50 ans ; qu\u2019une \u0153uvre, sans doute ignor\u00e9e par cet actuel notable du n\u00e9o-lib\u00e9ralisme, porte en elle un \u00e9clairage d\u00e9cisif pour comprendre la gen\u00e8se du capitalisme libertaire : n\u2019est-ce pas une raison de l\u2019ostracisme dont la frappe le milieu litt\u00e9raire ? Car le g\u00e9nie fait peur, qui rayonne bien au- del\u00e0 de l\u2019espace o\u00f9 l\u2019on croit pouvoir le confiner dans l\u2019ombre de l\u2019oubli. Qu\u2019on ne m\u2019en veuille donc pas si j\u2019\u00e9voque ici la d\u00e9rive, cette notion-cl\u00e9 des avant-gardes au si\u00e8cle pass\u00e9. M\u00eame si Dany-le-Rouge a lanc\u00e9 sa carri\u00e8re publique en se faisant le porte-voix des id\u00e9es situationnistes sans trop les comprendre, nul mieux qu\u2019Aragon n\u2019illustra la d\u00e9rive \u00e0 l\u2019\u00e9poque surr\u00e9aliste ; et personne plus qu\u2019Elsa ne l\u2019avait mise en pratique bien avant qu\u2019un Guy Debord n\u2019en f\u00eet la th\u00e9orie, limit\u00e9e aux caf\u00e9s de Paris&#8230; C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge o\u00f9, d\u2019ordinaire, s\u2019\u00e9laborent les projets d\u2019existence, Elsa, pour ainsi dire, avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9riv\u00e9 quelques vies sur trois continents. Tourbillons d\u2019une vie familiale polyglotte, cosmopolite et voyageuse durant l\u2019enfance ; s\u00e9ismes politiques et culturels dans l\u2019adolescence ; liaison avec un officier fran\u00e7ais juste apr\u00e8s la R\u00e9volution ; d\u00e9part en bateau depuis Petrograd <em>\u00ab crevant de famine et de chol\u00e9ra \u00bb<\/em> ; mariage \u00e0 Paris ; croisi\u00e8re au long cours vers Tahiti, passant par New York et San Francisco ; retour \u00e0 Paris, divorce ; errances \u00e0 Londres et Berlin dans le milieu de l\u2019\u00e9migration russe ; boh\u00e8me \u00e0 Montparnasse en l\u2019h\u00f4tel servant d\u2019antre \u00e0 Marcel Duchamp : c\u2019est l\u00e0 qu\u2019en 1924, le <em>Journal<\/em> d\u2019Elsa note : <em>\u00ab J\u2019ai vingt-huit ans et je m\u2019ennuie terriblement avec moi-m\u00eame (&#8230;) Je ne r\u00e9v\u00e8re pas Dieu mais l\u2019encha\u00eenement des choses. Il existe un lien entre les faits, et c\u2019est cela que je v\u00e9n\u00e8re, que je crains et que j\u2019aime \u00bb.<\/em><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">*<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Selon ce myst\u00e9rieux encha\u00eenement des choses dont il revient \u00e0 l\u2019art de <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">capter les signes \u00e9pars pour tenter d\u2019en extraire la quintessence du sens, <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">il est possible qu\u2019Elsa visite les collections russes du Salon d\u2019Automne <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">en compagnie de Ma\u00efakovski cette ann\u00e9e-l\u00e0. Dans sa correspondance <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">avec Maxime Gorki, s\u2019\u00e9bauche un projet litt\u00e9raire fond\u00e9 sur le principe<\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">du montage entre des \u00e9l\u00e9ments \u00e9parpill\u00e9s de la r\u00e9alit\u00e9, mis en honneur par cin\u00e9astes et photographes sovi\u00e9tiques. Tout aussi plausible est qu\u2019elle <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">croise alors le chemin de James Joyce \u00e0 la librairie Shakespeare &amp; Co <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">pr\u00e8s de l\u2019Od\u00e9on, Joyce qui vient de faire publier confidentiellement son <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Ulysses<\/em> par Adrienne Monnier, propri\u00e9taire de cette librairie promise \u00e0 <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">devenir mythique. Les deux exil\u00e9s \u2013 que s\u00e9parent quatorze ans d\u2019\u00e2ge \u2013 <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">ne sont-ils pas engag\u00e9s dans une d\u00e9marche exp\u00e9rimentale comparable, <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">celle qui exige d\u2019inventer des formes romanesques in\u00e9dites, pr\u00e9cis\u00e9ment <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">parce que l\u2019important n\u2019est pas de retranscrire les choses mais de traduire <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">les relations entre elles ? Ainsi prennent corps les trois premiers romans <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">d\u2019Elsa Triolet, \u00e9crits dans sa langue natale et publi\u00e9s \u00e0 Moscou. Ces <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">r\u00e9cits m\u00ealent \u00e0 l\u2019autobiographie des \u00e9l\u00e9ments disparates convergeant vers<\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">la recherche d\u2019un sens global qui \u00e9chappe toujours \u00e0 Elsa, profond\u00e9ment <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">affect\u00e9e par la <em>russka\u00efa khandra<\/em>. N\u2019y sont pas \u00e9trang\u00e8res les conditions <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">de vie pr\u00e9caires et l\u2019ambiance de l\u2019h\u00f4tel Istria, rep\u00e8re de Duchamp, Man <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Ray, Picabia. <em>\u00ab Prologue au suicide \u00bb,<\/em> avoue-t-elle de <em>Camouflage<\/em>, le <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">dernier livre \u00e9crit en russe, o\u00f9 resurgit l\u2019obsessionnelle interrogation sur <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">le devenir de la femme que l\u2019on avait not\u00e9e dans son <em>Journal<\/em>. <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Cet <em>\u00ab oc\u00e9an de nostalgie \u00bb<\/em> propre \u00e0 une d\u00e9finitive \u00e9trang\u00e8re permet <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">l\u2019envol, dans le tumulte occidental, d\u2019une voix de conteuse orientale. <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Occident et Orient ne sont pas ici des d\u00e9terminations g\u00e9ographiques mais <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">symboliques. <em>\u00ab Sh\u00e9h\u00e9razade \u00f4 r\u00e9citante \u00bb,<\/em> \u00e9crira plus tard Aragon dans <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">un po\u00e8me dont elle agr\u00e9mentera une pr\u00e9face de son <em>Cheval blanc<\/em>. Car la <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">rencontre avec cet homme a eu lieu, seul salut pour deux d\u00e9sespoirs. Et <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">la mort de l\u2019\u00e9criture en russe deviendra source vive d\u2019une renaissance de <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">l\u2019imaginaire russe en langue fran\u00e7aise. Elsa n\u2019est-elle pas la pionni\u00e8re,<\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">bien avant Romain Gary, puis tous les autres, d\u2019un vaste mouvement de <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">transglossie \u2013 pardonnez ce n\u00e9ologisme \u2013 vers notre litt\u00e9rature ? Il s\u2019en <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">faudra d\u2019une d\u00e9cennie (au cours de laquelle Elsa Triolet traduit en russe <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">le <em>Voyage au bout de la nuit<\/em>), pour que s\u2019\u00e9crive et paraisse en fran\u00e7ais <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Bonsoir Th\u00e9r\u00e8se<\/em>. Si j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de d\u00e9rive, on peut dire de ce titre qu\u2019il <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">s\u2019agit d\u2019un d\u00e9tournement \u2013 cette autre notion majeure de l\u2019avant-garde&#8230;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Elsa confierait qu\u2019un jour, \u00e9coutant une \u00e9mission radiophonique, elle entendit une voix, qui n\u2019\u00e9tait alors pas destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre capt\u00e9e par le micro, prononcer : <em>\u00ab Bonsoir Th\u00e9r\u00e8se \u00bb.<\/em> Sans plus de signification pour l\u2019auditeur que ceux, nous dit-elle, surpris derri\u00e8re la cloison d\u2019une chambre d\u2019h\u00f4tel, ces deux mots chuchot\u00e9s par l\u2019animateur \u00e0 une coll\u00e8gue retentirent en elle comme un signe attestant la plurivocit\u00e9 du r\u00e9el, tant les conditions de vie modernes jouent \u00e0 t\u00e9lescoper les dimensions multiples de la r\u00e9alit\u00e9, ce dont une des missions de l\u2019\u00e9crivain consiste \u00e0 t\u00e9moigner. Dans le roman qui d\u00e9tourne ainsi deux mots de leur contexte initial en les prenant pour titre, Elsa fait usage de slogans publicitaires, de paroles de chansons capt\u00e9es au hasard, ainsi que du collage d\u2019une histoire imprim\u00e9e en italiques, sans rapport apparent avec ce livre o\u00f9 r\u00f4dent les solitudes f\u00e9minines. <em>\u00ab Une sorte d\u2019\u00e9chapp\u00e9e fantastique au sein du r\u00e9cit \u00bb,<\/em> dira plus tard Aragon de ce proc\u00e9d\u00e9, non sans avouer qu\u2019il s\u2019en inspirera lui-m\u00eame dans <em>La Mise \u00e0 mort<\/em> et dans <em>Blanche ou l\u2019oubli&#8230;<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Le th\u00e8me essentiel de <em>Bonsoir Th\u00e9r\u00e8se<\/em> \u2013 un appel \u00e0 la femme future \u2013 <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">illustr\u00e9 par ce chef d\u2019\u0153uvre absolu qu\u2019est <em>Le Fou d\u2019Elsa<\/em>, ne fera-t-il pas <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">sa gloire en gagnant la m\u00e9moire collective gr\u00e2ce \u00e0 sa mise en chanson ? <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00ab Les femmes \u2013 c\u2019est l\u2019avenir du monde \u00bb,<\/em> r\u00e9it\u00e8re en effet la narratrice de <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">ce roman nimb\u00e9 de <em>\u00ab la lumi\u00e8re \u00e9trange \u00bb<\/em> d\u2019une \u00e9poque&#8230;<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">La litt\u00e9rature fran\u00e7aise de l\u2019imm\u00e9diate avant-guerre \u2013 bruissant alors de <em>La Naus\u00e9e<\/em> de Sartre \u2013 vit donc surgir l\u2019\u0153uvre exp\u00e9rimentale d\u2019une inconnue qui \u00e0 elle seule justifierait aujourd\u2019hui la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 de son auteur si celui-ci avait cess\u00e9 d\u2019\u00e9crire. H\u00e9las pour la r\u00e9putation d\u2019Elsa Triolet, elle ne s\u2019en tint pas l\u00e0. C\u2019est lest\u00e9 d\u2019une lucidit\u00e9 qu\u2019il faudrait qualifier de terrifiante, que le couple form\u00e9 de Louis et d\u2019Elsa voit s\u2019avancer la tuerie programm\u00e9e. Car ils savent, l\u2019un et l\u2019autre, les dessous de l\u2019affaire, depuis la Der des Ders. Ensemble ils ont mis toutes leurs forces dans le combat contre le fascisme depuis le Congr\u00e8s de Kharkov en 1930, et l\u2019Association des \u00e9crivains et artistes r\u00e9volutionnaires fond\u00e9e trois ans plus tard. Ensemble, ils ont port\u00e9 secours aux antifranquistes \u00e0 Valence et Madrid en 1936. La B\u00eate immonde, ils en connaissent d\u2019autant mieux les occultes rouages qu\u2019a pris le pouvoir, au royaume des Lettres sous occupation nazie, l\u2019ancien familier d\u2019Aragon nomm\u00e9 Drieu la Rochelle&#8230;<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">*<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">S\u2019\u00e9tonnera-t-on du fait que celui-ci re\u00e7oive aujourd\u2019hui les honneurs de <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">la Pl\u00e9iade, quand des tombereaux de haine recouvrent le souvenir d\u2019Elsa <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Triolet ? Louis Aragon r\u00e9v\u00e8le que les premiers mots d\u2019un texte \u00e9crit par <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">elle au d\u00e9but de la guerre lui donneraient le courage d\u2019entamer <em>Aur\u00e9lien<\/em>. <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">La nouvelle en question (<em>Le destin personnel<\/em>) fait partie du recueil <em>Mille regrets<\/em>, que l\u2019\u00e9diteur Deno\u00ebl aurait le grand courage de publier en 1942. <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Mille regrets<\/em>, c\u2019est le premier<em> Nuit et Brouillard<\/em>. Quatre nouvelles d\u2019une <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">noirceur sans illusion. Ce qu\u2019il advient des vies quotidiennes aval\u00e9es puis livr\u00e9es au combat de survivre dans le ventre de la B\u00eate. M\u00eame si dans la clandestinit\u00e9 s\u2019organise un Comit\u00e9 national des \u00e9crivains, de m\u00eame qu\u2019avec Jean Paulhan et Jacques Decour se cr\u00e9ent <em>Les Lettres fran\u00e7aises<\/em>, et m\u00eame si Elsa \u2013 d\u2019abord contre l\u2019avis de Louis \u2013 veut prendre une part physique active \u00e0 la R\u00e9sistance, <em>Mille Regrets <\/em>ne s\u2019en fait gu\u00e8re l\u2019\u00e9cho. Nous sommes au plus profond des cercles de l\u2019enfer, dans une <em>\u00ab longue insomnie \u00bb<\/em> de cauchemar stri\u00e9e par un grand rire qui glacerait d\u2019effroi quiconque de nos jours oserait lire l\u2019histoire intitul\u00e9e <em>Henri Castillat<\/em>. Ce jeune s\u00e9ducteur cynique et arriviste, cueillant tous les succ\u00e8s mondains par un art consomm\u00e9 de l\u2019esbroufe lui faisant exploiter les opportunit\u00e9s d\u2019une atmosph\u00e8re de terreur, vivant sans temps morts et jouissant sans entraves en professant avant la lettre la devise <em>\u00ab interdit d\u2019interdire \u00bb,<\/em> dont les livres ont fait <em>\u00ab l\u2019espoir de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise \u00bb,<\/em> et qui sans foi ni loi s\u2019en va conqu\u00e9rir l\u2019Am\u00e9rique, n\u2019est-il pas un portrait des plus actuels ? Fuir la vie des sans dents pour croquer sans complexe \u00e0 pleines m\u00e2choires une existence de parvenu : dans ce personnage postmoderne, Elsa ne tend-elle pas un miroir \u00e0 nos social-d\u00e9mocraties lib\u00e9ralitaires ?<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">*<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Chaque si\u00e8cle produit un petit nombre de livres hors-mesure que ne voient pas les contemporains, tant ils surplombent leur \u00e9poque. C\u2019est le cas du <em>Cheval blanc<\/em>, publi\u00e9 l\u2019ann\u00e9e suivante. Cette somme romanesque o\u00f9 se cristallisent toutes les exp\u00e9riences d\u2019une vie hors du commun, serait aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9e comme un monument litt\u00e9raire si son auteur ne s\u2019\u00e9tait f\u00e2cheusement nomm\u00e9 Elsa Triolet. Sous la censure de Vichy, son g\u00e9nie s\u2019est ing\u00e9ni\u00e9 \u00e0 imaginer un h\u00e9ros m\u00e9di\u00e9val \u2013 conforme donc en principe \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie de l\u2019Occupant \u2013 livrant son combat dans les conditions modernes. Quel combat ? Celui d\u2019un chevalier errant, mont\u00e9 sur son mythique cheval blanc, r\u00eavant de lib\u00e9rer une belle aux tresses blondes captive de quelque donjon gard\u00e9 par un f\u00e9roce dragon.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00ab Ce n\u2019est pas d\u2019une \u00e9tincelle qu\u2019il est n\u00e9, mais des braises de tout ce qui a br\u00fbl\u00e9 autour de moi \u00bb,<\/em> \u00e9crira Elsa dans une pr\u00e9face vingt ans plus tard. Le destrier de ce Michel Vigaud \u00e9tant plut\u00f4t la moto, et son armure une veste de cuir, on ne s\u2019\u00e9tonnera pas si Elsa Triolet confiait dans la m\u00eame pr\u00e9face qu\u2019en cas de transposition cin\u00e9matographique, <em>\u00ab pour incarner ce jeune homme pris dans son \u00e9poque, il aurait fallu un James Dean \u00bb.<\/em> Car, \u00e0 lire ce roman sans savoir quand il fut \u00e9crit, comment ne pas croire qu\u2019il le fut au moins dans la d\u00e9cennie qui suivit ? C\u2019est ici que s\u2019\u00e9bauche en effet la mythologie de Saint-Germain-des-Pr\u00e9s, dans une d\u00e9rive o\u00f9 la Russie, l\u2019Afrique et l\u2019Am\u00e9rique ne sont pas moins visit\u00e9es que la France. Les traits de l\u2019aventurier sans attaches et d\u00e9sabus\u00e9, radicalement priv\u00e9 d\u2019autres illusions que ses propres chim\u00e8res invent\u00e9es, ne me laissent aucun doute sur le fait qu\u2019il inspira le jeune Guy Debord au moment de cr\u00e9er son propre mythe. Selon cette hypoth\u00e8se, Elsa Triolet proph\u00e9tisa au d\u00e9but de la guerre, ce qui serait codifi\u00e9 comme style de vie situationniste. Vous ne voudriez pas que l\u2019on port\u00e2t cet exploit \u00e0 son cr\u00e9dit, quand le m\u00eame Debord est tenu par tous les m\u00e9dias pour l\u2019\u00e9claireur de nos temps ! Cette effervescence de libert\u00e9 qui exploserait au lendemain de la d\u00e9faite nazie \u00e0 Paris, qui mieux que Michel Vigaud la pr\u00e9figure ? Encore est-on loin des clich\u00e9s de magazines gr\u00e2ce auxquels se n\u00e9gocie de nos jours une imagerie frelat\u00e9e. Les plus hautes ressources de l\u2019\u00e9criture sont ici mises en \u0153uvre dans la peinture de ce preux chevalier combattant pour d\u00e9livrer un peuple \u2013 et sa Belle \u2013 du monstre de l\u2019Apocalypse. Guy Debord lui-m\u00eame n\u2019aurait-il pas recours \u00e0 cette symbolique m\u00e9di\u00e9vale ? Bien s\u00fbr \u2013 et nous touchons au n\u0153ud des raisons qui feraient occulter son mod\u00e8le \u2013 Elsa Triolet avait une avant-garde d\u2019avance. Et les \u00e9chauffour\u00e9es de la critique se voulant radicale sur la rive gauche de la Seine dans les ann\u00e9es 60 manquaient de r\u00e9pondant si on les comparait aux \u00e9ruptions de lave incendiaire surgies cinquante ans plus t\u00f4t sur les bords de la Neva et de la Moskova. Car il y a du Ma\u00efakovski dans le h\u00e9ros du <em>Cheval blanc<\/em>. Ce qui conf\u00e8re \u00e0 cette figure surnaturelle la fragile puissance d\u2019une int\u00e9grit\u00e9 primitive l\u2019autorisant \u00e0 anticiper <em>On the Road<\/em> de Jack Kerouac, pour incarner le premier beatnik. D\u2019autres r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 des cr\u00e9ations ult\u00e9rieures sautent aux yeux tout au long de la lecture. Ici vous trouverez <em>\u00c0 bout de souffle<\/em> et l\u00e0 <em>Pierrot le Fou<\/em> pour le m\u00eame prix. Cette attitude po\u00e9tique face \u00e0 la ville : <em>\u00ab Il se sentait \u00e0 Paris comme au bord de la mer pendant le reflux : c\u2019\u00e9tait si int\u00e9ressant de voir les rues, les places qui ont \u00e9t\u00e9 le fond de la mer \u00bb<\/em>. N\u2019entend-on pas <em>\u00ab sous les pav\u00e9s la plage \u00bb<\/em> ?<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">*<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Mais il est une autre voyance extralucide chez Elsa Triolet. \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 les discours officiels de l\u2019Occident rivalisent dans l\u2019immonde avec ceux pr\u00e9tendant repr\u00e9senter la voix de l\u2019Orient, c\u2019est \u00e0 une conteuse orientale qu\u2019il revenait d\u2019exprimer le g\u00e9nie du regard occidental. Fid\u00e8le \u00e0 l\u2019esprit d\u2019Hom\u00e8re, Dante, Cervantes, Erasme et Shakespeare, une ambassadrice de la langue de Pouchkine s\u2019en est venue au pays de Fran\u00e7ois Villon, chez son l\u00e9gataire Aragon, rappeler l\u2019universel message de Goethe en son Divan oriental-occidental, sur la n\u00e9cessit\u00e9 \u2013 interne aux Lumi\u00e8res (<em>Aufkl\u00e4rung<\/em>) \u2013 de s\u2019inspirer de la culture de l\u2019autre pour se d\u00e9finir soi-m\u00eame. Encore un rappel inconvenant de nos jours pour ceux qui dressent l\u2019opinion contre l\u2019islam et la Russie. Aussi la Sensure a-t-elle chang\u00e9 d\u2019initiale depuis la <em>Propaganda Staffel<\/em> de nagu\u00e8re. La censure du sens, organis\u00e9e contre ce g\u00e9nie, cet esprit, ce message des plus grands a\u00e8des europ\u00e9ens, n\u2019est-elle pas complice des barbaries qui frappent le monde aujourd\u2019hui ? La B\u00eate immonde ne prosp\u00e8re que de l\u2019ostracisme jet\u00e9 sur qui r\u00eave un <em>Cheval blanc<\/em>. Dans le parcours de l\u2019\u0153uvre d\u2019Elsa Triolet, nous arrivons en 1943, la d\u00e9cisive ann\u00e9e de Stalingrad. Ce n\u2019est plus trahir un secret que d\u2019\u00e9voquer cette scandaleuse v\u00e9rit\u00e9 : jusque l\u00e0, si l\u2019on excepte un de Gaulle, toutes les puissances occidentales misaient sur un triomphe du Reich. Ils \u00e9taient peu nombreux les \u00e9crivains engag\u00e9s contre ce qui allait de soi : <em>\u00ab le groupement des \u00e9nergies fran\u00e7aises pour l\u2019unit\u00e9 continentale \u00bb<\/em>, o\u00f9 l\u2019on se f\u00e9licitait du fait que l\u2019Allemagne e\u00fbt entrepris d\u2019<em>\u00ab\u00e9tendre \u00e0 l\u2019Europe enti\u00e8re le b\u00e9n\u00e9fice des m\u00e9thodes qui lui avaient r\u00e9ussi \u00bb.<\/em> Cette phras\u00e9ologie ne vous dit rien ? Dans le cours du r\u00e9cit r\u00e9sonne ainsi une petite phrase : <em>\u00ab On n\u2019est pas s\u00fbr que la partie se joue contre ceux qu\u2019on croit \u00bb<\/em>. Tout est dit. L\u2019ampleur globale de la guerre exige un regard que sacre le recueil d\u2019Aragon <em>Les Yeux d\u2019Elsa<\/em>. Celle-ci lui inspire l\u2019exigence de remonter aux sources de la po\u00e9sie courtoise, qui r\u00e9pondait \u00e0 la barbarie f\u00e9odale dans un contexte historique analogue. \u00c0 ceci pr\u00e8s que la femme courtis\u00e9e par Aragon n\u2019est pas un objet passif d\u2019adoration comme la Laure de P\u00e9trarque, mais une femme libre comme l\u2019\u00e9tait dans la vie r\u00e9elle Elsa. <em>\u00abBienvenue dans la litt\u00e9rature du prochain mill\u00e9naire ! \u00bb,<\/em> pourrait-on lire \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du recueil de nouvelles qui suit : <em>Le premier accroc co\u00fbte deux cents francs<\/em>. C\u2019est un autre d\u00e9tournement qui donne son titre au livre : ce message cod\u00e9, qui s\u2019\u00e9tait fait entendre \u00e0 la radio peu avant le d\u00e9barquement de juin 44, signifiait \u00e0 la R\u00e9sistance de passer \u00e0 l\u2019action. Dans le maquis, Louis et Elsa n\u2019avaient pas attendu !<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">*<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Cela faisait trois ans qu\u2019ils \u00e9taient pass\u00e9s \u00e0 l\u2019action d\u2019\u00e9crire et de faire. <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">L\u2019un ne va pas sans l\u2019autre dans l\u2019attitude po\u00e9tique, si l\u2019on n\u2019oublie pas <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">l\u2019\u00e9tymologie grecque de ce dernier mot : <em>po\u00efe\u00efn<\/em> signifie \u00ab\u00a0faire\u00a0\u00bb. Que fait donc Elsa dans son \u00e9criture (ne parlons pas ici de son action concr\u00e8te au sein du maquis, dont d\u00e9borde ce roman), sinon relier des p\u00f4les s\u00e9par\u00e9s ordinairement par la culture occidentale ? Ainsi de l\u2019objectivit\u00e9 de son regard pour scrupuleusement d\u00e9crire les plus infimes d\u00e9tails de la r\u00e9alit\u00e9, qui est dans son esth\u00e9tique une condition n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019expression de la subjectivit\u00e9. De m\u00eame (on pourrait dire : corollairement), la contingence n\u2019est-elle jamais oppos\u00e9e chez elle \u00e0 la cat\u00e9gorie de la n\u00e9cessit\u00e9, laquelle fonde l\u2019exigence de libert\u00e9. Cet usage de la dialectique a des implications \u00e9thiques et, bien s\u00fbr, politiques. Il en va d\u2019une conception de l\u2019art fid\u00e8le \u00e0 celles qu\u2019en avaient Marx comme le th\u00e9oricien Georgy Lukacs, mais aussi fid\u00e8le \u00e0 la tradition de la grande litt\u00e9rature russe, de Gogol \u00e0 Tchekhov en passant par Tolsto\u00ef. Tous ces enjeux ne sont rien moins que ceux d\u2019une civilisation contre les barbaries programm\u00e9es, dont on verra qu\u2019il est trop simple de les r\u00e9duire \u00e0 la terreur nazie. Car le tour de force des r\u00e9cits r\u00e9unis dans <em>Le premier accroc co\u00fbte deux cents francs<\/em>, r\u00e9side en la pr\u00e9monition de l\u2019univers dont accoucherait cette guerre. Ce qu\u2019Elsa nous y montre contient d\u00e9j\u00e0 les pr\u00e9mices de ce que Michel Clouscard d\u00e9signerait comme le capitalisme de la s\u00e9duction, ce march\u00e9 du d\u00e9sir vou\u00e9 \u00e0 exploser en Mai 68 avant de modeler la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re selon les caprices d\u2019une tyrannie libertaire. Fulgurance visionnaire n\u2019\u00e9tant rendue possible que par les moyens sp\u00e9cifiques du roman pouss\u00e9s \u00e0 leur paroxysme, en faisant par exemple revenir quelques personnages du <em>Cheval blanc<\/em> sous un \u00e9clairage tragique, dans une sc\u00e8ne pr\u00e9figurant Johnny Hallyday vingt ans avant que la r\u00e9alit\u00e9 ne f\u00eet surgir l\u2019idole des jeunes. Voulez-vous du Mai 68 en l\u2019ann\u00e9e 1943 ? <em>\u00ab Celui qui aime \u00e9crit sur les murs<\/em> <em>\u00bb<\/em>, prononce l\u2019h\u00e9ro\u00efne des <em>Amants d\u2019Avignon<\/em>, nouvelle que les \u00e9ditions de Minuit firent para\u00eetre \u00e0 part dans la clandestinit\u00e9. Rarement le terme de <em>\u00ab\u00a0h\u00e9ros\u00a0\u00bb<\/em> \u2013 et surtout celui d\u2019<em>\u00ab\u00a0h\u00e9ro\u00efne\u00a0\u00bb<\/em> \u2013 n\u2019auront \u00e9t\u00e9 si \u00e0 propos que dans ce livre offrant quelques-unes des figures les plus absolues de la litt\u00e9rature, sans jamais trop \u00e9lever la voix dans l\u2019art de conter leurs exploits. Ces p\u00f4les extr\u00eames de l\u2019exp\u00e9rience humaine que sont f\u00e9eries surnaturelles et trivialit\u00e9s quotidiennes, quel plus terrible et grandiose cadre qu\u2019une guerre mondiale pour les marier ?<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">*<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Car ce sont bien des contes de f\u00e9es que les romans d\u2019Elsa Triolet. Ce qui,<\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">d\u2019apr\u00e8s le sens originel du mot <em>\u00ab\u00a0f\u00e9e\u00a0\u00bb<\/em> venant du latin <em>fata<\/em>, r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">volont\u00e9 divine oraculaire associ\u00e9e \u00e0 l\u2019expression du destin. Fatales sont <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">ces fables fustigeant \u00e0 la fois les fausses croyances et ce \u00e0 quoi ne croit <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">plus une \u00e9poque dont les sc\u00e9narios seront bient\u00f4t confi\u00e9s \u00e0 l\u2019ordinateur. <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00ab Il y en a qui ne savent pas, qui ne se doutent pas que le premier accroc co\u00fbte deux cents francs, mais la nuit le sait, elle, et elle se trouble et bouge \u00bb,<\/em> \u00e9crit-elle en l\u2019une de ses intuitions reliant \u00e0 la logique du jour <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">l\u2019occulte savoir de la nuit comme \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 le r\u00eave et la vie \u00e0 la mort. <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Comment sa r\u00e9putation ne d\u00e9gagerait-elle pas un parfum de sorci\u00e8re ? <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Pourtant, l\u2019enchantement de ses mots ne se compla\u00eet pas dans le sombre : <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00ab Il fait tr\u00e8s beau, tr\u00e8s bleu et tr\u00e8s vert sous un soleil d\u2019or. \u00bb,<\/em> cela vous <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">fait-il peur ? Mais c\u2019en est d\u00e9j\u00e0 trop pour les agents m\u00e9diatiques ayant <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">pris le pouvoir symbolique en la R\u00e9publique des Lettres, o\u00f9 la m\u00e9diocrit\u00e9 <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">journalistique supplante aujourd\u2019hui le g\u00e9nie litt\u00e9raire. Voyez comme le <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">chroniqueur du Goncourt Pierre Assouline l\u2019assassine pour le prix qui lui <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">\u00e9choit la seule ann\u00e9e o\u00f9 un ouvrage \u00e9tait litt\u00e9ralement hors-concours : la <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">distinction aurait \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e au <em>Premier accroc co\u00fbte deux cents francs <\/em><\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">pour la double raison que son auteur \u00e9tait d\u2019origine russe et communiste. <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Ne peut-on croire que les \u00e9minences organisant l\u2019\u00e9touffement de cette <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">\u0153uvre sous une chape de malveillance craignent sa substance, dont p\u00e2lit <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">presque toute l\u2019actuelle production livresque ? Ainsi d\u2019une prescience de <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">ce que la th\u00e9orie radicale d\u00e9signera sous le concept critique de Spectacle, <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">pour caract\u00e9riser un monde o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 s\u2019\u00e9vanouit en sa repr\u00e9sentation : <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00ab &#8230; l\u2019on dansait avec tant d\u2019ordre et d\u2019\u00e9l\u00e9gance qu\u2019on se serait cru devant un \u00e9cran, devant la projection d\u2019une f\u00eate somptueuse et factice \u00bb. <\/em>L\u2019exc\u00e8s de g\u00e9nie nuit toujours \u00e0 qui en est coupable tant ce genre d\u2019exc\u00e8s <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">r\u00e9pugne m\u00eame aux mieux intentionn\u00e9s. C\u2019est ainsi qu\u2019on trouve, dans la <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Correspondance<\/em> publi\u00e9e entre le couple Aragon-Triolet et Jean Paulhan, <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">une r\u00e9ponse d\u2019apparence amicale mais des plus ridicules adress\u00e9e par ce <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">dernier \u00e0 Elsa, qui lui avait envoy\u00e9<em> Le premier accroc<\/em> d\u00e8s sa parution, en <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">mars 1945 ; puis, en \u00e9t\u00e9, de tr\u00e8s s\u00e8ches f\u00e9licitations du m\u00eame Paulhan, <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">lorsqu\u2019elle eut obtenu le Goncourt. Ne m\u00e9ritait-elle pas d\u00e9j\u00e0 ce prix <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, pour <em>Le Cheval blanc<\/em> \u2013 quand il ne fut pas attribu\u00e9 ? <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Et l\u2019ann\u00e9e d\u2019avant, quand deux livres de femmes paraissaient \u00e0 Francis <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Carco devoir l\u2019obtenir :<em> Le Marais<\/em> de Dominique Rolin et <em>Mille regrets<\/em> ?<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">*<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">L\u2019ann\u00e9e 1945 n\u2019est pas achev\u00e9e qu\u2019Elsa termine un autre livre. Toutes <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">les trag\u00e9dies v\u00e9cues dans la clandestinit\u00e9 du maquis s\u2019entrechoquent en <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">elle avec la frivolit\u00e9 des f\u00eates bourgeoises ayant marqu\u00e9 l\u2019entre-deux guerres, elles-m\u00eames lest\u00e9es dans sa m\u00e9moire par l\u2019exp\u00e9rience ant\u00e9rieure<\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"> de la r\u00e9volution russe, pour constituer un gigantesque magma de lave en <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">fusion dont l\u2019\u00e9ruption se traduit en incandescentes coul\u00e9es litt\u00e9raires. On <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">peut dire de la somme romanesque produite au cours d\u2019une d\u00e9cennie par <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">ce for\u00e7at de l\u2019\u00e9criture, qu\u2019elle constitue un livre unique de plus de deux mille pages, invisible sur les rayons des librairies. Pareille somme, si elle <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">\u00e9tait publi\u00e9e de nos jours, davantage qu\u2019un t\u00e9moignage irrempla\u00e7able sur <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">l\u2019Occupation nazie, fournirait un \u00e9clairage unique sur la gestation d\u2019une autre forme d\u2019Occupation : celle des esprits. <em>Personne ne m\u2019aime<\/em> : c\u2019est <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">le testament d\u2019une vedette fran\u00e7aise de Hollywood, Jenny Borgh\u00e8ze, que <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">d\u00e9couvre apr\u00e8s son suicide une amie de toujours, la narratrice du roman <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">portant ce titre na\u00eff. Le tour de force accompli par Elsa Triolet consiste <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">revisiter ici la guerre du point de vue d\u2019un ange. Tel est bien le regard <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">d\u2019Anne-Marie Bellanger, cette narratrice ignorante en laquelle Elsa se <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">d\u00e9guise avec ruse pour livrer ce r\u00e9cit qu\u2019on dirait d\u2019une candeur virginale <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">et qui lance des fl\u00e8ches au poison mortel \u00e0 chaque phrase. L\u2019histoire, au <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">premier abord, nous para\u00eet d\u2019une fluidit\u00e9 limpide \u2013 non sans rappeler une <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">voix qui dut \u00eatre ch\u00e8re \u00e0 l\u2019auteur dans son enfance \u00e0 Moscou : celle de la <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">comtesse Rostopchine, mieux connue sous le nom de comtesse de S\u00e9gur <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">\u2013 mais bient\u00f4t se fait jour la cruelle ironie cach\u00e9e sous cette r\u00e9f\u00e9rence. La<\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">star du cin\u00e9ma, saisissante pr\u00e9figuration dans son apparence physique et <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">dans son destin de la future actrice Jean Seberg, \u00e9tait connue comme une <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">sympathisante communiste. Autour d\u2019elle s\u2019agitait un ballet d\u2019ambitions <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">pr\u00e9tentieuses que traverse la narratrice, n\u2019ayant pas assez de ses yeux ni <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">de sa pauvre culture pour en d\u00e9chiffrer le sens. Or nous sommes encore <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">avant les accords de Munich. Et d\u00e9filent des sc\u00e8nes dignes de <em>l\u2019Ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 Marienbad<\/em> ou des films de Fran\u00e7ois Truffaut, si ce n\u2019est des <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Tricheurs<\/em>, par quoi Marcel Carn\u00e9 souffletterait le cynisme d\u2019une \u00e9poque <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">nouvelle. <em>\u00ab Tout semblait avoir perdu le sens commun, tout n\u2019\u00e9tait que d\u00e9mence et d\u00e9lire \u00bb<\/em> note la narratrice pour qui <em>\u00ab c\u2019est le coup de revolver de Jenny qui a donn\u00e9 le d\u00e9part de la course au malheur \u00bb.<\/em> Septembre 39.<\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Puis la <em>\u00ab dr\u00f4le de guerre \u00bb<\/em> et l\u2019armistice de P\u00e9tain, qu\u2019Anne-Marie n\u2019ose <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">juger. <em>\u00ab Ce n\u2019est pas l\u2019affaire des femmes, la politique, la guerre. \u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>*<\/em><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">C\u2019est donc sans id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues qu\u2019Anne-Marie s\u2019offre \u00e0 la R\u00e9sistance. <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Son h\u00e9ro\u00efsme va se d\u00e9ployer dans un autre livre, <em>Les fant\u00f4mes arm\u00e9s<\/em>, qui <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">para\u00eet en 1947. Pour \u00e9voquer la dr\u00f4le de paix durant laquelle s\u2019\u00e9crivirent <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">ces deux romans n\u2019en faisant qu\u2019un, p\u00e9riode propice aux intrigues en tout <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">genre, Elsa notera : <em>\u00ab Le monde de la confiance et de l\u2019amiti\u00e9 s\u2019\u00e9croulait autour de nous et je butais \u00e0 chaque pas contre une haine solide et dure, faite de fantasmes, de l\u00e9gendes, de sottise et de malfaisance \u00bb.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Car les d\u00e9buts de la Guerre froide font du territoire culturel un nouveau <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">champ de bataille. Le massacre atomique d\u2019Hiroshima retentit comme un <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">coup de semonce du monde occidental contre l\u2019ennemi sovi\u00e9tique, dont <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">tout alli\u00e9 se voit l\u2019objet d\u2019une suspicion pire que la collaboration nazie. Sur les murs, une affiche du Parti communiste fran\u00e7ais recourt aux mots <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">d\u2019Elsa Triolet pour se d\u00e9signer comme <em>\u00ab le parti des fusill\u00e9s \u00bb.<\/em> La gr\u00e2ce et le g\u00e9nie, la noblesse et l\u2019\u00e9lection divine sont le propre de l\u2019homme et de la femme du peuple, clame son \u0153uvre avec insolence. Profession de foi qui renverse l\u2019id\u00e9ologie dominante, fond\u00e9e sur l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue de la guerre ayant vu le prol\u00e9tariat prendre une part d\u00e9cisive dans la victoire sur une B\u00eate immonde ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019appui majoritaire du patronat. Jamais la conscience ne fut plus aigu\u00eb, chez artistes et intellectuels, d\u2019une responsabilit\u00e9 politique. <em>\u00ab Je fais de grands gestes que personne ne semble voir. Il n\u2019y a d\u2019\u00e9pouvante sur le visage de personne, c\u2019est donc que personne ne voit, ni n\u2019entend \u00bb<\/em> crie la m\u00eame narratrice que celle de <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>Personne ne m\u2019aime<\/em> au d\u00e9but des <em>Fant\u00f4mes arm\u00e9s<\/em>, plac\u00e9e par l\u2019auteur<\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">dans une situation familiale d\u00e9chir\u00e9e. Si son mari, ses enfants, louvoient avec cynisme du c\u00f4t\u00e9 du profit, l\u2019h\u00e9ro\u00efne se trouve lest\u00e9e d\u2019un h\u00e9ritage <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">laiss\u00e9 par son amie, la star suicid\u00e9e. <em>\u00ab Des bijoux de mille et une nuits \u00bb<\/em> lui fournissant un exp\u00e9dient pour traverser en somnambule un paysage d\u00e9vast\u00e9. L\u2019\u0152il imaginal d\u2019Elsa Triolet \u2013 j\u2019ai failli dire de Sh\u00e9h\u00e9razade \u2013<\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">embrasse la guerre et ses malheurs dans une vision globale (on pourrait dire sph\u00e9rique) o\u00f9 l\u2019effet de profondeur est obtenu par le t\u00e9lescopage des <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">violences et de la romance. Une brutalit\u00e9 bestiale d\u00e9nature l\u2019innocence des victimes, l\u2019atrocit\u00e9 du cauchemar s\u2019accentue de la beaut\u00e9 des r\u00eaves pervertis, dans un tableau o\u00f9 l\u2019art ne c\u00e8de jamais \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie. Car, avec une subtilit\u00e9 sans \u00e9gale, se d\u00e9ploie la peinture d\u2019une galerie de types humains, d\u2019entre lesquels \u00e9merge une figure triolesque entre toutes : celle de l\u2019homme qui ne peut plus s\u2019adapter aux conditions de la paix\u2026<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">*<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">C\u2019est lui, nous montre Elsa Triolet, qui deviendra le principal acteur de <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">l\u2019apr\u00e8s-guerre. Cet \u00eatre ali\u00e9n\u00e9 sans le savoir par l\u2019absolue barbarie sera le <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">prototype de l\u2019individu atomis\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 la guerre de tous contre tous <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">qu\u2019exige le march\u00e9 capitaliste. Mais la d\u00e9monstration n\u2019a de force que si elle sonne juste \u00e0 chaque mot, faisant parler tout le spectre de la tragi-<\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">com\u00e9die humaine. Si je parle de spectre c\u2019est intentionnel, tant, apr\u00e8s ce <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">qui fut sous les yeux d\u2019Elsa Triolet, plus aucun humain n\u2019est indemne d\u2019une hantise inscrite aux profondeurs de l\u2019inconscient collectif, celle du retour des <em>Fant\u00f4mes arm\u00e9s<\/em>. Ne les voyons-nous pas mener la sarabande qui para\u00eet se confondre au destin de l\u2019humanit\u00e9 ? Personne comme Elsa Triolet, dans le roman du XXe si\u00e8cle, n\u2019a fait briller l\u2019\u00e9clair permettant d\u2019illuminer nos r\u00e9alit\u00e9s contemporaines. On devine quel \u00e9lectrochoc fut pour Aragon, non seulement sa rencontre avec Elsa, mais la stimulation de ce regard critique sur la gen\u00e8se et l\u2019\u00e9laboration du cycle romanesque <em>Le monde r\u00e9el<\/em>. Si leur couple est sans doute le seul dans l\u2019histoire qui naquit avec les pieds dans un si\u00e8cle pour enjamber un autre et poser son pas dans un si\u00e8cle ult\u00e9rieur \u00a0\u2013 le n\u00f4tre \u2013 en un ballet singulier qui n\u2019est pas pr\u00e8s de s\u2019arr\u00eater, ce passage fantomatique n\u2019est gu\u00e8re dissociable des d\u00e9combres qu\u2019il aura travers\u00e9s. C\u2019est le th\u00e8me de <em>l\u2019Inspecteur des ruines<\/em>, <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">roman qui para\u00eet en 1948. Un homme enti\u00e8rement ravag\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur par cette immense guerre mondiale que fut le XXe si\u00e8cle en est le h\u00e9ros. De cet homme en miettes, Elsa Triolet dit : <em>\u00ab Parmi les personnages par moi invent\u00e9s, Antonin Blond reste mon pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00bb.<\/em> Laiss\u00e9-pour-compte, sinistr\u00e9, cet homme jeune et talentueux <em>\u00abqui porte en lui le cadavre de son \u00e2me \u00bb<\/em> \u00e9choue, apr\u00e8s la fin des hostilit\u00e9s, dans une capitale fran\u00e7aise au rythme de laquelle il est incapable de s\u2019adapter. Sa d\u00e9rive le conduit-elle chez un \u00e9crivain c\u00e9l\u00e8bre qu\u2019il avait nagu\u00e8re injuri\u00e9 ? Celui-ci, grand bourgeois, se fait un plaisir de prendre sous son aile un si beau sp\u00e9cimen d\u2019aventurier qui a <em>\u00ab v\u00e9cu dangereusement \u00bb.<\/em> Les guillemets sont d\u2019Elsa Triolet : son ironie vise un nietzsch\u00e9isme devenant l\u2019id\u00e9ologie officielle de la classe au pouvoir. <em>\u00ab Bref, j\u2019\u00e9tais le jeune homme type pour faire le secr\u00e9taire d\u2019un homme de lettres couvert de gloire : j\u2019\u00e9tais un clochard en pantalon de velours et chandail, les cheveux un peu longs, les joues grill\u00e9es par le soleil, et creuses \u00e0 souhait \u00bb.<\/em> Dans l\u2019\u00e9trange rapport au temps qui est la marque des vrais romans, cette sc\u00e8ne anticipe un climat qui pr\u00e9vaudra vingt ans plus tard. La lucidit\u00e9 du narrateur n\u2019\u00e9pargne rien des impostures d\u2019un ma\u00eetre dont ce <em>\u00ab jeune fou \u00bb<\/em> devient bient\u00f4t le n\u00e8gre.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">*<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Bien s\u00fbr, les turpitudes propres \u00e0 ce milieu renvoient promptement notre <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">h\u00e9ros \u00e0 la rue, c\u2019est-\u00e0-dire dans les bars \u00e0 \u00e9paves peupl\u00e9s d\u2019intellectuels. <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">S\u2019ensuivent des errances telles que les situationnistes n\u2019auraient jamais le <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">courage de les pratiquer ni le talent de les d\u00e9crire, une travers\u00e9e des bas-<\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">fonds n\u2019ayant pas oubli\u00e9 les le\u00e7ons de Maxime Gorki, l\u2019art de po\u00e9tiser la vie quotidienne qui doit beaucoup au souvenir de Ma\u00efakovski. Tout ce que l\u2019avant-garde occidentale para\u00eetra d\u00e9couvrir en la d\u00e9cennie suivante. In\u00e9vitable est la rencontre avec un margoulin proposant d\u2019embaucher Antonin pour un n\u00e9goce qui promet d\u2019\u00eatre juteux : tirer profit des ruines de guerre en Europe. Le voil\u00e0 donc promu inspecteur des ruines. Carri\u00e8re d\u2019avenir ne pouvant manquer d\u2019exploiter l\u2019abondant march\u00e9 germanique. Une ville jamais nomm\u00e9e d\u2019Allemagne fournit ainsi son ambiance de conte d\u2019Hoffmann \u00e0 des constructions de situations qui ont d\u00fb faire r\u00eaver le jeune Guy Debord. Parmi les ruines au clair de lune r\u00f4dent les spectres ne voulant pas qu\u2019on les d\u00e9nonce comme vivants aux mortels. Mais cette <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><em>\u00ab \u00e9vasion dans l\u2019irr\u00e9el \u00bb<\/em> toujours nous ram\u00e8ne au c\u0153ur de la r\u00e9alit\u00e9, celle d\u2019aujourd\u2019hui. Car <em>\u00ab une chose est certaine : pas de communistes ! \u00bb,<\/em> si <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">l\u2019on fait confiance \u00e0 l\u2019auteur pour nous confier l\u2019unique obsession des fant\u00f4mes qui hantaient ces ruines teutonnes. De retour \u00e0 Paris se poursuit la d\u00e9rive en forme de jeu de signes \u00e0 laquelle Elsa Triolet nous convie jusqu\u2019\u00e0 l\u2019in\u00e9luctable destruction d\u2019un sinistr\u00e9 sans attaches en lequel je vois encore une incarnation du type et du style situationnistes. Ce qui ne manquerait pas d\u2019\u00eatre connu de tous au cas o\u00f9 subsisterait une v\u00e9ritable critique litt\u00e9raire. Pareille hypoth\u00e8se \u2013 improbable \u2013 s\u2019accompagnerait de la r\u00e9v\u00e9lation suivante : <em>L\u2019Inspecteur des ruines<\/em> (selon Francis Carco, qui \u00e9tait membre du jury) avait toutes les chances de valoir un second prix Goncourt \u00e0 son auteur, si Elsa l\u2019avait publi\u00e9 sous un pseudonyme comme c\u2019\u00e9tait son intention premi\u00e8re, devan\u00e7ant ainsi Romain Gary de quelques d\u00e9cennies dans ce genre d\u2019exploit. <em>\u00ab J\u2019\u00e9tais curieuse de savoir comment on jugerait ce que j\u2019\u00e9cris, sans ma signature, qui semble depuis quelque temps brouiller l\u2019entendement de certaines gens : que je dise noir, que je dise blanc, ils ne voient jamais que rouge. Je voulais me faire lire, d\u2019abord, avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. J\u2019ai abandonn\u00e9 ce projet \u00bb,<\/em> \u00e9crirait-elle dans une pr\u00e9face ult\u00e9rieure. Depuis <em>Bonsoir Th\u00e9r\u00e8se<\/em>, en moins de dix ans, sept livres d\u2019Elsa Triolet constituent une somme qui, r\u00e9unie en volume sous le titre <em>L\u2019\u00c9trang\u00e8re<\/em>, dissiperait l\u2019opaque brouillard des ann\u00e9es 40. On comprend l\u2019agent immobilier Gallimard, en qu\u00eate des fonds du Qatar, de pr\u00e9f\u00e9rer Drieu la Rochelle dans <em>la Pl\u00e9iade<\/em> et Guy Debord chez <em>Quarto.<\/em>..<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">*<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">D\u2019autant plus qu\u2019Elsa ne cesserait d\u2019aggraver son cas. <em>\u00ab L\u2019homme, assis sur un tonneau de dynamite, fume gaiement cigarette apr\u00e8s cigarette, sans prendre la peine d\u2019\u00e9teindre les m\u00e9gots qu\u2019il jette autour de lui. \u00bb <\/em>Par ces mots commence la pr\u00e9face du <em>Cheval roux, <\/em>r\u00e9f\u00e9rence explicite \u00e0 l\u2019<em>Apocalypse <\/em>de Jean l\u2019\u00c9vang\u00e9liste, publi\u00e9 en 1953. Quels ravages ont-ils pu se produire dans la conscience humaine pour en arriver l\u00e0 ? C\u2019est la question pos\u00e9e par cette contre-utopie de 500 pages, qui est la premi\u00e8re anticipation litt\u00e9raire d\u2019un monde ravag\u00e9 par la catastrophe nucl\u00e9aire. Il faudrait lire ici toute cette pr\u00e9face retra\u00e7ant la gen\u00e8se du premier Congr\u00e8s pour la Paix en 1949, l\u2019id\u00e9e d\u2019Aragon d\u2019une colombe de Picasso comme symbole promis \u00e0 devenir universel. Nulle part plus que dans cette fable, Sh\u00e9h\u00e9razade ne laisse entendre une voix proph\u00e9tique, fustigeant <em>\u00ab cette esp\u00e8ce humaine qui r\u00e9sulte du croisement de l\u2019aventurier-bandit avec le bourgeois-banquier \u00bb<\/em> : <em>\u00ab Hitler n\u2019avait \u00e9t\u00e9 que leur petit pr\u00e9curseur \u00bb<\/em> ! Cinq ans plus t\u00f4t, <em>L\u2019Inspecteur des ruines<\/em> d\u00e9j\u00e0 ne craignait pas de stigmatiser la politique am\u00e9ricaine en Europe, coupable d\u2019entretenir la braise du nazisme pour des incendies futurs qui prendraient d\u2019autres formes. Les brasiers d\u2019une chasse aux communistes sont-ils allum\u00e9s par le s\u00e9nateur Mac Carthy ? <em>\u00ab Oui, je suis l\u2019une de vos sorci\u00e8res ! \u00bb<\/em> \u00c0 cet \u00e9gard, survint un \u00e9pisode comique des plus significatifs en d\u00e9cembre 1952, lors de la pr\u00e9sentation par Charlie Chaplin \u00e0 Paris des <em>Lumi\u00e8res de la ville<\/em>. Un acte peu connu fut commis ce soir-l\u00e0, t\u00e9moignant d\u2019un esprit de guerre froide sous les apparences d\u2019une contestation d\u2019ultragauche. Guy Debord et les jeunes lettristes y virent l\u2019occasion d\u2019une provocation distribuant un tract ordurier qui traitait Chaplin de <em>\u00ab fasciste larv\u00e9 \u00bb.<\/em> La soir\u00e9e n\u2019en serait que plus prestigieuse, r\u00e9unissant le p\u00e8re de Charlot \u00e0 Louis et Elsa dans l\u2019atelier de Picasso. Ne concentraient-ils d\u00e9j\u00e0 la haine d\u2019une prochaine id\u00e9ologie dominante, laquelle se devrait l\u2019an dernier de c\u00e9l\u00e9brer la n\u00e9gation de l\u2019art pr\u00f4n\u00e9e par Guy Debord dans une grandiose exposition des plus m\u00e9diatiques \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale de France ? Le sens de ma lecture se pr\u00e9cise ici. Car nul mieux qu\u2019Elsa n\u2019explora le d\u00e9doublement de la r\u00e9alit\u00e9 consubstantiel \u00e0 l\u2019antagonisme entre capital et travail. Un monde contradictoire se d\u00e9ploie sous ses yeux de romanci\u00e8re, o\u00f9 s\u2019impose un syst\u00e8me de repr\u00e9sentations scindant toute conscience. Que d\u00e9crit son \u0153uvre, sinon la d\u00e9chirure entre un univers fantasmatique et la vie quotidienne, ce \u00ab <em>bit<\/em> \u00bb russe \u00e9voqu\u00e9 par Ma\u00efakovski dans son dernier message, pour signifier que s\u2019y \u00e9tait bris\u00e9e la barque de l\u2019amour ?<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">*<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Il faudra qu\u2019Henri Lefebvre d\u00e9veloppe ce th\u00e8me de <em>vie quotidienne<\/em> pour que Debord s\u2019en empare et en fasse une pi\u00e8ce ma\u00eetresse de son dispositif, <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">abusant d\u2019un terme utilis\u00e9 par Aragon d\u00e8s 1954 : celui de Spectacle. Un cycle de trois livres y sera consacr\u00e9, sous le titre <em>L\u2019\u00c2ge de nylon<\/em>. Mais cette schize mentale n\u2019est pas l\u2019apanage du seul capitalisme occidental. Une autre <em>\u00ab affaire \u00bb<\/em> de dimension mondiale fournit l\u2019occasion \u00e0 Elsa de plonger son scalpel dans un chancre id\u00e9ologique affectant cette fois son propre camp. Staline mort, Aragon prie Picasso de lui fournir un texte. Il offre un dessin repr\u00e9sentant le petit p\u00e8re des peuples de mani\u00e8re insolite. Scandale chez les fid\u00e8les du communisme v\u00e9cu comme religion profane. Il faudrait un colloque international pour aborder les questions \u2013 toujours d\u2019actualit\u00e9 \u2013 soulev\u00e9es par <em>Le Monument<\/em>, roman qu\u2019Elsa consacrerait aux rapports entre l\u2019art d\u2019avant-garde et la soci\u00e9t\u00e9, sous forme d\u2019une fable cruelle voyant un cr\u00e9ateur en pays de l\u2019Est se suicider pour avoir \u00e0 ses propres yeux failli dans la mission d\u2019\u00e9riger une sculpture digne de sa gloire \u00e0 Staline. Des tombereaux de critiques ayant jusqu\u2019\u00e0 ce jour vilipend\u00e9 le socialisme, il n\u2019est de plus impitoyable que ce livre. L\u2019action se d\u00e9roulant dans une mani\u00e8re de Tch\u00e9coslovaquie, les railleries des Vaclav Havel ou Milan Kundera ne sont rien compar\u00e9es \u00e0 la verve d\u2019Elsa pour sugg\u00e9rer l\u2019\u00e9chec d\u2019un art aux ordres du pouvoir. Certes, est ici condamn\u00e9 ce crime contre l\u2019esprit qu\u2019est l\u2019assujettissement de l\u2019artiste au dogme. <em>\u00ab J\u2019ai fabriqu\u00e9 un objet inanim\u00e9, inutile, impuissant, muet \u00bb<\/em>, se d\u00e9sesp\u00e8re le sculpteur Lewka devant l\u2019absence d\u2019\u00e2me de son \u0153uvre, o\u00f9 il croit avoir perdu la sienne. Mais a-t-on mesur\u00e9 ce qu\u2019implique une telle analyse ? Hors le r\u00e9alisme socialiste, quelle esth\u00e9tique dominante \u00e9chappe-t-elle \u2013 \u00e0 commencer par celle r\u00e9pondant au credo mercantile \u2013 au proc\u00e8s instruit par Elsa Triolet, de relever d\u2019une perversion de la foi ? C\u2019est donc la transcendance qu\u2019Elsa r\u00e9introduit dans le d\u00e9bat, mettant par l\u00e0-m\u00eame en question le stalinisme plus profond\u00e9ment que n\u2019en serait capable l\u2019id\u00e9ologie bourgeoise \u2013 d\u2019un point de vue toujours communiste. Je vois plus qu\u2019une co\u00efncidence entre l\u2019effervescence intellectuelle ayant marqu\u00e9 les d\u00e9bats lors de la parution de ce livre en 1957, et le fait qu\u2019une <em>Internationale situationniste<\/em> fut cr\u00e9\u00e9e \u2013 contre l\u2019art et le communisme \u2013 cette ann\u00e9e-l\u00e0. L\u2019expression soci\u00e9t\u00e9 spectaculaire-marchande n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e qu\u2019Elsa la met en sc\u00e8ne dans sa trilogie <em>L\u2019\u00c2ge de nylon<\/em>. <em>Roses \u00e0 cr\u00e9dit<\/em> para\u00eet en 1959, qui d\u00e9nonce l\u2019existence atomis\u00e9e, r\u00e9ifi\u00e9e, ali\u00e9n\u00e9e par le f\u00e9tichisme des gadgets, jusqu\u2019aux cons\u00e9quences les plus tragiques. <em>Luna-Park<\/em> (la m\u00eame ann\u00e9e) met aux prises avec le milieu du cin\u00e9ma les r\u00eaves d\u2019une femme-oiseau s\u2019\u00e9chappant telle une Icare du labyrinthe vers un avenir utopique. <em>L\u2019\u00c2me<\/em>, troisi\u00e8me volet du triptyque, pose la question de ce qui est sp\u00e9cifique \u00e0 l\u2019humain dans un univers envahi par les robots. Comme l\u2019explicitent <em>Les Manigances<\/em>, interm\u00e8de \u00e0 la 1\u00e8re personne publi\u00e9 dans l\u2019intervalle de ces trois romans, l\u2019ultime finalit\u00e9 de l\u2019art consiste \u00e0 capter les liens invisibles sous l\u2019infinit\u00e9 des ph\u00e9nom\u00e8nes. Une science de l\u2019existence est n\u00e9cessaire pour approcher l\u2019essence du r\u00e9el, non sans un regard au laser transper\u00e7ant les d\u00e9mences ordinaires de la vie moderne en y r\u00e9v\u00e9lant un contenu tragi-comique, \u00e9pique et f\u00e9erique. L\u2019artificialit\u00e9 de ce monde, nous dit Elsa, postule une idol\u00e2trie. Ce caract\u00e8re impeccable que rev\u00eat la marchandise pour se faire adorer, n\u2019est-il pas une imitation des attributs divins, quand bien m\u00eame il s\u2019agit de camelote ? \u00c0 l\u2019extr\u00eame limite o\u00f9 les contradictions vouent au divorce, \u00e0 la haine et \u00e0 la guerre, un appel \u00e0 l\u2019amour absolu mue le cri du malheur en \u00e9clat de rire divin, de sorte que rien de ce qui est humain et divin ne nous para\u00eet plus \u00e9tranger. Tout ce qui va de l\u2019immanence \u00e0 la transcendance est du ressort d\u2019Elsa. <em>\u00abExprimer l\u2019inconnaissable, voil\u00e0 la t\u00e2che de l\u2019artiste \u00bb,<\/em> r\u00e9sume-t-elle en faisant s\u2019extasier les personnages de <em>L\u2019\u00c2me<\/em> devant <em>\u00ab l\u2019art sacr\u00e9 dans toute sa puret\u00e9 \u00bb.<\/em> C\u2019est la r\u00e9ification g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e d\u2019un monde o\u00f9 r\u00e8gne l\u2019illusion qu\u2019\u00e9claire son troisi\u00e8me \u0153il \u2013 l\u2019\u0152il imaginal de Sh\u00e9h\u00e9razade. En cet univers factice, comment la critique radicale ne serait-elle pas un trompe-l\u2019\u0153il, si elle se voue \u00e0 d\u00e9truire l\u2019art et le sacr\u00e9 ? C\u2019est ainsi qu\u2019en Mai 68, Elsa croit utile d\u2019offrir \u00e0 la jeunesse en r\u00e9volte un po\u00e8me de V\u00e9limir Khlebnikov qui, un demi-si\u00e8cle plus t\u00f4t, en appelait \u00e0 mettre le globe sous la pr\u00e9sidence des po\u00e8tes. Cohn-Bendit r\u00e9pond par l\u2019injure et Guy Debord se fend d\u2019un tract anonyme pr\u00e9tendant ridiculiser Aragon.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Mais si tout n\u2019est que faux semblant dans un jeu de miroirs, la question d\u00e9cisive est de savoir s\u2019il est une issue possible au d\u00e9dale de l\u2019histoire. J\u2019avance une hypoth\u00e8se ayant ambition de th\u00e8se au terme d\u2019une lecture se voulant sa d\u00e9monstration : contre le franc-parler trompeur du discours id\u00e9ologique, le mentir-vrai de l\u2019artiste aura toujours le dernier mot. Car les romans que nous venons de relire anticip\u00e8rent un processus de long terme souterrainement \u00e0 l\u2019\u0153uvre pendant les d\u00e9cennies cons\u00e9cutives \u00e0 la Seconde guerre mondiale. Ce processus a deux composantes, qui vinrent au jour en Mai 68 et caract\u00e9risent l\u2019impasse o\u00f9 para\u00eet bloqu\u00e9e l\u2019histoire. La destruction cr\u00e9atrice, ou innovation destructrice, envisag\u00e9e comme un moteur objectif de l\u2019\u00e9conomie capitaliste ; et l\u2019individu psychiquement sinistr\u00e9, qui en est l\u2019agent subjectif. Ces deux aspects intimement li\u00e9s&#8230;<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">*<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Mais l\u2019id\u00e9ologie dominante les s\u00e9pare, articulant une euphorie de fa\u00e7ade <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">h\u00e9rit\u00e9e de l\u2019\u00e8re ant\u00e9rieure \u00e0 la fatalit\u00e9 d\u2019une crise insoluble. Il est interdit <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">de renverser le sch\u00e9ma, pour prouver que le d\u00e9sastre humain trouve son <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">origine dans une guerre de cent ans dont nul n\u2019est sorti depuis la Der des <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Ders, conscience historique \u00e0 partir de laquelle se pourrait imaginer une <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">alternative \u00e0 la catastrophe programm\u00e9e. L\u2019\u0153uvre d\u2019Elsa Triolet fournit cette interpr\u00e9tation, qui offre issue au d\u00e9dale. Elle est l\u2019un des plus hauts appels \u00e0 cette conscience dans la litt\u00e9rature du XXe si\u00e8cle. \u00c0 partir du mod\u00e8le hors mesure que fut pour elle Ma\u00efakovski, s\u2019\u00e9labore un type humain contradictoire dont tous ses personnages pr\u00e9cisent l\u2019intuition. Ce type humain pousse \u00e0 leur paroxysme les postulats de la modernit\u00e9, mais conserve la nostalgie des origines. Son \u00e9nergie peut lui faire briser les cha\u00eenes de la tradition dans un sens cr\u00e9atif et r\u00e9volutionnaire, alors que la soci\u00e9t\u00e9 ne doit plus sa croissance qu\u2019\u00e0 une d\u00e9molition syst\u00e9matique des <\/span><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">anciens liens sociaux, dans une d\u00e9marche destructrice et r\u00e9actionnaire. Ce conflit se jouait en 1968, \u00e0 Prague aussi bien qu\u2019\u00e0 Paris ou \u00e0 Mexico. Depuis lors, un cyclope aux vell\u00e9it\u00e9s panoptiques n\u2019a de cesse d\u2019aveugler l\u2019humanit\u00e9, mais que peut-il contre le troisi\u00e8me \u0153il de Sh\u00e9h\u00e9razade, son \u0152il imaginal ? <em>\u00c9coutez-voir<\/em>, nous dit-elle : c\u2019est le titre du roman imag\u00e9 qu\u2019Elsa publie \u00e0 l\u2019automne 68. Dans cette iconographie d\u00e9clinant tous les degr\u00e9s du trompe-l\u2019\u0153il (dont une photo de Man Ray reproduisant le masque de l\u2019Inconnue de la Seine, aux yeux ouverts), les acteurs du mois de Mai pouvaient-ils imaginer qu\u2019ils \u00e9taient \u00e0 leur insu les prisonniers du pi\u00e8ge qu\u2019Elsa leur avait tendu depuis <em>Le Grand Jamais<\/em>, publi\u00e9 cinq ans plus t\u00f4t, qui mettait en sc\u00e8ne un historien doutant apr\u00e8s sa mort de la v\u00e9racit\u00e9 de l\u2019histoire, et invitant \u00e0 la consid\u00e9rer plut\u00f4t comme un roman ? Fiction poursuivie cinq ans plus tard par sa femme, dans ce livre <em>\u00ab o\u00f9 tout aurait \u00e9t\u00e9 v\u00e9ridiquement faux \u00bb<\/em> ? Les \u00e9v\u00e9nements de Mai (nulle part mieux \u00e9clair\u00e9s que par <em>Les Yeux<\/em>, chapitre du Th\u00e9\u00e2tre\/Roman d\u2019Aragon paru encore cinq ans plus tard), trouvent donc leur coh\u00e9rence ironique en cet ultime triptyque d\u2019Elsa Triolet, conclu en 1969 par <em>La Mise en mots<\/em>. Le march\u00e9 ne pouvant plus se passer de muses ni d\u2019\u00e9g\u00e9ries, c\u2019est l\u2019image fallacieuse que lui abandonne Elsa dans <em>Le Rossignol se tait \u00e0 l\u2019aube<\/em>, dernier chant de l\u2019\u00e9corch\u00e9e vive avant de gagner son brasier de sorci\u00e8re. N\u00e9e Ella Kagan (patronyme juif \u00e9quivalant \u00e0 Cahen), l\u2019\u00c9trang\u00e8re porta jusqu\u2019\u00e0 son dernier souffle au plus haut degr\u00e9 d\u2019incandescence le g\u00e9nie de la jud\u00e9it\u00e9, contre le juda\u00efsme d\u2019un Ma\u00efmonide qui condamnait \u00e0 mort enchanteurs et sorci\u00e8res \u2013 soit : le couple de l\u2019a\u00e8de et de Sh\u00e9h\u00e9razade.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Source\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.spherisme.be\/Texte\/ElsaTrioletProphetesse.pdf\">https:\/\/www.spherisme.be\/Texte\/ElsaTrioletProphetesse.pdf<\/a><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">URL de cet article :<\/span><\/strong> <a href=\"http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/17426-2\/\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/17426-2\/<\/span><\/a><strong><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\"><br \/>\n<\/span><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/2022\/03\/08\/des-femmes-dhier-et-daujourdhui\/000-symbole-feminin-gif\/\" rel=\"attachment wp-att-17404\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-17404\" src=\"http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/000.-Symbole-f\u00e9minin-GIF.gif\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"155\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif; font-size: 14pt;\">8 mars 2022<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Qui a peur d\u2019Elsa Triolet\u00a0? &nbsp; &nbsp; proph\u00e9tesse de l&rsquo;avant-garde situationniste \u00a0 Jean-Louis Lippert \u2013 alias Anatole Atlas \u00a0 &nbsp; \u00a0 \u00a0 &nbsp; &nbsp; \u00a0 Un soir, je passais sur le boulevard du Montparnasse. 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Les gens&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/17426"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17426"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/17426\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17431,"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/17426\/revisions\/17431"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17426"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}