Aline de Diéguez

 

Jésus et les changeurs du temple de Jérusalem

 

 

1 – Le temple de Jérusalem du vivant  de Jésus
2- La colère du prophète  contre les usuriers du temple de Jérusalem
3 – La mort du  contestataire du système usuraire du temple est secrètement décidée
4 – La vengeance des prêtres et des changeurs
5 – Conclusion

 

 

 

 

 

1 – Le temple de Jérusalem du vivant  de Jésus

Tant qu’ils ont vécu dans l’enclos physique et psychique de la Judée, les fidèles du dieu Jahvé ont été dirigés d’une main de fer par une caste de prêtres et l’existence entière de la petite province a tourné autour du service du temple.

Pour comprendre le scénario qui s’est déroulé ce jour-là dans le temple construit par Hérode à la fin du premier siècle avant notre ère, il est important d’avoir un aperçu de son fonctionnement, c’est-à-dire des opérations qui s’y déroulaient. Or, une description précise du rituel  en vigueur du temps de sa splendeur hérodienne existe aujourd’hui, et sa source incontestable est accessible à tous: c’est la Mishnah.

Qu’est-ce que la Mishnah ? Ce document figure dans le Talmud traduit désormais en anglais et accessible gratuitement sur internet.  Il se présente comme la transcription intégrale de la fameuse « loi orale« , censée avoir été directement dictée par Jahvé à un Moïse mythique. Son contenu a été longtemps caché à la masse des fidèles, c’est pourquoi il s’intitule Mishnah, qui signifie répétition – répétition de la « loi orale » – donc des paroles de Jahvé lui-même.

Le temple était à la fois une étable qui recueillait les bestiaux, un équarrissage lors de l’égorgement rituel et une boucherie au moment du partage des morceaux de viande entre les différents officiants, appelés « prêtres« .

 Le sang était le cœur du rituel. L’introduction de  l’aspersion avec le sang de la bête égorgée sur la table et ses alentours constituait le coeur du rituel judaïte du temps de Jésus. Lors de l’égorgement du taureau ou du bouc, « their blood requires sprinkling between the staves [of the ark], on the veil, and on the golden altar … » « leur sang sert à asperger l’espace autour de l’arche, le voile [qui dissimule l’arche] et l’autel d’or. » (Babylonian Talmud, Tractate Zebahim 47a Soncino 1961 Edition, page 238)

Ainsi, au moment du sacrifice des boucs pour la rémission des péchés, lors des nouvelles lunes, l’animal était  placé au nord, puis les prêtres déterminaient par tirage au sort celui qui égorgerait la bête, celui qui aspergerait avec le sang, celui qui effacerait les cendres des flambeaux, celui qui lèverait la tête de l’animal, celui qui serait chargé de la jambe droite, cet autre de la jambe gauche et ainsi de suite de toutes les parties du corps de l’animal au moment de le déposer sur l’autel. (Babylonian Talmud, Tractate Tamid 30b Soncino 1961 Edition, pages 19-20)

Il s’agissait d’égorger l’animal du bon côté de l’autel: le sacrifice du matin s’opérait dans le coin nord-ouest de l’autel, alors que celui du soir avait lieu dans le coin nord-est. Le sang de la bête devait lui aussi être recueilli du bon côté. (Babylonian Talmud, Tractate Tamid 30b Soncino 1961 Edition, page 22)

Le sang était rituellement offert à Jahvé, mais dans la réalité, et une fois coagulé, collé sur tout ce qui venait d’être aspergé, le voile, les murs, l’autel, le sol, il formait une croûte noirâtre et puante qui attirait d’autant plus des nuages de mouches qu’une fois l’animal vidé de son sang, les nombreux officiants-bouchers et équarisseurs, dénommés « prêtres« , procédaient à la répartition des morceaux de viande, si bien que la puanteur des entrailles et de leur contenu venaient se mêler à celle du sang frais ou pourrissant.

A Jahvé le sang, aux prêtres la viande dont ils faisaient commerce. De tous temps, le prêtre vit de l’autel. La Mishnah détaille avec minutie la manière dont le boucher-sacrificateur doit procéder lors du dépeçage et de la répartition des morceaux: il commence par le geste classique de l’équarisseur qui consiste à faire un trou dans une jambe afin de suspendre l’animal, puis à l’ouvrir jusqu’aux côtes. Le texte n’oublie pas de préciser comment extraire le coeur, les poumons, le foie, qui doit être coupé en deux et débarrassé, comme il se doit, de la vésicule biliaire.

La répartition des morceaux s’effectuait selon un tirage au sort préalable entre les participants. Le sacrificateur remettait alors l’estomac et les intestins – les tripes – entre les mains de celui auquel avait échu le lot des entrailles, afin qu’il les lavât au moins trois fois sur des tables de marbre qui se trouvaient entre les piliers. (Talmud de Babylone, traité Tamid 31a Soncino édition de 1961, page 23 )

La Mishnah décrit ensuite le découpage de la totalité de l’animal, la poitrine, les côtes, le dos, le cou, la queue, les reins, etc, et la distribution des différents morceaux aux prêtres auxquels ils étaient destinés. Le prêtre-boucher commence par décapiter la bête et répartit les morceaux de la carcasse – dont on ne semble pas avoir enlevé la peau, en tout cas, cette opération n’est pas décrite. Découpage et distribution de tous les morceaux se poursuivent selon un ordre rigoureusement codifié. (Babylonian Talmud, Tractate Tamid 31a Soncino 1961 Edition, pages 23-24 )

De même est codifiée la manière de recevoir et de présenter la part qui est dévolue à chacun. Au moment de la distribution, tous les participants commencent par se mettre en rang. Le premier prêtre se voit nanti de la tête, qu’il doit tenir de sa main droite, le museau tourné vers le bas, et de l’ensemble patte et cuisse arrière droite, qu’il doit tenir avec sa main gauche – évidemment, puisque c’est la seule disponible, mais c’est néanmoins précisé. (Babylonian Talmud, Tractate Tamid 31a, 31b Soncino 1961 Edition, page 24)

Le second prêtre se voit attribuer les deux membres avant jusqu’à l’épaule et doit tenir la patte droite dans sa main droite et la patte gauche dans sa main gauche.

Le troisième prêtre est l’heureux bénéficiaire de la queue, de la patte et cuisse arrière gauche qu’il tient de la main gauche et se doit de tenir la queue avec les doigts de sa main droite. Il se voit également attribuer un morceau de foie et les deux rognons. Il n’est pas dit comment il présente ces deux abats, les deux mains étant déjà occupées.

Au quatrième prêtre échoient la poitrine et le cou, la poitrine étant tenue dans sa main droite et le morceau de cou dans sa main gauche.

Le cinquième prêtre reçoit les deux flancs, celui de droite présenté dans sa main droite, et celui de gauche dans sa main gauche.

Pour le sixième prêtre, il ne reste plus que les tripes – qu’il vient de laver – et il les présente sur un plateau.

Avec le septième prêtre on passe à la farine, le huitième n’a plus que des galettes et le neuvième du vin. (Babylonian Talmud, Tractate Tamid 31b Soncino 1961 Edition, page 25)

On voit que le sort établit une rude hiérarchie et que les parts sont loin d’être équivalentes.

Les mains de tous ces « prêtres » sont couvertes de sang. La nécessité de les laver – ou pas – dépend du moment où le sang a giclé sur lesdites mains, si c’est avant ou après le rite de l’aspersion. Les rabbins en discutent encore…Il n’existe pas d’accord sur ce point capital entre ceux de la Guemara – plutôt contre – et ceux de la Mishnah – plutôt pour. ( Babylonian Talmud, Tractate Middoth, Chapter III, Mishnah 2 Son cino 1961 Edition, page 12)

Cette description un peu longue a pour but de montrer que les magouilles des changeurs n’étaient que « le petit bout de la queue du chat », alors  que les trafics dans le  déroulement des sacrifices en étaient le cœur.

C’est à tout ce système que jésus s’est attaqué et surtout à celui des « changeurs« , le plus spectaculaire. On comprend l’énormité du sacrilège.

2 – La colère du prophète contre les usuriers du temple de Jérusalem

Un épisode unique, révélateur et particulièrement détaillé est rapporté par les quatre évangélistes-biographes officiels de Jésus avec une unanimité et une précision qui donnent l’impression que cela a dû réellement  se passer ainsi. A savoir la fureur  qui a envahi le prophète dans le temple de Jérusalem et qui l’a conduit à provoquer un énorme scandale.

Voilà le récit tel que raconté quatre fois par des témoins de la scène.

 

« Et Jésus entra dans le temple de Dieu, et il chassa tous ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple; et il renversa les tables des changeurs, et les sièges de ceux qui vendaient des pigeons. il leur dit: il est écrit: Ma maison sera appelée une maison de prière; mais vous en avez fait une caverne de brigands. » Matthieu 21, 12-13

 » Ils arrivèrent à Jérusalem, et Jésus entra dans le temple. Il se mit à chasser ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple; il renversa les tables des changeurs, et les sièges des vendeurs de pigeons; et il ne laissait personne transporter aucun objet à travers le temple. Et il enseignait et disait: N’est-il pas écrit: Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations? Mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs.
Les principaux sacrificateurs et les scribes, l’ayant entendu, cherchèrent les moyens de le faire périr; car ils le craignaient, parce que toute la foule était frappée de sa doctrine.
 » Marc 11, 15-19

« Comme la Pâque des Juifs approchait, Jésus monta à Jérusalem. Il trouva installés dans le temple les marchands de boeufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du temple ainsi que leurs brebis et leurs boeufs; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » Jean 2, 13-16

« Jésus entra dans le Temple, et se mit à expulser les marchands. Il leur déclarait : « L’Écriture dit : Ma maison sera une maison de prière. Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits. » Il était chaque jour dans le Temple pour enseigner. Les chefs des prêtres et les scribes, ainsi que les notables, cherchaient à le faire mourir. Luc, 19, 45-

 

 Les descriptions sont si réalistes qu’on arrive à reconstituer la scène. On voit le prophète se saisir d’un tas de  cordes qui devaient se trouver sur place. Elles auraient pu servir à amener les animaux  destinés au sacrifice. Ou alors le justicier s’en était muni et aurait donc prémédité son acte.

Il faut se représenter la scène d’un justicier en fureur qui pénètre dans l’enceinte d’un édifice religieux grouillant de pèlerins, de marchands et de bestiaux.

 Le justicier  « fit un fouet avec des cordes » dit l’évangéliste Jean. C’est avec cette arme improvisée qu’il s’est lancé à l’assaut des « changeurs » – c’est-à-dire des banquiers-usuriers qui exerçaient  leur juteux petit commerce sur place. Pendant ce temps, on amenait les bêtes destinées aux sacrifices sanglants ; bœufs, boucs, moutons. Les animaux terrorisés se débattaient, les propriétaires tentaient de les calmer en hurlant, ce qui augmentait leur panique, vendeurs et acheteurs tentaient de discuter au milieu d’un chahut infernal.

Faisant tournoyer au-dessus de sa tête le  fouet bricolé avec les cordes, il renverse les tables couvertes de pièces de monnaie, frappe au hasard hommes et animaux et presse  tout le monde vers la sortie.

 Il doit avoir présenté un aspect si effrayant que la population de changeurs, de maquignons, de vendeurs de blé et de farine ont préféré  ramasser ce qu’ils pouvaient de pièces de monnaie et de marchandises avant de tenter de quitter les lieux sans demander leur  reste. Mais il fallait le faire promptement car le justicier au fouet «  ne laissait personne transporter aucun objet à travers le temple » précise l’évangéliste Marc.

On voit le tableau. Les bêtes couraient, se heurtaient, les taureaux, les boucs, les béliers mugissaient, bêlaient, ruaient, urinaient, les volières tombaient à terre et s’ouvraient, les pigeons piaillaient, impossible d’éviter de patauger dans les excréments et l’urine. Il régnait un bruit infernal, une odeur nauséabonde d’animaux entassés, terrorisés, que l’odeur du sang rendait fous.

Pour un scandale, ce fut un beau scandale!

Ce vacarme « attira les chefs des prêtres et les scribes, ainsi que les notables et les sacrificateurs ».

 Pour comprendre la fureur de Jésus, il faut se représenter la scène avant l’entrée en action du justicier : au centre de la puanteur, de la promiscuité et du vacarme des animaux entassés trônaient les fameux « changeurs« . Comme leur nom l’indique, ils étaient censés « changer » les pièces de monnaie variées, mais légalement en cours, présentées par les pèlerins et les fidèles, en une monnaie spécifique dont ils s’étaient attribué le  monopole: le demi-shekel.

En effet, le rituel du temple était si astucieusement codifié que seule l’utilisation de ces pièces-là permettait d’acheter les animaux du sacrifice et de s’acquitter de l’impôt religieux. Or, au lieu de « changer » honnêtement un shekel en deux demi-shekels, ces rapaces ancêtres des banquiers-usuriers se payaient grassement et fixaient arbitrairement  le nombre de shekels demandés en  échange de la délivrance de   la précieuse pièce de monnaie « religieuse« .

L’escroquerie était manifeste, mais tolérée. Personne n’osant se révolter contre le pouvoir religieux omnipotent du Grand Prêtre et de ses acolytes, les prêtres secondaires qui avaient le monopole de la participation au rituel des sacrifices décrit ci-dessus  C’est tout ce beau monde  – prêtres et banquiers – que Jésus a traité de « voleurs« .

Il fut donc le premier rebelle qui tenta de détruire le système capitaliste usuraire qui s’était établi à l’ombre des motivations religieuses et sur lequel était fondée la prospérité des notables du temple – sacrificateurs, scribes, prêtres grands et petits et de multiples autres simoniaques. C’est pourquoi le prophète a qualifié cette institution une « caverne de voleurs » et ses membres de « bandits ».

 

3 – La mort du  contestataire du système usuraire du temple est secrètement décidée

Les évangélistes Luc et Marc lient clairement l’arrestation de Jésus et sa condamnation à mort à l’acte révolutionnaire de mise en cause de l’organisation financière frauduleuse sur laquelle reposait la prospérité des hiérarques religieux, grand prêtre en tête.

Au spectacle de ce sacrilège, qui portait une atteinte décisive à leurs trafics, « les principaux sacrificateurs et les scribes, l’ayant entendu, cherchèrent les moyens de le faire périr ».

« Car ils le craignaient » ajoute Marc.

Comme toutes les maffias organisées, celle du temple de Jérusalem défend ses intérêts avec les dents. On comprend qu’il y a eu une réunion secrète entre les principaux chefs et que la mise à mort du perturbateur a été décidée.

De plus, par la crainte qu’il leur inspire, on devine que Jésus n’en était pas à sa première incartade. Le gang des notables du temple avait conscience qu’il avait affaire à un adversaire de poids. Comme dans tout système maffieux, il s’agissait de trouver le porte-flingue ou l’idée géniale qui débarrasserait les caïds religieux d’un trouble-fête, mais sans qu’ils fussent personnellement compromis par les « moyens de le faire périr« .

L’urgence était d’autant plus grande que la mauvaise graine se propageait. En effet, les notables  étaient d’autant plus inquiets et furieux  que « la foule était frappée de sa doctrine« , ce qui signifie en clair  qu’elle n’était pas hostile au geste sacrilège et qu’une émeute était possible.

 

3  – La décision de la mise à mort

Dans les premières pages d’un ouvrage paru en 1923 et critiquant le système monétaire créé aux Etats-Unis le 23 décembre 1913 , The True Function of Money & the False Foundation of Our Banking System Bank, non traduit en français (La véritable fonction de la monnaie et les fondements frauduleux de notre système bancaire) ouvrage largement antérieur à celui de Eustace Mullins – Secrets of the Federal Reserve , The London Connection , 1952Frederick Raphael Burch est le génial historien, le seul à ma connaissance,  à avoir analysé l’épisode du point de vue de la contestation révolutionnaire d’un système financier frauduleux et à avoir comparé cette fraude à celle de  la création du  système frauduleux qui  sévit depuis un siècle aux USA, et dont le monde continue de subir les conséquences désastreuses, la création de la Réserve Fédérale (FED) et l’invention de la monnaie privée des banquiers, le dollar.

« Jesus Christ dared to oppose the « money changers » and for that he was murdered. « As long as Christ confined his teachings to the realm of morality and righteousness, He was undisturbed; it was not until He assailed the established economic system and ‘cast out’ the profiteers and ‘overthrew the tables of the money changers,’ that He was doomed. » Jesus accused the « money changers » of turning the Temple into a « den of thieves. »

(…)

The day after Jesus challenged the money system, He was interrogated. The next day, He was betrayed. The following day, He was tried, and on the fourth day He was executed. »

« Jésus-Christ osa s’opposer aux « changeurs de monnaie », et pour cela, il fut assassiné. Aussi longtemps que le Christ limitait son enseignement au domaine de la morale et de la justice, il ne fut pas dérangé; il ne le fut pas jusqu’à ce qu’il s’en prît au système économique établi et renversât les tables des changeurs, c’est à cause de cela qu’il fut condamné. Jésus a accusé « les changeurs de monnaie» d’avoir transformé le temple en « une caverne de voleurs».

 

(…)

Le lendemain de sa contestation de ce système monétaire, il fut interrogé. Le jour suivant il fut trahi, jugé le jour d’après et le quatrième jour, il fut exécuté. »

(Frederick Raphael Burch, The True Function of Money & the False Foundation of Our Banking System Bank, 1923)

 

4 – La vengeance des notables

Le plus grave pour les notables: dans le temple, était que « toute la foule était frappée de sa doctrine « .

Or, le lendemain, cette même  foule crie « A mort » !

Que s’est-il passé ? Il s’est passé que les chefs du gang ont compris qu’avant de s’attaquer à la victime, il fallait la priver de l’appui de la foule et la rendre odieuse.

Un récit « théologique » est venu recouvrir de ses dentelles une opération dont les motivations financières réelles étaient sordides. Mais l’objectif était clair: « Les chefs des prêtres et les scribes, ainsi que les notables, cherchaient à le faire mourir: »

Nos gangsters du temple de Jérusalem ont cherché et trouvé le  narratif le plus convaincant à leurs yeux, destiné à soulever l’indignation de la foule et cela, sans se trouver ouvertement compromis.  

Eurêka ! Ce fut le sacrilège de s’être proclamé « roi des Juifs ». A nos yeux, il n’y a d’autant moins de quoi fouetter un chat que, mis à part un certain nombre de rois mythiques, le règne du  dernier roi réel, Josias, ne se termina tragiquement à Megiddo qu’en -609.  Josias, successeur de Jérémias, le grand roi réformateur du petit royaume, fut tué par l’armée égyptienne commandée par le pharaon Nechao auquel il voulait couper le passage à travers la Palestine. La Judée avait donc connu des monarchies légitimes. Mais comme ce régime politique n’existait plus depuis sept siècles, le trublion du temple était donc accusé de fomenter un coup d’Etat, crime puni de la peine de mort.

Mais le pire était que ce trublion et prétendant à la royauté était un Galiléen.

La doxa contemporaine prêche que « Jésus était un Juif » et que c’est par pure sècheresse de coeur et raideur de leur nuque que le groupe dominant des Pharisiens a refusé son enseignement, C’est méconnaître la réalité sociale de ce petit morceau de terre et de ses dirigeants, surtout depuis le retour de l’exil Babylonien et les purifications ethniques sauvages instaurées par Esdras et Jérémie. Les « épurateurs » couraient dans la ville et séparaient les familles dont l’un des membres n’était pas judéen. Or Jésus et onze de ses compagnons de la première heure étaient Galiléens – seul Judas, comme son nom l’indique, était judéen, 

 Les docteurs de la loi de Jérusalem méprisaient cordialement les provinciaux galiléens et ne leur manifestaient pas davantage de considération qu’aux « goims« , c’est-à-dire au reste du monde. « Que peut-il venir de bon de Nazareth? » disait-on en Judée. 

Et pourtant les Galiléens, eux, considéraient qu’ils faisaient partie des fidèles de Jahvé. Mais leur attachement aux rites du judaïsme était insuffisant, aux yeux des Pharisiens judéens, qui voyaient en eux un peuple impur, parce qu’ethniquement mélangé, un peuple fruste et ignorant des subtilités de la Thora et qui, à leurs yeux, pratiquait un judaïsme « canada dry » dont ils ne comprenaient ni la profondeur, ni les subtilités. Un racisme féroce à l’encontre de tout ce qui n’était pas judéen était la norme.

L’accusation de s’être proclamé le « roi des juifs » permettait à la fois aux prêtres de conduire Jésus devant le Sanhédrin habilité à prononcer la sentence de mort prévue d’avance pour ce genre de crime et, dans la foulée, de provoquer l’indignation d’une foule oublieuse des magouilles financières des changeurs et de la simonie des prêtres. C’était l’enfance de l’art de chauffer le racisme ambiant et l’indignation du peuple du fait qu’un vulgaire Galiléen prétendît à la royauté en Judée.

Or sous domination romaine, les Judéens  n’avaient pas le droit d’exécuter une sentence de mort. Seul le procurateur romain était habilité à la  confirmer ou non, après avoir interrogé lui-même  le condamné, puis à la faire exécuter ou non.

D’où la conduite du condamné devant Ponce Pilate sous les quolibets de la foule afin d’exercer une pression maximale.

Le Sanhédrin s’était engouffré dans le nouveau narratif théologique avec enthousiasme. Mais un Ponce Pilate négligent et ennuyé par les éternelles querelles entre juifs fut d’abord réticent. Mais comme tout pouvoir politique craintif, redoutant les troubles provoqués par les  réactions d’une foule hystérisée par ses meneurs, il a confirmé la sentence, qui fut exécutée selon les normes romaines.

En quatre jours, l’affaire était pliée.

La conclusion du professeur Frederick Raphael Burch, confirmée par l’évangéliste Marc, aurait dû s’imposer à tout le monde comme une évidence.

Or, la hiérarchie catholique n’a jamais cherché, durant les deux mille ans de son existence,  à proclamer les causes réelles de la hargne des prêtres et des scribes du temple à l’encontre de Jésus.  Elle a toujours  soigneusement évité de s’interroger  sur la saisissante proximité dans le temps entre le scandale provoqué par le violent incident qui s’est déroulé  dans le temple et la mise à mort de son fondateur.

Pire, elle a adopté d’autant plus volontiers les motivations théologiques brandies par les hiérarques pharisiens, qu’elle est elle-même très rapidement devenue une puissance temporelle opulente et qu’elle a recouru au fil du temps à diverses formes lucratives de simonie ; et encore récemment, comme le prouvent  certaines opérations douteuses de sa  « Banque du Saint Esprit » – associer ces deux mots, il fallait oser.

 

Conclusion

Les hommes-signes sont plus vivants lorsqu’ils sont morts que durant le temps de leur passage sur la terre.

Car, ironie du sort, c’est précisément la mise à mort  du contempteur de la première magouille bancaire décrite avec précision par les compagnons mêmes du prophète  – puis  la déclaration miraculeuse  d’un retour à la vie du cadavre du  torturé disparu du lieu de son  ensevelissement   – qui furent la pierre d’angle sur laquelle s’est bâtie une religion  rivale de celle des tortionnaires et que la célébration de Pâques commémore.

Les Pharisiens et les banquiers du temple ont donc bien involontairement créé les conditions qui ont assuré la vie éternelle à un « délinquant« , à un « agitateur social » et à un criminel exécuté par le pouvoir politique officiel de l’époque.

Méprisé par des bourreaux qui portent pour l’éternité les stigmates de leur vilénie, le condamné  siège désormais en pleine gloire dans la mémoire des hommes.

On ne se méfie jamais suffisamment des boomerangs.

Telle est aujourd’hui la sanction qui guette la « caverne de voleurs » des acolytes  de l’Otan et de leurs affidés, qui reprennent en chœur, dans la minute, les narratifs mensongers les plus grossiers  contre la Russie. « Vous n’aurez pas ma haine » psalmodiaient les boncoeuristes et les « Charlies » face aux crimes des fous d’Allah. Leur haine, ils la gardaient bien au chaud et la vomissent aujourd’hui à grands flots sur la Russie avec un unanimisme qui révèle la puissance du chef d’orchestre otanien.

Diabolisée, piétinée, méprisée, salie, volée, la Russie ressuscitera, soyons-en assurés. Elle en possède la grande âme, l’énergie,  les moyens intellectuels  et les richesses.

Mais le retour du boomerang sera cruel pour un Occident dirigé par des élites rapaces, égoïstes, veules, peureuses, sottes, incultes, dépourvues de toute dignité et de tout sens de l’honneur face à des populations zombifiées par un matraquage anti-ruse de médias eux-mêmes manipulés par les changeurs et les prêtres de la religion otaniste,  qui possèdent tous les organes de presse.

Un avenir bien sombre nous attend.

 

 

*

 

 

Il faudra qu’un jour on révèle à Aline de Diéguez qu’il y a deux mille ans, subtilisant le pouvoir des mains de Rome vacillante, des oligarques étrusques ont inventé Jésus, pourquoi, comment, et surtout contre qui ?

Mais avons-nous bien le droit de désespérer Billancourt ?

D’ailleurs, l’histoire a peut-être fini par devenir vraie. À force.

 

 

 

 

 

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Avril 2022

 

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