Et dire que tout a commencé – le nouveau féodalisme – quand

le président John F. Kennedy s’est mis à fantasmer sur Camelot

 

 

 

Democratic Penguins Republic – Trade War (Official Music Video)

 

 

 

 

 

 

 

 

Canada-Greenland & Beyond: Ignoring Political Theater as the US Consolidates Control Over the West

 

(Canada-Groenland et au-delà : Ignorons le théâtre politique, alors que les USA consolident leur contrôle sur l’Occident)

 

 

Il y a des années, les États-Unis ont déclaré la nécessité de consolider leur contrôle sur leurs mandataires dits « alliés » (et les documents officiels du gouvernement US ont réitéré cette nécessité sous les administrations Biden et Trump) dans le but de réussir à affronter et à vaincre une Chine en pleine ascension. Et c’est ce qu’ils ont fait et continuent de faire – aussi bien dans les Amériques que de l’autre côté de l’Atlantique en Europe, et partout ailleurs – le théâtre d’une « empoignade » américano-européenne ou américano-canadivenne n’ayant pas d’autre fin que d’en gérer la perception publique et politique.

 

 

 

 

 

 

 

 

Yanis Varoufakis : The Imperial « Board of Peace » & End of the United Nations

 

 

 

 

 

 

Tentative de traduction de la transcription :

c.l. pour L.G.O.

 

 

 

Yanis Varoufakis :

« Conseil de la Paix » impérial et fin des Nations Unies 

 

 

Yanis Varoufakis – Glenn Diesen  –  23.1.2026

 

 

Yanis Varoufakis est docteur en économie, ex-ministre des Finances de Grèce et auteur de nombreux best-sellers.

Il s’exprime ici sur la nature impérialiste du Conseil de la Paix de Donald Trump, et explique comment celui-ci est en train de dissoudre l’ONU et toute forme de droit international.

 

 

 

 

 

Les  deux interlocuteurs sont ici nommés GLENN et YANIS

 

 

GLENN – Bienvenue à tous. Nous avons le privilège d’être rejoints aujourd’hui par Yianis Varoufakis, ex-ministre des Finances de Grèce, professeur et aussit fondateur de DM25, qui est son Mouvement pour la démocratie en Europe. Merci d’être venu. J’étais impatient de vous parler du fameux « Conseil de la Paix » de Trump, que beaucoup interprètent comme une tentative de contourner et même de remplacer les Nations Unies et le droit international lui-même. Vous avez parlé du « Conseil de la Paix » de Trump comme d’une abomination. Je me demandais pourquoi vous le trouviez si dangereux. Je ne voyais pas ça comme vraiment dangereux.

 

 

YANIS – je pense que les historiens du futur se souviendront du 17 novembre 2025, et de la résolution 2803 du Conseil de Sécurité qui a approuvé le  « Conseil de la Paix », et Donald Trump comme son propriétaire et président. Cette approbation par le Conseil de Sécurité, je crois vraiment qu’elle restera dans l’histoire comme « la fin des Nations Unies ». Je trouve surtout que, par cette résolution,  les Nations Unies se sont abolies elles-mêmes .

 

Vous vous souviendrez que, ce jour-là, seuls deux pays se sont abstenus lors du vote  au Conseil de sécurité : la Chine et la Russie.  Je dois avouer que cette abstention m »a mis en rage.  Ensuite, quand j’ai entendu leurs arguments, je me suis dit que, malheureusement, ils étaient peut-être dans le vrai. Mais la raison pour laquelle je dis que cette réésolution abolit les Nations Unies, Glenn, c’est parce que, quand on y pense, elle constitue une reconnaissance ; une admission de la fin de l’histoire. Pas de la fin de l’histoire au sens où l’entendait Francis Fukuyama, mais de la fin de l’histoire du conflit israélo-palestinien. Vous vous souviendrez, et je suis sûr que notre public aussi sait cela, que le Conseil de Sécurité des Nations Unies a fait tous les quelques mois, chaque année, tout le temps, des efforts pour maintenir un processus de paix sur les rail, c’est-à-dire  ce qu’il restait du processus de paix entre les deux partie : la partie israélienne et la partie palestinienne. Et les Nations Unies avaient cette tactique, ou disons, une mémoire institutionnelle, où chaque résolution constituait une suite des précédentes. Donc, si vous suivez l’histoire de l’engagement des Nations Unies sur la question de la Palestine, vous constaterez qu’il y a eu une continuité. Tout a commencé par la reconnaissance de deux États parallèles : Israël et un État palestinien. L’un d’eux a été inauguré, l’autre ne l’a jamais été. Puis,  on est passés aux résolutions après chaque bataille, chaque défaite du peuple palestinien.

 

Ce que fait la résolution du 17 novembre en acceptant le « Conseil de la Paix » comme prochaine étape de ce processus, c’est qu’elle introfuit toute cette histoire du remarquable succès de Donald Trump, qui en s’insinuant dans l’affaire,  tente  de sauver les meubles pour Benjamin Netanyahou, parce que, souvenez-vous en :  avant cette résolution, avant le cessez-le-feu – le soi-disant cessez-le-feu, parce qu’il n’y a jamais eu de cessez-le-feu en fait… les Palestiniens ont continué d’être tués et affamés tous les jours, comme ils le sont en ce moment même…– eh bien, ce soi-disant cessez-le-feu et la résolution du Conseil de Sécurité ont essentiellement servi  à sauver Netanyahou d’une défaite majeure, au moins en matière de propagande. Vous vous souviendrez sûrement que quatre grands pays…  les puissances moyennes Canada, Australie, Grande-Bretagne et France avaient reconnu l’État de Palestine. Reconnaissance parfaitement hypocrite, car ils n’ont jamais… s’ils avaient vraiment voulu faire quelque chose en matière de reconnaissance effective d’un Etat palestinien, ils auraient cessé d’armer Israël. Ils auraient exposé Israël. Ils auraient fait tout ce que le mouvement BDS dit qu’il faut faire et qu’ils n’ont jamais fait. Mais c’était quand même une défaite majeure pour Netanyahou. Et voilà que Trump intervient, impose un « cessez-le-feu », impose la notion d’un conseil de paix totalement en dehors du droit international, totalement en dehors de l’histoire des terres palestiniennes abusivement occupées, et fait tourner à l’envers l’horloge du temps pour que nous nous retrouvions en 1945-1948 ou peut-être même avant. C’est ce qui a sauvé Netanyahou ! Car, soyons honnêtes, la Cour Internationale de Justice avait clairement stipulé, en juin 2024, qu’Israël violait le droit international, avait ordonné à Israël de se retirer de Jérusalem-Est, de Cisjordanie et de Gaza. Il y avait une condamnation internationale du génocide. La Cour Pénale Internationale avait inculpé Netanyahou et son ancien ministre de la Défense comme criminels de guerre. Or, avec cette résolution, le Conseil de Sécurité des Nations unies a de facto annulé tout cela.  Et nous en sommes venus à une situation, Glenn – et c’est le point principal que je veux souligner – où Gaza n’appartient plus aux Palestiniens. Il n’y a pas de Palestiniens dans la résolution. Ils n’existent pas. C’est comme s’il était question d’une terre vide. Et je mentionne ce terme de façon très poignante parce que Terra Nullius (« terre de personne ») était le terme légaliste que les puissances coloniales européennes ont utilisé, il y a un siècle et même plus de deux siècles, pour justifier la colonisation de diverses terres à travers le monde, que ce soit en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Kenya, en Afrique du Sud, etc. La première chose que les colonisateurs européens faisaient était de dire que la terre n’avait ni peuple, ni histoire, ni propriétaires. Tout se passait, et recommence à se passer, en dehors du droit international. C’est comme si les chioses se produisaient sur un astéroïde, entre Jupiter et je ne sais quelle autre planète !

 

Vous savez, Glenn, par cette résolution, les Nations Unies reconnaissent qu’il va y avoir, une société, une entreprise privée, qui va avoir à sa tête – à vie ! – un homme… pas un président, pas un représentant du peuple, mais un homme nommé Donald J. Trump, et que cet homme n’aura aucune obligation envers rien ni envers personne. Elles reconnaissent qu’il ne sera responsable devant aucun conseil d’administration, qu’il ne sera pas responsable devant elles-mêmes – Nations Unie – qu’il ne sera même pas responsable devant le Congrès des États-Unis d’Amérique… il devra simplement faire un rapport tous les six mois à « l’ONU »… s’il le souhaite. Et ce ne sera même pas un rapport sujet à approbation ou quoi que ce soit de ce genre. C’est ainsi que, essentiellement, les Nations Unies se sont annulées elles-mêmes en approuvant cette résolution le 17 novembre 2025.

 

Et je dois… – et c’est ainsi que je vais conclure ma longue réponse – …m’excuser d’avoir mis tant de temps à m’expliquer, mais je suis dans une colère noire à propos de tout ça. Pourquoi les Français et les Britanniques, qui avaient prétendument reconnu l’État de Palestine, y compris Gaza, seulement quelques semaines auparavant… pourquoi ont-ils accepté cela ? Eh bien, ils l’ont accepté parce que, pour eux, c’était un sujet qui concernait des personnes basanées au Moyen-Orient. Ça ne les concernait pas, eux.

 

Maintenant, ils en savent un peu plus. Ils savent notamment que le « Conseil de la Paix » ne concerne pas que la Palestine. Qu’il ne s’agit pas seulement de Gaza. Que, maintenant, le « Conseil de la Paix » va s’occuper de tout. Et, vous savez, il y a là-dedans tous ces affreux à la manière de ceux de James Bond que Trump a rassemblés, dont il s’est entouré. Et maintenant, il parle du Groenland. Demain, il va parler du Canada. Et, voilà que les poulets reviennent au poulailler. Métaphoriquement parlant, on va commencer à récolter ce qu’on a semé… et vous avez des gens comme Mark Carney, le Premier ministre libéral du Canada, qui a récemment fait un discours très intéressant à Davos, où il disait : « Oh, mon Dieu, c »est terrible !  C’est… c’est la fin du monde tel que nous le connaissions !… » Eh bien, oui, bande d’idiots, vous l’avez provoquée cette fin du mmonde, en approuvant une résolution des Nations Unies qui annonçait effectivement la fin des Nations Unies, la fin du droit international et la fin de votre droit à l’existence.

 

 

GLENN –  Je me rappelle très bien le moment où Trump a proposé pour la première fois de nettoyer ethniquement toute la population de Gaza… de faire en sorte que les USA prennent le contrôle de la région et y créent cette Riviera du Moyen-Orient… Pour être honnête, à l’époque, j’ai interprété ça comme un effort visant à bousculer le statu quo et à créer une certaine marge de manœuvre… J’ai  cru que ce serait aussi un peu limité. Bref, je ne l’ai pas pris au pied de la lettre.  […]  Je pensais… parce que ce qu’il dit et ce qu’il fait sont deux choses très différentes… Mais, oui, aujourd’hui…  je pense que nous avons ouvert la boîte de Pandore avec cette résolution. Mais un autre aspect de toute cette histoire, c’est le… ce à quoi vous avez déjà fait allusion, c’est qu’il s’agit d’une société privée et que, même, les membres de cette société doivent payer un milliard de dollars pour en être. Comment interprétez-vous cette privatisation du droit international ? Oh oui, amener… fusionner tous ces intérêts commerciaux avec la coercition et, oui… ce n’est pas sans précédent… Mais c’est n’importe quoi. Où ça va ?

 

 

YANIS Vous savez, ce qui me surprend, Glenn, c’est que les gens sont surpris, parce que vous… J’ai suivi une stratégie très simple, une façon de penser très simple : je prends au sérieux ce que disent les affreux. Donc, vous savez, Donald Trump… peut-être qu’il n’est pas le théoricien le plus cohérent et le plus éloquent de l’histoire de l’univers, mais il a autour de lui des gens qui le sont. Si vous écoutez Peter Thiel parler à divers seigneurs de la technologie qu’il a rassemblés autour de lui, ils ont une vision très claire de l’avenir : leur avenir est le remplacement de l’État par les entreprises. Ils parlent de villes libres maist ne le disent pas en termes de liberté des citoyens. Ils le disent en termes de villes appartenant à des entreprises, où le conseil… les membres du conseil d’administration de l’entreprise sont libres de faire ce qu’ils veulent de la ville. Ils sont allés au Honduras et ont pris une partie du Honduras, et ils l’ont transformée en un mini-État corporatif, et c’est ce qu’ils veulent faire. Ils veulent convertir nos villes. Ils veulent convertir nos États. Ils veulent convertir Gaza. Ils veulent le Groenland. Demain, ce sera le Canada. Peut-être mon pays. Euh…à vrai dire, mon pays a déjà été converti de la sorte par des entreprises après 2015 ! C’est totalement cohérent avec leur philosophie politique très spécifique et clairement énoncée. Donc, comme je vous l’ai dit, je suis seulement surpris que les gens soient surpris. Et vous-même avez fait remarquer que ce n’est pas sans précédent. Maintenant, si on regarde l’histoire du colonialisme, elle ne commence pas par des États. Tout commence par des entreprises. Ce sont la Compagnie néerlandaise des Indes orientales et la Compagnie britannique des Indes orientales qui ont conquis l’Asie. Et vous avez des entreprises similaires qui ont conquis l’Afrique. Les gens disaient – et vous l’avez mentionné – « Oh mon dieu, il demande aux gens de mettre un milliard de dollars pour être…  vous savez… membres légitimes du « Conseil de la Paix » ! » . Mais n’est-ce pas ainsi que la Compagnie des Indes orientales a été créée ? Des hommes d’affaires se sont réunis dans une sorte de bicoque à toit de chaume, à Londres, à un moment donné de 1599 si ma mémoire est bonne, et ils ont tous contribué. Ils sont devenus actionnaires. Et pas seulement actionnaires, mais les actions elles-mêmes étaient négociables. Et ils sont partis, et ils ont occupé… ils ont pris l’Inde, puis l’Indonésie, puis des parties de l’ Asie du Sud-Est. Il y a eu un moment où la Compagnie des Indes orientales avait 200.000 soldats sous ses ordres. Ce n’est que plus tard que cela a été nationalisé… quand ils se sont mis à avoir des difficultés financières. – Ce qui s’est alors produit, c’est un renflouement… un renflouement  d’État ou un renflouement de la couronne… et c’est ainsi qu’a commencé l’Empire britannique…  Donc, c’est ce qu’ils veulent… c’est ce que veulent Peter Thiel et ceux qui l’entourent. C’est ce que veulent les penseurs, les technocrates, les seigneurs de la tech qui gravitent autour de lui… C’est ainsi qu’ils voient et qu’ils veulent le monde, et ce n’est pas du tout surprenant. Moi, je vais vous dire ce qui est surprenant – mais pas tant que ça, finalement, si on y réfléchit – c’est que le reste du monde ait suivi le mouvement. Les Britanniques ont suivi le mouvement. Les Français ont suivi le mouvement. Tous les pays arabes ont suivi cette idée. La Turquie, qui soutenait en grande partie le Hamas, a suivi ce mouvement. Le Qatar, qui avait des dirigeants du Hamas sur son territoire, a suivi le mouvement. Vous avez des pays comme l’Égypte et l’Algérie, qui se sont mis à faire un éloge dithyrambique de Donald Trump, en l’appelant « homme de paix » et il y a, bien sûr, les Européens, pourr qui il ne s’est jamais agi des Palestiniens, mais de savoir s’ils voulaient en être ou pas… les Européens, qui se sont dit – bof… pourquoi nous en faisons-nous?

 

Comme je l’ai dit, il s’agissait vraiment, quand même, des Palestiniens… Mais ce que tout le monde va découvrir, c’est que ce n’est plus seulement une question qui concerne les Palestiniens, c’est une question qui, maintenant, vous concerne aussi, bonnes gens, et c’est même la seule lueur d’espoir que je vois dans cette catastrophe, qui en est devenue une, maintenant, pour le monde et pour l’humanité, plus pour les seuls Palestiniens. Vous savez, les centristes que nous connaissons tous pensent un peu comme pensait la République de Weimar. Où Hinderberg a remist la chancellerie allemande à Hitler, en croyant qu’il allait pouvoir le contrôler. Et voyez ce qui leur est arrivé, à ces libéraux, qui avaient comme les nôtres plus peur de la gauche que des nazis ! Finalement, ils se sont retrouvés dans les mêmes camp de concentrations qu’elle. Donc ce n’est qu’un tout petit rayon d’espoir. La catastrophe est tbien là. Et Ils finiront par venir vous chercher, vous aussi. La perspective a été évidente quand on a vu Macron écrire à Trump – un message privé qu’il s’est empressé de publier sur son Truth Social – dans lequel Macron disait en substance… « Écoutez, nous sommes tous entièrement derrière vous… Vous faites de grandes choses en Syrie et en Iran… Nous sommes totalement avec vous… mais laissez le Groenland tranquille. » Il est clair qu’il se disait : « …si on l’encourage… si on le soutient dans ce qu’il peut vouloir faire à d’autres parties du monde… peut-être qu’il nous laissera tranquilles ». Je pense que nous sommes en train de fabriquer et de nourrir ce monstre.

 

 

GLENN – Qui, comme vous l’avez dit, va échapper à tout contrôle. Mais qu’est-ce que cela signifie pour…  j’allais demander comment pensez-vous que vont réagr Wall Street, le Complexe Mlitaro-Industriel et les grandes entreprises technologiques si jamais ils décident de soutenir cela… Parce que, en fait, il y a cette tendance, dans le capitalisme, à la concentration des richesses jusqu’à un point où la démocratie ne peut plus fonctionner. Je veux dire, ce ne sont pas seulement les opposants à la démocratie libérale – pardon – au capitalisme, qui suggèrent que même les capitalistes libéraux, qu’ils soient capitalistes classiques, comme David Ricardo l’a constaté dans son travail : à savoir que chaque innovation technologique concentre plus de pouvoir dans le capital que dans le travail, ce qui rend toute la relation biaisée. Mais est-ce que… est-ce que vous croyez que, dans ce contexte, on va voir des entreprises commencer à remplacer des nations entières ?

 

 

YANIS Eh bien, comme je l’ai dit tout à l’heure, ce sont les entreprises qui ont entamé le processus de l’impérialisme. Et, il faut l’admettre, le militarisme, le corporatisme et l’impérialisme sont toujours allés de pair. À un moment donné, quand les entreprises… quand Wall Street a fait faillite en 2008, elles ont été t nationalisées n’est-ce pas, autrement dit renflouées… par l’argent public… ou, si vous voulez, leurs pertes ont été prises en charge par l’État. C’est exactement ce qui s’est passé il y a des décennies. Et maintenant qu’ils ont été remis en selle, ils reprennent le contrôle des États. Alors vous m’avez demandé quelle serait la réaction du Complexe Militaro-Industriel… des grandes entreprises technologiques et de Wall Street ? Laissez-moi les prendre un par un :

 

Ceux qui adoren,t ce sont les grandes entreprises technologiques, parce que, vous save…, j’ai écrit un livre il y a quelques années, intitulé Technofeudalism, dans lequel j’affirme qu’une nouvelle forme de capital qui a surgi, tout vivant, dans nos téléphones. On appelle cela cloud capital *. Elle ne produit rien, sauf le pouvoir direct de contrôler nos esprits et, par ce moyen, d’accumuler des formes particulières de rentes dans les poches des grandes entreprises technologiques. Et cette forme nuageuse du capital a, ces dernières années, surtout après la guerre en Ukraine et le génocide à Gaza, fusionné avec le Complexe Militaro-Industrie,l parce que nous avons maintenant des drones IA autonomes. Nous avons des logiciels de Palantir qui fonctionnent sur les services fil Amazon, de Google et de Microsoft, et ces logiciels sont en cours d’entraînement à Gaza. Ils sont formés en Ukraine. Et puis, vous savez, le résultat de cet entraînement donne des logiciels qui sont ensuite vendus, par exemple, au Service National de Santé britannique,. Mine de rien, voius vous avezainsi la privatisation du Service National de Santé anglais par le cloud capital américain, formé aux champs de massacre de Gaza. Donc, comme je vous l’ai dit, les grandes entreprises de la tech adorent ça et c’est pourquoi des gens comme Jeff Bezos, Mark Zuckerberg, même Elon Musk, qui détestaient Donald Trump et le méprisaient, se sont regroupés autour de lu, et le considèrent comme leur grand bienfaiteur.

 

Une autre dimension encore qui explique l’enthousiasme inattendu des grandes entreprises technologiques pour Donald Trump : le Genius Act (« loi Génie »),  davril dernier, qu’il a fait passer au Sénat et à la Chambre des représentants. En faisant cela, il a légitimé la privatisation du dollar par les grandes entreprises technologiques, via des sociétés comme Tether. Et maintenant, Google, Apple et d’autres émettront leurs propres stablecoins. Ce ne sont pas des cryptomonnaies, mais ce n’est pas du tout comme, disons, Bitcoin, qui est un peu anarchiste. Non, ce sont des cryptomonnaies libellées en dollars US. Essentiellement… nous voilà revenus au XIXe siècle, lorsque les banques privées avaient la capacité de frapper des dollars, capacité qui, à un certain moment, leur a été enlevée et a été monopolisée par la FED…  et la FED vient donc de se faire couper les ailes. Donc, il est clair que les grandes entreprises de la tech adorent tout ça. Elles adorent le Conseil de la Paoix. Elles adorent ce qui se passe en Palestine. Elles adorent ce qui se passe avec les stablecoins (« cryptomonnaies stables ») et la privatisation du dollar.

 

Le Complexe Militaro-Industrie, lui, est un peu plus inquiet. Je veux dire que… certes, ils aiment la guerre. Ils aiment toutes ces interventions. Ils aiment vendre d’énormes quantités d’armes à l’Ukraine avec de l’argent européen. Ils aiment qu’Israël se soit mis à dévorer leurs bombes de 10.000,  de 20.000 livres comme despetits pains. Oui, ls adorent ça. Mais ils sont un peu inquiets que des entreprises comme Palanirr, les grandes entreprises technologiques, « les machines de guerre technoféodales » comme je les appelle, soient en quelque sorte en concurrence avec lui.  Oui,il  s’inquièet un peu de ça.

 

Mais… je pense qu’un des trois conglomérats que vous avez mentionnés dans votre question, c’est Wall Street… Eh bien, je pense que ce sont eux que Donald Trumpinquiète le plus, parce que, comme je l’ai dit, avec le Genius Act, il grignote bel et bien leurs loyers financiers au profit des grandes entreprises technologiques,  de Tether, de stablecoins, etc. Wall Street va essayer de les rejoindre. JP Morgan, par exemple, s’apprête à émettre sa propre stable coin, mais on s’y s’inquiète. Donc, quand vous voyez que Donald Trump se bagarre sur le faiit de savoir qui va contrôler la FED, vous comprenez qu’il essaie de couper les ailes du président de la FED, ùais aussi les pouvoirs de la FED par des lois comme le Genius Act. Et tout cela, c’est parce que la FED , appartient aux grandes banques, aux banques de Wall Street, et que ces banques ne veulent pas avoir à rivaliser avec la Silicon Valley, avec la côte Ouest.

 

Quoi qu’il en soit, il me semble clair que, jusqu’à présent du moins, Donald Trump parvient à dominer ces trois : Wall Street, les grandes entreprises technologiques et le Complexe Militaro-Industriel, et que les trois adhèrent à ce qu’il fait avec son Conseil de la paix et la dissolution de fait des Nations Unies, qui transforme les Nations Unies en ce qu’a été la Société des Nations :  une coquille vide.

 

 

GLENN Toute cette dissolution des Nations Unies. On peut dire  qu’elle a… oui, qu’elle a commencé… il y a au moins 30 ans. Vous ayez mentionné le Premier ministre du Canada… Dans ce qu’il a dit à Davos,t j’ai trouvé intéressant qu’il ait qualifié de fraude  l’ordre international dit « fondé sur des règles » . Là, je suis d’accord avec lui parce que… si on remonte’au Kosovo… C’est là qu’on a commencé à se dire… bon, ce n’était pas légal mais c’était légitime… et là qu’on a décidé que la légitimité reposait sur une justification libérale, démocratique ou humanitaire. En d’autres termes, ce que nous avons dit, c’est que le droit international dépasse tout. Cependant, en nous faisant les champions de la « démocratie libérale », nousnous sommes accordé le droit le droit de parler au nom des droits de l’homme ou de la démocratie

 

Nous nous  sommes exemptés – nous, pas les Chinois, les Russes ou les autres, –d’avoir à respecter le droit international,  qui est devenu, en quelque sorte, la seule prérogative de l’Occident politique. C’est ainsi que notre manière de procéder est  devenue un ordre hégémonique. Ce que j’ai trouvé intéressant avec le Premier ministre canadien, c’est qu’il a reconnu qu’il y avait eu sélection  et que le dénominateur commun n’avait pas été les droits de l’homme mais le pouvoir de l’Occident politique.  Donc, oui, il semble voir que ce que nous faisons  ne devrait pas s’attacher rien qu’avec ce que fait Trump, mais par rapport à un contexte plus large. Pendant ce temps, les Européens plient vraiment le genou devant Trump.  lls semblent décidés à s’incliner et à obéir. Il suffit de regarder ce qu »ils ont avalisé en 2025… ce qu’ils ont soutenu à Gaza, les attaques contre l’Iran, ils n’ont même pas mentionné le bombardement US du Nigeria, ni ceux  au Yémen, et, bien sûr, ils ont avalé l’installation de cet horrible gouvernement en Syrie. Donc, il ne semble pas qu’ils veuillent revenir au droit international, mais pluttr à cet ordre international fondé sur des règles où l’Occident politique est l’entité qui s’exempte de la loi. C’est-à-dire que les Européens veulent simplement être l’intérieur de cette construction hégémonique,  q’ils ne veulent pas être à l’extérieur. Est-ce cela qui différencie les Européens des Canadiens aujourd’hui ? Non, je ne pense pas. Je pense… Écoutez, le discours de Mark Carney était, euh, très intéressant, bien écrit et bien pronnocé, et comme vous l’avez fait remarquer, il a dit des choses qu’aucun centriste libéral n’avait encore émises, mais au final, je ne vois pas beaucoup de différence entre sa position et celle du Canada et de la Grande-Bretagne ou de la France. L’hypocrisie suinte de tous les pores de leurs corps, y compris de celui de Mark Carney. C’est… euh… dans un autre but qui n’avait rien  rien à voir avec notre discussion d’à pàrésent que… juste avant que nous nous connections, je prenais des notes, en relisant attentivement ce discours de Carney…. Et je me permets de vous lire quelque chose que j’ai écrit…  Il dit qu’il est d’accord… que cet ordre basé sur des r !gles était faux ou quasi-faux ou partiellement faux, donc c’est un gros problème – d’ailleurs, la BBC n’a jamais rapporté cette partie du discours de Mark Carney. – D’accord, on met juste un astérisque ici. Mais ensuite, il continue et dit…  « Au moins, l’hégémonie US  contribuait à fournir des biens publics, et c’est pourquoi elle était tolérée par le Canada, par l’Europe, etc ».  Puis il explique en qyoi ces biens publics consistaient. Et il dit : « Des voies maritimes ouvertes. » Ah, bon ? Demandez aux Cubains. Ont-ils déjà eu des voies maritimes ouvertes ? Puis il dit : « Uun système financier stable ». Quoi ? A-t-il oublié 2008 ? A-t-il oublié ? Les armes de destruction financière massive qui n’étaient pas une aberration. Elles faisaient bien partie intégrante de ces règles internationales, quelles que soient les règles. Le consensus de Washington étai-il oui ou non fondé sur la financiarisation ? Donc, dire que les Américains nous fournissaient des biens public, incluant un système financier stable. La seule chose que le système financier avant 2008 ou 2000, vous savez, 15… 16… quand Trump est arrivé, la seule chose qui n’était pas stable était la stabilité. C’était un déséquilibre totalement instable. Et puis il ajoute « Sécurité collective »… Avez-vous vraiment parlé, a-t-il déjà parlé aux millions de morts irakiens ou afghans ? Et qu’en est-il des Libyens ? Ils ont détruit ce pays. D’accord, il y avait un tyran là-bas, M. Kadhafi [ ?! NdT ].  D’accord. Et que s’est-il passé après que l’ordre international fondé sur des règles ait bombardé la Libye ? Ils ont juste détruit l’endroit. Il n’y a plus de pays appelé la Libye. Ah, l’hégéùonie a aussi soutenu  « un cadre destiné àr résoudre les différends ». Vraiment ? Que s’est-il passé avec la Palestine pendant l’ordre international fondé sur des règles ? Quels types de différends y ont été résolus ? Le génocide, le nettoyage ethnique, l’État apatride, n’ont-ils pas été érigés sur cet ordre international fondé sur des règles ? Donc, même le grand discours de Mark est truffé d’hypocrisie. Et que propose-t-il de faire ? Il veut avoir… euh… une nouvelle alliance entre les puissances moyennes, avec l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne. Eh bien, s »il veut  vraiment faire çà, qu’il commence par un processus de paix pour l’Ukraine. Où en est leur processus de paix pour l’Ukraine ? Une alternative et un remplacement de ce que font Trump et Poutine ?  Non, rien. La seule idée qu’ils ont à propos de l’Ukraine, cest qu’il leur faut trouver davantage d’armes, pour que l’Ukraine puisse continuer à tuer des Ukrainiens et des Russes, dans cette reproduction de la Première Guerre mondiale avec des drones qui tuent des milliers de personnes sans aucune résolution en vue. Qu’en est-il de la proposition de M. Carney concernant la Palestine ? Que propose-t-il pour la Palestine ? Rien. Vous savez, il va d’ailleurrs bientôt faire marche arrière. Il a prononcé un excellent discours. On se souviendra de lui pour un excellent discours qui a décrit la situation de façon raisonnable et il n’a absolument rien à offrir sur ce qu’il faudrait faire.  Car, soyons honnêtes, vous avez entendu comme moi ce que Trump a dit aujourd’hui : si le Canada ratifie l’accor…, l’accord commercial avec la Chine…il va leur imposer des droits de douane de 100 %. Que se passera-t-il alors, pour les ouvriers de l’induustrie automobile du Canada ; qui perdront leur emploi parce qu’ils produisent des voitures et des pièces détachées pour des entreprises US ? A-t-il un plan pour ça ? Va-t-il investir dans… va-t-il faire venir BYD pour remplacer Ford et General Motors ? Non, il n’a pas ce plan.

 

Enfin, oui, bien sûr, c’est un bon discours, mais l’honnêteté et les principes qu’il vient subitementt défendre, il faut se demander pourquoi maintenant et… vous savez… c’est comme la fois où Trump a mis  sur Truth Social un post retoouché à l’IA, où on voyait la carte de l’Amérique du Nord et celle du Canada recouvertes par le drapeau US et qu’il l’a exhibé à un public d’Européens. Donc, Carney  sait qu’après le Groenland, les États-Unis pourraient s’en prendre au  Canada. Donc, c’est sans doute la raison pour laquelle les principes doivent entrer en jeu, mais il reste extraordinaire qu’il n’y ait pas plus de résistance contre tout cela.

 

Juste une dernière question : voyez-vous cela dans un contexte plus large où les USA seraient forcés de trouver une nouvelle manière de dominer ? Parce qu’après la Deuxième Guerre mondiale, ils ont bénéficié de nombreux avantages. Ils avaient été un leader technologique pendant la guerre. Ils avaient développé leur puissance industrielle. Ils avaient commencé à contrôler toutes les voies maritimes internationales. Ils avaient affirmé leur contrôle sur une grande partie des ressources naturelles d’Arabie Saoudite et d’autres endroits. Ils avaient joué un rôle clé auprès des institutions financières, de la Banque mondiale, du FMI et bien sûr du monde entier qui a ensuite adopté le dollar comme monnaie de réserve. Donc, ils étaient l’hedgeimon économique. On peut dire qu’à cet égard, un système économique libéral est une bonne chose quand on en est l’hegeimon, un peu comme la Grande-Bretagne l’était au XIXe siècle, puisque cela signifie que vous tenez plus ou moins le monde sous votre administration, mais ce que nous voyons en ce momentt, c’est le désespoir des USA…  Toutes ces guerres, ce sont des guerres économiques… Est-ce que cela a quelque chose à voir avec  l’incapacité à rivaliser avec la Chine et avec le fait su’ils s’épuisent, comme on le voit, avec leur dette ? On a l’impression d’assister à un effort désespéré pour rebattrer les cartes, développer un nouveau système, trouver un moyen de maintenir les États-Unis sur le trône ?

 

 

YANIS – J’ai une perspective un peu différente sur ce point. Parce que ce qu’il a décrit comme l’hégémonie américaine d’après-guerre a pris fin en 1971. Les choses se sont déroulées exactement comme vous les avez décrites… jusqu’en 1971, soit à l’époque de Brettonwoods. Dans les années 1950 et 1960, vous aviez l’hégéùpnie. C’était un pays excédentaire. Un pays technologiquement avancé. C’était un exportateur net. Et tout le but de Bretton Woods, Glenn, a été de conserver la position excédentaire des États-Unis. Mais à la fin des années 1960, ils avaient perdu cette position. Pour plusieurs raisons, que nous n’avons pas besoin d’aborder maintenant, notamment la guerre du Vietnam, la Grande Société, le fait que le capital US a beaucoup investi dans l’industrie allemande et japonaise. Le résultat, c’est  que les intérêts germanos-japonais sont devenus plus efficaces que ceux des États-Unis, surtout à un moment donné, notamment avec la guerre du Vietnam.  En fin de compte,il s’est avéré que le système de Brettonwoods  n’était plus viable, parce qu’r il reposait sur l’idée que l’Amérique serait toujours un pays excédentaire et qu’elle dollariserait la Grande-Bretagne, oui, la Grande-Bretagne, l’Europe et le Japon, afin de permettre à l’Europe, à la Grande-Bretagne et au Japon de continuer à acheter ce que les USA avaient à exporter. Une fois les exportations nettes disparues, ce système a disparu et bien sûr, ce sont les Américains eux-mêmes qui l’ont fait exploser, puis qui l’ont ensuite  remplacé par un système très différent, mais  pas celui que vous décrivez. Le système, basé sur l’inversion du système de recyclage qu’était Brettonwoods au lieu d’être le pays excédentaire recyclant les surplus vers l’Europe, l’Asie, le Japon en particulier, puis la Chine. Ce qui s’est passé, c’est qu’il y avait désormais un déficit et que les USA ont utilisé ce déficit pour créer une demande agrégée en Europe, au Japon et plus tard en Chine, envoyant vers eux des dollars appelés IU, qui étaient znsuite rapatriés à New York et devenaient trois choses : premièrement, des obligations d’État, c’est-à-dire le financement du gouvernement fédéral US ; deuxièmement, certaines actions autorisées à acheter les étrangers et, troisièmement, principalement, l’immobilier, ce qui a fait  de Donald Trump Donald Trump. Vous savez, cette tentative de maintenir l’hégémonie après qu’elle ait disparu, après être devenus un pays déficitaire, a été celle de Nixon. Et Nixon n’a eu aucun problème à mener une guerre économique contre ses alliés. Ainsi, vous voyez, Trump n’est pas le premier président à mener ce genre de guerre économique. Quand John Connelly, le secrétaire au Trésor de Richard Nixon  – après l’explosion du système de Brettonwoods par Richard Nixon le 15 août 1971 –  est allé en Europe et il a dit : « Les Européens, vous êtes foutus. Je suis là pour vous payer. Le dollar est ma monnaie et c’est votre problème » Et les Européens sont partis en vrille et ont essayé de créer leur propre Brettonwoodx, leur propre système de taux de change fixe. Ils ont donc adopté diverses configurations de régime de change fixe et ils se sont polantés avec un serpent dans le système monétaire européen, avec un mécanisme de taux de change européen. Ils ont fini âr créer l’euro, qui a été un désastre pour l’investissement en Europe, pour l’intégration, etc. Et, dans le mêmeordre d’idée, souvenez-vous de ce que Ronald Reagan a fait en 1985 aux Japonais. Il a pointé un pistolet sur leur tête et a dit « Je vais vous coller des droits de douane de 200 % à moins que vous ne remettiez le dollar au niveau où nous l’avions mis.  Et ils l’ont fait, et le résultat a été que le miracle japonais est mort sur-le-champ. Don,c le phénomène n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, la différence fondamentale entre le choc de Nixon et le choc de Trump, c’est la Chine. Parce que lorsque Nixon tenait la dragée haute  à ses alliés comme je viens de le décrire, il n’y avait pas de système économique concurrent. Il existait une Union soviétique déjà en déclin. De la fin des années 60 au début des années 70, il était devenu évident que le système économique soviétique n’avait pas la capacité de rivaliser en termes d’avancées technologiques, d’exportations, de tout ce qui compte sur les marchés financiers et sur les marchés plus larges.  Aujourd’hui, Trump essaie de créer un nouveau choc Nixon dans le contexte d’une Chine qui progresse de façon exponentielle.  Dont l’industrie est déjà… oui… deux  fois… trois fois plus grande que l’industrie US, y compris en termes de Big Tech. La moitié des experts en IA, aujourd’hui dans le monde, sont chinois. Ils ne sont ni britanniques ni allemands, etc., ils sont chinois. En ce qui concerne l’énergie verte… Déjà, on observe une réduction de la dépendance aux combustibles fossiles et une expansion massive des énergies vertes, auxquelles l’Europe, et plus encore l’Amérique de Trump, tournent le dos.Trumpl essaie donc d’étendre l’hégémonie US en privatisant le dollar via le Genius Act, comme je le disais plus tôt, et en faisant exploser l’Union européenne, le Canada, ses alliés, parce qu’il est réaliste. Il a essayé de tromper les Chinois. Il a échoué. Les Chinois ont remporté la guerre commerciale contre lui. Il y a déjà succombé. Au mois d’avril, vous verrez qu’il y aura une réunion entre Trump et Xi et qu’ils prolongeront la trêve. Je pense qu’ils continueront à la prolonger, parce que les États-Unis ont plus besoin de la Chine que la Chine n’a besoin des États-Unis en termes de terres rares, de matériaux critiques pour l’industrie américaine et pour le Complexe Militaro-Industriel US. Et ce qu’il fait aussi, c’est qu’il dit : « D’accord, je vais maintenant réclamerr le maximum de rentes à mes alliés. Je vais coexister avec les Chinois. Mais pas question de traiter avec l’Union Européenne en bloc. Donc, je vais saper l’Union européenne. Je veux m’occuper des Allemands. Je veux m’occuper des Français. Je veux m’occuper des Italiens. Je veux m’occuper des Canadiens. Un par un. Je vais donc commencer par semer la zizanie chez les pigeons. » Quand les Européens se plaindront que « Oh, mon Dieu !  En menaçant de prendre le contrôle du Groenland, vous allez faire exploser l’OTAN et l’UE. » Eh bien, oui, c’est exactement ce qu’il veut. Et il voit l’hémisphère occidental comme une roue de vélo où il est le moyeu et eux les rayons, et même si certains rayons cassebt, la roue continue de tourner.

 

je pense que c’est ce que les Européens doivent t comprendre. Au lieu de se dire que plus  ils lui cèderont, plus leur loyauté sera appréciée et plus  il verra la valeur d’avoir l’Europe comme partenaire.  Je pense au contraire qu’il n’y verra  que de la faiblesse et qu’il cherchera juste quelque chose à extraire de l’Europe avant. de la laisser tomber.  C’est assez extraordinaire à regarder.

 

 

GLENN –  Dans tous les cas, merci beaucoup de m’avoir laissé vous poser toutes ces questions. Et si, comme vous le dites, c’est vraiment la fin des Nations Unies, c’est un développement assez dramatique, Mais, comme vous l’avez dit aussi, beaucoup de ceux qui vont s’en plaindre y auront été pour quelque chose. Merci encore

 

YANIS  Merci, Glenn.

 

________________________

 

 

*Petit addendum :

 

Post de Régis Kamdem

Le « Cloud Capital » : Une Nouvelle Forme de Rente Féodale selon Yanis Varoufakis ? Dans son livre Technofeudalism: What Killed Capitalism, Yanis Varoufakis développe le concept de « techno-féodalisme », qui offre un cadre pertinent pour comprendre comment le pouvoir économique s’articule autour du « cloud » dans le contexte du capitalisme contemporain. Le « cloud », selon Varoufakis, ne représente pas seulement une infrastructure technologique, mais un nouveau terrain d’accumulation de pouvoir et d’extraction de rente. Voici les principaux éléments de son analyse qui nous permettent de comprendre sa vision du « cloud capital » :

      • Mort du capitalisme, avènement du techno-féodalisme : Varoufakis soutient que le capitalisme, tel que nous le connaissions, est mort, remplacé par un nouveau système qu’il nomme « techno-féodalisme ». La mutation du capital en « cloud capital », caractérisée par la domination des plateformes numériques, a entraîné la destruction des deux piliers du capitalisme : les marchés et le profit.
      • Remplacement du profit par la rente : Dans ce nouveau système, le profit, moteur traditionnel du capitalisme, est supplanté par la rente, notamment la « rente cloud ». Cette rente est perçue par les propriétaires des plateformes numériques en échange de l’accès à leurs services et aux données qui y transitent.
      • Monopoles des plateformes et extraction de rente : Les géants du numérique comme Google, Amazon, et Facebook, grâce à leur contrôle des plateformes cloud, sont devenus les nouveaux seigneurs numériques. Ils exploitent leur position dominante pour extraire une rente des utilisateurs et des entreprises qui dépendent de leurs services.
      • Contrôle des données et rente informationnelle : Les données, générées massivement par nos activités en ligne, sont devenues la matière première du techno-féodalisme. Les entreprises qui les contrôlent, les agrègent et les analysent peuvent en extraire une rente informationnelle considérable.
      • Dépendance et assujettissement : Tout comme les serfs médiévaux dépendaient de leur seigneur pour l’accès à la terre, les utilisateurs et les entreprises sont aujourd’hui de plus en plus dépendants des plateformes numériques pour travailler, consommer, communiquer et même penser. En somme, le « cloud capital », dans l’optique de Varoufakis, peut être compris comme la combinaison du contrôle des infrastructures cloud, des données et des plateformes numériques, permettant l’extraction d’une rente et la consolidation d’un pouvoir économique de type féodal.

 

 

  

A lire

 

Un des nombreux livres de Yanis Varoufakis :

 

 

 

 

 

Publication en français :

 

Yanis Varoufakis

Un autre monde est possible

Pour que ma fille croie encore à l’économie

Flammarion – 2015

224 pages

« Sans même nous en apercevoir, nous sommes devenus cyniques au sens où l’entendait Oscar Wilde : nous savons tout du prix des choses mais rien de leur valeur. » Dans ce livre, Yanis Varoufakis explique à sa fille que l’économie est trop importante pour être laissée aux seuls spécialistes et qu’il y a, à la source de toute théorie économique, un débat fascinant sur les angoisses humaines. En s’inspirant de films tels que Matrix ou Blade Runner et de figures littéraires comme Faust ou le docteur Frankenstein, en puisant dans la mythologie ou dans la vie quotidienne, Yanis Varoufakis replace l’économie au coeur de la cité et tranche avec le discours dominant des économistes contemporains. Un livre clair et pédagogique qui s’adresse à tous ceux qui veulent comprendre le monde moderne.

 

 

 

 

Mis en ligne le 30 janvier 2026

par Les Grosses Orchades

 

 

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