Préparation du terrain pour un changement de régime au Venezuela :

Des déserteurs de l’armée, des mercenaires russes et de l’or qui disparaît.

 

Southfront31.1.2019

 

 

Ces jours derniers, au Venezuela, l’intensité des manifestations anti-gouvernementales a décliné, en dépit des efforts du bloc dirigé par les USA pour les ranimer par des mesures à la fois publiques et clandestines. Mais le conflit entre le gouvernement Maduro et ses opposants du bloc soutenu par les USA  continue à se développer jusqu’à l’impasse aiguë dans la sphère médiatique,.

Le 23 janvier, CNN a diffusé une interview de deux « déserteurs de l’armée vénézuélienne » qui demandaient au président Trump de les armer pour défendre « la liberté » au Venezuela. Ils affirmaient être en contact avec des centaines de déserteurs potentiels, via des groupes WhatsApp, et appelaient les soldats vénézuéliens à se révolter contre le gouvernement du président Nicolas Maduro.

« En tant que soldats vénézuéliens, nous demandons aux USA de nous soutenir sur le plan logistique, dans le domaine des communications et avec des armes, pour que nous puissions réaliser la liberté vénézuélienne » dit un des supposés déserteurs, Guillen Martinez, à CNN. « Nous ne disons pas que nous avons besoin du soutien des États-Unis seulement, mais que nous avons besoin aussi de celui du Brésil, de la Colombie, du Pérou, de tous les pays frères qui s’opposent à cette dictature. ».

Pendant toute la durée du clip, ces deux hommes ont été présentés de manière à laisser supposer qu’ils venaient juste de déserter et s’adressaient aux autres militaires pour les appeler à suivre leur exemple. Mais c’est là que le bât s’est mis à blesser. Parce que les badges d’identité qu’ils portaient indiquaient FAN (Fuerzas Armadas Nacionales). Or, ce modèle de badge est obsolète : il a été depuis assez longtemps abandonné. À présent, les militaires vénézuéliens sont identifiés par un badge différent, qui indique FANB, ce qui veut dire « Forces Armées Nationales Bolivariennes ». Donc, soit ces déserteurs de l’Armée Vénézuélienne avaient perdu leur B en route, soit l’interview était un spectacle monté de toutes pièces avec d’anciens militaires vénézuéliens vivant depuis longtemps loin de leur pays, ou – dans le pire des cas – des acteurs.

L’interview a surgi au milieu d’une campagne de pressions politiques, de pressions médiatiques et de « sanctions » frappant le gouvernement Maduro. Le conseiller en Sécurité de la Maison Blanche John Bolton a même été repéré laissant voir une mystérieuse note relative à l’envoi de 5.000 hommes en Colombie, l’alliée des USA qui a une frontière commune avec le Venezuela.

 

 

Dans une situation de ce genre, un soulèvement militaire à grande échelle ou du moins la formation d’une quelconque opposition à l’intérieur de l’armée deviendrait un outil très utile à un effort plus vaste pour renverser le gouvernement. D’autre part, l’utilisation d’un tel missile de style CNN montre qu’à ce stade, les USA et leurs mandataires n’ont pas rencontré grand succès dans leurs tentatives d’acheter le soutien des soldats de l’Armée Vénézuélienne.

Le 29 janvier, le parlementaire José Guerra a prétendu, via Twitter, qu’un Boeing 777 des Nordwind Airlines russes avait atterri à Caracas le 28 janvier, pour en évacuer 20 tonnes de lingots d’or valant quelque 840 millions de dollars en provenance de la Banque Centrale. Quand on lui a demandé comment il savait cela, Guerra n’a pas pu fournir la moindre preuve de ce qu’il disait. Le 30 janvier, ces « informations sensationnelles » avaient fait les gros titres de la plupart des médias mainstream.

Une autre version, également très populaire dans la presse alignée, voulait que l’avion, qui avait selon eux fait le voyage en provenance directe de Moscou, ait amené un groupe de mercenaires russes venus soutenir le gouvernement Maduro. Cette version a été alimentée par d’autres « infos » selon lesquelles jusqu’à 400 mercenaires liés au Kremlin pourraient être arrivés au Venezuela.

La crise en plein développement s’accompagne de la croissance d’un journalisme citoyen. Des membres de Bellingcat ont déjà créé une page Twitter intitulée « Au Venezuela », qui fournit des nouvelles de terrain en provenance directe de Toronto, Canada. On peut s’attendre à coup sûr à ce que des « enquêtes secrètes en provenance de sources d’accès public » révèlent bientôt des crimes commis par le gouvernement Maduro contre des manifestants pacifiques, pour peu que le conflit s’intensifie.

Grosso modo, les médias dominants servent au public l’histoire suivante :

 

Le gouvernement Maduro est sur le point de tomber et est déjà en train d’envoyer les réserves d’or du pays quelque part. Dans des avions russes. Simultanément, Poutine envoie ses mercenaires pour soutenir Maduro et maintenir au pouvoir le régime corrompu, afin de sauvegarder les intérêts économiques et politiques de la Russie. Ceci, ajouté à la nature oppressive du « régime », est la seule raison pour laquelle les forces du bien n’ont pas encore remporté la victoire.

Heureusement, il y a le chevalier blanc de la démocratie, Juan Guaido, qui a été démocratiquement nommé par Washington président par intérim du Venezuela. Lui, son Armée Vénézuélienne Libre, forte de quelques centaines de déserteurs WhatsApp et un groupe de journalistes ou enquêteurs impartiaux financés par les USA/OTAN sont prêts à affronter l’alliance Maduro-Poutine et à défendre la liberté et la démocratie au Venezuela… avec un peu d’aide de l’administration Trump, cela va sans dire.

 

Il n’est pas douteux que le Venezuela moderne est allié à la Russie et que Moscou usera de toute son influence pour résoudre la crise et défendre ainsi ses investissements et ses avoirs en pétrole. En outre, Maduro et ceux qui le soutiennent ont montré qu’ils ne sont pas prêts à céder aux pressions US & C°. En même temps, le niveau d’hystérie dans les MSM [merdias, ndt], y compris une campagne de désinformation manifeste contre le gouvernement Maduro, dont de nombreux efforts pour le diaboliser par des moyens divers et l’utilisation forcenée de ses liens avec Moscou, montrent que le régime de Washington ne plaisante pas dans sa volonté de changer celui du Venezuela et est peut-être même prêt à fomenter une guerre par procuration de style Syrie dans le pays, afin d’y atteindre coûte que coûte ses propres objectifs.

 

Source : https://southfront.org/setting-scene-for-regime-change-in-venezuela-army-defectors-russian-mercenaries-and-disappearing-gold/

 

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

 

 

3 février 2019

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