Pour parler d’autre chose…

… c’est-à-dire d’elle et de vous

 

 

Savez-vous, citoyen, qu’il existe un site, sur Internet, consacré à votre promise ?

Non, bien sûr, pas en France. En Russie.

 

C’est là :

Дневник EleonoreD — @дневники: асоциальная сеть

 

Essayez ici :

https://diary.ru/~Duplay

 

ou ici :

https://diary.ru/~Duplay/p217629853_interesnaya-statya-o-robespere-advokate.htm

 

 

Mais les fantômes peuvent-ils cliquer sur des liens ? Et peut-on le savoir tant qu’on n’en est pas un soi-même ?

 

 

Miss Ninette, la mascotte du site Eleonore D.

 

 

C’est là qu’on a découvert cette copie russe de votre buste par Houdon :

 

 

 

Et cette copie du pastel de votre Éléonore par elle-même :

 

  

 

C’est qu’il y en eut, à la fin de votre siècle, des femmes peintres !

 

On sait que dans ces années 1780, Éléonore travaillait, avec d’autres très jeunes femmes de son âge, dans l’atelier de Jean-Baptiste Regnault. Mais peu de gens savent que l’Ami du peuple, quand il habitait Londres – et qu’il y écrivait Les Chaînes de l’Esclavage – a partagé la vie de sa compatriote suisse Angelica Kauffmann, très grande artiste dont les œuvres enrichissent les musées du monde entier.

 

 

Angelica Kauffmann – Autoportrait en bacchante.

 

Et, bien sûr il y a eu, à peu près à la même époque, Mme Labille-Guiard, qui a peint votre portrait en « jeune homme promis à une brillante carrière au barreau » :

 

Dont il ne circule plus aujourd’hui qu’une copie de Roch-Vigneron mal interprétée et mal datée.

 

 

Ici le vrai, également tiré des Mémoires de Miss Williams.

C’est une photo d’il y a 115 ans.

 

 

 Et la voilà, elle, chapeautée pour peindre, sous l’œil de deux élèves :

 

 

 

 

Très célèbre aussi – peut-être même encore plus ­ – fut Mme Vigée-Lebrun :

 

 

ce devait être une mode…

 

 

et non moins, Mme Anne Vallayer-Coster, qui fut louée par Diderot :

 

 

Ici peinte par Alexandre Roslin. Ciel, un homme !

 

 

et tant d’autres, qu’on dissuada longtemps de peindre autrement qu’au pastel (censé être plus féminin).

 

Car…

 

Certains de ces Messieurs, alors, ne voyaient pas sans irritation cette intrusion du soi-disant beau sexe dans ce qu’ils estimaient être leur domaine réservé, qu’ils fussent eux-mêmes ou non peintres d’ailleurs. Si bien qu’ il y eut, au Salon de 1783, à l’encontre, précisément, de ces trois dames, qui y exposaient – nous avons oublié qui a dit que votre portrait en était – une espèce de début de révolution machiste, aux cris de « traînées », de « rentrez donc faire la soupe » et d’« allez vous occuper de vos maris et de vos enfants ». 

 

Bref, les choses prirent une tournure telle qu’il fallut faire appel à la maréchaussée pour protéger le retour chez elles des trois contrevenantes aux bonnes moeurs (qui avaient quand même portraituré plusieurs membres de la famille royale). Il y eut même un échauffé – resté prudemment anonyme – pour faire paraître, contre Mme Labille-Guiard, un libelle pas seulement satirique mais calomnieux, intitulé Suite de Malborough au Salon 1783, qu’elle n’eut aucun mal à faire saisir et détruire (ses récentes relations dans la police on pu l’y aider).

 

 

 

 

Mais ne quittons pas tout de suite Éléonore, dont MM. Les hommes délibèrent doctement depuis deux siècles, aux fins de savoir si elle se fit sauter par vous ou pas. Pour beaucoup, la tentation est grande de rabaisser la donzelle, sa famille et leurs pareils, mais, pour d’autres, il vaut mieux pouvoir continuer à décrire Le Terroriste comme un être froid, asexué et « propret » (ce mot a très souvent leurs faveurs) insensible aux femmes. Cruel dilemme.

 

Il existe, à propos d’Éléonore – ceci est pour nos contemporains confinés – une petite anecdote qui n’est pas rapportée souvent :

 

En pleine Terreur, une de ses compagnes de travail ou d’études de l’atelier Regnault eut l’angoissante surprise d’être choisie, par le comité des sansculottes de son quartier (qui n’étaient jamais sans compter quelques membres payés par l’Angleterre, occupés à semer le chaos en France en poussant à l’extrémisme) pour incarner une déesse – on ignore laquelle – dans un très prochain défilé. Ce qui signifiait en clair qu’elle devrait traverser les rues de Paris plus ou moins nue sur un char (car les déesses, n’est-ce pas… voyez vos peintres de la Renaissance). Sans doute était-elle particulièrement jolie. Ne sachant à quel saint se vouer, la malheureuse s’en ouvrit à sa compagne, qui lui répondit posément « Dites que vous avez pris médecine ».

 

Prendre médecine, en ces temps, voulait dire se purger au moyen d’un laxatif. Et il faut savoir que, sous l’Ancien Régime, mais également pendant la Révolution, quand vous aviez « pris médecine », on ne pouvait pas vous arrêter. Au pire, on mettait un gendarme à votre porte, que vous deviez payer, mais il devait attendre que les effets de la médecine eussent cessé. On devine aisément pourquoi.

 

On ignore si la compagne d’Éléonore a vraiment mis le conseil à exécution ou si elle l’a seulement prétendu, mais il semble qu’elle ait réussi à sauvegarder sa pudeur.

 

Dites… pourquoi diable se mettre dans de tels états quand on a un tyran à domicile, capable de raccourcir tout un quartier d’un trait de plume ? Eh, comme l’a dit le poète : on ne saurait penser à tout.

 

Bref, il lui a dit un jour – je passe des uns aux autres – « Tu es digne d’être la mère des Gracques », ce qui, pour vous, ne signifie peut-être pas grand-chose, mais qui, pour lui, voulait dire beaucoup.

 

Par ailleurs, comme beaucoup d’autres hommes (ou femmes) engagés dans la Révolution, Robespierre pensait que les choses, pour lui, pourraient mal finir (son frère Augustin en était sûr dès 1789 et le lui avait écrit). Entraîner dans un naufrage quasi programmé une jeune femme qui avait le droit d’avoir une vie aussi heureuse que possible n’était pas l’ambition première de ces hommes dont le sens des responsabilités, justement, était surdimensionné. Il était naturel, dans ces conditions, qu’il ne fût pas pressé de lier le sort de sa « promise » au sien.

 

Quoi qu’il en soit, elle n’a pas accepté le cadeau, puisqu’elle lui est restée fidèle jusqu’à la mort. Et c’est dans la plus grande pauvreté que, comme tous les jacobins robespierristes, elle s’est éteinte le 26 juillet 1832, ayant vu, dans une même journée d’un autre lointain mois de juillet, étrangler sa mère et décapiter son fiancé.

 

 

Tombe d’Éléonore Duplay au Père-Lachaise (Division 34) 

« Amie » !

« Veuve avant ses noces de Maximilien Robespierre » leur aurait emporté la gueule ?

 

 

 

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6 mai 2021

 

 

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