Marre de Trump, je saute du train : Assange a été la dernière goutte.

 

James George Jatras – Strategic Culture – 13.4.2019

 

 

 

 

Le 6 mars 2016, le Déplorable que je suis a rendu publique une déclaration appuyant formellement la candidature de Donald J. Trump à la présidence des États-Unis.

Par la présente, je retire cette adhésion.

Il ne fait aucun doute que cette déclaration de votre serviteur sera accueillie avec la même indifférence assourdissante que ma peu fracassante déclaration de soutien.

Gardons notre calme. La terre va continuer de tourner sur son axe à une inclinaison de 23,44 degrés

Comme je l’ai tweeté le 4 avril, quand il est apparu que le président Lenín [sic] Moreno allait cracher Julian Assange :

 

« Si ça arrive et si Julian Assange est amené aux USA dans les chaînes comme un chef gaulois dans un triomphe romain, pouvons-nous définitivement déclarer que toute éventuelle “révolution Trump” est désormais hors de question et que le Deep State a gagné ? »

 

Un rapide survol des médias sociaux depuis l’arrestation d’Assange montre que d’autres ont atteint une conclusion similaire.

Mais pourquoi ? Certes, il y a eu d’autres trahisons. Les deux frappes sur la Syrie,  basées sur des accusations-bidon d’attaques chimiques viennent du premier coup à l’esprit. Ou l’échec de Trump à construire le mur mexicain assorti de quelques défaites humiliantes au Congrès, avec la prévisibilité de Charlie Brown se laissant rouler par Lucy jusqu’à essayer de donner un coup de pied dans le ballon

En même temps, il y avait des excuses. Sur la Syrie, on avait pu refiler de fausses informations au Président. Ou peut-être Invanka était-elle contrariée : Paaapaa, il faut que tu faaasses quelque chose ! Ou peut-être que Trump savait que les accusations de CW contre Damas étaient fausses mais croyait devoir faire quelque chose (signe de mauvais augure en soi) pour détourner les accusations d’être la marionnette de Poutine, d’où les frappes en piqûres d’épingle pour la forme. Sur la question du mur, eh bien, on ne peut pas se fier à l’avis des avocats, peut-être ne comprend-til pas suffisamment bien ses conseillers juridiques, ou peut-être qu’il…

Mais l’arrestation d’Assange et sa prochaine renditi- – oups ! – extradition vers les États-Unis sont différentes. Il n’y a pas de nuance. Pas d’excuse. Pas de faux rapport de services secrets. Pas de mauvais conseil juridique.

C’est clair et net. Les mêmes entités (Deep State, gouvernement permanent, l’oligarchie, le Borg, appelez-les comme vous voudrez) qui ont visé Trump avec leur fable sur la collusion russe veulent le scalp d’Assange cloué au mur. Une chose est, pour des organes de presse en faveur comme le Washington Post et CNN  de disséminer des informations classées « secrètes » qui favorisent le Deep State, une toute autre est de révéler des informations contraires à ses intérêts. En tant que premier dispensateur de secrets embarrassants qui facilite la dissidence en ligne par rapport aux fabrications  officielles (également attaqué par les gouvernements et leurs complices de la haute technologie) il fallait qu’un exemple fût fait d’Assange pour encourager les autres [en français dans le texte, ndt]. Il peut compter qu’il sera condamné à pourrir des décennies dans une abominable prison fédérale spéciale (les USA renonceront volontiers à la peine de mort pour ménager les euro-consciences bégueules des Anglais) où il pourra néanmoins mourir assez vite de causes naturelles, comme Slobodan, Milosević par exemple.

Un rôle essentiel, dans la trahison d’Assange par Moreno, a été joué par le Vice-Président de Trump Mike Pence et par le Secrétaire d’État Mike Pompeo. L’ancien président Rafaël Correa a dit qu’une condition directe pour que Moreno reçoive un prêt de 4.2 milliards de $ du FMI était la tête d’Assange sur un plateau. C’est infiniment plus plausible que la fable d’Assange éjecté de l’ambassade pour y avoir transgressé les normes d’hygiène méticuleuses des Équatoriens, qui (que cela soit fondé ou non sur des faits) ne sont que des calomnies cyniques destinées à justifier un lynchage prémédité.

Savoir si Trump – qui, théoriquement, est le patron de tous les agents US en exercice qui ont travaillé avec leurs collègues anglais pour mettre leurs pognes sur Assange – a laissé la capture aller son train parce qu’ils ne voulait pas dire à ses sous-fifres de se tenir tranquilles ou s’il a été impuissant à empêcher ce qu’ils ont fait est hors de propos. Sous ce rapport, cela revient à demander inutilement pourquoi il a une équipe de sécurité nationale si mauvaise, si terrible, si horrible et bonne à rien. Est-ce que c’est à cause de « Javanka » ? Est-ce parce qu’il est redevable à un troupeau d’oligarques ? (On pourrait supposer qu’être un milliardaire auto-financé l’a immunisé contre ce genre d’influences). Cela reflète-t-il une personnalité dérangée ?

Au bout du compte, il n’importe pas de savoir pourquoi, il importe de savoir ce qui est. Avec Assange arrêté, Trump est à présent exposé comme la propriété exclusive du marécage qu’il s’était engagé à combler. Il n’est plus maintenant qu’une roue attachée à un axe. Tout ce qu’il peut encore faire, c’est tourner.

Dans ma déclaration de soutien de 2016, je demandais – juste des questions, pas des prédictions – ce qu’on pouvait espérer que Trump accomplisse :

 

« Pouvons-nous faire confiance à Trump ? Construira-t-il son mur et sécurisera-t-il nos frontières ? Rénovera-t-il nos infrastructures dégradées ? Restaurera-t-il notre secteur industriel ? Pourra-t-on compter sur lui pour tenir à l’oeil la Réserve Fédérale et défenestrer les banksters ? Pour restaurer la réputation depuis longtemps perdue du GOP (et dont personne même ne se souvient plus aujourd’hui) comme « Parti de la Paix » qui nous a sortis de guerres que les Démocrates avaient déclenchées  ? Signer une loi qui coupera les vivres au Planning Familial tant qu’il continuera à pratiquer l’avortement (ce qu’il continuera à faire) ? Exclure les terroristes islamistes réels ou potentiels ? Larguer nos prétendus alliés pique-assiettes ? Empêcher le politiquement correct de saccager la moindre des traditions dont les Américains étaient jadis fiers ? Réunir une nation scindée par Barack Obama et les mandarins du GOP, avec leur « diviser pour régner » de guignolade, pour semer la discorde entre les races et les classes ?

« Trump peut-il réellement “rendre l’Amérique à nouveau grande” » ? Ou du moins ralentir notre déclin et donner à notre pays une autre chance ?

 « Je ne sais pas, mais je sais qu’aucun des politiciens plus convenables servis par l’oligarchie ne le fera.

« Ne vous fiez pas aux princes…» (Ps. 146 :3) Ni Trump ni aucun autre politicien ne devrait être accepté les yeux fermés. Qui peut réellement dire si Trump peut gagner ou, s’il gagne, comment il gouvernera ?

Qui peut dire ce qu’il y a réellement dans sa tête et dans son coeur ou si, aux yeux de Dieu, c’est un brave homme ou l’inverse ? Mais au vu des sinistres augures comme Mitt Romney et ses pareils, je préfère prendre le risque avec Trump plutôt qu’avec n’importe lequel des autres. Quand on considère le caractère de ses ennemis –particulièrement les néoconservateurs de l’État va-t-en-guerre (dont certains ont au moins eu l’honnêteté de déserter et de passer ouvertement à Hillary) – ma détermination à miser sur lui ne fait que croître. »

 

Même rétrospectivement, c’était un risque qu’il valait la peine de prendre, c’était en fait le seul choix responsable, étant donnée l’horrible alternative. Mieux, étant donné ce que Trump promettait, qui s’écartait des habituelles absurdités servies par le GOP, le fait même que ce soit lui qui fût nommé, au lieu du figurant de service était un signe peut-être que la nation américaine historique avait encore une chance de pouvoir se battre.

Quant à ce que nous espérions qu’il pourrait nous apporter pour « rendre l’Amérique à nouveau grande », nous pouvons voir aujourd’hui que toutes les réponses aux questions ci-dessus sont et resteront un NON catégorique. Oui, nous avons eu une loi fiscale un peu meilleure, quelque chose que n’importe quelle Maison Blanche ou quel Congrès Républicains auraient fait. Il peut avoir fait des progrès mineurs sur le commerce. Si nous avons beaucoup de chance, il aura un autre succès à la Cour Suprême et nous obtiendrons un autre décret qui renversera Roe vsWade. Ce serait merveilleux, mais ce n’est pas ça qui remettra le pays sur ses pieds.

Trump a complètement échoué à contrôler la frontière, et moins encore réussi sur les questions d’envois de fonds, de droits à la citoyenneté et de vote illégal des étrangers. Comme le colonel à la retraite Douglas MacGregor l’a fait observer :  « Il est certain que Trump aurait dû se rendre compte maintenant que sans un ordre exécutif qui confie à l’armée US la défense de notre frontière sud et y limite le trafic juste pour légitimer l’activité commerciale, l’immigration illégale de masse ne cessera pas… Bref, Trump refuse de se mettre aux commandes et d’opposer l’action à la rhétorique, à la fin il rejoindra le panthéon des présidents faillis qui avaient promis le monde, mais, cette fois-ci l’existence de la République Américaine est dans la balance ».

Malheureusement, ceux qui ont été nommés par Trump – uniformément des néoconservateurs, des fauteurs de guerre de l’ère Bush et des apparatchiks du GOP, ont mieux à faire pour nos militaires que de défendre notre pays, auquel ils sont, au mieux, indifférents. Nous pouvons nous féliciter déjà de ce que Trump n’ait pas encore déclenché de nouvelles guerres, mais ses sous-fifres, qui n’en finissent pas de piétiner pour obtenir des changements de régimes au Venezuela et en Iran pourraient bien changer ça. Son rapprochement avec la Corée du Nord pend à un fil, face aux tentatives flagrantes de le saboter.

On espère qu’au moins quelque instinct de conservation animal empêchera Trump de passer cette sombre rivière et de ruiner ce qui reste de sa présidence comme George W. Bush l’a fait en Irak. S’il s’avère assez dément et irresponsable pour nous faire trébucher dans une guerre avec la Russie, la réélection de Trump sera le tout dernier souci de n’importe qui.

Même sans une guerre, le temps de mandat qui lui reste ne sera pas le renouveau américain qu’il avait promis. N’oublions pas que, depuis de nombreuses décennies, les présidents Démocrates «tranformateurs» n’ont pas laissé ce pays dans l’état où ils l’avaient trouvé :  FDR, LBJ, Clinton, Obama. Par contraste, les mandats des présidents républicains ont été, au mieux, des plateaux le long de notre déclin (Eisenhower, Reagan) ou ont contribué positivement (Nixon, les deux Bush) à la marche de ce que la gauche considère comme un « Progrès » vers l’abolition de l’Amérique historique et la naissance d’une dystopique Dictature Culturelle Marxiste des Victimes, d’un faux pays sans frontières, multiethnique, multireligieux, multisexuel, ahistorique.

Ce qu’il y a de plus triste, c’est que, même s’il survit à son poste jusqu’à l’élection de 2020 (et il se pourrait que non), Trump restera quand même le moindre de deux maux, vu ce à quoi nous nous sommes accoutumés. Bien qu’il ne représente plus en rien une menace pour le marécage, les bestioles qui s’y vautrent continueront à le haïr comme un avatar de l’Amérique qu’ils rêvent de détruire : ethniquement européenne, chrétienne (culturellement, sinon spirituellement ou moralement), anglophone, toxiquement masculine. Il pourrait même gagner, en vertu de la propension qu’ont Wall Street et les Démocrates Socialistes à s’arracher mutuellement les tripes et des 35 à 40% de gens qui pensent selon les tweets et les discours de campagne de Trump.

D’une façon comme de l’autre, le résultat sera le même. L’homme qui avait ce qui équivaut certainement à la dernière chance politique de sauver pacifiquement la République américaine, se débattra encore pendant quelques années, n’étant guère devenu autre chose qu’un catalyseur pour la mort de notre nation et peut-être pour sa dissolution.

Ce n’est pas pour dire qu’il n’y a pas d’espoir.  Peut-être que, demain, Trump amnistiera Assange. Peut-être qu’il décidera de militariser la frontière mexicaine. Peut-être qu’il virera toute son équipe de sécurité nationale et, pour faire bonne mesure, nous sortira d’Afghanistan, de Syrie, d’Irak – et de l’OTAN. Peut-être Barr exigera-t-il des comptes de la bande des mécréants du FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act). Peut-être…

… peut-être qu’il y aura une averse de miracles, du genre de celui qui s’est produit quand Trump a été si invraisemblablement élu. Mais comme c’est souvent le cas avec les miracles, les chances sont minces.

 

James George JATRAS

Est un analyste politique, ex-diplomate US et conseiller du groupe GOP du Sénat pour la politique étrangère.

Source : https://www.strategic-culture.org/news/2019/04/13/im-jumping-off-trump-train-assange-was-last-straw.html

 

 

22 avril 2019

 

 

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