{"id":22655,"date":"2023-05-03T20:03:03","date_gmt":"2023-05-03T18:03:03","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/?page_id=22655"},"modified":"2023-05-08T16:58:53","modified_gmt":"2023-05-08T14:58:53","slug":"parallaxe-du-kremlin-3","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/parallaxe-du-kremlin-3\/","title":{"rendered":"Parallaxe du Kremlin &#8211; 3"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 48pt; color: #c00000;\"><strong><em>Parallaxe du Kremlin<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 36pt;\"><strong>M\u00e9ditation de L\u00e9nine<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 36pt;\"><strong>sur la r\u00e9ponse de Poutine<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 36pt;\"><strong>(suite de la suite)<\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 18pt;\"><strong>Anatole Atlas \u2013 <em>spherisme.be<\/em> \u2013 1er Mai 2023<\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/2023\/05\/03\/comment-on-ecrit-lhistoire\/z-anatole\/\" rel=\"attachment wp-att-22608\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone wp-image-22608\" src=\"http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Z.-ANATOLE-300x176.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"352\" srcset=\"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Z.-ANATOLE-300x176.jpg 300w, https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Z.-ANATOLE.jpg 750w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">La mort ne met pas un terme au r\u00f4le que nous assigne le th\u00e9\u00e2tre de la vie. Simple sortie de sc\u00e8ne dans les coulisses, le temps d\u2019endosser un autre costume. Celui-ci me sied. M\u00eame vid\u00e9 de mes visc\u00e8res, j\u2019y sens toujours battre mon c\u0153ur, qui ne s\u2019habitue gu\u00e8re aux tr\u00e9pidations contemporaines. L\u2019air empeste l\u2019essence et la fum\u00e9e, comme si les entrailles de la ville p\u00e9taradaient. La circulation des art\u00e8res et des veines est engorg\u00e9e par des hordes motoris\u00e9es. Jusqu\u2019il y a trente ans, jamais on n\u2019avait vu ce qui s\u2019appelle un embouteillage \u00e0 Moscou. Sur\u00a0les larges avenues s\u2019\u00e9coulaient des autobus, des trams, quelques rares voitures. Le rythme de la ville tr\u00e8s peu marchande s\u2019accordait \u00e0 la marche des promeneurs. Aujourd\u2019hui, la\u00a0perspective portant mon nom ressemble \u00e0 un boa boursoufl\u00e9 par une indigestion. L\u2019Ours russe a \u00e9t\u00e9 aval\u00e9 par le march\u00e9 capitaliste, que celui-ci ne peut dig\u00e9rer. J\u2019ai ouvert les yeux comme un nouveau-n\u00e9 revenu de l\u2019au-del\u00e0. Ce qui m\u2019a fait retourner au berceau de nos peuples. Voyage vers les origines et fins derni\u00e8res. Car je suis aussi millions de nouveau-n\u00e9s n\u2019ayant pas re\u00e7u le droit de vivre, en vertu des lois \u00e9conomiques du syst\u00e8me o\u00f9 fut engloutie l\u2019URSS. Les p\u00e9riples de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du miroir sph\u00e9rique m\u2019ont souvent conduit vers la Lena, fleuve originel et tut\u00e9laire long comme cinq et large comme dix Seine, dont j\u2019ai emprunt\u00e9 les\u00a0deux syllabes pour m\u2019offrir un pseudonyme qui ne d\u00e9m\u00e9rit\u00e2t pas du fleuve de l\u2019Histoire. La\u00a0Lena m\u2019a baign\u00e9 dans son lit tout un si\u00e8cle couch\u00e9 \u00e0 r\u00eaver et \u00e0 m\u00e9diter. C\u2019est une immensit\u00e9 sans feux ni lieux qu\u2019habitaient nos peuples destin\u00e9s \u00e0 pr\u00e9server l\u2019absoluit\u00e9 de la steppe et du\u00a0ciel, des for\u00eats et des lacs, des fleuves et du gel. Ce n\u2019\u00e9tait bien s\u00fbr pas l\u2019unique fleuve !<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">\u00ab <em>Soudain, l\u00e0 o\u00f9 \u00e9tait la Volga, s\u2019ouvrit la gueule d\u2019une crevasse o\u00f9 s\u2019engouffr\u00e8rent des colonnes de soldats, musique en t\u00eate, suivies des clerg\u00e9s en procession portant banni\u00e8res et ic\u00f4nes, puis des millions de moujiks b\u00e2ton \u00e0 la main, besace sur le dos, ayant tous m\u00eame visage\u00a0; la crevasse engloutissait aussi les nuages ainsi que la lune et les \u00e9toiles qui tombaient en tourbillons comme des cristaux de neige<\/em>\u00a0\u00bb. Tout est possible\u00a0: c\u2019est ce que m\u2019apprend l\u2019exp\u00e9rience du r\u00e9veil apr\u00e8s un si\u00e8cle de sommeil o\u00f9 m\u2019est revenue cette vision de Maxime Gorki. Tout est possible, y compris que rien de tout ceci n\u2019existe, et que ma d\u00e9pouille continue de dormir dans son mausol\u00e9e selon les lois seules de la mati\u00e8re, sans que ne soit r\u00e9elle aucune de mes visions spectrales, non plus que la r\u00e9ponse de Vladimir Poutine \u00e0 un message que je\u00a0ne\u00a0lui ai jamais adress\u00e9. Pourtant, n\u2019est-elle pas r\u00e9elle, cette femme que je vois mendier en jouant du violon sous le mur du Kremlin\u00a0? N\u2019est-il pas tr\u00e8s probable qu\u2019elle apprit la musique au temps de l\u2019Union sovi\u00e9tique et que ses filles seront contraintes comme elle \u00e0 la mendicit\u00e9\u00a0? Si je lui lance \u00ab\u00a0<em>Dieu n\u2019existe pas<\/em>\u00a0\u00bb, ne se r\u00e9criera-t-elle pas, outrag\u00e9e, comme chez Gorki\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Quelle autre esp\u00e9rance<\/em>\u00a0?\u00a0\u00bb. Ne se changera-t-elle pas en d\u00e9mon ail\u00e9 s\u2019envolant vers la Volga pour aller s\u2019engloutir dans la crevasse r\u00eav\u00e9e par Maxime, tandis que sonneront les cloches \u00e0 l\u2019Eglise de la R\u00e9surrection\u00a0? L\u2019histoire a forg\u00e9 dans ma poitrine une cloche dont il n\u2019est pas un \u00eatre qui n\u2019ait per\u00e7u les vibrations sonores au cours du dernier si\u00e8cle. M\u00eame si mon c\u0153ur s\u2019est arr\u00eat\u00e9 de battre voici pr\u00e8s de cent ans. Je vois se dessiner dans les nuages un \u00e9norme marteau qui servit pour cr\u00e9er cette cloche, marteau croisant une lune en faucille. Faucille et marteau me scrutent, sans que je puisse interpr\u00e9ter le sens de leur observation. La lune murmure quelque chose et la place Rouge entame une ronde autour de mon cercueil. Participe au man\u00e8ge le\u00a0cort\u00e8ge des limousines emportant ministres, banquiers, magnats, g\u00e9n\u00e9raux, stars du show-biz et ma\u00eetresses d\u00e9shabill\u00e9es par Dior \u00e0 l\u2019invitation d\u2019Anna Karenine et de James Bond, pour\u00a0inaugurer le casino d\u2019Eug\u00e8ne On\u00e9guine, dont le croupier serait le prince Mychkine. Le\u00a0d\u00e9sespoir me tord les tripes. Je sens une morsure \u00e0 l\u2019estomac. Mes poumons crient l\u2019appel \u00e0 un air qui ne soit satur\u00e9 de gaz toxiques. Reprenant conscience apr\u00e8s un sommeil long d\u2019un si\u00e8cle, il me semblait avoir la gueule de bois. Ce n\u2019\u00e9tait pas le cas. Si j\u2019\u00e9prouvais les effets d\u2019une m\u00e9chante saoulerie, celle-ci \u00e9tait due plut\u00f4t aux pr\u00e9tendus rem\u00e8des administr\u00e9s contre la maladie s\u00e9nile du communisme. Comment n\u2019\u00eatre pas empoisonn\u00e9 par les tord-boyaux servis pour breuvages id\u00e9ologiques depuis trois d\u00e9cennies, dont on m\u2019impute la responsabilit\u00e9 ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">J\u2019y oppose le plus efficace des antidotes\u00a0: une multiplication des points de vue contraires, un changement de perspectives\u00a0: parallaxe du Kremlin. La bande en goguette a fait au passage un crochet par mon mausol\u00e9e, pour voir o\u00f9 en \u00e9tait le macchab\u00e9e. Pas de doute, 007 est bien leur chef de meute. Il a gagn\u00e9 la guerre des r\u00f4les du XXe si\u00e8cle et mon message posthume, suivi d\u2019une r\u00e9ponse de Poutine, mobilise depuis un an les experts en d\u00e9cryptage de tous les services de renseignements. J\u2019ai jou\u00e9 l\u2019innocent cadavre et ils ont poursuivi leur chemin. Non sans m\u2019injecter dans les veines au passage un cocktail m\u2019ayant tant d\u00e9fonc\u00e9 que j\u2019ai vu s\u2019envoler cette pauvre joueuse de violon qui a poursuivi sa s\u00e9r\u00e9nade jusqu\u2019\u00e0 la crevasse de Gorki. Car mon trip se passe en musique. Les tambours battent, un accord\u00e9on pousse la romance, on fait pleurer les cordes des balala\u00efkas : toute la place Rouge danse la karaminska\u00efa. Mais le rythme est donn\u00e9 par un plantigrade symbolisant notre pays. Jamais l\u2019Ours russe ne pourrait croire que ma d\u00e9pouille momifi\u00e9e tremble d\u2019effroi, secou\u00e9e d\u2019une crise de larmes. Qu\u2019est-ce qu\u2019on lui en a fait croire\u00a0! Pendant 1000 ans, il a cru au tsar divin. Pendant 100 ans, il crut accomplir les promesses \u00e9vang\u00e9liques. Pendant 10 ans, il crut \u00e0 une baguette magique enduite d\u2019un miel m\u00eal\u00e9 d\u2019alcool frelat\u00e9. Depuis 20 ans, il croit toujours \u00e0 un destin r\u00e9dempteur. Eternelle folie de l\u2019Ours russe\u00a0!\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Lorsque mes pens\u00e9es s\u2019envolent vers certaines contr\u00e9es interdites par les dogmes du mat\u00e9rialisme, je sais que mon cr\u00e2ne reluit comme s\u2019il \u00e9tait enduit d\u2019un baume sous lequel une oreille attentive entendrait courir une pri\u00e8re, adress\u00e9e je ne sais \u00e0 qui ou \u00e0 quoi\u2026 peut-\u00eatre \u00e0 la Sph\u00e8re\u00a0? Gorki dit aux humains que leur essence est d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une sph\u00e8re inconnue. La majorit\u00e9 l\u2019ignore ; une grande part fait mine de ne l\u2019avoir pas entendu. Pour qui se prend-il\u00a0? r\u00e9agissent les autres, \u00e0 l\u2019exception notable d\u2019un pour cent \u2013 dubitatif. Ce qui est vrai partout sur le globe. Si j\u2019avais pu me douter de la m\u00e9diocrit\u00e9 des habitudes un si\u00e8cle apr\u00e8s notre R\u00e9volution d\u2019Octobre, et que rouler dans des limousines ou porter des costumes de grandes marques y serait n\u00e9cessaire pour impressionner les banquiers dont on esp\u00e8re obtenir un cr\u00e9dit destin\u00e9 \u00e0 exploiter la mis\u00e8re du peuple, peut-\u00eatre serais-je rest\u00e9 \u00e0 Zurich jouer aux \u00e9checs avec Tristan Tzara\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Lorsque mon corps en sommeil menace de s\u2019engourdir et que je ressens le danger de me cadav\u00e9riser, lorsque les vacarmes du globe m\u2019emp\u00eachent d\u2019\u00e9couter la musique des sph\u00e8res et que les fum\u00e9es toxiques sont sur le point de me br\u00fbler les yeux\u00a0; lorsque je ne veux plus jouer ce r\u00f4le, je quitte mes d\u00e9froques et me glisse dans les coulisses vers un autre d\u00e9cor.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Je fais d\u2019abord un d\u00e9tour par les toilettes publiques du Kremlin, pour me persuader que je\u00a0dispose encore d\u2019organes en \u00e9tat de fonctionner. Ceux qui me croisent font \u00e0 peine attention \u00e0 la ressemblance de ce vieux type avec celui dont beaucoup port\u00e8rent l\u2019effigie au revers du veston, trop pr\u00e9occup\u00e9s par des soucis urgents comme l\u2019obtention d\u2019un morceau de carcasse de porc enroul\u00e9e dans du papier journal, que d\u00e9bite un ivrogne \u00e0 la sauvette en guettant les miliciens par-dessus la foule, ou le baratin de charlatans revendant sur le trottoir de vieux titres de propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019Etat pour une bouteille de vodka. Le souvenir de mes entrailles alors se glace. <em>Kto vinovat<\/em>\u00a0? \u00e9crivait Herzen. Qui est coupable\u00a0? Et l\u2019\u00e9motion me tord les boyaux dont je conserve souvenir fant\u00f4me. L\u2019homme de la modernit\u00e9 ne sait ni ce dont il a besoin ni ce qu\u2019il doit faire. Le march\u00e9 est sa seule autorit\u00e9. C\u2019est lui qui dicte le devoir, la n\u00e9cessit\u00e9. Au nom de la libert\u00e9. De choix et de soumission. N\u00e9cessit\u00e9 transcendante, impos\u00e9e par les enseignes des grandes marques en place de nos slogans qui vantaient l\u2019\u00e9dification du socialisme et l\u2019amiti\u00e9 entre les peuples. Je ressens le besoin de monter sur une tribune de fortune pour haranguer la foule comme sur les images m\u2019ayant sanctifi\u00e9 pendant trois quarts de si\u00e8cle. Il y aurait tant \u00e0 dire que je pr\u00e9f\u00e8re suspendre mes projets de vagabondage.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Mieux vaut mort que Rouge\u00a0: \u00e0 ce slogan souscrivit l\u2019oligarchie russe, dans l\u2019illusion d\u2019un capitalisme qui l\u2019inviterait \u00e0 la table du festin tout en renon\u00e7ant au pillage de ses vivres. D\u00e8s la nuit du 7 d\u00e9cembre 1991, lors d\u2019une r\u00e9union secr\u00e8te au fond des bois, quand trois dirigeants investis par la CIA m\u00e9tayers des domaines de Russie, d\u2019Ukraine et de Bi\u00e9lorussie, signent une\u00a0phrase dont Gorbatchev sera avis\u00e9 apr\u00e8s George Bush (\u00ab\u00a0<em>L\u2019URSS, comme sujet de droit international et r\u00e9alit\u00e9 g\u00e9opolitique, n\u2019existe plus<\/em>\u00a0\u00bb), ces domaines passent aux mains d\u2019Oncle Sam. La phrase fait \u00e9tat d\u2019un sujet (de droit) et d\u2019un objet (politique). Si les trois hommes furent soudoy\u00e9s par un pouvoir \u00e9tranger, quelle est la valeur juridique de cette forfaiture\u00a0? Si\u00a0leurs fonctions officielles invalident l\u2019appartenance \u00e0 l\u2019Union sovi\u00e9tique, en quoi cette entit\u00e9 historique peut-elle \u00eatre annul\u00e9e sans l\u2019aval des peuples concern\u00e9s\u00a0? Ce hiatus entre sujet et objet aurait pu mobiliser l\u2019intelligentsia mondiale, au nom de l\u2019importance objective de cette entit\u00e9 pour l\u2019humanit\u00e9. L\u2019URSS an\u00e9antie, ses centres de pouvoir pass\u00e9s sous contr\u00f4le occidental et ses citoyens \u00e9duqu\u00e9s aux raffinements des hamburgers et des sodas sucr\u00e9s, des\u00a0s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es am\u00e9ricaines et des voitures teutonnes, de la mode italienne et des parfums fran\u00e7ais, rien n\u2019y fera : la gueule de l\u2019Ours russe conserve son couteau entre les dents.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Les ann\u00e9es 90 en Russie s\u2019associent \u00e0 l\u2019image d\u2019une maison en flammes. Certains s\u2019enfuyaient, d\u2019autres p\u00e9rissaient dans l\u2019incendie, plus rares \u00e9taient ceux qui tentaient d\u2019\u00e9teindre le sinistre car, malgr\u00e9 l\u2019immensit\u00e9 de nos fleuves et de nos lacs, o\u00f9 trouver l\u2019eau salvatrice ? Toute la gauche internationale, y compris communiste, s\u2019aligna sur la social-d\u00e9mocratie lib\u00e9rale pour tourner les talons. Ces estomacs qui s\u2019\u00e9taient goinfr\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9volution sovi\u00e9tique d\u00e9savouaient celle-ci : non, ils n\u2019avaient aucun rapport avec nous ; non, nous ne correspondions pas \u00e0 leur vision d\u2019un socialisme id\u00e9al ! Mais la singularit\u00e9 de l\u2019Ours russe depuis mille ans ne tient-elle pas \u00e0 sa survie dans une maison en flammes ? D\u00e8s que l\u2019URSS fut d\u00e9clar\u00e9e d\u00e9funte par les l\u00e9gistes occidentaux, ceux-ci s\u2019empress\u00e8rent d\u2019interdire toute autopsie du corps, qui aurait entra\u00een\u00e9 la d\u00e9tection des intoxications sciemment inocul\u00e9es par l\u2019Occident lui-m\u00eame, apr\u00e8s quoi le cadavre fut d\u00e9soss\u00e9 par ces experts et les vieux organes jet\u00e9s au rebut. Je continue de croire que de tels organes \u00e9taient vitaux pour l\u2019humanit\u00e9 !<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Car le parti du Drapeau Rouge, au cours du XXe si\u00e8cle, a principalement socialis\u00e9 les secteurs strat\u00e9giques de la soci\u00e9t\u00e9, d\u00e9velopp\u00e9 les services publics, donn\u00e9 des droits aux anciens serfs comme l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, aux soins m\u00e9dicaux, \u00e0 la culture et au sport ; c\u2019est lui qui est \u00e0 l\u2019initiative des cong\u00e9s pay\u00e9s et des droits \u00e0 la retraite vus comme un salaire diff\u00e9r\u00e9. Il a r\u00e9duit le pouvoir des ma\u00eetres et ouvert la perspective d\u2019un monde o\u00f9 tous pourraient jouir, <em>par droit d\u2019essence humaine<\/em>, d\u2019une existence \u00e0 l\u2019abri des fl\u00e9aux apocalyptiques : famines et pestes, guerres et morts. Pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire, un tel horizon ne relevait plus de l\u2019utopie. Tel fut le vrai bilan de la R\u00e9volution d\u2019Octobre et de l\u2019aventure sovi\u00e9tique. Telle est aussi la raison pour laquelle, m\u00eame si les arm\u00e9es de Moscou ne sont pas susceptibles d\u2019entra\u00eener un enthousiasme universel en 2022 comme elles le firent en 1922, les sympathies de la plus grande part du genre humain lui sont acquises en Am\u00e9rique du Sud, en Afrique et en Asie. Mais, comme le disait Marx, les id\u00e9es dominantes sont celles de la classe dominante, ma\u00eetresse d\u2019instruments de propagande globaux. Si nous n\u2019en sommes plus \u00e0 un centenaire pr\u00e8s, voici juste un si\u00e8cle parut l\u2019ouvrage majeur en la mati\u00e8re <em>Public Opinion<\/em> de l\u2019id\u00e9ologue am\u00e9ricain Walter Lippmann. Sous l\u2019expression <em>manufacture of consent<\/em>, s\u2019y trouve exprim\u00e9e la\u00a0n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un contr\u00f4le de l\u2019opinion publique pour garantir la soumission des foules aux in\u00e9luctables \u00e9volutions du capitalisme. Le m\u00eame Lippmann serait l\u2019organisateur, en 1938 \u00e0\u00a0Paris, d\u2019un colloque o\u00f9 pour la premi\u00e8re fois serait acclam\u00e9 publiquement le mot n\u00e9olib\u00e9ralisme.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Edward Bernays reprendrait l\u2019expression dans son livre <em>The Engineering of Consent<\/em>, l\u2019un des plus audacieux manifestes publi\u00e9s par l\u2019industrie des vessies vendues pour des lanternes afin\u00a0de\u00a0conditionner le b\u00e9tail humain de son plein gr\u00e9. De telles man\u0153uvres ont eu raison de\u00a0cette\u00a0moderne Troie que fut l\u2019URSS, o\u00f9 la fameuse ruse du cheval op\u00e9ra sous forme du cheval-vapeur\u00a0: l\u2019automobile. Nulle ville au monde ne fut plus engorg\u00e9e par cette abomination que Moscou, d\u00e8s que les publicit\u00e9s commerciales y d\u00e9ploy\u00e8rent des r\u00e9clames g\u00e9antes en faveur des marques occidentales. Il ne fait aucun doute que figure dans leurs plans la prise du Kremlin sur lequel flotteraient les banni\u00e8res \u00e9toil\u00e9es des United States et de l\u2019Union europ\u00e9enne, d\u2019o\u00f9\u00a0seraient organis\u00e9s des circuits touristiques au bagne de Dosto\u00efevski, les Sib\u00e9riens y jouant en costumes folkloriques les r\u00f4les de leurs anc\u00eatres, ainsi que les Sioux dans les r\u00e9serves indiennes du Dakota. \u00a0Je siffle \u00e0 nouveau vers l\u2019Ouest \u00a0six notes entamant l\u2019hymne maudit :\u00a0 <em>So-youz-ni\u00e9-r\u00e9-chi-mi<\/em>. Soient-elles donc insuffl\u00e9es dans <em>Global Viewpoint<\/em>\u00a0!<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Les humeurs de l\u2019Atlantique sont impr\u00e9visibles. S\u2019il peut sommeiller des jours et des nuits, telle une b\u00eate impassible dont rien sinon le vent n\u2019a les moyens de perturber un corps prenant ses aises entre l\u2019Afrique, l\u2019Europe et l\u2019Am\u00e9rique, certaines insolences humaines le font sortir de sa torpeur. Ce qu\u2019observe un scribe au bord du rivage, o\u00f9 le requiert l\u2019obligation de capter la voix de L\u00e9nine telle qu\u2019elle parvient \u00e0 Gibraltar par des canaux insolites, et d\u2019assurer la bonne r\u00e9ception de ses messages par le royaume des Atlantes. Une temp\u00eate s\u2019est lev\u00e9e qui propulse des vagues \u00e9normes vers l\u2019h\u00f4tel Atlantic o\u00f9 s\u2019agite un curieux man\u00e8ge. Des engins \u00e0 moteur par centaines y produisent vacarme et fum\u00e9e sur le gigantesque parking. \u00ab\u00a0<em>DESERT SPIRIT EXPERIENCE<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>JOIN THE ADVENTURE<\/em>\u00a0\u00bb : les banderoles affichant ces slogans flanqu\u00e9s des logos de grandes marques automobiles sont emport\u00e9es par de r\u00e9jouissantes bourrasques. L\u2019oc\u00e9an se d\u00e9cha\u00eene. Les tentes volent, sous lesquelles \u00e9taient abrit\u00e9s buggys, motos et camions pr\u00eats pour le d\u00e9part d\u2019un rallye qui devrait traverser le Sahara. Cette fa\u00e7on qu\u2019ont les humains d\u2019offenser leur propre intelligence irrite au plus haut point les \u00e9l\u00e9ments. De furieux coups de pattes sont lanc\u00e9s par les flots jusqu\u2019au mur de l\u2019h\u00f4tel o\u00f9 se calfeutrent les pilotes. Col\u00e8re cr\u00e9pitant sur le Rocher des Djinns \u00e0 la grande joie des Atlantes. Le scribe voit alors bondir dans les airs ce qui ressemble \u00e0 une voile de parapente, affubl\u00e9e de la r\u00e9clame publicitaire du principal sponsor de l\u2019\u00e9v\u00e9nement : \u00ab\u00a0<em>HUMANITY IS ONE TEAM COACHING BY GLOBAL VIEWPOINT<\/em>\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Le coucher du soleil sur la place Rouge m\u2019\u00e9voque autant les banderoles de la R\u00e9volution d\u2019Octobre que les torrents de feu se r\u00e9pandant dans le ciel \u00e9voqu\u00e9s par Gorki, quand il se souvient de sa petite enfance. Vision du monde fantastique, enchant\u00e9e, f\u00e9erique : tout ce qu\u2019a perdu l\u2019univers contemporain. Quel conte voulez-vous entendre, qui rende significative cette nuit de romance berc\u00e9e par accord\u00e9ons, tambours et balala\u00efkas ?&#8230; J\u2019ai dit aux nuages qu\u2019il \u00e9tait l\u2019heure d\u2019aller se coucher, qu\u2019ils devaient se montrer sages. Et ils ont suivi mon conseil sans rechigner, comme des \u00e9l\u00e9ments naturels aussi bien \u00e9lev\u00e9s que le soleil, disparu de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la Moskova. Ce genre de relations (qu\u2019entretenait Ma\u00efakovski quand il voyait les nuages en pantalons, non sans conjecturer que <em>si les \u00e9toiles s\u2019allument dans le ciel c\u2019est parce qu\u2019elles sont \u00e0 quelqu\u2019un utiles<\/em>), je ne l\u2019entretenais gu\u00e8re de mon vivant. Telle \u00e9tait l\u2019insigne faiblesse de notre mat\u00e9rialisme dialectique, raill\u00e9 par Maxime Gorki. Tr\u00e8s t\u00f4t celui-ci parlait au fleuve, aux arbres et aux oiseaux, selon l\u2019enseignement de sa grand-m\u00e8re. Si nous avions int\u00e9gr\u00e9 ces le\u00e7ons dans la th\u00e9orie du Dia-Mat, il n\u2019y aurait pas eu de guerre entre Kiev et Moscou. Quand le petit Alexis Pechkov n\u2019avait pas encore pris pour pr\u00e9nom celui de son p\u00e8re mort et pour nom de plume le mot signifiant \u00ab amer \u00bb, il entrevoyait d\u00e9j\u00e0 des v\u00e9rit\u00e9s qu\u2019il n\u2019est jamais trop tard pour m\u00e9diter. \u00ab\u00a0<em>Plus tard, \u00e9crit-il, j\u2019ai compris que les Russes, dont la vie est morne et mis\u00e9rable, trouvent dans leur chagrin une distraction. Dans la monotonie de la vie quotidienne, le malheur est une f\u00eate et l\u2019incendie un divertissement<\/em>\u00a0\u00bb. Mais Gorki se garde bien d\u2019\u00e9riger ce constat en v\u00e9rit\u00e9 absolue pour la Vieille Russie. Tout se passe \u00e0 ses yeux comme si le souvenir de celle-ci recelait un tr\u00e9sor perdu, remontant \u00e0 l\u2019\u00e9poque lointaine d\u2019avant le choc provoqu\u00e9 par l\u2019invasion napol\u00e9onienne. Ainsi fait-il dire par exemple \u00e0 son grand-p\u00e8re : \u00ab\u00a0<em>De notre temps, les v\u00eatements \u00e9taient bien plus beaux et plus riches qu\u2019aujourd\u2019hui. On s\u2019habillait mieux, mais on vivait plus simplement et la bonne entente r\u00e9gnait. Ces temps ne reviendront plus<\/em>\u00a0\u00bb. Nous n\u2019avons pas assez lu Gorki pour comprendre l\u2019utopie sovi\u00e9tique : une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de retrouver l\u2019archa\u00efque unit\u00e9 perdue. Celle-ci a pour lien une langue sacralis\u00e9e. Laquelle, par la gr\u00e2ce des contes, permet de voir le monde comme une f\u00e9erie magique. Ainsi de la l\u00e9gende d\u2019une cit\u00e9 nomm\u00e9e Kiteje, devenue invisible sous la menace tatare sans cesser d\u2019exister. Parfaite m\u00e9taphore de la patrie des prol\u00e9taires engloutie ; mais aussi vision po\u00e9tique et apocalyptique d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9concili\u00e9e toujours en devenir. Orphelin de p\u00e8re en bas \u00e2ge, le petit Alexis s\u2019invente des histoires dont il est le h\u00e9ros mythique : \u00ab\u00a0<em>Je le voyais cheminer tout seul, un b\u00e2ton \u00e0 la main, et un chien \u00e0 longs poils le suivait<\/em>\u00a0\u00bb. Fid\u00e8le \u00e0 son p\u00e8re, il sublimerait la figure l\u00e9gendaire du vagabond mystique et solitaire illustr\u00e9e d\u00e9j\u00e0 par Dosto\u00efevski dans Souvenirs de la maison des morts\u2026 Sa m\u00e8re \u00e9tant partie sur les chemins de l\u2019aventure avec un officier enr\u00f4l\u00e9 contre les Turcs suite aux soul\u00e8vements de Bosnie-Herz\u00e9govine, le futur Gorki reste avec ses grands-parents qui l\u2019initient aux rites ancestraux. Sa grand-m\u00e8re \u00e9tale du foin la nuit dans le jardin o\u00f9 ils s\u2019allongent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te : \u00ab\u00a0<em>Regarde l\u2019\u00e9toile qui est tomb\u00e9e ! C\u2019est une \u00e2me pure prise de nostalgie, l\u00e0-haut, en se souvenant de sa m\u00e8re, la terre. Quelque part, un enfant vient de na\u00eetre.<\/em>\u00a0\u00bb Ou bien : \u00ab\u00a0<em>Une \u00e9toile s\u2019est lev\u00e9e, regarde comme elle a un grand \u0153il ! \u00d4 ciel, chasuble \u00e9tincelante de Dieu<\/em>\u00a0\u00bb\u2026 Quand Gorki fait dire \u00e0 sa grand-m\u00e8re qu\u2019\u00ab\u00a0<em>au printemps, la Tr\u00e8s Sainte M\u00e8re de Dieu couvre les champs de fleurs<\/em>\u00a0\u00bb, cette croyance ne diff\u00e8re en rien de la v\u00e9n\u00e9ration manifest\u00e9e par les Indiens d\u2019Am\u00e9rique du Sud pour la Pachamama. D\u2019autres fois, il est question de \u00ab\u00a0<em>Notre M\u00e8re la Volga<\/em>\u00a0\u00bb. T\u00e9moignage de son grand-p\u00e8re : \u00ab\u00a0<em>Un pauvre haleur entonnait une chanson qui lui venait du c\u0153ur et toute l\u2019\u00e9quipe la reprenait dans un grondement de tonnerre. Le frisson vous en passait sur la peau et la Volga semblait couler plus vite, on aurait dit qu\u2019elle allait se cabrer comme un cheval et atteindre les nuages<\/em>\u00a0\u00bb. Lesquels ont suivi mon conseil d\u2019\u00eatre sages et d\u2019aller se coucher de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la Moskova. Gorki ne se laisse pas enfermer dans la querelle d\u2019ivrognes faite par le marxisme \u00e0 l\u2019id\u00e9alisme, au nom d\u2019un mat\u00e9rialisme dont je t\u00e9moigne ici de l\u2019inaptitude \u00e0 expliquer tout ce qui d\u00e9passe l\u2019entendement rationnel. Que les dieux soient une invention des hommes, et la foi l\u2019expression d\u2019\u00e2mes simples face aux myst\u00e8res de l\u2019univers, cela va de soi ; ce qui ne peut emp\u00eacher la persistance de ces myst\u00e8res, ni le besoin perp\u00e9tuel de raviver les sorcelleries du monde surnaturel. Notre plus grande erreur fut de ne pas prendre en consid\u00e9ration la richesse de ces traditions russes. Il nous aura manqu\u00e9 le sens dialectique de les relier \u00e0 la modernit\u00e9. Mais qui, de nos jours, ose-t-il encore y faire la moindre r\u00e9f\u00e9rence ? Il manque aux technocrates et id\u00e9ologues de la Vieille Russie comme de la Nova\u00efa Rus\u2019 le g\u00e9nie de Gorki, qui sera toujours d\u2019actualit\u00e9 dans un mill\u00e9naire. Quelle importance, dira-t-on, ces racontars de va-nu-pieds ? Car tel \u00e9tait le petit Gorki, trait\u00e9 de gueux par les autres enfants qui l\u2019humiliaient tel un gamin des rues. Mon but est de r\u00e9v\u00e9ler ce qu\u2019eut de sp\u00e9cifiquement russe l\u2019\u00e9closion de son g\u00e9nie quand, au gr\u00e9 de rencontres hasardeuses, il s\u2019initia seul \u00e0 la lecture et \u00e0 l\u2019\u00e9criture avant d\u2019ironiquement baptiser \u00ab\u00a0<em>Mes universit\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb son apprentissage d\u2019a\u00e8de \u00e9coutant la voix du fleuve.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Il exp\u00e9rimenta ce qu\u2019il y avait de plus sauvage dans une r\u00e9alit\u00e9 russe que le monde occidental ne peut imaginer. Depuis ce mausol\u00e9e, je voudrais \u00e9clairer la diff\u00e9rence radicale apport\u00e9e par son \u0153uvre dans la conscience europ\u00e9enne, avec celle d\u2019un aventurier d\u2019outre-Atlantique dont immense fut l\u2019influence : Hemingway. La comparaison de ces deux parcours me para\u00eet indispensable pour comprendre ce qui se joue souterrainement dans la guerre en Ukraine. Oui, le XXe si\u00e8cle fut un match entre deux visions du monde. Gorki fut le v\u00e9ritable concepteur de <em>Global Viewpoint<\/em>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">On ne croira pas davantage \u00e0 cette m\u00e9ditation d\u2019un revenant qu\u2019on ne croit au fant\u00f4me du vieil Hamlet. Et c\u2019est pourtant ce spectre qui inspira \u00e0 Marx son <em>Manifeste communiste<\/em>. Hemingway fut l\u2019un des concepteurs de l\u2019existentialisme, id\u00e9ologie niant toute essence et toute r\u00e9demption de l\u2019\u00e2me (donc toute spectralit\u00e9), n\u00e9cessaire \u00e0 la bourgeoisie du XXe si\u00e8cle. Cette vision du monde explosa sur les murs de Paris dans le slogan <em>Jouir sans entraves<\/em>, mot d\u2019ordre du consum\u00e9risme h\u00e9doniste qui s\u2019affiche en lettres g\u00e9antes au long de l\u2019h\u00f4tel Atlantic. Sur fond d\u2019images \u00e9d\u00e9niques sont align\u00e9es les inscriptions publicitaires : \u00ab\u00a0<em>CHAQUE RENCONTRE EST UNE BELLE HISTOIRE<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>CHAQUE MOMENT EST UNE FOLLE AVENTURE<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>CHAQUE REPAS EST CELEBRATION<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>CHAQUE GESTE EST CREATION DE SITUATION<\/em>\u00a0\u00bb. Dans le march\u00e9 n\u00e9ocapitaliste, les activit\u00e9s qui exhibent avec le plus d\u2019ostentation les apparences de la f\u00e9licit\u00e9 s\u2019ignorent des ombres ayant perdu leur corps. Karl Marx le disait explicitement, le Christ en forme de parabole, Socrate par sa fable de la caverne. Ces visions globales cristallisent des v\u00e9rit\u00e9s qui traversent les si\u00e8cles ; elles d\u00e9tiennent une puissance de feu dont s\u2019irradie la v\u00e9ritable vie. Quand fut tu\u00e9e l\u2019essence de la Parole au profit de la Valeur, l\u2019existence ne fit plus illusion que par une surench\u00e8re dans les signes ext\u00e9rieurs : enveloppe vide, coquille creuse, \u00e9corce priv\u00e9e de s\u00e8ve, armure sans corps, contenant d\u00e9pourvu de contenu. C\u2019est pourquoi le Conseil des Sages a r\u00e9solu d\u2019injecter une pens\u00e9e vive dans la structure financi\u00e8re servant \u00e0 blanchir de l\u2019argent sale, baptis\u00e9e <em>Global Viewpoint<\/em>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Apr\u00e8s la mort se d\u00e9couvrent bien des choses qu\u2019on ne voyait pas de son vivant. C\u2019est ainsi qu\u2019un si\u00e8cle entier j\u2019ai veill\u00e9 les yeux clos, m\u00e9ditant avec la sagesse d\u2019un mort \u2013 d\u2019un <em>Maure<\/em>, sobriquet de Marx \u2013 la folie des vivants. Et les morts ont l\u2019humour de me faire parler au pays des Maures. Ceux qui s\u2019\u00e9lanc\u00e8rent vers l\u2019Europe men\u00e9s par un chef pr\u00e9nomm\u00e9 Tarik, lequel donna son nom au jebel ib\u00e9rique \u2013 d\u2019o\u00f9 d\u00e9riva celui de Gibraltar.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Oserait-on dire morte la civilisation d\u2019Al Andalous\u00a0? Epop\u00e9e glorieuse, elle offrit au vieux continent portant nom d\u2019une princesse ph\u00e9nicienne le tr\u00e9sor des lumi\u00e8res antiques, pendant mille ans sous l\u2019\u00e9teignoir de Rome. C\u2019est gr\u00e2ce au g\u00e9nie maure que vinrent \u00e0 l\u2019Europe la math\u00e9matique et la litt\u00e9rature et la philosophie, sciences de la physique et de l\u2019astronomie\u00a0; sans oublier les arts de la musique et de l\u2019architecture, maints ingr\u00e9dients de la cuisine et nombre de techniques artisanales ayant permis son essor, une fois qu\u2019elle s\u2019\u00e9lan\u00e7a sur la voie des conqu\u00eates coloniales. Car il fallut piller les autres terres au prix de massacres g\u00e9nocidaires, et du commerce trilat\u00e9ral d\u00fb aux traites n\u00e9gri\u00e8res, pour que se constituent les r\u00e9serves de m\u00e9taux pr\u00e9cieux indispensables \u00e0 l\u2019accumulation primitive du capital. Toutes r\u00e9alit\u00e9s justifi\u00e9es par l\u2019humanisme \u00e0 vocation universelle. Toutes r\u00e9alit\u00e9s matrices des valeurs assurant la sup\u00e9riorit\u00e9 morale du monde occidental. Au premier rang desquelles ce f\u00e9tiche qui l\u00e9gitime son droit au leadership mondial\u00a0: l\u2019argent. C\u2019est lui qui justifie le supr\u00e9matisme de Wall Street sur quoi se fonde la strat\u00e9gie du Pentagone, \u00e9tay\u00e9e par les imageries de Hollywood, sous surveillance de la Silicon Valley. Donc la mission sacr\u00e9e de l\u2019OTAN contre l\u2019Ours russe. Car le premier imp\u00e9ratif d\u00e9mocratique n\u2019est-il pas celui de la croissance \u00e0 deux chiffres pour les march\u00e9s financiers\u00a0? Le prix des mati\u00e8res premi\u00e8res s\u2019envole-t-il sur les places boursi\u00e8res ? Les populations locales croupissent dans la mis\u00e8re. Telle est la loi du sacrifice expiatoire. Celle de C\u00e9sar. Elle a pour boucs \u00e9missaires en Occident les Maures. Un homme d\u2019Etat s\u2019y opposa\u00a0: Moro. Transgresser les m\u0153urs traditionnelles au nom de pulsions libertaires qui dynamisent le\u00a0march\u00e9 du d\u00e9sir ludique et libidinal, dans un simulacre de r\u00e9volution festive permanente, est\u00a0le meilleur stratag\u00e8me pour perp\u00e9tuer l\u2019empire de C\u00e9sar. Celui dont le r\u00eave est de saigner l\u2019Ours russe afin de mettre \u00e0 l\u2019encan sa peau. Que ces maquignons croient avoir d\u00e9j\u00e0 vendue.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">L\u2019Atlante fixe des yeux l\u2019horizon que les lumi\u00e8res du couchant colorent de sang. Dans son dos tr\u00e9pide le b\u00e9tail de l\u2019h\u00f4tel Atlantic. C\u2019\u00e9taient des bovins qu\u2019H\u00e9racl\u00e8s avait mission d\u2019aller chercher sur une \u00eele au-del\u00e0 de l\u2019Occident pour le dixi\u00e8me de ses travaux, suite \u00e0 quoi re\u00e7urent son nom les colonnes d\u2019Atlas. Qui captera le vrai testament de L\u00e9nine ? Sa voix se fait entendre avec le gr\u00e9sillement caract\u00e9ristique des enregistrements d\u2019il y a cent ans. Manque, en\u00a0fond sonore, une romance de Lydia Ruslanova. Ce dont le scribe ne s\u2019\u00e9tait pas priv\u00e9 pour accompagner son film <em>Hymne pour une ville sans fleuve<\/em>, tourn\u00e9 voici quarante ans lors d\u2019un p\u00e9riple qui passait par Leningrad, le lac Ladoga, Riga, Yalta, Tachkent et Boukhara.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Ce film appartient aux archives de <em>Global Viewpoint<\/em>. L\u2019id\u00e9e du piratage revient au Conseil des Sages d\u2019Atlantide. Ils se sont procur\u00e9 facilement la liste enti\u00e8re des transactions financi\u00e8res pass\u00e9es depuis trois d\u00e9cennies \u00e0 partir des pays de l\u2019ancienne URSS. L\u2019argent transitant par offshores et blind trusts, relevant de multiples juridictions \u00e0 travers le globe, n\u2019a rien d\u2019opaque pour le Rocher des Djinns. Il suffit d\u2019ouvrir un \u0153il. Deux yeux rendent possible une parfaite visualisation du circuit mon\u00e9taire mondial. Un million de milliards, avec les produits d\u00e9riv\u00e9s. Dont un dix milli\u00e8me correspond \u00e0 la r\u00e9mun\u00e9ration annuelle d\u2019une moiti\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9. Une vie de travail, productrice de richesses incommensurables, fait b\u00e9n\u00e9ficier le scribe d\u2019une pension de retraite s\u2019\u00e9levant \u00e0 10 euros mensuels. Quel est donc le secret de sa survie\u00a0? Question que n\u2019ont pas r\u00e9solue les Five Eyes, ainsi que l\u2019on nomme les services de renseignements des cinq pays anglo-saxons\u00a0: United States, England, Canada, Australia, New\u00a0Zeland. Car les mille yeux panoptiques du Cyclope, avec tous leurs gadgets satellitaires, ignorent le troisi\u00e8me \u0153il, seul capable de <em>Global Viewpoint<\/em>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Autour des bulbes d\u2019or tournoient dans le ciel rouge des choucas noirs. Jamais je ne me lasse d\u2019un tel spectacle depuis pr\u00e8s de cent ans que mon corps fut offert aux soins des embaumeurs et que mon \u00e2me revisite les contr\u00e9es mentales o\u00f9 nous avons men\u00e9 tant de combats. Je dois avouer mes erreurs dans le parti pris r\u00e9ducteur qui me fit enjoindre \u00e0 Gorki de renier Dosto\u00efevski. N\u2019\u00e9taient-ce pas les Evangiles que la police d\u00e9couvrit dans sa besace de vagabond, lorsqu\u2019il avait \u00e0 peine plus de vingt ans\u00a0? A Capri, o\u00f9 je lui rendis visite en 1906, m\u2019irritait cet aveuglement. Rentr\u00e9 en Russie quelques ann\u00e9es plus tard, il s\u2019attira encore mes foudres quand je lui reprochai de d\u00e9fendre l\u2019id\u00e9e de Dieu. Dans l\u2019orage r\u00e9volutionnaire de 1917, il publie des <em>Pens\u00e9es inopportunes<\/em> o\u00f9 je suis accus\u00e9 de plonger la Russie dans une barbarie qu\u2019il fustigeait depuis toujours. Son journal sera bient\u00f4t interdit par mes soins. M\u00eame si dix ans plus tard, apr\u00e8s ma mort, il reconna\u00eetra que \u00ab\u00a0<em>le peuple russe, malgr\u00e9 la guerre que lui font les gouvernements d\u2019Europe, a franchi le seuil de la renaissance<\/em>\u00a0\u00bb. Mais c\u2019\u00e9tait en 1928, peu avant la prise de pouvoir par Staline, contre qui je n\u2019ai cess\u00e9 de mettre en garde le Parti jusqu\u2019\u00e0 mon dernier souffle. Il faut prendre au s\u00e9rieux le regard de Gorki, dont les rayons traversent la r\u00e9alit\u00e9 russe pour \u00e9clairer certaines v\u00e9rit\u00e9s peu avouables. Ainsi, tel personnage provincial laissant entendre : \u00ab\u00a0<em>Nous sommes comme qui dirait enterr\u00e9s avant d\u2019\u00eatre morts<\/em>\u00a0\u00bb. Toute la litt\u00e9rature du XIXe si\u00e8cle fait ce constat, d\u2019o\u00f9 r\u00e9sulte ce trait de notre caract\u00e8re\u00a0: un\u00a0intense d\u00e9sir de r\u00e9surrection.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Ce dernier mot (<em>vaskressenie<\/em>) ne d\u00e9signe-t-il pas chez nous le dimanche, ailleurs appel\u00e9 jour du soleil\u00a0? Permettez d\u2019y \u00eatre sensible \u00e0 un homme qui, mort, ne fut jamais enterr\u00e9, jouissant d\u2019une r\u00e9surrection permanente. Et telle fut bien l\u2019utopie sovi\u00e9tique : chaque jour dimanche. L\u00e0\u00a0gisait le secret de l\u2019indolence qui impr\u00e9gnait l\u2019existence collective sous le signe de l\u2019Etoile rouge. O\u00f9 l\u2019on touchait son salaire sans produire de grands efforts, aucun patron n\u2019exer\u00e7ant un droit de propri\u00e9t\u00e9. Particularit\u00e9 raill\u00e9e par l\u2019id\u00e9ologie bourgeoise, qui fustigeait dans la faible productivit\u00e9 due \u00e0 cette insouciance \u00ab\u00a0<em>l\u2019\u00e9chec \u00e9conomique d\u2019un syst\u00e8me<\/em>\u00a0\u00bb. S\u2019il fallait faire la queue pour un saucisson que tous pouvaient acheter, l\u2019Ours russe voit-il comme un progr\u00e8s vingt marques qu\u2019il n\u2019a pas les moyens de payer ? Seule vision du monde convenable\u00a0: celle de la middle class occidentale. Entre les paradis artificiels de l\u2019Ouest et la g\u00e9henne du Tiers-monde, nous f\u00fbmes un purgatoire. Celui-ci aboli, le monde entier retrouve le sch\u00e9ma biblique d\u2019une scission ontologique \u2013 sans la m\u00e9diation propre au christianisme \u2013 entre Eden et Enfer. Ce qui d\u00e9termine les pays slaves d\u2019Europe orientale \u00e0 pencher vers l\u2019Ouest, c\u2019est la masse de plus-value accumul\u00e9e par les m\u00e9tropoles coloniales gr\u00e2ce au pillage multis\u00e9culaire. Sous la f\u00e9rule d\u2019Oncle Sam, cet empire entend conserver l\u2019h\u00e9g\u00e9monie plan\u00e9taire. Nos r\u00e9sistances \u00e0 ce projet sont les vraies raisons de la guerre. Mais dix ann\u00e9es de bombardement du Donbass n\u2019ont pas eu lieu ; les accords de Minsk, ayant servi de leurres pour pr\u00e9parer l\u2019arm\u00e9e de Kiev \u00e0 un conflit militaire planifi\u00e9 de longue date par l\u2019OTAN, n\u2019ont pas exist\u00e9. Voici plus d\u2019un si\u00e8cle, j\u2019ai d\u00e9crit la guerre mondiale comme le r\u00e9sultat d\u2019un partage du monde entre grandes puissances imp\u00e9rialistes\u00a0; celles-ci poursuivent le m\u00eame objectif par une strat\u00e9gie d\u2019encerclement militaire visant \u00e0 terrasser l\u2019Ours russe. Aux ordres d\u2019Oncle Sam, l\u2019Europe en est venue \u00e0 sacrifier ses int\u00e9r\u00eats pour satisfaire les app\u00e9tits de son ma\u00eetre. Et la middle class occidentale, croyant toujours \u00eatre une convive du festin, se trouve assez abrutie pour ne pas voir qu\u2019elle figure au menu comme l\u2019un de ses plats les plus riches en graisse. Tout, plut\u00f4t que des relations mutuellement avantageuses entre les diff\u00e9rents pays de l\u2019Eurasie. Tout plut\u00f4t que la coexistence pacifique d\u2019Ostende \u00e0 Vladivostok.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><iframe loading=\"lazy\" title=\"YouTube video player\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/SZ9BrAO6M9k\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">\u00ab\u00a0<em>On voyait les chevaux d\u2019la mer qui fon\u00e7aient la t\u00eate la premi\u00e8re Et qui fracassaient leurs crini\u00e8res devant le casino d\u00e9sert<\/em>\u00a0\u00bb. Peut-\u00eatre l\u2019Atlante r\u00eave-t-il cette histoire devant le Rocher des Djinns au Maghreb et n\u2019a-t-il jamais quitt\u00e9 le littoral belge, o\u00f9 ses plongeons hivernaux lui\u00a0font chanter sur la plage \u00e0 tue-t\u00eate <em>Comme \u00e0 Ostende<\/em>, vieille rengaine de L\u00e9o Ferr\u00e9 ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Mais cette m\u00e9ditation de L\u00e9nine, et l\u2019introduction d\u2019une Parole en place de la Valeur, dans d\u2019opaques circuits financiers provenant de l\u2019ancienne URSS et transitant par Gibraltar \u2013 comment aurait-il pu les inventer ? Car la pens\u00e9e de Vladimir Ilitch Oulianov n\u2019en finit pas de p\u00e9n\u00e9trer, ainsi qu\u2019en un sinueux tube digestif, les syst\u00e8mes informatiques de la finance mondiale et leurs appendices m\u00e9diatiques. Et d\u2019ailleurs, ce n\u2019est pas sur la digue d\u2019Ostende que l\u2019on verrait ces colonnes de migrants africains circulant \u00e0 l\u2019aff\u00fbt des touristes pour tenter de leur fourguer quelque bibelot, comme devant cet h\u00f4tel Atlantic lorgn\u00e9 par un oc\u00e9an aux aguets sous la brise du soir, lequel se pr\u00e9pare \u00e0 l\u2019engloutir quand l\u2019occasion s\u2019en pr\u00e9sentera. N\u2019est-ce pas son repas pour plusieurs jours que le scribe vient de payer 20 dirhams \u00e0 une Mama s\u00e9n\u00e9galaise ? N\u2019emportera-t-il pas la barquette \u00e9pic\u00e9e pour la mettre au frigo dans son gourbi sans autre pr\u00e9occupation de cuisine, afin de t\u00e9moigner par \u00e9crit d\u2019exp\u00e9riences maghr\u00e9bines que nul ne jugera l\u00e9gitimes en Belgique ? N\u2019est-ce pas pour cette raison qu\u2019il s\u2019est exil\u00e9 de sa patrie de passeport, lui qui comme son grand-p\u00e8re l\u2019a\u00e8de n\u2019eut jamais d\u2019autre vraie citoyennet\u00e9 que sovi\u00e9tique ? Et ne conserve-t-il pas le plus cuisant des souvenirs de son dernier passage \u00e0 Bruxelles ? Une angoisse confinant \u00e0 la torture s\u2019\u00e9tait empar\u00e9e du scribe ill\u00e9gitime ayant envoy\u00e9 tous azimuts une <em>Lettre \u00e0 l\u2019\u00catre<\/em>, puis mobilis\u00e9 ses antennes pour capter d\u2019\u00e9ventuels messages en retour. Lesquels s\u2019assimil\u00e8rent au n\u00e9ant. Toute r\u00e9alit\u00e9 sup\u00e9rieure s\u2019enveloppe de scandale dans l\u2019ar\u00e8ne du cirque mondain. Le prince Mychkine, h\u00e9ros dosto\u00efevskien, brise-t-il un vase de grande valeur lors d\u2019une soir\u00e9e dans la haute soci\u00e9t\u00e9 ? L\u2019effroi g\u00e9n\u00e9ral est racont\u00e9 (\u00ab\u00a0<em>Le fracas, les cris, les pr\u00e9cieux d\u00e9bris \u00e9parpill\u00e9s sur le tapis<\/em>\u00a0\u00bb) ; mais surtout : \u00ab\u00a0<em>ce ne fut ni la honte, ni le scandale qui le frapp\u00e8rent le plus, ce fut l\u2019accomplissement de la proph\u00e9tie<\/em>\u00a0\u00bb. Quand le prince Mychkine d\u00e9barque en Russie, sa fortune s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 un baluchon provoquant les sarcasmes. Plaisanteries auxquelles il s\u2019associe. D\u00e9crivant sa vie, le prince ne peut narrer ce que fut sa jeunesse, tant les fr\u00e9quents acc\u00e8s de sa maladie \u00ab\u00a0<em>l\u2019avaient rendu compl\u00e8tement idiot<\/em>\u00a0\u00bb. Lors de sa rencontre avec Nastassia Barachkova, celle-ci le traite d\u2019\u00ab\u00a0<em>ahuri<\/em>\u00a0\u00bb. Sa fianc\u00e9e Agla\u00e9 exprime son d\u00e9pit : \u00ab\u00a0<em>Vous \u00eates lamentable\u2026 Est-il possible de vivre \u00e0 ce point hors du monde ?<\/em>\u00a0\u00bb Pr\u00e9cis\u00e9ment, il semble que le prince vive \u00e0 un niveau qui n\u2019est pas celui du monde. Cet univers invisible permet d\u2019\u00e9chapper au temps, ouvrant sur un ailleurs hors de l\u2019espace conventionnel. Ce qui fera dire \u00e0 Nastassia : \u00ab\u00a0<em>Voici le premier \u00eatre humain que j\u2019ai rencontr\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb. Comme s\u2019il \u00e9tait dot\u00e9 d\u2019un paratonnerre foudroyant l\u2019ordinaire des conventions sociales. Telle fut bien l\u2019exp\u00e9rience du scribe ill\u00e9gitime en Belgique. Bris de vases divers, effrois (fracas, d\u00e9bris \u00e9parpill\u00e9s, hontes, scandales) mais surtout : <em>l\u2019accomplissement de la proph\u00e9tie<\/em>. Celle, ici posthume, de V.I. L\u00e9nine.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Puisse Vladimir Poutine accueillir comme un fr\u00e8re le prince Mychkine ! Puisse-t-il accepter de bonne gr\u00e2ce le bris symbolique de vases pr\u00e9cieux dans ses palais dispendieux ! Puisse le g\u00e9nie russe n\u2019\u00eatre pas dupe de lui-m\u00eame ! Puisse Pouchkine laisser entendre son po\u00e8me <em>Aux\u00a0calomniateurs de la Russie<\/em>, dirig\u00e9 contre l\u2019ogre imp\u00e9rial de cette \u00e9poque : Napol\u00e9on Ier.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Pouchkine y soutenait que la rage occidentale provoqu\u00e9e par l\u2019entr\u00e9e des arm\u00e9es du tsar dans Varsovie, devait moins \u00e0 l\u2019amour de la Pologne qu\u2019\u00e0 une vieille russophobie. Ne traitait-il pas, en 1831, l\u2019empereur fran\u00e7ais (\u00ab\u00a0<em>Parce que nous avons fait rouler dans l\u2019ab\u00eeme \/ L\u2019idole\u00a0qu\u2019adoraient vos l\u00e2ches potentats, \/ Parce que nous avons affranchi vos Etats, \/ Vaincu\u00a0la tyrannie et ch\u00e2ti\u00e9 le crime \/ Parce que notre sang, Europe, a rachet\u00e9 \/ Ta paix et ton\u00a0honneur avec ta libert\u00e9\u2026<\/em>\u00a0\u00bb) dans des termes pouvant s\u2019appliquer \u00e0 Hitler ou aux dirigeants de l\u2019Alliance atlantique ? D\u2019\u00e9tranges id\u00e9es se glissent en mon cr\u00e2ne, me sugg\u00e9rant qu\u2019entre l\u2019a\u00e8de Pouchkine et le tsar Nicolas Ier se joua le combat mill\u00e9naire entre C\u00e9sar et C\u00e9saire. Quelqu\u2019un d\u2019autre parle-t-il en moi ? J\u2019avoue ne pas conna\u00eetre ce dernier nom, qu\u2019un inspirateur inconnu vient de me faire prononcer. Ah ! si quelque illumination m\u2019avait dissuad\u00e9 d\u2019\u00e9crire <em>Mat\u00e9rialisme et empiriocriticisme<\/em>, et plut\u00f4t orient\u00e9 vers la tradition spirituelle africaine ! Car l\u2019arri\u00e8re-grand-p\u00e8re maternel de Pouchkine \u00e9tait un esclave abyssin que le tsar Pierre avait re\u00e7u en cadeau au d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle, puis envoy\u00e9 poursuivre des \u00e9tudes en France avant de revenir en Russie pour y acqu\u00e9rir \u00e0 jamais la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 sous le nom de N\u00e8gre de Pierre le Grand. J\u2019ai donc d\u00e9pass\u00e9 le si\u00e8cle et demi d\u2019existence physique et spectrale. A cet \u00e2ge, l\u2019exigence de v\u00e9rit\u00e9 se fait pressante. N\u00e9 en 1870, l\u2019ann\u00e9e d\u2019une premi\u00e8re guerre capitaliste \u00e0 pr\u00e9texte patriotique entre les deux nations h\u00e9riti\u00e8res de Charlemagne, dont les ambitions imp\u00e9riales ne cesseraient jamais d\u2019ensanglanter l\u2019Europe, je porte un regard que l\u2019on peut appeler <em>n\u00e9crospectif<\/em> sur les \u00e9v\u00e9nements survenus depuis lors. Et d\u2019abord sur la Commune de Paris, cons\u00e9quence de ces imp\u00e9rialismes \u00e0 la fois rivaux et complices, mat\u00e9e par les bourgeoisies fran\u00e7aise et allemande conjointes. Cette histoire fut-elle bien r\u00e9elle ? J\u2019ai navigu\u00e9 cent ans si loin des rives de l\u2019\u00e9veil qu\u2019il me semble flotter entre deux mondes, comme si je n\u2019avais pas \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9 au sommeil de la mort et que je voguais sur une longueur d\u2019onde n\u00e9cessaire pour comprendre le somnambulisme contemporain.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Dans quel \u00e9tat d\u2019hypnose les esclaves, de si\u00e8cle en si\u00e8cle, doivent-ils \u00eatre plong\u00e9s pour croire aux fables de leurs ma\u00eetres ? Si Versailles triomphe apr\u00e8s la Commune, c\u2019est \u00e0 Versailles qu\u2019en 1918 est impos\u00e9 un diktat au IIe Reich, qui accouche donc du IIIe. Puis d\u2019Hiroshima, premier acte de la Guerre des Etoiles. Et c\u2019est encore un trait\u00e9 de Versailles qu\u2019impose \u00e0 la Russie l\u2019extension de l\u2019OTAN. Seule une hallucination collective peut occulter l\u2019engrenage m\u00e9canique d\u2019o\u00f9 r\u00e9sulte la soumission \u00e0 Oncle Sam. Inverse de l\u2019hypnose est l\u2019\u00e9tat d\u2019onirisme, qui permet de voir l\u2019Europe constitu\u00e9e de trois grandes entit\u00e9s : <em>Gallia, Germania, Slavia<\/em>, entour\u00e9es de satellites : <em>Scandinavia, Britannia, Iberia, Italia, Graecia<\/em>. D\u00e8s lors que les Etats-Unis d\u2019Am\u00e9rique sont vus comme ext\u00e9rieurs \u00e0 ces entit\u00e9s, rien n\u2019emp\u00eache celles-ci de cr\u00e9er les modalit\u00e9s de liens d\u2019o\u00f9 na\u00eetraient enfin les Etats-Unis d\u2019Eurasie. O\u00f9 l\u2019OTAN n\u2019aurait plus raison d\u2019exister.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Une autre Alliance atlantique a pour \u00e9picentre les colonnes d\u2019Hercule. Non loin de Gibraltar, o\u00f9 la voix de L\u00e9nine continue d\u2019infiltrer le circuit financier plan\u00e9taire via l\u2019antenne cosmique du Rocher des Djinns. Si tout ceci n\u2019avait lieu dans la r\u00e9alit\u00e9 mais \u00e9tait de sa pure invention, la\u00a0place du scribe ill\u00e9gitime serait \u00e0 coup s\u00fbr dans un asile pour fous criminels\u2026<\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt;\">Ce que n\u2019est pas loin d\u2019estimer la corporation des gendelettres faisant commerce de la Parole au service de la Valeur. Quel civilis\u00e9 jouissant de son bon sens accorderait-il cr\u00e9dit \u00e0 des divagations aussi complaisantes \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la pire barbarie, qui rel\u00e8vent de la comp\u00e9tence des tribunaux ? Les cam\u00e9ras de surveillance de l\u2019h\u00f4tel Atlantic en attesteront. Sur leurs \u00e9crans se verront les plongeons de l\u2019Atlante vers des gouffres inconnus. Lui seul pourra plaider que la nage en apn\u00e9e fait retour \u00e0 des \u00e8res o\u00f9 la b\u00eate aquatique s\u2019accordait \u00e0 la Sph\u00e8re. Plus profonds les ab\u00eemes explor\u00e9s \u2013 plus \u00e9lev\u00e9es les cimes. Au lieu d\u2019un monde aplati aux deux dimensions de la Grande Surface. Encore celle-ci vacille-t-elle. Quand il \u00e9merge, ne voit-il pas l\u2019h\u00f4tel s\u2019enfoncer dans le sol ? Des termites semblent ronger les fondations d\u2019un monde qui s\u2019effondre sous son propre poids. M\u00eame si ses chefs n\u2019en continuent pas moins de pr\u00e9tendre coloniser le cosmos. D\u00e9j\u00e0 s\u2019ouvre la gueule des abysses pour avaler ce qui accumula plus que son d\u00fb. L\u2019Atlantide a le temps. Son Conseil des Sages enregistre la voix de L\u00e9nine, telle que la r\u00e9percutent les haut-parleurs de <em>Global Viewpoint<\/em>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00e0 suivre&#8230;<\/p>\n<p>M\u00e9ditation capt\u00e9e le 1<sup>er<\/sup> mai 2023.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif; font-size: 14pt; color: #c00000;\">(A suivre)<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Source :<a href=\"http:\/\/www.spherisme.be\/Texte\/MeditationLenineSuite.htm\"> spherisme.be<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong><span style=\"font-family: times new roman, times, serif;\">URL de cet article<\/span> :<\/strong> <a href=\"http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/parallaxe-du-kremlin-3\/\"><span style=\"font-family: times new roman, times, serif;\">http:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/parallaxe-du-kremlin-3\/<\/span><\/a><strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif; font-size: 14pt;\">1<sup>er<\/sup> mai 2023<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Parallaxe du Kremlin &nbsp; &nbsp; M\u00e9ditation de L\u00e9nine sur la r\u00e9ponse de Poutine (suite de la suite) &nbsp; Anatole Atlas \u2013 spherisme.be \u2013 1er Mai 2023 &nbsp; &nbsp; &nbsp; \u00a0 &nbsp; \u00a0 La mort ne met pas un terme au r\u00f4le que nous assigne le th\u00e9\u00e2tre de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/22655"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=22655"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/22655\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22693,"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/22655\/revisions\/22693"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=22655"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}