L’Italie courtisant la Chine est un coup de maître du chaos

 

Tom LuongoGold, Goats ‘N Guns – 15.3.2019

 

 

 

 

La visite en Italie, la semaine prochaine, du Premier ministre chinois Xi Jinping rend presque tout le monde nerveux. L’annonce que vient de faire le dirigeant du Mouvement Cinq Étoiles Luigi di Maio selon laquelle son pays est prêt à signer un protocole d’accord avec la Chine pour faire partie de l’ambitieuse initiative OBOR a déclenché une avalanche de réactions de Trump à Angela Merkel et au propre partenaire de coalition de Di Maio, le dirigeant de la Lega Matteo Salvini.

Mais ne vous laissez pas tromper par l’emballage. Je ne crois pas que l’annonce de Di Maio ait pris Salvini au dépourvu – comme le laisse croire l’article de Reuters – autant qu’elle a interloqué Merkel et Trump.

 

Bien que Geraci soit un membre de la Ligue, le groupe a eu l’air pris de court quand la nouvelle d’un accord imminent a émergé la semaine dernière, avec le chef du parti, Matteo Salvini mettant en garde contre « la colonisation » de l’Italie par la Chine.

 

« Nous sommes en train de l’examiner » a déclaré jeudi Salvini, co-Premier ministre avec Di Maio. « Avant de permettre à quelqu’un d’investir dans les ports de Trieste et de Gênes, je ne réfléchirais pas une mais une centaine de fois. »

Quoi qu’on en pense, cette annonce est une initiative très intelligente de Di Maio. Elle met quelque peu sur la défensive un Salvini qui réglait depuis quelque temps le tempo de la coalition. Salvini a besoin de l’aide de Trump pour se  mesurer à Merkel et à l’Union Européenne.

Merkel essaie de montrer ses muscles à Trump sur les questions d’énergie, comme je l’ai expliqué dans un récent article, en défendant le gazoduc Nordstream 2 contre l’agression US, pour tenter de changer la distribution des cartes du jeu géopolitique

Il me paraît clair aujourd’hui que les priorités de Merkel pour ce qu’il lui reste de temps à la chancellerie sont les suivantes

 

1/ Ouvrir, pour la politique extérieure de l’UE une route indépendante des USA en créant une armée UE pour éviter le recours à l’OTAN et…

2/ Mettre fin à l’occupation US de l’Allemagne.

3/ Assurer l’avenir énergétique de l’Allemagne, qui asure également son avenir politique de pays dirigeant de l’Union Européenne, en soudant le continent aux artères énergétiques russes : Nordstream 2 et Turkstream.

4/ Réussir le dégagement d’avec l’OTAN, force qui contrôle les relations de l’Europe avec la Russie, mais ne sert pas les objectifs de l’Europe à long terme.

 

Ceci, alors que Trump et Xi sont jusqu’au cou dans les tractations d’un accord commercial dont le monde entier guette l’issue en retenant son souffle. Que je vous souffle : Trump pliera.

L’UE vient juste de reporter les discussions avec les USA sur cette question, ne réussissant pas à se décider s’il convient de rouvrir les négociations commerciales avec les États-Unis..

 

Dans un vote déroutant, le Parlement européen vient de faire passer à une étroite majorité une série d’amendements contre la reprise des discussions, mais a ensuite voté contre sa propre résolution, ce qui signifie en réalité qu’il a décidé de n’avoir pas de point de vue.

La résolution n’aurait pas été contraignante, mais le Parlement devra approuver tout accord pris, et les gouvernements de l’UE ont déclaré qu’ils voulaient entendre l’opinion des parlementaires avant de décider quoi que ce soit..

 

Parce que tout, bien sûr, dans l’UE, est en temps normal clair comme de l’eau de roche, non ?

Et voilà maintenant que Di Maio s’amène et prend un rendez-vous d’importance majeure avec Xi, à la recherche de milliards en investissements chinois pour relancer les perspectives économiques de l’Italie.

Trump est déjà fou de rage avec Nordstream 2 et menace de sanctions quelques-unes des plus grosses compagnies du monde pour leur participation au projet. Mais ce navire a déjà levé l’ancre. Le gazoduc est terminé à 70%.

À peu près tout ce que les USA peuvent essayer de faire désormais, c’est obtenir du Parlement européen qu’il mette fin aux livraisons de gaz par ce gazoduc en passant par pertes et profits les 11 milliards d’euros qu’il a dépensés pour construire le bidule. C’est comme avec le Brexit et la Crimée : il y a un moment où ceux qui s’opposent à quelque chose qui ne leur plaît pas dans le monde doivent accepter le fait accompli.

Malheureusement, les gens détraqués qui croient qu’ils dirigent la planète n’abandonneront pas tant qu’il y aura des avocats à déployer pour compliquer les choses.

C’est pourquoi je trouve merveilleux le coup joué par Di Maio. Trump est engagé dans une guerre économique avec la Chine, tout en se plaignant amèrement de ce que l’Europe ait le front de faire des affaires avec la Russie. Il la menace même de lui facturer la présence des troupes que nous n’avons aucune envie de lui ôter.

Di Maio dit que l’Italie est exactement ce qui convient à l’initiative OBOR chinoise, initiative que que les USA sont en train de saper activement partout en Asie et au Moyen Orient.

Et tout cela en faisant un pied de nez à Merkel qui n’a pas envie que l’Italie se sente libre d’en faire à sa guise à quelque niveau que ce soit, au moment où on entre dans la saison des élections parlementaires européennes. Les Eurosceptiques pourraient bien remporter jusqu’à un tiers des sièges, même sans l’apport d’un contingent d’otages britanniques.

En  outre, Merkel doit toujours essayer de parler des deux coins de la bouche à la fois avec les USA :

 

1/ Rester ferme sur le Nordstream

2/ essayer de sauver les accords de Vienne sur le nucléaire iranien, mais soutenir l’imbécile opération de changement de régime US au Venezuela pour calmer Trump.

 

Ceci est une forte déclaration d’indépendance de l’Italie, qui rejoint ainsi la Hongrie, la Pologne, la Grèce et le Portugal, pays qui ont tous des protocoles d’accord avec la Chine. Et ce n’est pas comme si la Hongrie et la Pologne  étaient en tête sur la liste des cartes de vœux de Merkel pour Noël. L’une et l’autre sont aux prises avec une procédure « Article 7 » visant à les dépouiller de leur droit de vote à l’UE.

De quelque côté qu’on prenne les choses, cette déclaration d’indépendance met des bâtons dans beaucoup de roues à l’international tout en étant d’excellente politique intérieure. Si Xi quitte Rome sans un accord, cela ne voudra pas forcément dire que l’Italie aura cédé à des pressions extérieures, soit de Trump soit de Merkel, mais plus vraisemblablement que Xi aura demandé davantage que ce que l’Italie est prête à donner à ce stade.

Et, bien sûr, des deux côtés, les négociateurs se rendent compte qu’ils sont utilisés par la partie opposée comme levier contre des gens qui ne sont pas dans la pièce. Quoi qu’il en soit, Xi venant à Rome et rencontrant ces « outsiders » européens équivaut à dire en termes clairs que la Chine sait quel jeu impérial Merkel et le gang de Bruxelles jouent sur le long terme.

 

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Source : https://tomluongo.me/2019/03/15/italy-courting-china-is-a-masterstroke-of-chaos/

 

Traduction : c.L. pour Les Grosses Orchades

 

 

20 mars 2019

 

 

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