Toujours ultra-brièvement

(Pour cause de morticoles récalcitrants)

 

 

 

 

 

Il était muet depuis juste un an. L’assassinat du général Soleimani le fait aujourd’hui sortir de son mutisme, pour rappeler deux ou trois choses qui devaient être dites. Sur le général et sur son pays.

Nous en profitons pour informer ceux de nos lecteurs qui ne le savent pas encore que « À contre-courant » a un site jumeau, spécialement consacré à l’Iran et à sa place dans le monde : « IRAN – Analyses et perspectives »

 

 

Soleimani : La Victoire Posthume d’un Valeureux Général…

 

Georges Stanechy — À contre-courant  – 11.1.2020

 

 

« Comme Faust, ils ont fait le choix de la haine pour devenir immortels.

La haine est une force malfaisante et mortifère de destruction qui donne de l’énergie. »

Saverio Tomasella  (1)

 

 

Le général Iranien Soleimani a été assassiné, le 3 janvier 2020, à sa descente d’avion sur l’aéroport international de Bagdad sur ordre du président des Etats-Unis. Il revenait de Beyrouth avant de rentrer à Téhéran. Faisant escale en Irak à l’invitation de son gouvernement, au cours d’un voyage officiel.

Pour justifier cet acte, l’industrie de la désinformation a activé les fourneaux de ses cuisines pour nous servir la bouillie de sa propagande diabolisante, la France se distinguant par son zèle : presse, radio, TV,  ‟censure-occultation” des moteurs de recherche, trolls automatisés distillant leurs commentaires sur les réseaux sociaux ; avec, brassant de leurs louches cette soupe, les « prêcheurs-bonimenteurs » travestis en « experts » autoproclamés du Moyen-Orient et de l’Iran.

Objectif : Blanchir les auteurs du crime et anesthésier les opinions publiques, dans une soporifique ‟Bonne Conscience”…

Dressant de ce général, dans le meilleur des cas, un portrait à la Picasso. Autrement dit : n’importe quoi…

Cet événement par sa dimension symbolique a une portée aux conséquences majeures pour la région, dont les enjeux échappent totalement à ceux qui l’ont organisé ; révélant leur abyssale imbécillité, leur analphabétisme crasse : culturel, historique, géopolitique. Et, même, spirituel.

Leur fanatisme colonial. D’un autre âge.

Essayons la simplicité et la précision, pour en délimiter les contours…

 

 

 

 

 

Un Soldat d’Elite…

 

Il était un ‟soldat”. Et tel, il se revendiquait. Tout simplement et uniquement.

‟Soldat” d’élite. Au service de sa Nation, en premier lieu. Mais aussi, des Peuples de la région occupés, dévastés, spoliés par la soldatesque étrangère, d’une cruauté sans borne, venue de pays situés à des milliers de kilomètres ; avec ses hordes de mercenaires et coupeurs de gorges. (2)

Non pas un ‟Homme de l’Ombre”, comme l’affirme la propagande francophone ; copié-collé du qualificatif ‟Shadow General”, de la propagande anglophone. Il ne se cachait pas, dans des grottes ou des souterrains. Il était connu de tous, dans son pays et au-delà.

Homme discret pourtant, dont l’humilité était une qualité fondamentale, il devait sa notoriété à ses faits d’armes.

Il commandait la brigade Al Qods, qu’il avait contribué à forger, secondé par un remarquable encadrement issu, comme lui, des tranchées, marais et combats de rue des 8 ans de la guerre Irak-Iran. (3)

Cette Unité des forces spéciales est intégrée aux Forces Armées des Gardiens de la Révolution. Immense organisation militaire qui gère outre son armée de terre, avec sa propre artillerie et sa défense anti-aérienne, sa marine, son aviation, ses missiles à longue portée, ses centres de recherche, ses usines d’armement. Avec des centaines d’officiers généraux et supérieurs, d’ingénieurs et de chercheurs ; de très haut niveau, technique, mais tout aussi important, en termes de motivation.

Nous sommes loin, très loin, des descriptions caricaturales de la propagande décrivant les Gardiens de la Révolution en ramassis de fanatiques…

Normal : les propagandistes n’ont jamais lu, ni cherché à comprendre, la Constitution Iranienne. Un modèle du genre, qui a su contourner le problème de toute révolution : le détournement de ses acquis, notamment économiques et sociaux, par l’oligarchie et ses profondes ramifications.

 

 

… Membre d’une Armée d’Elite

Deux forces armées coexistent, en effet, en Iran.

Les Gardiens de la Révolution mais encore, une Armée Nationale, régulière, avec sa marine, son aviation, ses régiments de missiles, ses centres de recherche (très pointus dans les radars) et industries d’armement (chantiers navals, notamment).

Deux armées se répartissant la protection du pays en étroite collaboration, et sous la coordination d’un Ministère de la Défense dont le titulaire, à tour de rôle, est un général provenant de chacune d’elles. Les Gardiens de la Révolution ayant pour responsabilité essentielle la façade sud du Golfe Persique, alors que l’armée régulière, notamment sa marine et son aviation, protège la façade iranienne de la mer Caspienne et celle donnant, à la sortie du détroit d’Ormuz, sur le Golfe d’Oman.

Les forces armées des Gardiens de la Révolution sont directement rattachées au « Guide Suprême » qui est le ‟garant de la Constitution”. Tout coup d’Etat militaire est ainsi rendu impossible. Pour comprendre cette conception, ou ce mécanisme, livrons-nous à une analogie.

Le Guide Suprême, assisté d’un Conseil aux membres cooptés, n’a aucun pouvoir exécutif qui relève du gouvernement, ni pouvoir législatif qui est exercé par le parlement élu. En tant que « gardien de la Constitution », pour la faire éventuellement respecter face à des putschs, généralement orchestrés par des gouvernements étrangers (actuellement : Venezuela, Bolivie, etc.), il dispose des forces dissuasives nécessaires. Agissant, en fait, comme le Président d’un Conseil Constitutionnel, avec « le pouvoir » de la faire appliquer si besoin est.

Imaginons que le CNR (Conseil National de la Résistance), à qui nous devons tous nos acquis sociaux (Retraites, Sécurité Sociale, etc.) que nos oligarchies successives (4), depuis la présidence Pompidou, s’acharnent à démanteler sous couvert de « modernisation » du pays (6° pays le plus riche du monde…) ait conservé à la fin de la deuxième guerre mondiale les FFL (Forces Françaises Libres) de la Résistance ; les organisant, les renforçant, en puissantes forces armées, indépendantes de l’armée nationale, pour les mettre à disposition du Conseil Constitutionnel…

Il n’est pas certain que nos oligarques, officiels et dissimulés, agiraient à longueur d’année dans l’impunité et le mépris de la volonté populaire. Crevant des yeux et arrachant des mains… (5)

 

 

 

Des centaines de milliers de personnes ont participé aux funérailles du général Soleimani dans les principales villes du pays

 

 

Un Homme d’Honneur et de Valeurs

 

En dehors de ses responsabilités militaires, il menait une vie simple. Hors des coteries politiques – elles sont aussi nombreuses et vibrionnantes en Iran qu’ailleurs – et sans aucune relation avec les milieux d’affaires, sans lesquels aucun destin politique n’est possible. D’une rigoureuse probité, il se tenait à l’écart de cette sphère.

Prétendre, comme certains médias l’ont claironné, que le général Soleimani aurait été un probable candidat à la présidence du pays, pour succéder à Rouhani, est d’un ridicule intergalactique… Mais, chacun sait que nos médias débitent des bobards à la chaîne.

La propagande, il est vrai, veut faire croire que l’Iran est « décapité« , selon les termes d’un journal du soir : ‟le numéro 2 du régime” vient d’être ‟éliminé” !… Comme un poulet dont la tête vient d’être tranchée d’un coup de sabre et qui continue à courir en battant des ailes, sans savoir où il va…

C’est prendre ses désirs pour la réalité…

Il était un général parmi d’autres. Tous aussi valeureux et décorés que lui. Certes, le général Soleimani commandait une brigade d’élite, couvert de gloire, admiré et aimé de ses frères d’armes, ce qui ne faisait pas de lui ‟le numéro 2 du régime”, ou de l’Etat. Proférer de telles affirmations est aussi grotesque que prétendre que le général commandant la Garde Impériale de Napoléon était ‟le numéro 2 du régime napoléonien”. Mais nos médias, dans un rapport fusionnel, ne cultivent-ils pas le grotesque ?…

Vieille mentalité coloniale, considérant qu’assassiner un chef de tribu permet d’assurer l’asservissement du reste de la collectivité…

L’Iran « décapité« , apeuré ?…

C’est démontrer, là encore, une idiotie, une ineptie, de dimension sidérale. Héritier d’une des civilisations les plus brillantes que l’Humanité ait connue, des siècles de connaissances et de réalisations accumulées, plus de 3 fois la France en superficie, près de 85 millions d’habitants, aux multiples universités à la pointe des recherches (nanotechnologies, en particulier), ressources naturelles et potentiels économiques : « décapité » ?…

Evidemment, ce courageux général était détesté des Occidentaux qui voulaient sa peau, le portraiturant en » terroriste » ; eux, qui détruisent des pays, et sèment le chaos, pour mieux piller… Il le savait, mais ne craignait pas la mort.

Il avait développé une activité importante, au sein de sa brigade, dans la formation et l’entraînement des armées alliées ou partenaires de l’Iran, à leur demande.

En Syrie, avec ses collaborateurs, en association avec les forces russes et syriennes, il avait fortement contribué à reprendre villes et villages, occupés et saccagés par les mercenaires de l’OTAN. Rue par rue, tunnel par tunnel, immeuble par immeuble, étage par étage, les principales agglomérations furent reconquises. Plusieurs de ses hommes, dont des officiers supérieurs, y laissèrent leur vie.

Se retrouvant face aux forces spéciales américaines, britanniques et françaises, armant et encadrant chacune leurs propres milices sous des noms différents. La France, s’illustrant par son dynamisme dans la création du chaos syrien ; souvenons-nous de notre ministre des affaires étrangères Fabius se félicitant du ‟bon boulot” de la milice Al-Nostra ‟made in France”…

Les vociférateurs de l’OTAN ne pouvaient lui pardonner.

D’autant qu’il avait, par son charisme, sa patience et sa compassion, un formidable talent diplomatique « de terrain » ; sachant convaincre et rassurer, lors des nombreuses négociations de reddition, ou de retournement, de certaines milices.

 

 

Un Résistant Intransigeant face à la prédation Occidentale

 

On le disait anti-américain, anti-occidental… Même pas. C’était pour lui, l’archétype du faux problème.

Le général Soleimani se considérait foncièrement comme un « résistant » face aux prédateurs, quelle que soit leur nationalité, se comportant en terre conquise. Il ne voyait pas pourquoi sa Nation, sa Région, devaient être livrées au pillage de pays étrangers, dictant leur mode de gouvernement, d’organisation économique et sociale, ou sociétale. Dans le mépris, l’humiliation, les destructions et les souffrances les plus horribles. (5)

De quel Droit ?… Droit Divin ?… Droit Biblique ?… Droit Chamanique ?… Droit sorti de la cuisse de Jupiter ?…

Il était né peu de temps après le renversement du gouvernement démocratique de Mossadegh, par les services secrets britanniques et américains, en 1953. Les Iraniens en ont été marqués. Renversé par un  coup d’Etat fomenté par des puissances étrangères pour avoir eu l’audace de demander des comptes sur les extractions de pétrole et de gaz des compagnies anglo-américaines et, devant leur refus, les avoir nationalisées…

Les Occidentaux installèrent, alors, leur polichinelle mégalomane, le Shah d’Iran, dans une des plus atroces et sanglantes dictatures – avec sa sinistre police secrète la Savak – que la planète ait engendrée.

Ils n’acceptèrent jamais la révolution populaire de 1979 qui provoqua l’exil du Shah.

Il n’oubliait pas, pour l’avoir vécu et vu beaucoup de ses concitoyens y mourir, que les Occidentaux armèrent et poussèrent Saddam Hussein à envahir par surprise l’Iran en 1980. Imposant (les Iraniens le qualifient de « Guerre Imposée ») un conflit qui dura 8 ans, et provoqua d’immenses destructions.

Particulièrement visées, toutes les installations pétrolières et gazières furent détruites, l’Iran se trouvant otage d’un blocus l’empêchant  de s’armer ou de se procurer des pièces détachées pour se défendre ; l’Union Soviétique frontalière étant entravée par son effondrement ne pouvait apporter aucune aide.  Tout son matériel étant, sous le Shah, quasi intégralement de fabrication anglo-américaine…

Il était intransigeant, comme la majorité des Iraniens, sur le respect de la souveraineté de sa Nation, et la protection des acquis de la Révolution. Tout particulièrement, les acquis sociaux, représentés par la gratuité des soins et de l’accès à l’enseignement pour tous.

Son assassinat est sa dernière victoire… Dans d’immenses, et émouvantes funérailles, le Peuple iranien s’est uni dans une réaction solidaire face à l’arrogance sanguinaire des Occidentaux.

Il avait une sereine confiance en l’avenir de son Pays, qu’il savait à présent solide, en état de se défendre. En pleine Renaissance, malgré menaces et embargos qui ne l’impressionnaient pas. Avec une jeunesse pleine de vitalité et confiante dans son avenir.

 

 

Une vidéo très récente, tournée par un couple de français lors des dernières fêtes de fin d’année. Pour en finir avec « l’iranophobie » délirante de notre industrie de la désinformation

 

 

La Nation Iranienne, grâce à des hommes comme lui, peut enfin vivre dans la dignité de sa souveraineté, malgré la guerre économique qui lui est infligée par l’Occident depuis une quarantaine d’années, dans une iranophobie délirante ; renouant peu à peu avec la force et le rayonnement du prestigieux passé de la Perse.

Quand je vois le niveau d’avilissement de nos oligarques, corrompus, vendus, vassalisés, dans l’obséquiosité la plus abjecte, j’éprouve à l’égard d’un Homme de la trempe du général Soleimani un immense respect et la plus profonde admiration.

 

–––––––––––––––––

1. Saverio Tomasella, La Folie Cachée, Albin Michel, 2015, p. 213
2. Georges Stanechy, Noël : Les Enfants de Fallujah, 14 décembre 2012,
http://stanechy.over-blog.com/article-noel-les-enfants-de-falloujah-113449774.html
3.  Georges Stanechy, Khorramchahr : Le Verdun Iranien, 18 juin 2014,
http://stanechy.over-blog.com/2014/06/khorramchahr-le-verdun-iranien.html
4.  Georges Stanechy, Macron : Le Masque de L’Hyperviolence Oligarchique, 11 mars 1917, http://stanechy.over-blog.com/2017/02/macron-le-masque.html
5.  Georges Stanechy, Où Va l’Argent ?…, 15 janvier 2019,
http://stanechy.over-blog.com/2019/01/ou-va-l-argent.html

 

Source : http://stanechy.over-blog.com/2020/01/soleimani-la-victoire-posthume-d-un-valeureux-general.html

 

 

 

 

 

Dans l’article qui suit, à propos de « snipers ciblant à la fois des manifestants et du personnel de sécurité » selon des « modes opératoires similaires observés au Caire en 2009, en Libye en 2011 et à Maidan (Ukraine) en 2014 », Federico Pieraccini paraît oublier que ce « mode opératoire » avait déjà été utilisé lors du putsch raté de 2002 contre Hugo Chavez, les snipers ayant même, alors, été filmés à l’oeuvre, comme l’a montré une vidéo célèbre qui a fait le tour du monde (« La Révolution ne sera pas télévisée » : https://www.youtube.com/watch?v=XrpLzKFuXWA ).

 

 

Derrière la propagande, les véritables raisons de l’assassinat de Qassem Soleimani

 

Federico Pieraccini – Strategic Culture – 10.1.2020

Traduction : lecridespeuples.fr

 

 

 

 

Quelques jours après l’assassinat du Général Qasem Soleimani, de nouvelles informations importantes sont révélées par un discours prononcé par le Premier ministre irakien. L’histoire qui se cache derrière l’assassinat de Soleimani semble aller beaucoup plus loin que ce qui a été rapporté jusqu’à présent, impliquant le rapprochement entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, l’avancée de la Chine sur la scène du Moyen-Orient ainsi que les dangers qui pèsent sur le dollar américain en tant que monnaie de réserve mondiale.

 

Dans un discours au parlement irakien, le Premier ministre irakien, Adil Abdul-Mahdi, a révélé les détails de ses interactions avec Trump dans les semaines précédant l’assassinat de Soleimani. Il a essayé d’expliquer à plusieurs reprises en direct à la télévision comment Washington l’avait rudoyé et intimidé, ainsi que d’autres parlementaires irakiens, pour qu’ils se soumettent à la ligne américaine, menaçant même de recourir à des opérations sous faux drapeau impliquant des tirs de snipers ciblant à la fois des manifestants et du personnel de sécurité afin d’aggraver la situation, ce qui rappelle les modes opératoires similaires observés au Caire en 2009, en Libye en 2011 et à Maidan (Ukraine) en 2014. Le but d’un tel cynisme était de plonger l’Irak dans le chaos.

 

Voici la reconstitution de l’histoire :

 

[Le Président du Conseil des représentants de l’Iraq] Halbousi a assisté à la session parlementaire alors que presque aucun des députés sunnites ne l’a fait. En effet, les Américains avaient appris qu’Abdul-Mehdi prévoyait de révéler des secrets sensibles lors de la session et ont envoyé Halbousi pour l’en empêcher. Halbousi a interrompu Abdul-Mehdi au début de son discours, puis a demandé l’arrêt de la diffusion en direct de la session. Après cela, Halbousi, avec d’autres membres, s’est assis à côté d’Abdul-Mehdi, parlant ouvertement avec lui mais sans que l’échange soit enregistré.

Voilà ce qui a été discuté lors de cette session qui n’a pas été diffusée : Abdul-Mehdi a parlé avec colère de la façon dont les Américains avaient ravagé le pays et refusaient maintenant de mener à bien les projets d’infrastructure et de réseau électrique promis, exigeant en retour 50% des revenus pétroliers, ce qu’Abdul-Mehdi a refusé.

 

 

Voici les mots complets (traduits) du discours d’Abdul-Mahdi au Parlement :

 

C’est pourquoi j’ai visité la Chine et signé un accord important avec eux pour qu’ils entreprennent la reconstruction à la place des Etats-Unis. À mon retour, Trump m’a appelé pour me demander de rejeter cet accord. Quand j’ai refusé, il a menacé de déclencher d’énormes manifestations contre moi, qui mettraient fin à mon poste de Premier ministre.

D’énormes manifestations contre moi se sont effectivement matérialisées, et Trump m’a appelé à nouveau pour me menacer : si je ne donnais pas suite à ses demandes, il ferait en sorte que des tireurs d’élite Marines juchés sur de hauts bâtiments ciblent les manifestants et le personnel de sécurité afin de faire pression sur moi.

J’ai de nouveau refusé, et j’ai présenté ma démission. À ce jour, les Américains insistent pour que nous annulions notre accord avec les Chinois.

Après cela, lorsque notre ministre de la Défense a déclaré publiquement qu’une tierce partie ciblait à la fois les manifestants et le personnel de sécurité (tout comme Trump avait menacé de le faire), j’ai reçu un nouvel appel de Trump menaçant de me tuer, ainsi que le ministre de la Défense, si nous continuions à parler publiquement de cette « tierce partie ».

 

Personne n’imaginait que la menace devait être appliquée au Général Soleimani, mais il était difficile pour le Premier ministre Adil Abdul-Mahdi de révéler la trame de fond qui s’était tissée depuis plusieurs semaines derrière l’attentat terroriste.

 

Je devais le rencontrer [Soleimani] plus tard dans la matinée quand il a été tué. Il venait délivrer un message de l’Iran en réponse au message que nous avions transmis aux Iraniens de la part des Saoudiens.

 

Nous pouvons supposer, à en juger par la réaction de l’Arabie saoudite, qu’une sorte de négociation était en cours entre Téhéran et Riyad :

 

La déclaration du Royaume concernant les événements en Iraq souligne l’opinion du Royaume sur l’importance de la désescalade pour sauver les pays de la région et leur peuple des risques de toute escalade.

 

Surtout, la famille royale saoudienne a voulu faire savoir immédiatement au public qu’elle n’avait pas été informée de l’opération américaine :

 

Le royaume d’Arabie saoudite n’a pas été consulté sur la frappe américaine. Compte tenu de l’évolution rapide de la situation, le Royaume souligne qu’il importe de faire preuve de retenue pour se prémunir contre tous les actes susceptibles de conduire à une escalade, qui aurait de graves conséquences.

 

Et pour souligner sa réticence à la guerre, Mohammad bin Salman a envoyé une délégation aux États-Unis. Liz Sly, chef du bureau du Washington Post à Beyrouth, a tweeté :

 

L’Arabie saoudite envoie une délégation à Washington pour exhorter à la retenue avec l’Iran au nom des États du golfe Persique. Le message sera : « Veuillez nous épargner la douleur de traverser une autre guerre ».

 

Ce qui ressortirait clairement est que le succès de l’opération contre Soleimani ne devrait rien à la collecte minutieuse de renseignements par les États-Unis ou Israël. Tout le monde savait que Soleimani se rendait à Bagdad dans une démarche diplomatique qui reconnaissait les efforts de l’Irak pour trouver une solution à la crise régionale avec l’Arabie saoudite.

Il semblerait que les Saoudiens, les Iraniens et les Irakiens étaient en bonne voie afin d’éviter un conflit régional impliquant la Syrie, l’Irak et le Yémen. La réaction de Riyad à la frappe américaine n’a manifesté ni joie ni célébration publiques. Le Qatar, tout en n’étant pas d’accord avec Riyad sur de nombreuses questions, a également immédiatement exprimé sa solidarité avec Téhéran, organisant une réunion à un haut niveau du gouvernement avec Mohammad Zarif Jarif, le ministre iranien des Affaires étrangères. Même la Turquie et l’Égypte, en commentant l’assassinat, ont employé un langage modérateur.

Cela pourrait refléter la crainte d’être la cible de représailles de l’Iran. Le Qatar, pays d’où serait parti le drone qui a tué Soleimani, n’est qu’à un jet de pierre de l’Iran, situé de l’autre côté du détroit d’Ormuz. Riyad et Tel-Aviv, les ennemis régionaux de Téhéran, savent tous deux qu’un conflit militaire avec l’Iran signifierait la fin de la famille royale saoudienne.

Lorsque les paroles du Premier ministre irakien sont reliées aux accords géopolitiques et énergétiques dans la région, l’image inquiétante d’une Amérique désespérée s’en prenant à un monde qui tourne le dos à un ordre mondial unipolaire en faveur de l’émergence multipolaire, sur lequel j’ai longtemps écrit, commence à émerger.

Les États-Unis, qui se considèrent désormais comme un exportateur net d’énergie à la suite de la révolution du pétrole de schiste (sur laquelle aucune décision finale n’a été prise), n’auraient plus besoin d’importer de pétrole du Moyen-Orient. Cependant, cela ne signifie pas que le pétrole peut désormais être échangé dans une autre devise que le dollar américain.

Le pétrodollar est ce qui garantit que le dollar américain conserve son statut de monnaie de réserve mondiale, accordant aux États-Unis une position monopolistique dont ils tirent d’énormes avantages en imposant une hégémonie régionale et même mondiale.

Cette position privilégiée de détention de la monnaie de réserve mondiale garantit également que les États-Unis peuvent facilement financer leur machine de guerre, une grande partie du monde étant obligée d’acheter ses bons du Trésor, que Washington est tout simplement capable de faire apparaître de nulle part. Menacer cet arrangement confortable, c’est menacer la puissance mondiale des Etats-Unis.

Malgré cela, la tendance géopolitique et économique va inexorablement vers un ordre mondial multipolaire, la Chine jouant de plus en plus un rôle de premier plan, en particulier au Moyen-Orient et en Amérique du Sud.

Le Venezuela, la Russie, l’Iran, l’Irak, le Qatar et l’Arabie saoudite possèdent ensemble la grande majorité des réserves de pétrole et de gaz dans le monde. Les trois premiers entretiennent des relations étroites avec Pékin et sont très présents dans le camp multipolaire, ce que la Chine et la Russie sont désireuses de consolider davantage afin d’assurer la croissance future du supercontinent eurasien sans guerre ni conflit.

L’Arabie saoudite, quant à elle, est pro-américaine, mais pourrait à terme graviter vers le camp sino-russe à la fois militairement et en termes d’énergie. Le même processus se poursuit avec l’Irak et le Qatar grâce aux nombreuses erreurs et/ou défaites stratégiques de Washington dans la région, à commencer par l’Irak en 2003, la Libye en 2011 et la Syrie et le Yémen ces dernières années.

L’accord entre l’Irak et la Chine est un excellent exemple de la façon dont Pékin a l’intention d’utiliser la troïka Irak-Iran-Syrie pour relancer le Moyen-Orient et le relier à l’Initiative de la Nouvelle route de la soie chinoise.

Alors que Doha et Riyad seraient les premiers à souffrir économiquement d’un tel accord, la puissance économique de Pékin est telle qu’avec son approche gagnant-gagnant, il y a de la place pour tout le monde.

L’Arabie saoudite fournit à la Chine la majeure partie de son pétrole, et le Qatar, conjointement avec la Fédération de Russie, fournit à la Chine la plupart de ses besoins en gaz naturel liquéfié, ce qui correspond à la vision 2030 de Xi Jinping qui vise à réduire considérablement les émissions polluantes.

Les États-Unis sont absents de cette perspective, avec peu de capacité à influencer les événements ou à proposer des alternatives économiques attrayantes.

Washington voudrait empêcher toute intégration eurasienne en déclenchant le chaos et la destruction dans la région, et tuer Soleimani a servi cet objectif. Les États-Unis ne peuvent pas envisager l’idée que le dollar perde son statut de monnaie de réserve mondiale. Trump se lance dans un pari désespéré qui pourrait avoir des conséquences désastreuses.

Dans le pire des cas, la région pourrait être engloutie dans une guerre dévastatrice impliquant plusieurs pays. Les raffineries de pétrole pourraient être détruites dans toute la région, un quart du transit mondial d’hydrocarbures pourrait être bloqué, les prix du pétrole monteraient en flèche (200 à 300 dollars le baril) et des dizaines de pays seraient plongés dans une crise financière mondiale. La responsabilité en serait entièrement attribuée à Trump, mettant fin à ses chances de réélection.

Pour essayer de maintenir tout le monde dans le rang, Washington doit recourir au terrorisme, aux mensonges et à des menaces imprécises de répandre indistinctement la destruction chez ses amis et ses ennemis.

Trump a manifestement été convaincu par quelqu’un que les États-Unis pouvaient se passer du Moyen-Orient, qu’ils pouvaient se passer d’alliés dans la région et que personne n’oserait jamais vendre du pétrole dans une autre devise que le dollar américain.

 

 

Nasrallah annonce la fin de l’hégémonie américaine : Trump va quitter le Moyen-Orient et abandonner ses alliés from Sayed Hasan on Vimeo.

 

 

La mort de Soleimani est le résultat d’une convergence des intérêts américains et israéliens. Sans autre moyen de stopper l’intégration eurasienne, Washington ne peut que plonger la région dans le chaos en ciblant des pays comme l’Iran, l’Irak et la Syrie qui sont au cœur du projet eurasien. Alors qu’Israël n’a jamais eu la capacité ou l’audace de mener lui-même un tel assassinat, l’importance du lobby israélien pour le succès électoral de Trump aurait influencé sa décision, d’autant plus que nous sommes en pleine année électorale.

Trump pensait que son attaque pourrait résoudre tous ses problèmes en effrayant ses adversaires, en obtenant le soutien de ses électeurs (grâce à l’assimilation de l’assassinat de Soleimani à celui d’Oussama Ben Laden) et en envoyant un avertissement aux pays arabes sur les dangers d’un approfondissement de leurs liens avec la Chine.

L’assassinat de Soleimani est le trépignement frénétique des États-Unis contre leur perte constante d’influence dans la région. La tentative irakienne de médiation d’une paix durable entre l’Iran et l’Arabie saoudite a été entravée par la détermination des États-Unis et d’Israël à empêcher la paix dans la région et à accroître le chaos et l’instabilité.

Washington n’a pas atteint son statut hégémonique par une préférence pour la diplomatie et le dialogue apaisé, bien au contraire, et Trump n’a pas l’intention de s’écarter de cette approche.

Les amis et les ennemis de Washington doivent reconnaître cette réalité et mettre en œuvre les contre-mesures nécessaires pour contenir cette folie.

 

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Source : https://lecridespeuples.fr/2020/01/10/derriere-la-propagande-les-veritables-raisons-de-lassassinat-de-qassem-soleimani/

Source d’origine : https://www.strategic-culture.org/news/2020/01/08/the-deeper-story-behind-the-assassination-of-soleimani/

 

 

 

 

Pendant ce temps-là en Occident…

 

 

Le choeur des esclaves de Nabucco serait-il en passe de remplacer l’Internationale ?

 

 

 

 

Va Pensiero, hier… Comme aujourd’hui

 

Jo Busta Lally – jbl1960 – 10.1.2020

 

 

 

 

12 Janvier 2016, sur ce blog…

 

 

En 2011, le chef d’orchestre Riccardo Muti, pour dénoncer les coupes sévères du budget de la Culture, demande au public du Teatro Dell’Opera di Roma de reprendre l’air « Va Pensiero » sous sa direction, en chœur avec la troupe qui joue Nabucco.

C’est à la 7e minute qu’encouragé à bisser le célèbre chœur « Va pensiero », le maestro prend la défense du budget de la Culture et invite les spectateurs à entonner l’air patriotique avec les choristes présents sur scène.

 

 

 

 

 

 

Comme aujourd’hui, 8 janvier 2020

 

En pleins vœux, la PDG de Radio-France Sibyle Veil interrompue par le « Chœur des esclaves » de Verdi

 

 

Le Chœur de Radio-France a interrompu les vœux de Sibyle Veil en chantant le célèbre air de Verdi, devenu un véritable hymne à la liberté. Comme Radio-France ne vous en informe pas, ses salariés sont entrés dans leur 36e jour de grève contre le plan de la direction.

 

 

 

 

Source : https://www.nouvelobs.com/social/20200108.OBS23199/en-plein-v-ux-la-pdg-de-radio-france-sibyle-veil-interrompue-par-le-ch-ur-des-esclaves-de-verdi.html

Notre source : https://jbl1960blog.wordpress.com/2020/01/10/va-pensiero-hier/

 

 

 

 

Avec nos excuses catarrheuses à tout le monde, aux articles en attente et surtout aux grévistes.

 

 

 

Mis en ligne le 11 janvier 2020

 

 

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