La flotille multinationale  « Notre Amérique » qui va tenter de forcer le blocus de Cuba

 

 

 

Gaza-Caracas : même combat, même sort ?

 

 

 

 

Il existe (aux éditions Delga) un livre intitulé Lénine à Paris, où l’auteur – Jean Fréville, un Ukrainien naturalisé français –  disait de Vladimir Ilitch : « Je croyais toujours qu’il se trompait… et puis, non, il avait toujours raison… il voyait à six mètres sous terre. ».

En écoutant Vishay Prashad, on repense à ce livre, et on se demande si lui aussi ne verrait pas à six mètres sous terre,  ou au moins à trois.

 

 

Que reste-t-il du Madurisme ?

 

(Que va-t-il rester de Cuba ? L.G.O.)

 

Une interview de Vishay Prashad

par

India & Global Left

 

 

 

 

 

Que reste-t-il du madurisme ?

 

Vijay Prasad sur le Venezuela, la gauche et le déclin impérial américain.

 

Tentative de traduction d’une transcription : c.l. pour L.G.O

 

 

I.G.L. – Bonjour et bienvenue dans un nouvel épisode d’India and Global Left. Si vous êtes nouveau dans l’émission, merci de presser ce bouton d’abonnement. Envisagez également de devenir membre YouTube, Patreon ou de faire un petit don indiqué dans le lien dans la description de la boîte.

Permettez-moi de souhaiter la bienvenue à notre invité de ce soir, le Dr Vijay Prashad.

Le Dr Prashad est historien,  écrivain, journaliste et c’est un critique bien connu de l’impérialisme. Vijay, re-bienvenue dans La Gauche de l’Inde et du Monde

 

V.P. – Bonjour, c’est un plaisir d’être avec vous. Vous êtes un de mes sites préférés.

 

I.G.L. – Merci beaucoup. Je voulais aujourd’hui me concentrer avec vous sur le Venezuela…  mettre à jour nos spectateurs sur ce qui s’est passé depuis le 3 janvier, jour où le régime, ou l’administration américaine, comme vous préféreriez peut-être l’appeler, a kidnappé le président vénézuélien Nicolás Maduro… Nous savons tous que vous vous avez discuté de l’impérialisme  avec beaucoup de gens au cours des  dernières décennies. Alors, pour commencer : comment décririez-vous ou expliqueriez-vous l’enlèvement du président vénézuélien par l’administration américaine ?

 

 

 

 

 

V. P. – Je dirais que c’est un acte illégal. On n’& pas l e droit de juste juste entrer dans un pays etd’ y capturer un chef d’État. Il y a un tas de lois qui ont été violées : la charte de l’ONU a été violée… l’immunité par principe d’un chef d’État a été violée… la charte de l’Organisation des États américains a été violée… Et on pourrait continuer… on parle ici d’un mépris flagrant du droit international. Pour ne rien dire de l’acte d’accusation émis contre Nicholas Maduro Moros et Cilia Flores, qui est d’un ridicule ansolu. Vous savez, je… J’ai lu les quelque 20 pages de l’acte d’accusation émis après leur arrivée à New York. Les USA ont en fait… une des parties clés de leur accusation contre le président Maduo dit qu’il est « le chef du Cartel de los Soles». Mais ils ont dû finir par admettre ce que tout le monde écrit maintenant, que j’ai écrit il y a plus d’un an, à savoir qu’il n’existe rien qui s’appelle Cartel de los soles. C’est un terme qui a été inventé par des journalistes vénézuéliens dans les années 1990, et, donc, le gouvernement US a été forcé d’en retirer la mention de son acte d’accusation. Alors, qu’est-ce qui reste ? Qu’il possède des armes ? Les USA n’ont pas juridiction là-dessus, que ce qu’ils racontent soit vrai ou faux. Et il n’y a, bien entendu, aucune preuve de narco terrorisme nulle part. C’est une accusation totalement débile. Mais c’est sur la base de cette inculpation débile qu’une énorme opération militaire a été montée, que plus de 100 personnes ont été tuées : des Vénézuéliens et des Cubains. Vous savez ce que c’est ? C’est de la folie. Et qu’est-ce que tout ça signifie du point de vue de la région dans son ensemble ? Bien sûr, Cuba est très importante elle se trouve dans les mêmes eaux que l’Amérique. Mais nous avons tous entendu parler, récemment de cette soi-disant nouvelle doctrine Monroe, qui est une version intensifiée de l’ancienne, c’est-à-dire de l’étranglement historique de la région par les États-Unis. Donc, du point de vue de quelqu’un qui est en Amérique latine ou en Amérique centrale… demandez-vous à quoi peut, à leurs yeux, ressembler cet enlèvement.

Ce qui, dès l’abord, est si extrêmement choquant, c’est que les États-Unis disposent d’un armement de ce genre… Je pense que les gens ont sous-estimé le type d’armement dont disposent les États-Unis. Vous savez, la dernière fois que nous avons vu un bombardement complet contre un pays, c’était il y a environ 21, 22, 23 ans, et c’est lorsque les États-Unis sont entrés en Irak, de plein fouet, en 2003. Oui, bien sûr. les avions de l’OTAN ont aussi bombardé la Libye. Et il y a eu encore des bombardements  en Syrie, des bombardements en Somalie, dans le nord du Nigeria. au Yémen, et vous pouvez continuer. Mais c’était… et, bien sûr, les plus violents de tous : en Afghanistan et en Iran, je le sais, mais ce n’étaient pas des attaques à grande échelle contre des systèmes de défense aérienne. Or, vous savez, ici, les États-Unis ont  décapité les systèmes de défense aérienne. Cela veut dire qu’ils, les USA, disposent d’armes soniques assez sophistiquées. Comme l’a dit Trump : « Nous avons la capacité de faire sombrer un pays. » Et ils l’ont fait. C’est impressionnant. Et c’est effrayant. Les autres pays ont peur. Même Gabriel Boric, du Chili, qui avait injustement critiqué le gouvernement vénézuélien… M. Boric a dit : « Si le Venezuela aujourd’hui, demain n’importe qui. »  D’une certaine manière, ça a vraiment secoué les gens. Parce qu’ils voient arriver sur eux cette doctrine Monroe, avec son corollaire à la Trump, armée de ce type de matériel militaire. Je pense qu’il est important de le dire : d’abord, au Venezuela même, cela a vraiment secoué le pays. Parce que… en dépit du fait que la présidente par intérim Delcy Rodríguez ait déclaré « nous allons poursuivre la révolution » etc, ils ne tiennentt pas à ce que les USA transforment Caracas en Gaza.

 

 

Les Vénézuéliens savent que les USA ont la capacité de faire exactement ça, et ils ne sont pas prêts à risquer… je ne sais pas… des dizaines de milliers de vies vénézuéliennes, pour juste camper sur leurs positions. Ils vont devoir trouver un autre moyen de résister aux États-Unis.

En ce moment, leur problème est de trouver un moyen de faire baisser la température, ce qui explique pourquoi ils négocient avec le gouvernement US.  Je veux dire qu ils veulent bien tout ce qu’on veut sauf se rendre. À mon avis, c’est important. Parce que, savez… les USA ont-ils la capacité militaire de détruire le Venezuela ? Oui. Ont-t-il la capacité politique de gouverner le Venezuela ? Non. Et je suis sûr… nous allons en parler… Donald Trump lui-même a admis que l’opposition choisie par le gouvernement US n’est tout simplement pas capable de s’imposer au Venezuela. Je veux dire qu’Edmundo Gonzalez ou Maria Corina Machado sont extrêmement… extrêmement impopulaires, et cette évidence a été admise par des responsables US à plusieurs niveaux, y compris par la CIA, par Donald Trump, etc. Il y a eu des discussions, des spéculations, des allégations, des rumeurs au sujet de la direction Rodríguez-Cabello au Venezuela après l’enlèvement du président Maduro…

 

I.G.L. – Si vous pouviez clarifier ce qui reste de la structure maduriste en termes de structure partisane, de direction, de popularité, de ce qui reste au Venezuela, je pense que ce serait une bonne base pour que les gens comprennent ce qui se passe..

 

V. P. – Eh bien, pour cela, je pense qu’il faut, avant de parler de cette direction… en revenir à la base du chavisme. Vous savez, quand Ugo Chavez est arrivé à la présidence en 1999…

 

 

 

 

… qu’il a remporté l’élection, qu’il est devenu président, il a déclenché un bouleversement social majeur. Je veux dire qu il a remporté la présidence en 1998 en commençant par construire une base électorale. Dans ce but, il s’est employé à rassembler différentes factions de gauche. Puis, il a lancé cette immense idée du bolivarisme, l’idée qu’il fallait faire revenir le Venezuela à la vision de Simón Bolívar. C’érait une politique incroyable, incroyable à voir mettre en oeuvre, mais il est arrivé à tricoter  une base, et, dans ses cinq premières années de gouvernement – donc, approximativement de 1999 à 2004 –  ce que M. Chavez a fait en outre, cela a été de prendre une partie des revenus pétroliers, évidemment pas la totalité, mais une partie des revenus pétroliers, et de s’en servir pour créer des logements sociaux, pour créer des programmes éducatifs, qu’il a pris des populations qui vivaient dans des bidonvilles, par exemple, et qu’il leur a dit : « Non, non, non. Nous allons nous débarrasser de ces bidonvilles et, juste ici, au milieu des maisons de la classe moyenne, vous allez construire un immeuble à appartements, et vous allez y vivre. Dont vous ne serez pas expulsés. Vous allez y vivre, vos enfants iront à l’école, vous aurez de la nourriture, une vie décente et vous vous gouvernerez vous-mêmes. Vous allez devenir une commune au sein de ce quartier de classe moyenne. Et c’est ainsi qu’il a construit cette base de chavisme.

À sa mort, cette base chaviste est restée, avec la formation politique reçue d’Ugo Chavez, qui était le parti socialiste

 

[Pas tout à fait exact : le parti en question s’appelle Grand Pôle Patriotique Simon Bolivar ou GPPSB et le parti socialiste officiel du Venezuela s’appelle Parti socialiste unifié du Venezuela ou PSUV, même s’ils sont socialistes tous les deux. NdT]

 

C’est [le GPPSB]  le parti que Nicolas Maduro a ensuite dirigé lors des élections de 2014, élections qu’il a remportées avec une très faible avance face à Henrique Capriles. Il a gagné avec environ 51% des voix contre 49… C’était extrêmement serré. D’accord. La seule chose que je peux vous dire à propos du Venezuela, c’est que s’ils avaient voulu voulaient truquer les élections – ce que les USA et l’opposition les accusent sans cesse de vouloir faire… – Il n’y a aucun moyen de truquer une élection en gagnant à 51% contre 49. Si vous voulez truquer une élection, vous tirez vos leçons de Paul Kagame au Rwand, où vous gagnez 99% des voix ou vous faites comme Abdel Fattah al-Sissi en Égypte, et vous gagnez avec 98 % des voix ou n’importe quoi de ce genre. C’est comme ça qu’on truque une élection. Mais jamais personne ne truque une élection à 54% contre 48%. C’est ridicule. Si vous voulez monter, vous montez, vous mettez le paquet. Au Venezuela, il nn’y a pas eu d’élection truquée. En fait, je pense que c’est une assez bonne estimation de ce que la base chaviste représente : un peu plus de 50 % de la population qui vote, et que la base de l’opposition constitue un peu moins de 45 % de la population ui vote, car ce sont les chiffres dont nous parlons.

Il est très difficile de dire quelle est la base exacte, mais il y a une base chaviste solide et Nicholas Maduro. il faut le redire, pendant la pandémie, pendant les pires sanctions, ce qu’il a fait c’est tenter de protéger les politiques sociales du chavisme.

 

 

Diosdonado Cabello

 

 

Le leader le plus crédible de la base chaviste,, celui qui en est réellement issu, est Diosdado Cabello : il est la référence la plus importante, comme ils disent en espagnol, de la base chaviste (GPP) et il dirige aussi le parti bolivatien. C’est très important,  et le gouvernement US le sai, au point que, dans l’acte d’accusation contre Nicholas Maduro Moros et Celia Flores, six personnes sont nommées.. L’une de ces personnes est Diosdado Cabello. Il est nommé dans l’acte d’accusation parce que le gouvernement US sait qu’il est vraiment important pour le chavisme. Vous savez, vous éliminez ce type et ça leur posera un problème. Oui, Il est important… C’est vrai qu’il y a plusieurs niveaux de leadership, mais il est énormément respecté et aimé. Et il joue un rôle dans le fait que… C’est un gars de la base, il sait comment les gens pensent et travaillent. C’est un orateur dynamique, et ainsi de suite. Et c’est aussi un très bon équipier : quand Nicolas Maduro Moros a été enlevé, il n’y a eu aucune intrigue de palais pour la succession : Delcy Rodríguez était la vice-présidente, elle est devenue la présidente par intérim. Il n’y a eu aucune lutte pour le pouvoir. Mais ce qu’elle a fait, et qui est en réalité bien plus impressionnant, c’est que lors de sa première apparition publique télévisée, elle s’est assise avec, juste à côté d’elle, Diosdado Cabello. C’était un geste symbolique très important pour la base chaviste. Il signifiait « Tout va bien chez nous. Nous n’allons pas lâcher la base ».

 

 

4 janvier 2026 : première apparition publique du gouvernement vénézuélien après le crime

 

 

Mais imaginez ce que cela a pu représenter pour la CIA, parce que c’était précisément le type qu’ils voulaient. Vous savez, ils voulaient, bien sûr, Nicholas Maduro, mais ils voulaient aussi Diosdonado. Or, ils ne l’ont pas, il est toujours là. Si Delcy Rodríguez l’avait écarté, je me serais dit : « La situation n’est  pas brillante. On ne sait pas ce qui va se passer ».

Il est vrai qu’elle… que dès que la nouvelle Assemblée nationale a commencé à siéger, elle a été forcée de passer par une phase qui est une sorte de réforme de la loi sur les hydrocarbures.  Ce qui veut dire que, là où il y aura des accords pétroliers, les paiements devront passer par le Qatar, etc. Mais il faut bien comprendre que les Vénézuéliens sont dans une situation économique désespérée. Je pense qu’ils doivent avoir compris, eux aussi, que quand on parle de multipolarité… dans les faits… – j’ai déjà abordé ce sujet avec vous –dans les faits, quoi qu’on en dise, parler de multipolarité est un peu exagéré.

Ce dont il est question en réalité, c’est d’une nouvelle ambiance dans le Sud mondial. Mais il serait vain de pense qu’il y ait déjà, dans les faits, une multipolarité réelle.  Il n’y a eu… euh… aucune Russie n’est arrivée pour sauver la situation. Aucune Chine n’arrive pour sauver la situation. Les Vénézuéliens sont seuls et conscients des limites de leur situation. Ils sont forcés de conclure un accord avec les USA et ce, en dépit du fait que leur président soit en ce moment même assis dans une prison US, que leur premier combattant soit dans une prison US. Vous savez, il faudrait être quelqu’un qui n’est pas responsable du peuple vénézuélien pour oser dire que ce sera une trahison. C’est une chose très facile à dtre pour quelqu’un qui ne vit pas au Venezuela, qui n’est pas responsable du bien-être du peuple vénézuélien, qui peut se payer le luxe d’adopter une position ultra-gauchiste. Mais elle, voyez-vous, elle doit empêcherr la ville de Caracas de devenir une deuxième Gaza. Elle doit protéger le peuple vénézuélien. Elle doit protéger la révolution bolivarienne. Elle ne peut pas se permettre d’agir avec  témérité. Et je pense qu’en particulier maintenant, étant donné ce que disent et font les États-Unis et qu’ils ont montré qu’ils pouvaient faire,  là où ils peuvent, eux, se montrer téméraires. En faire autant à leur égard dans une telle position de faiblesse militaire serait, pour Delcy Rodríguez, bel et bien suicidaire et irresponsable.

 

I.G.L. – Je suppose que c’est un point très important. Je pense que ce malentendu sur le Sud mondial… étant donné l’énorme asymétrie de pouvoir entre, d’un côté, l’empire US, et de l’autre ces petits pays du Sud mondial, même si c’est parfois atténué par la montée de la Chine et que les gens commencent à parler du déclin de l’empire américain… de déclin du dollar…  dans certains cas, de l’échec dans des guerres tarifaires… Mais les gens ne comprennent pas à quel point les autres pays du monde peuvent être vulnérables. Comme vous l’avez dit, la Russie ou la Chine ne sont pas nécessairement prêtes à affronter les États-Unis et leur escalade dans ces régions. Compte tenu de cette réalité et avec autant de discussions sur le déclin de l’empire US, certains chercheurs affirment même que l’impérialisme en tant que catégorie est devenu moins conséquent. Comment définissez-vous ces discussions sous contrainte ? Les médias traditionnels les ont présentées comme des discussions parallèles. D’autres, ceux que vous avez catégorisés comme des ultra-gauchistes, y ont vu une forme de faiblesse. On a vu cela dans le cas de la retenue de l’Iran, par exemple. À les entendre, c’est comme si les Iraniens abandonnaient les principes de la révolution mais là, c’est totalement manquer de compréhension de ce que doit affronter un vrai pouvoir.

Bref, ici, comment décririez-vous ces discussions sur les réformes forcées au sein des industries hydrocarbures ? Les pourparlers diplomatiques qui ont lieu entre Rodríguez et l’administration américaine ? Si vous pouviez mettre ça en perspective, ce serait utile.

 

V. P. Voyez-vous, ce qu’il faut comprendre, c’est que l’unique levier dont Delcy Rodríguez dispose dans l’immédiat est l’absence, pour les USA, d’un partenaire politique au Venezuela. Donc, premièrement, ils ont compris que l’opposition est un pur produit US. Vous savez, en fait, ce n’est que grâce à un fonds américain provenant de la National Endowment for Democracy (NED) et d’autres agences qu’a été créé le groupe Sumat, dont Maria Corina Machado est devenue une figure importante. Leopoldo López, vous savez, tous ces gens ont été essentiellement fabriqués aux États-Unis. Avec de l’argent provenant des États-Unis. De grosses sommes d’argent.

 

 

À gauche : Enrique de la Torre, ancien chef de station de la CIA au Venezuela. À droite : James Story, ancien ambassadeur des États-Unis au Venezuela. DR The Grayzone

 

 

Et vous avez eu l’ambassadeur James Story, vous savez, l’ambassadeur US qui poussait aux révoltes de rues…. C’est… c’est assez répugnant quand on veut bien jeter un coup d’oeil à l’histoire de James Story… à ce qu’il a fait lors qu’il était ambassadeur, assis là-bas en Colombie, à dicter les conditions à ces Vénézuéliens qui se disaient enclins à la reddition. Je parle de cette opposition de droite qui a abandonné son intégrité aux États-Unis… Et c’est ainsi que les États-Unis ont accepté l’idée que si quelqu’un comme Maria Corina Machado venait vers  Trump et lui remettait le prix Nobel qui lui avait été attribué, comme… comme les Gaulois vaincus par César qui venaient déposer leur bouclier à ses pieds.

 

 

 52 av. J.-C. — Vercingetorix se rendant à César

 

 

Alors, comme on sait, elle est venue supplier Trump de la laisser réintégrer le bercail. Mais Trump l’a en quelque sorte congéfiée… C’est qu’il veut maintenant faire la guerre au Groenland, parce que, dit-il, « la Norvège ne m’a pas donné le prix Nobel »…  Ça ou n’importe quoi.

Mais le fait est que les USA ne disposent pas d’une opposition crédible : Juan Guaidó… pas crédible. Leopoldo Lopez n’est vraiment pas crédible, c’était un gangster. Maria Corina Machado … pas crédible. Edmundo Gonzalez… encore moins crédible. Et puis, même Henrique Capriles, qui est arrivé à l’Assemblée nationale, est perçu comme l’opposition dite loyale, ce qui est fou car Henrique Capriles est resté au Venezuela et s’est battu pour construire l’opposition de droite aux bolivariens, mais il ne souhaite pas accéder au pouvoir par des avions américains. Des gens comme lui, et j’en ai interviewé beaucoup, disent « nous n’avons aucune chance de gagner la majorité dans le pays, parce que nous ne sommes pas attirés par le message d’austérité transmis par les compagnies pétrolières US ». Ils ne sont pas attirés par leur programme. Le fait est qu’il n’est pas attrayant pour les Vénézuéliens. Le gouvernement US a donc compris cela. Et Trump a dit d’eux : « Ils ne servent à rien. »  Bon. D’accord. Après ça, il a dit : « C’est Marco Rubio qui sera le chef. »  Vous savez, il a même tweeté qu’il était « le président du Venezuela ». D’accord. Les États-Unis ont déjà connu ce genre de danse auparavant. Ça s’est appelé « La conquête de l’Irak ». Quand ils ont envahi l’Irak, ils ont dit « On a un Irakien ». C’était le Maria Corina Machado d’Irak. Il s’appelait Ahmed Chalabi. Euh… Il s’est avéré qu’Ahmed Chalabi était inutile, c’était un banquier corrompu. qui avait arnaqué des banques en Jordanie, etc… peu importe. Ils ont dû s’en débarrasser assez vite. Puis ils ont dit « Si c’est comme ça, nous allons avoir un vice-roi ». Oui, parfaitement, ils ont utilisé ce terme vice-roi, le vice-roi américain en Irak. C’était Paul Bremer qui allait diriger l’Irak sur la Terre et… Paul Bremer a été un vrai désastre, une corruption totale.

Bref, les USA n’ont pas… au Venezuela… dans leur boîte à outils, les outils qu’il faudrait pour diriger politiquement le pays. Certes, ils ont des outils militaires, mais ils n’ont rien en matière d’outils politiques. Donc les USA comprennent cela et je pense que Delcy Rodríguez comprend aussi que son seul levier est que les États-Unis n’ont pas d’alternative à opposer au gouvernement existant. Elle va donc devoir négocier avec eux. Vous savez, ils ont besoin d’elle et elle va devoir gérer ça parce que si elle ne leur parle pas, ils vont attaquer à nouveau. Ils vont continuer jusqu’à ce qu’ils trouvent quelqu’un, dans la diretion de ce… de ce gouvernement, qui veuille s’occuper d’eux. Et je pense que c’est une théorie des jeux assez réaliste. Si elle joue ça… Ils vont revenir, puis ils pourront l’assassiner, ils pourront l’emmener comme Maduro, peu importe. S’ils n’ont pas besoin d’elle ou si elle ne leur sert à rien, ils la repousseront d’une manière ou d’une autre.  Militairement d’abord, ils en ont la capacité. Et puis quelqu’un d’autre peut arriver ensuite, voyez-vous. Ou alors, ils reviennent et ils éliminent Diosdonado. Ce serait calamiteux pour la base chaviste qui devrait se trouver une autre référence. Bien sûr, il y en a d’autres. Je ne dis pas que ce soit un problème d’un seul homme, mais celui-là joue assurément un rôle. Et, donc, c’est une très réelle inquiétude, Je comprends qu’ils négocient, mais je comprends aussi qu’ils se sentent largués. Vous savez, leurs alliés du Sud mondial les ont bel et bien lâchés. Et je comprends à quel point c’est pour eux un vrai sujet de préoccupation.  Car, regardez comment les USA ont fait ça : quelques heures avant son enlèvement, Nicholas Maduro  rencontre l’envoyé principal du président chinois Xi Jinping. Et pas seulement M…  – qui est l’envoyé principal de Xi Jinping ? – il rencontre aussi le directeur des affaires latino-américaines au ministère des Affaires étrangères à Pékin, le directeur adjoint. Ils sont tous au palais de Miraflores. Ils le rencontrent puis ils retournent dormir dans leur lit et, pendant qu’ils dorment dans leur lit, les États-Unis font ce qu’ils ont fait. Pour l’amour du ciel, ne me dites pas que le gouvernement américain ne savait pas qu’ils étaient là, parce que moi je savais qu’ils étaient là. Je l’avais vu sur Twitter. Les photos de la réception et tout. Donc, les États-Unis savaient parfaitement ce qui se passait (ils surveillent tout en temps réel). Ils savaient que le plus haut responsable de Xi Jinping et les plus hauts placés du ministère des Affaires étrangères chinois étaient à Caracas et ils n’ont pas du tout dit « attendons une nuit, laissons-les partir ». À mon avis, ils l’ont même délibérément fait à ce moment-là pour, en même temps, insulter les Chinois. Et les Chinois n’ont pas déclaré ouvertement « vous avez fait cela alors que nos hauts responsables étaient là ». Pourquoi n’ont-ils pas fait de cette provocation une question diplomatique ? Pourquoi n’ont-ils pas dit : « vous avez mis en danger la vie de notre personnel diplomatique supérieur » ?  Ils n’ont fait aucune déclaration publique à ce sujet. Cela montre bien leur réticence à se laisser entraîner dans cette affaire. Quant aux autres… Qu’ont dit les Russes ? Vous savez, à propos de toutes les violations…  Où sont passés les chasseurs russes ?  Les alliés russes ? RIEN. [Tiens, comme en Syrie. NdT] Pouvez-vous vous imaginer ce que cela fait de se retrouver coincé entre la responsabilité d’un si grand nombre de Vénézuéliens pesant sur vos épaules et ce VIDE,  si soudain et si absolu  ?

Dans cette situation où les Vénézuéliens se sentent coincés et étant donné que nous avons vu que les normes internationales, les lois, tout est parti à vau-l’eau, et que l’empire américain dans son déclin est devenu fou… Quels sont les freins et contrepoids ? Je pense aussi à… mis à part le Venezuela et d’autres nations, je pense aussi au noyau de l’empire américain, car Trump est apparemment arrivé au pouvoir en surfant sur cette façade d’Amérique d’abord, qui faisait penser à certains qu’il y avait un noyau opposé aux interventions. Et peut-être qu’une partie de tout ça est vraie… Je ne sais pas comment on lit des gens comme Steve Bannon et Tucker Carlson, mais il y a une base qui est fatiguée par les interventions américaines à travers le monde.  Où cela va-t-il s’arrêter ?

 

I G L – Quel est votre sentiment sur ce que représente l’avenir des États-Unis ? Les interventions américaines à travers le monde… Mais… Je suis surpris que vous ayez effectivement mentionné Tucker. Je suis surpris que vous mentionniez cela, car quelques jours après ce raid illégal au Venezuela et l’enlèvement de Nicholas Maduro, Donald Trump a accueilli des dirigeants de compagnies pétrolières à la Maison-Blanche, où il y avait des cadres de Chevron, d’Exxon Mobil et d’autres. Et qui était dans la pièce avec lui ? Tucker Carlson. Tucker Carlson était l’invité spécial et il était là, à battre des mains quand Trump est entré rayonnant.

 

 

Tucker Carlson et l’ambassadeur US Huckabee en Israël  – 17 Février 2026

 

 

V. P. – Ne vous méprenez pas sur des gens comme Tucker Carlson et autres. Ils ne sont pas contre les aventures américaines à l’étranger. Il ne faut pas les interpréter de travers. Puis-je introduire une motion de suivi ici ? Il me semble que ça pourrait vous être utile. Certaines personnes font une distinction entre Tucker Carlson lui-même – qui n’est en aucune façon de notre bord – et le Tucker Carlson qui surfe sur une vague de mécontentement, euh… composée d’une base que certains disent sincèrement opposée aux interventions américaines. Qui ne sont donc pas nécessairement des gens de gauche en ce qui concerne le capitalisme et tout ce qui s’ensui…, qui sont donc à l’intérieur de la droite, au sein même du conservatisme. Il y a des gens qui disent qu’il existe là une véritable base opposée aux interventions américaines. Tucker Carlson n’en fait pas partie, je ne le pense pas.

 

I.G.L. – Vous ne le pensez pas ?

 

V. P. – Non.. Je ne le pense pas, parce que, voyez-vous… Marjorie Taylor Greene, la députée de Géorgie, la voilà qui s’amène et qui dit à Trump « Qu’est-ce que vous faites ? Vous dites pas d’interventions à l’étranger…. – Non, je ne fais pas campagne pour mon siège. Mais, attendez une minute ! » – et elle dit : « Qu’est-ce que vous faites ? » Et Trump arrive et dit simplement : « Tu n’es rien du tout. » … Et elle se décide alors à dire : « D’accord, je fais campagne pour mon siège ». Pourquoi ? Parce qu’elle a une position politiquement faible dans la communauté MAGA. Parce que c’est Trump qui est tout. Mais écoutez bien ceci : cette section du MAGA qui dit « Pas de guerres étrangères », ce qu’elle veut dire, c’est : « Je ne veux pas que mes enfants reviennent morts d’Irak ou d’Afghanistan. Mais si vous allez juste kidnapper le président du Venezuela et nous donner le pétrole de ce pays, nous sommes avec vous. Vous voulez qu’on aille au Groenland ? Vous voulez nous faire venir au Groenland, ? On est avec vous.  Vous voulez aller bombarder l’Iran par les airs ?  On est pour. On ne veux juste pas que nos enfants meurent à la guerre. Et on ne veux pas que notre précieux Trésor soit gaspillé. Mais si vous utilisez notre armée pour nous obtenir du pétrole, vous avez le feu vert ! »

C’est le niveau des anti-guerres étrangères. Ce n’est pas vraiment un engagement contre les aventures étrangères. C’est juste qu’ils ne veulent pas que leurs enfants y meurent. Pourquoi ? Parce qu’une partie de la base MAGA a des enfants dans l’armée. Les élites, elles, s’en tamponnent : elles n’ont pas d’enfants dans l’armée. Mais une partie de cette base en a. Et elle ne veut pas qu’ils meurent. Elle a vu leurs aînés mourir en Afghanistan. Elle ne veut pas que les cadets aillent mourir au Venezuela. Donc, Trump n’envoie pas de troupes au Venezuela. Ce ne sera pas le problème. Il comprend les limites. Il allait utiliser une mère de toutes les bombes sur l’Afghanista ? Oui, cest lui qui l’a lâchée cette bombe. Les gens ont la mémoire courte. Et, non, Trump n’est pas M. Paix. Oui, il flingue à tout va… Mais depuis les airs, depuis là où les USA ne représentent aucune menace pour leurs soldats. Il y aura très peu de sacs mortuaires contenant des soldats américains qui reviendront. Il dispose d’une force écrasante : 150 avions militaires survolant le ciel du Venezuela. Toutes sortes d’équipements bizarres qui font saigner les gens. Je ne sais même pas à quoi ressemblera la réalité. Oui. Des têtes qui explosent. On ne sait pas ce qui s’est passé dans ce complexe. On ne le sait pas encore vraiment. Mais ce qu’on sait, ce qu’on sait avec certitude, c’est que Trump n’autorisera pas un nombre énorme de sacs mortuaires US. C’est la limite de sa base.

L’autre limite de sa base est le gaspillage d’argent. Ça n’arrivera pas non plus. Il va continuer à dire : « Vous avez vu ?  On n’a pas gaspillé d’argent. » Même si on fait un calcul simple, d’où il ressort que le contribuable US paie pour le raid, les bombes et tout ça, et que c’est Exxon Mobil qui va remporter le prix de l’opération et qu’il ne s’agit pas vraiment des mêmes personnes. Mais c’est un bluff qui marche depuis très longtemps.

 

 

Marjorie Taylor Greene et Donald Trump aux prises.

 

 

Cela dit,  il y a une limite à l’appétit de la base pour que Trump aille s’emparer du Groenland, du Canada, etc.  Peu importe. S’il continue à soi-disant gagner, ils le laisseront faire. Donc, Tucker Carlson n’est crédible en aucune manière. Je veux dire, quand on fait cette distinction, ça ne tient pas parce que si cette distinction était vraie, pourquoi se permettrait-il d’assister à un événement public où il applaudit une intervention étrangère ? Il ne le ferait pas. Il sait, en revanche, que la base soutient l’attaque contre le Venezuela parce que cela montre que l’Amérique est forte. Rappelez-vous, ils sont l’Amérique avant tout. Ce ne sont pas des isolationnistes américains. C’est ce que Marjorie Taylor Greene n’a pas compris. Elle pensait que cela signifiait que Trump allait utiliser l’argent public pour prendre soin de ses électeurs de Géorgie. Non, ce ne sont pas des isolationnistes, c’est une approche isolationniste américaine. C’est l’Amérique d’abord, ce qui signifie qu’ils veulent reconstruire l’hégémonie US, quoi qu’il en coûte. Faut-il une bombe atomique quelque part en Asie ? Allez-y, nous nous en fichons, nous sommes américains. Voilà, c’est ça le genre de base de Trump à laquelle nous avons affaire. Et c’est sans limites. Ou plutôt, la limite, c’est le sac mortuaire. La limite, c’est si le MAGA de base pense que son argent est gaspillé en aventures à l’étranger. Oui… Je suppose qu’à gauche, on ne fait pas souvent cette distinction parce qu’on se dit qu’il faut être principalement et idéologiquement aligné du côté de certains principes pour être véritablement anti-impérialiste. Je veux dire que vous ne pouvez pas faire l’impasse sur une grande partie de la classe ouvrière du Sud mondial. Vous ne pouvez pas ignorer la libértocratie au cœur de l’Empire et parler de non-intervention, car en fin de compte, vous êtes les gens dont le langage sur les travailleurs immigrés, sur  les gens qui font le travail manuel, est si grotesque… qu’on ne peut pas se contenter d’avoir une position anti-intervention, une véritable position anti-intervention non seulement en Amérique latine, mais aussi dans le monde entier.

 

 

 

 

 

 

 

Mais, bien entendu, il m’arrive d’interviewer des penseurs conservateurs sur la politique étrangère. Des gens comme, euh… le colonel Wilkerson par exemple, qui défend ce genre de points de vue à partir d’une base conservatrice. Je ne suis pas d’accord avec lui sur des sujets comme les dépenses publiques, sur les questions d’efficacité entre le secteur privé et le secteur public, sur ce qu’il faut faire avec les loyers, etc. Mais pendant que je les interviewe, j’ai l’impression qu’il y a peut-être un courant conservateur au sein du groupe de réflexion. Je ne sais pas exactement quelle est l’ampleur de ce courant, mais au sein du groupe de réflexion, il y a une section issue du conservatisme traditionnel, dont la compréhension du capitalisme est très frauduleuse… dont la compréhension de l’impérialisme comme partie intégrante du capitalisme et tout le reste est très frauduleuse… mais quoi qu’il en soit, ils semblent épuisés et fondamentalement opposés à des choses comme l’intervention militaire ou même la présence de l’Empire.

Mais, vous savez quoi ? L’important, pour lui, c’est que, personnellement, il va bien, Et, en effet, c’est très bien qu’il aille bien. Mais ce qu’il dit est une forme gentille de critique. C’est une critique faite avec gentillesse. En d’autres termes, ils se sentaient très bien aussi, tous entre eux, quand la CIA se livrait à des actions secrètes, renversait des gouvernements et que…  je veux dire, le colonel Wilkerson, par exemple, était le numéro deux, juste derrière Colin Powell, quand Powell s’est pointé au Conseil de sécurité des Nations Unies et a menti sur les armes de destruction massive de l’ Irak. Plus tard, le colonel Wilkerson a dit : « La CIA leur a menti. ». On parle de Colin Powell et de Larry Wilkerson, là. Je veux dire, comment peut-on se faire avoir par la CIA, alors que tout le reste d’entre nous, dehors, clamait que c’était ridicule, que ça ne tenait pas debout. Je veux dire, vous torturez des gens et vous obtenez des « preuves ». Nous savons comment ça se passe. C’est seulement après coup qu’ils… Ce que je veux dire, c’est que je ne fais pas du tout confiance à leur jugement. Oui, je sais que M. Wilkerson et moi avons partagé des plateformes sur Zoom et avons joué dans un film ensemble, etc., mais je ne fais pas confiance à leur jugement. Ce que je veux dire, c’est… « où étiez-vous quand vous faisiez partie de l’armée et que vous étiez absolument, je suppose, d’accord avec les conflits antiterroristes US dans les années 1990, alors que les USA bombardaient le Yémen, bombardaient le Soudan. Oui. Ils y ont bombardé une usine pharmaceutique, l’usine al-Shifa, à Khartoum, au Soudan… la seule usine qui produisait des médicaments vitaux importants en Afrique de l’Est. Où étaient-ils alors ? Pourquoi n’ont-ils pas démissionné alors ? Ou pourquoi ne se sont-ils pas parlé alors ? Pourquoi n’en ont-ils pas parlé là-bas ? Le jugement porté par les gentils critiques conservateurs envers Trump n’a aucun sens pour moi parce que, quand ça comptait, ils sont restés muets.

 

 

Intervention historique de Colin Powell au Conseil de sécurité de l’ONU

 

 

Maintenant, à cause de la vulgarité de Trump, ils font la fine bouche.En fait, Ils sont plus rebutés par sa vulgarité que par le fait que les USA puissent renverser un personnage international qui leur déplaî. Ils semblent même être plutôt à l’aise avec ça. Franchement, je… je n’ai pas encore vu cette partie des gentils conservateurs faire machine arrière là-dessus, remettre en cause leur propre passé, les choses qu’ils ont avalisées et on ne les voit pas en rendre compte. Ce que je voudrais leur dire, c’est « Comment est-il possible que vous soyez en colère maintenant, contre Trump, mais que vous ayez accepté, alors, que Clinton ait fait ceci… ou qu’un autre ait fait cela ? … Comment acceptez-vous la façon dont les USA ont traité la révolution iranienne, puis la République islamique ? Comment pouvez-vous être d’accord avec le fait que les USA aient fourni des armes chimiques à Saddam Hussein en sachant qu’elles seraient utilisées au front contre de jeunes soldats iraniens et qu’elles les tueraient du gaz moutarde ? Comment avez-vous pu accepter ça ? » J’ai bien peur, voyez-vous, d’avoir très peu de patience de reste pour leur gentille critique, parce que leur critique ne concerne que le ton, la façon de faire les choses, mais que ce n’est pas une critique sur ce que vous venez vous-même d’appeler la structure. Et d’ailleurs, même le ton… je veux dire, quel ton ? Toute la jeunesse n’a-t-elle pas été gazée à la moutarde en Iran ?  Ils reprochent aux Iraniens d’être paranoïaques. Est-ce que, si l’Iran n’avait pas eu à affronter l’attaque de l’Irak en 1980 et à endurer huit ans de guerre, le gouvernement serait aussi paranoïaque ? N’aurai-il pas pu être beaucoup plus ouvert au monde ? Aurait-il développé une mentalité d’assiégé ? Maintenant, on dit : « Oh, vous savez,  ils sont si étroits d’esprit ». Devinez qui les a rendus étroits d’esprit ? Ils ne le sont pas du tout naturellement. En fait, ils sont même assez rationnels, puisqu’ils savent ce que vous êtes capables de leur faire. De la sorte, ils sont toujours prêts, parce qu’ils ont toujours – et à juste raison – peur des horreurs que vous êtes capables de leur infliger. Quand ils voient 20 personnes manifester dans la rue à Téhéran et qu’ils disent sans hésiter « ceci vient de l’extérieur », savez-vous ourquoi ? Parce que c’est exactement ce que vous leur faites. Ilva de soi qu’en leur infligeant tout ça, vous créez la structure sociale de la paranoïa. Ce n’est pas quelque chose qui vient de la révolution iranienne ou de la République islamique. Cela leur est imposé par vous ! Et, donc, les gentilles critiques conservatrices…

Désolé ! Je me suis laissé aller à un petit coup de gueule… Mais bon sang, les gars, réveillez-vous à vos propres réalités. Quand vous critiquez Donald Trump, aujourd’hui, sur le Venezuela, il faut bien comprendre qu’il n’y a aucune base aux États-Unis qui  va vous suivre. Votre seule base est la base libérale. Assez curieusement, oui, c’est la base libérale.  Où est-ce que des gens comme Lawrence Wilkerson peuvent s’exprimer à votre avis ? Dans quels types d’émissions apparaissent-ils ? Sur quelles plateformes ? Dans des programmes libéraux et/ou de gauche. On ne les invite jamais dans dans les émissions de droite, sur Fox News et autres, où personne ne les prend au sérieux.

 

I.G.L –  Je voudrais encore vous poser une très brève question sur… Vu ta réponse, pour moi, c’est une discussion large sur la stratégie de gauche à travers plusieurs courants de pensée politique et de base politique. J’aimerais connaître vos réflexions sur une partie de la classe ouvrière, disons occidentale, qui est vraiment désabusée par l’Amérique corporative ou le capitalisme occidental corporatif… qui est contre la propriété foncière, contre les loyers, contre les compagnies d’assurance et en particulier sur la santé… mais aussi sur l’assurance automobile… les grandes banques, la pharmacie, etc. Je veux parler des personnes qui ne sont pas forcément critiques du capitalisme, mais qui le sont du profit en tant que tel. Alors, quelle serait la stratégie de l’homme de gauche que vous êtes, à l’égard de  la classe ouvrière qui ne formule pas une critique complète du capitalisme, mais qui a clairement été désillusionnée par le corporatisme et de larges pans d’inégalités de pouvoir et de richesse ?

 

V.P. – Eh bien, la première chose à dire, c’est que cela ne se limite pas réellement à l’Occident ou au Nord mondial. C’est un problème de démocratie monétaire qu’il vous faut considérer. D’accord ? Donc, vous savez, en Inde par exemple, il peut y avoir une grève générale chaque année : 200… 250 millions de travailleurs font grève. Des millions d’agriculteurs se sont rassemblés autour de Delhi à l’occasion d’une grande grève des agriculteurs, et ainsi de suite.

 

 

Plus de 100 millions de manifestants : grève massive en Inde contre le massacre annoncé du Code du travail  – L’Humanité

 

 

Au Brésil, il y a de très grandes manifestations. Oh, et revoilà les travailleurs sans terre, les syndicats, les manifestations énormes, etc. Mais hélas, il leur est impossible de reconvertir tout çà en pouvoir électoral. Ils ont une certaine force politique sur le terrain, mais ils ne peuvent pas la transformer en pouvoir électoral. Quel est le problème ? Regardez. Que se passe-t-il en Europe ? En France, il y a d’énormes manifestations contre la réforme de l’âge de la retraite. Il y a des manifestations sur les pensions, d’énormes manifestations. Paris est en convulsion. Les agriculteurs qui amènent leurs tracteurs en ville ne peuvent pas vraiment transformer leur action en gains électoraux. Que se passe-t-il ? J’ai l’impression que le problème ici est moins que la classe ouvrière n’ait pas conscience… Il n’est pas nécessaire d’une critique du capitalisme pour pouvoir accéder au pouvoir lors d’une élection portant sur une liste de réformes. Vous n’avez pas besoin d’une critique du capitalisme, nous n’avons même pas le… Il n’y a même pas de parti réformiste qui veuille réformer la structure. Il n’y a même pas de Bernie Sanders qui provoque…qui fasse déferler sur le pays, de grands rassemblements, etc., avec une véritable liste de réformes. Je veux dire, Sanders n’est pas un radical. Il n’est pas anticapitaliste. Il n’est même pas anti-impérialiste. Mais il a une vraie affaire à discuter : la santé, les choses que vous avez mentionnées, l’assurance, ceci, cela et tout le reste. Oui, il arrive à mobiliser, mais il n’est pas autorisé à participer à l’élection présidentielle. Et cela se reproduit encore et encore. Il y a un problème avec la démocratie et nous devons l’accepter. Vous voyez que ce n’est pas seulement une question d’idéologie… ce n’est pas que la classe ouvrière n’ait pas l’idéologie entre guillemets correcte. Non, je veux dire que s’ils avaient foi dans le processus politique, les gens pourraient réellement y participer. Mais le processus politique dépend de l’argent. En Inde, 80% ou plus de cet immense iceberg d’argent électoral, dont nous ne connaissons que ce qui émerge au-dessus des eaux, dont nous ne savons pas ce qu’il y a dessous, à quoi ressemble le reste de l’iceberg de l’argent… et pas même de l’argent illégal, mais de l’argent légal, plus de 80% m’a-t-on dit va au BJP  [Le parti de Narendra Modi, NdT]   Le problème est donc qu’il s’agit d’élections financières. Le système a une façon bien à lui d’empêcher les candidats authentiques qui ont un… peu importe comment on l’appelle, je parle d’un programme populaire, pas d’un programme radical… un programme des gens ordinaires sur les questions dont vous avez parlé, sur les réformes fondamentales qu n’ont tout simplement pas leur place dans la structur. elles sont tout simplement mises de côté. Ça arrive tout le temps, partout. Encore une fois, ce n’est pas seulement une question de Nord mondial, de Sud mondial, c’est un problème électoral général. Nous avons un problème avec les systèmes électoraux. Ils n’autorisent tout simplement pas certains types de programmes : et nous ne parlons pas de radicalisme. C’est… en fait, ce qui est étonnant, c’est que vous n’avez pas besoin d’être un radical pour être exclu du système. Encore une fois, les exemples sont : aux USA, Bernie Sanders, au Royaume-Uni, Jeremy Corbyn, puis en France, Jean-Luc Melanchon. Les Français, par un tournant extraordinaire des événements, représentent le bloc le plus important à l’Assemblée nationale française. Ils ont le droit de revendiquer le siège de Premier ministre pour leur groupe. Mais Emmanuel Macron, leur président, ne les laisse tout simplement pas devenir Premier ministre. Il nommera Premier ministre une personne avec un seul siège plutôt que le plus grand bloc du pays, et, d’une manière ou d’une autre, c’est légal en France. C’est donc un problème sérieux. Imaginez le public qui vote pour le bloc de gauche au Parlement français, il va se dire à quoi bon élire la gauche, puisqu’elle n’a aucun moyen de changer les choses ? Votons simplement pour Marine Le Pen, laissons-la y arriver et elle bouleversera peut-être les choses. Je veux dire, si vous voulez une réforme, si vous voulez que l’âge de votre retraite soit protégé, vous espérez qu’elle le fera, parce que eux, les autres, ils ne peuvent pas le faire, ils ne peuvent pas se battre contre Macron. Les gens ont besoin de quelqu’un qui puisse le combattre. Donc, vous voyez, ce n’est pas une question idéologique… D’accord, peut-être qu’il y a une partie d’idéologie, mais l’obstacle vient des systèmes que nous avons : les élections ne sont tout simplement pas démocratiques. Le problème, c’est qu’il y a, d’une patrt, les élections, de l’autre, la démocratie.  Mais … C’est comme aux États-Unis… Vous n’avez pas un système électoral démocratique… mais en Grande-Bretagne non plus, ni en France. Je veux dire, en Grande-Bretagne… comment le Labour de Starmer a-t-il obtenu une majorité aussi écrasante à la Chambre des communes ? Vous savez, ils sont loin d’avoir obtenu une part écrasante des voix. C’est lié au système. Oui, c’est bizarre. En Inde, vous pouvez gagner une élection avec 15% des voix. Si vous avez l’argent qu’il faut et si vous voulez remporter la majorité dans un district, que faites-vous ? Vous payez 50 candidats pour qu’ils se présentent. Vous savez que je me présente pour le parti du Congrès, que je m’appelle Vijay Prashad, que j’ai de fortes chances d’être élu. Pas de problème : le BJP trouvera un autre homme nommé Vijay Prashad et le placera en tête de liste. Mais il en mettra aussi un autre, sous le même nom, pour embrouiller l’électorat. Vous, pour quel Vijay Prashad allez-vous voter ?  Ils sont quatre. Eh oui. Et leur candidat gagnera avec 20% ou 18% d’avance. Quel genre de démoc…  Non, ce n’est pas de la démocratie : C’est une élection. Je ne vis pas sur une autre planète. C’est définitivement une élection. Oui, c’est clairement  un vote, mais ce n’est certainement pas de la démocratie. Donc, je ne sais pas si c’est entièrement une question idéologique. Je pense que c’est… oui, que c’est surtout un problème de démocratie.

Je suppose que vous et moi partageons le même point de vue sur les élections et sur leur manque de légitimité populaire réelle. Je veux dire, c’est juste de l’argent et du pouvoir.

En fin de compte, il y a la question de savoir vers qui vous allez vous tourner, si vous voulez gagner des élections, et la vraie réponse est : vers ceux qui ont le plus de ressources, vers ceux qui possèdent les médias, vers ceux qui vous fournissent des hélicoptères, des bus, de l’argent gratuit, etc., et pour finir, que vous alliez voir vos électeurs ou pas, vous gagnerez les élections. Si vous avez les médias, les hélicoptères, les transports, etc. Alors je…

 

I.G.L. – En fait, je ne pensais pas aux élections. Je réfléchissais à la compréhension que les gens ont du système économique lui-même. Et… étant donné mon intérêt pour l’économie, j’ai parlé aux gens de lla perception qu’ils en avaient, de leur compréhension et de leur expérience du système économique. Et quand je parle de la spécificité et de la spécificité de nos systèmes économiques, que ce soit sur la façon dont la nourriture est distribuée dans notre système économique ou la façon dont le loyer est monopolisé, etc.,  ou comment le secteur public a été rendu contractuel et privatisé… Récemment, je suis allé dans une centrale électrique. Le secteur énergétique de l’Inde  et moi avons fait une petite enquête, et nous avons trouvé qu’ils avaient 27 travailleurs permanents sur un effectif total de 135 personnes. Ainsi, la quantité de contractuels qu’il y a dans le monde fait partie de notre compréhension plus large de…  fait partie du capitalisme néolibéral. Et pourtant, en tant que gens de gauche, nous constatons qu’il y a un changement : il y a un immense mécontentement à propos de la contractualisation  des emplois et de la privatisation des entreprises, mais les gens n’utilisent plus le mot capitalisme comme ils le faisaient avant les années 1970 ou – j’ai fait quelques recherches sur les années 1920, 1930 – et la façon dont c’est le langage du capitalisme qui est utilisé dans ces sources, la façon dont il est utilisé avec l’impérialisme, et comment le capitalisme illégitime était considéré comme un système. Les gens n’utilisent pas forcément le mot capitalisme en général, et c’est ce que je me demandais, vu votre déclaration sur l’impérialisme… À moins d’avoir une compréhension complète de l’impérialisme, votre « gentille critique » ne vaut pas mon temps, mais appliqueriez-vous la même logique à la critique gentille du capitalisme ? C’était ma question …

 

V. P. – Tout cela concerne la manière dont vous parvenez à comprendre un système. Pour commencer, vous comprenez le système, en vous basant sur votre expérience propre. Par exemple, c’est la raison pour laquelle j’ai dit que, dans l’impérialisme, une population dit qu’elle ne veut pas voir son enfant revenir mort d’une guerre étrangère. Dans ce cas, ma compréhension de l’impérialisme, ou ce que je conteste dans l’impérialisme, c’est qu’on envoie mon enfant à l’étranger pour qu’il s’y fasse tuer. Si d’autres personnes doivent y mourir, ça ne me fait ni chaud ni froid.. Mais ça… en fait… cette idée que je ne veux pas que mon enfant parte à l’étranger pour se faire tuer, c’est le début d’une conversation sur le système impérialiste. Cette personne a un intérêt direct à comprendre que son enfant part à l’étranger au risque de s’y faire tuer, non pas pour défendre son pays, mais pour défendre ce système.

C’est le début de… Vous avez donc en fait une expérience personnelle, celle de quelqu’un qui a dit : Je ne veux pas que mon enfant aille mourir… Qui a donc, en fait, un intérêt matériel dans la conversation. Il ne parle pas, vous ne parlez pas théoriquement.  Il existe un véritable enjeu matériel et, du coup, vous pouvez avoir une conversation intéressante sur ce que cela signifie.

Tout ça veut dire qu’il faut qu’il y ait une force politique pour entrer dans la vie des gens, afin que cette conversation puisse avoir lieu.

Malheureusement, je dois bien en revenir aux élections, parce que les élections sont le moment où les gens sont sensibles à ce qui est abordé dans ce genre de conversations. Et si vous ne pouvez pas faire ça, les gens ne peuvent pas en un sens prendre la mesure, la réalité matérielle de ce qu’ils comprennent de l’impérialisme, pour en tirer une théorie plus large. Et c’est exactement pareil pour le capitalisme.

Quelqu’un dit : regarde, je ne peux pas payer mes factures d’hôpital… je suis en train de faire faillite… ou les primes d’assurance ont encore augmenté… ou pourquoi l’âge de la retraite devrait-il changer ? etc. Vous avez beau être victime des tentacules du système capitaliste, vous ne voyez pas nécessairement l’ensemble de la pieuvre, du système. Personne, d’ailleurs, ne voit tout le système. Même les analystes les plus sophistiqués essaient sans cesse de rassembler les parties du système pour en voir le tout et en comprendre le mécanisme. C’est le propre de l’analyse. On obtient tout un tas de points discrets et on essaie de les relier entre eux. Donc, les gens voient 3, 4, 5, 6 dans leur propre expérience. La classe ouvrière voit beaucoup de ces points dans sa propre expérience. La question est de savoir comment les assembler pour avoir une image exacte du tout. Connaître vraiment l’ennemi.

La façon la plus simple de le reconstituer est de dire que mon patron est un type infect. Oui. Vous personnalisez le problème. Mon patron est infect. Je me suis trompé de compagnie d’assurance. J’aurais dû prendre l’autre compagnie d’aviation. Vous aviez raison. Vous m’aviez prévenu. Je suis un idiot. Oui… Vous individualisez le problème. Vous en faites une question de mauvais choix de consommateur.  Ce sont là des moyens de rélier en sourdine les points de votre expérience du système. Mais encore une fois, la question est de savoir si vous avez besoin d’une formation politique pour avancer dans votre vie. De quelqu’un qui vous dise, attendez une minute, ce n’est en fait pas votre faute, ce qui vous arrive, car si vous aviez choisi telle ou telle ou telle ou telle autre société, vois auriez découivert qu’elles peuvent toutes avoir des différences marginales., c’est vrai, mais qu’en fait, elles sont toues assez mauvaies parce qu’elles sont toutes dans un système qui l’est.  Oui. Si vous allez sur Chat GPT et si vous dites « Chat GPT, voici cinq plans d’assurance. Lequel est le meilleur des 5 ? » Il y a de fortes chances pour que Chat GPT revienne vers vous et vous dise : « Je les ai énumérées en commençant par la pire ». Mais, bon, il y a celle-ci qui est un peu moins pire que les autres,  mais elle ne faisait pas partie de la liste. Sont-elles vraiment toutes pareilles ? Oui. Font-elles toutes partie du système capitaliste ?  Evidemment. La question que vous aviez posée était  : laquelle est la meilleure. Pourquoi ? Parce que vous devez survivre. Parce qu’il faut souscrire une assurance. Il vous faut donc savoir laquelle est la meilleure ou la moins mauvaise. Cela devient un choix de consommateur.  Vous comprenez ? Mais ce n’est pas ce qui se passe : quand on a une mauvaise expérience avec le système capitaliste, on se dit que la compagnie aérienne qu’on a choisie était mauvaise et que si on en avait choisi une autre, ce ne serait pas arrivé. Ce sont toutes des façons de relier les points en sourdine. Pour accéder à a réalité, il faut que quelqu’un vous aide à politiser votre analyse.

En outre, même des décisions en apparence politisées peuvent être trompeuses. Par exemple, il peut y avoir des manifestations de masse contre United Airlines ou contre un autre sujet particulier, mais cette manifestation de masse, qu’elle soit ou non spontanée, n’est pas nécessairement politique. Et pourtant,  elle peut vous politiser, dans la mesure où vous avez confiance en votre capacité à raisonner poltiuement. Mais encore faut-il que quelqu’un fasse le lien avec l’ensemble du système. Ce qui signifie  qu’il vous faut des références politiques. Et si vous…  encore une fois, nous en revenons aux élections. Aux USA, où le système électoral est si étouffant qu’il n’y a même pas de références politiquess… si Bernie Sanders… s ils n’ont même pas le droit de développer une idéologie social-démocrate et puis… Où la gauche…, où l’extrême gauche est complètement marginalisée parce qu’elle n’a l’air d’avoir aucun rapport avec ce qu’ils appellent polyitique et qu’elle ne parle p)as au niveau des gens … Ce que j’essaie de vous dire, c’est que le capitalisme peut presque avoir l’air d’une fatalité, que c’est une sorte de pays de la mort. Mais si on ne veut pas s’y résigner il faut qu’il y ait quelqu’un qui soit au niveau des points des gens, pour les aider à les relier pas en sourdineIl faut des communicateurs. Jeremy Corbyn et Bernie sont d’excellents communicateurs au niveau des points. Mais s’ils sont eux-mêmes exclu – et ils le sont – vous imaginez le problèm ?. Donc je vous dis que la question des élections n’est pas un sujet à part. Il s’agit en fait du chemin stratégique par où passer pour élever le niveau de compréhension .On ne peut pas se contenter d’un institut de recherche ou d’un think tank… On ne peut pas se contenter d’écrire une thèse de doctorat pour la classe ouvrière et dire : Chic ! Jotis Man a écrit une thèse de doctorat, maintenant on a compri. . Comment vont-ils même savoir que ta thèse de doctorat existe ? Où sont les moyens de communication entre cette thèse et leur compréhension de leurs points ? Comment vont-ils savoir comment les relier entre eux ?  C’est pourquoi quelqu’un doit jouer les médiateurs, et ce quelqu’un là, c’est une force politique, Alors, on en revient à toute la question de savoir ce que la politique comprend, parce que cette médiation n’est tout simplement pas disponible dans la plupart des sociétés.  En Inde, il y a de grands partis de gauche… Ils sont, certes, une force médiatrice. Il y a des syndicats… qui sont eux aussi une force de médiatirice. Mais il y a surtout 1,5 milliard de personnes qui doivent comprendre et ces organisations sont très petites en comparaison.. Elles n’ont pas la capacité d’aller dans chaque foyer, de faire du porte-à-porte et d’avoir des conversations avec des centaines de millions de gens, alors que c’est ce qu’il faudrait faire.

Nous en resterons là dans l’intérêt de votre temps, mais je voulais discuter de ce qui se passe au Venezuela et en même temps je trouvais qu’une compréhension plus large de l’impérialisme et du capitalisme nous est nécessaire, étant donné que les médias traditionnels traitent toujours ces développements comme des événements spécifiques en ignorant systématiquement les cadres plus larges de l’impérialisme et du capitalisme.

 

I.G.L – Vijay, c’était merveilleux comme toujours. Merci beaucoupde nous avoir accordé de votre temps. Merci.

 

V.P.  –  De rien.

 

 

Ugo et Fidel en 2010   –  La guerre n’est jamais finie.

 

 

 

 

 Bonjour, je m’appelle Aish Man. Jotis Man et moi avons lancé cette plateforme.Ces deux dernières années, nous avons essayé de créer du contenu pour la gauche et les forces progressistes. Nous avons interviewé des économistes, des historiens, des commentateurs politiques et des militants.

Si vous avez aimé notre contenu et si vous souhaitez que nous construisions une archive pour la gauche, j’ai deux demandes à vous faire. Merci d’envisager de faire un don pour la cause. Le lien se trouve dans la description ci-dessous. Si vous n’y arrivez pas, ne soyez pas triste. Vous pouvez toujours aimer nos vidéos et les partager avec vos camarades. Enfin, n’oubliez pas d’appuyer sur le bouton d’abonnement.

Source :   https://www.youtube.com/watch?v=KhnM_gMiaKw

 

 

 

 

Les classes laborieuses en Inde ou en Angleterre, même combat même sort :

 

Dans la vidéo qui suit, George Galloway (MOATS) expose comment et pourquoi, d’après lui, tant de soi-disant élus britanniques sont au service d’Israël au lieu de servir les citoyens de leur pays, qu’ils sont censés représenter

Il lui arrive souvent de s’excuser auprès des gens qu’’il interviewe d’être, au contraire d’eux, un quasi autodidacte, vu qu’il a quitté l’école à 16 ans, alors qu’ils sont souvent d’illustres professeurs ou des militaires de haut rang.

Il nous semble, à nous, que ce qu’il considère comme une infériorité est précisément ce qui l’a sauvé du bourrage de crâne et de l’émasculation que n’aurait pas manqué de lui infliger l’école, assassinée partout en Europe au début des années 1960 et remplacée par un maléfique zombie fabriqué sur le modèle US.

Et c’est ainsi qu’il dévoile en toute candeur le pot aux roses autour duquel tourne poliment le Dr Prashad : la neutralisation des masses laborieuses a été menée à bien, et même avec maestria, par le capitalisme impérialiste (« Kapitotal » pour notre Anatole Atlas national), et n’a pu l’être que par la trahison opiniâtre de ceux qui avaient pour premier devoir de les éclairer et de combattre pour elles.

« Servir le peuple »… on sait ce que cela a signifié pour l’innommable Zelensky : deux millions d’hommes envoyés à la mort, leurs enfants enfournés dans des orphelinats, véritables viviers à petites victimes vendues pour leurs organes ou pour amuser quelques vieux matapédos epsteiniens.

Et, donc, George Galloway résume en deux mots ce que Vijay Prashad explique avec ménagements : « le cash et les compromissions ».

Nous nous permettons de rappeler que nous avons nous-mêmes fait remarquer, en mai de l’année dernière,  que tout ceci trouve son origine dans la Constitution US, qui pourrait se résumer à « Tout le pouvoir au pognon privé, au détriment de la propriété publique ! » et « Liberté totale à n’importe quel individu de s’enrichir sans limites et par n’importe quels moyens », avec pour inévitable corollaire la mise en esclavage, la torture et la mort de tout ce qui respire d’humain ou d’animal.

Ceux que notre longuissime post d’aujourd’hui n’aura pas réussi à rebuter peuvent y aller voir si le cœur leur en dit  :  La racine de tous les maux ou la mère-patrie de tous les vices ?

 

 

George Galloway Exposes Cash, Kompromat & The « COD* Theology » Behind Pro-I$rae1 Politicians

 

 

 

 

C’est malheureusement en anglais, mais l’accent écossais est authentique.

______________    

*La Théologie de la morue (ou du cabillaud) est une forme d’évangélisme missionnaire qui s’est établi chez les pêcheurs au chômage de Terre-Neuve après la suppression autoritaire de la pêche par Kapitotal.

 

 

 

 

 

Mis en ligne le 21 février 2026

par Les Grosses Orchades

 

 

 

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