Ramsey Clark, ancien procureur général des États-Unis et critique de principe de l’État de guerre des États-Unis, meurt à 93 ans

 

Frank Dorrel – Covert Action Magazine – 13.4.2021

 

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

 

 

Le 9 avril, Ramsey Clark est décédé à son domicile entouré de sa famille.

 

 

Clark a été procureur général des États-Unis de 1967 à 1969 sous Lyndon Johnson, période au cours de laquelle il a ouvert la voie au droit de vote pour les Afro-Américains, et à la déségrégation scolaire et a rédigé le paragraphe du Civil Rights Act de 1968 connu sous le nom de fair housing act, qui a abordé la discrimination en matière de logement.

 

 

 

 

En tant que procureur général le plus progressiste de l’histoire des États-Unis, Clark a également ordonné un moratoire sur les exécutions fédérales et la construction des prisons; interdit les écoutes téléphoniques dans les affaires criminelles; et a refusé d’appliquer une loi qui visait à abolir les restrictions de la Cour suprême en matière d’interrogatoire des suspects, prétendûment en vertu de la loi Miranda .

Clark a critiqué la guerre du Vietnam, bien qu’en 1967, il ait fait savoir au président Johnson que des manifestations anti-guerre avaient été infiltrées par des communistes, et que, la même année, à Boston, il ait poursuivi le célèbre pédiatre Dr Benjamin Spock, l’aumônier de Yale William Sloane Coffin et trois autres militants anti-guerre pour conspiration contre les lois sur les services sélectifs.

 

De gauche à droite : Dr Benjamin Spock, révérend William Sloane Coffin, Mitchell Goodman, Michael Ferber. Clark se sentait coupable de les poursuivre pour avoir conspiré pour saper les lois sur les services sélectifs et il a plus tard défendu les militants anti-guerre. [Source: woodstockwhisperer.info]

 

 

 

C’est la culpabilité que Clark a ressentie pour ces actions passées qui a fait naître et inspiré son activisme ultérieur contre la guerre.

En 1970, il a défendu les Harrisburg Seven, militants anti-guerre dirigés par le révérend Philip Berrigan, prêtre catholique radical, qui étaient poursuivis pour pas moins de 23 chefs d’accusation, comprenant celui de complot pour kidnapper Henry A. Kissinger, et en 1972, il s’est rendu à Hanoi pour y rencontrer des responsables nord-vietnamiens et a publiquement critiqué la conduite de la guerre par les États-Unis

 

 

Clark, à gauche, au Nord-Vietnam en 1972. Il a rencontré des responsables communistes à Hanoi et a critiqué publiquement la conduite américaine de la guerre du Vietnam. [Source: nytimes.com]

 

 

Dans les années suivantes, Clark a publiquement dénoncé le soutien des États-Unis au Shah d’Iran, le bombardement de la Libye (en 1986 et en 2011), de la Grenade, de la Bosnie, du Kosovo, du Panama, de l’Afghanistan et de l’Irak, entre autres, et a critiqué le soutien des États-Unis aux Tutsis du Rwanda, ce qui, selon lui, a commencé la guerre et tué davantage que les Hutus[1] (voir CAM exclusive sur ce).

En 1991, Clark a déposé une plainte auprès du Tribunal International pour les Crimes de Guerre, accusant le président George H.W. Bush desdits crimes de guerre, après avoir passé deux semaines en Irak et constaté les effets de l’invasion sur le peuple de ce pays.

Clark a constaté que les bombes dites « intelligentes » des États-Unis frappaient bien plus que des cibles militaires, détruisaient les habitations, anéantissaient des infrastructures vitales et tuaient des milliers de civils innocents, et surtout, que les sanctions américaines aggravaient encore toutes ces misères humaines.

Dans son livre de 1992 The Fire This Time: U.S. War Crimes in Iraq, Clark écrit que :

 

« toute une nation [l’Irak] gît impuissante sous les coups d’une armée extraterrestre, qui peut attaquer et détruire en toute impunité… Les avions américains [contre l’Irak] ont effectué plus de 109.000 sorties et déversé 88.000 tonnes de bombes, soit l’équivalent de sept Hiroshima, et tué sans discernement à travers tout le pays[2] ».

 

 

[Source: amazon.com]

 

 

Clark a aidé à fonder, dans les années 1990, le Centre d’Action Internationale,  établi à New York, qui, entre autres activités, a organisé des manifestations de rues en 1999 pour condamner le bombardement de la Yougoslavie par l’OTAN, chapeauté  par les États-Unis.

En 2018, Clark a déclaré qu’il considérait la politique étrangère des États-Unis comme « le plus grand crime depuis la Seconde Guerre mondiale », estimant que les agressions américaines avaient créé des niveaux incalculables de misère dans le monde. Les pauvres de la planète, disait-il, sont appauvris, dominés et exploités par les politiques étrangères des États-Unis et de leurs riches alliés. L’invasion de l’Irak par les États-Unis est une guerre d’agression, c’est le délit qualifié de « crime international suprême » par le jugement de Nuremberg.

Clark a dit encore :

« Notre but primordial, du début de notre existence jusqu’à ce jour, a été de dominer le monde. Mais le but de notre politique étrangère de domination n’est pas seulement de faire sauter le reste du monde à travers des cerceaux; son objectif est aussi de faciliter à notre bénéfice l’exploitation de ses ressources. Et dans la mesure où tout peuple ou État se met en travers de notre domination, il doit être éliminé ou, à tout le moins, tancé et sévèrement puni pour son erreur ».

 

 

 

Voyez ce discours remarquable de Ramsey Clark critiquant la politique étrangère des États-Unis en défense de  ses seuls intérêts ploutocratiques et stigmatisant sa guerre injuste contre le tiers monde.

Cet  extrait d’une vidéo consacrée à Clark avait été posté sur YouTube, mais il a inexplicablement disparu dès l’annonce de sa mort. Cam l’a repris dans notre chaîne YouTube covert TV grâce à l’excellent film de Frank Dorrel intitulé «  What I’ve Learned About U.S. Foreign Policy: The War Against The Third World », qui présente le clip. [Source: youtube.com]

Malheureusement pas sous-titré en français.

 

 

En 2008, l’Assemblée générale des Nations Unies a décerné à Clark le prix qu’elle remet tous les cinq ans aux défenseurs des droits de l’homme.

 

Clark a déclaré au Washington Post que son travail avait toujours été motivé par la volonté de

 

« tenter de prévenir les guerres, renforcer les institutions internationales, protéger les droits de l’homme et créer autant que possible de justice sociale et économique ».

 

Dans une autre interview, il a avoué qu’il se sentait souvent dépassé par

« l’énormité de la misère humaine sur la planète, l’énormité de la pauvreté et de la souffrance, le contraste entre la puissance brute et la pauvreté tellement disproportionnée de ceux qui sont réduits à l’impuissance », ajoutant qu’il « essayait de faire au moins une petite différence ».

 

 

Documentaire de 2018 sur la vie de Clark, qui rend hommage à son travail en matière de droits de l’homme. [Source: amazon.com]

 

 

 

 

 

Le Président cubain Miguel Díaz-Canel [Source: wikipedia.org]

 

 

Après l’annonce du décès de Ramsey Clark, des hommages ont aussitôt afflué, et notamment celui du président cubain Miguel Díaz-Canel, qui a écrit sur Twitter que :

« Clark était un homme honnête et solidaire qui s’est tenu à nos côtés lors de batailles cruciales et a dénoncé les grandes injustices commises par son pays dans le monde entier. #Cuba lui rend un hommage reconnaissant »

 

 

Mary Anne Grady Flores, des Travailleurs Catholiques d’Ithaque, a écrit dans un autre hommage que Clark était :

« un ami des travailleurs catholiques [groupes de paix], un grand défenseur des militants antinucléaire Plowshares, un défenseur de la Palestine, de Cuba et du Nicaragua (pour n’en nommer que quelques-uns) et un défenseur de toutes les questions relatives à la justice dans le monde entier ».

 

Sara Flounders. [Source: workers.org]

 

 

Sara Flounders, qui a travaillé avec lui à l’International Action Center, a souligné que Clark

« a pris de grands risques personnels en contestant les politiques criminelles américaines, et que, lorsqu’il rédigeait ses impressionnants rapports, il savait brillamment épingler, dans les documents qu’il examinait, les faits les plus pertinents. Il a toujours essayé de travailler en contact direct avec les militants, de les écouter au niveau local et de les encourager à toujours travailler ensemble. Son point de vue le plus ferme, qu’il a rappelé à presque tous les rassemblements, points de presse, conférences, ou forums, a toujours été : “le pouvoir réside dans le peuple” ».

 

 

Mary Ann Grady Flores et Ramsey Clark. [Source: twitter.com]

 

 

 

Des clients controversés

Clark a suscité la controverse lorsqu’il a défendu des « adversaires de l’Amérique » tels que Slobodan Milosovic, qu’il a félicité pouravoir tenu bon devant l’agression [américaine] et pour sa résistance individuelle héroïque. Discutées aussi ses défenses de Saddam Hussein et du cheikh Omar Abdel Rahman, qui a été condamné pour l’attentat à la bombe de 1993 contre le World Trade Center.[3]

Mais à ces critiques, il a opposé: 

« Si vous croyez en l’État de droit, vous n’avez jamais peur de représenter quelqu’un. »

 

La volonté qu’il a eue de représenter Saddam Hussein a été provoquée par la manière dont les médias ont rendu compte de son arrestation, le montrant avec complaisance arraché de l’endroit où il se cachait dans le désert.  M. Clark s’est alors dit  « choqué »  par l’obscénité des images, par « la présentation sauvage de [M. Hussein], échevelé, effaré, des gens sondant sa bouche… une déshumanisation totale ! ».

 

 

Clark a été consterné de voir Saddam Hussein traité comme une bête sauvage par des soldats américains. C’est ce qui l’a décidé à le défendre. [Source: wikipedia.org]

 

 

« J’ai représenté les peuples indiens pendant de nombreuses années, et je ne peux pas vous dire avec combien d’Indiens j’ai travaillé, qui m’ont appelé après avoir vu cette photo et qui m’ont dit : “C’est exactement ainsi qu’ils nous traitent ”. Et ce n’est guère la voie de la paix, si vous voulez que soit respectée la dignité humaine ».

 

 

Ramsey Clark au procès de Saddam Hussein à Bagdad en 2005, avec les conseillers juridiques de M. Hussein : Najeeb al-Nauimi, au centre, et Issam al-Ghazzawi. [Source: nytimes.com]

 

 

Clark avait ajouté qu’il espérait contribuer à assurer un procès équitable à Saddam Hussein, équité qui

 

« serait difficile à assurer, mais qui était d’une importance cruciale pour l’avenir de la démocratie en Irak » et « en termes de réconciliation des peuples, et en termes de croyance en la vérité et en la justice comme prioritaires sur la force et sur la violence, il s’agit d’établir fermement quel est le concept de justice du vainqueur, qui n’est jamais que l’exercice du pouvoir. Si vous voulez vraiment la paix, les gens ne doivent pouvoir nourrir aucun doute sur l’honorabilité de vos buts ».

 

 

L’influence de son père

Né à Dallas en 1927, Clark a grandi dans une famille imprégnée de la culture et de la politique du Texas. Son père, Tom Clark, qui a été nommé procureur général par Harry S. Truman en 1945 et qui est devenu juge à la Cour suprême en 1949, l’a élevé en homme de plein air et en robuste individualiste. Le week-end, ils campaient, pêchaient et chassaient. L’implication de Tom dans la politique locale a fait que son fils a naturellement assisté, en grandissant, à toutes sortes de rassemblements, de discours, à des collages d’affiches et à des distributions de tracts. Le travail de Tom Clark, qui était l’un des rares avocats locaux prêts à représenter les Afro-Américains, a eu sur son fils une profonde influence.

 

 

Le juge Tom Clark [Source : wikipedia.org]

 

 

Ramsey a été le témoin du sentiment de culpabilité et du désespoir de son père lorsqu’un de ses clients, un adolescent noir accusé d’avoir violé une femme blanche, a été prononcé coupable et condamné à mort. Ni les arguments juridiques de Tom ni sa certitude de l’innocence du jeune homme n’avaient suffi à lui sauver la vie.

Un autre client, Charlie Ellis, a engagé Tom pour sauver la maison de sa famille, condamnée à la démolition par les autorités de le ville, qui voulaient y construire un parking. Ils ont gagné l’affaire, et les Ellis ont payé en nature en faisant la lessive des Clark : chaque semaine, Ramsey et sa mère passaient 30 minutes au volant pour aller déposer et ramener leurs vêtements. De son siège dans la voiture, il voyait les enfants Ellis rire et jouer dans leur cour en terre battue, tout comme lui et ses cousins le faisaient chez eux. Il sentait que quelque chose n’allait pas, même s’il était encore trop jeune, alors, pour comprendre quoi.

 

« Père, fils et Constitution », livre d’Alexander Wohl consacré à Tom et Ramsey Clark. [Source: amazon.com]

 

 

Le début de carrière de Ramsey a justifié ce qu’on en attendait. Mobilisé en 1944, il s’est engagé dans les Marines et a servi comme courrier dans l’Europe de l’après-guerre, où les terribles scènes de destruction dont il a été le témoin ont déterminé son aversion de toute une vie pour la guerre. Par la suite, Clark a obtenu, en quatre ans, trois diplômes : un baccalauréat, une maîtrise et un diplôme en droit. Il a épousé sa fiancée Georgia Welch, est devenu le père de deux enfants, et s’en est retourné à Dallas pour entrer comme associé dans le cabinet d’avocats de son oncle. C’est en défense de Safeway Stores qu’il a plaidé sa première cause devant la Cour suprême des États-Unis, où Tom Clark, nommé en 1949, s’était récusé pour éviter tout conflit d’intérêts.

Outsider politique dans un État de plus en plus conservateur, Ramsey s’est longtemps tenu éloigné de la politique du Texas. Par ailleurs, plaider  pour les droits des sociétés l’inspirait de moins en moins. « J’en avais assez de me battre pour l’argent des autres », a-t-il plus tard expliqué.

C’est alors qu’a surgi, en la personne de John F. Kennedy, l’occasion de faire prendre un tournant différent à sa vie : en 1961, Clark est devenu procureur général adjoint des terres au ministère de la Justice et, en 1966, il a été nommé procureur général de Lyndon Johnson. Ses années dans la fonction publique allaient changer le cours de sa vie.

 

 

 

Ramsey Clark en 1965, année où il a été nommé sous-procureur général, ici avec le procureur général Nicholas Katzenbach. M. Clark allait succéder à M. Katzenbach l’année suivante. [Source: nytimes.com]

 

 

Au début de son mandat, Clark s’est concentré sur la gestion des terres du gouvernement et a passé une grande partie de son temps à acquérir des biens, soit par l’achat, soit par la force, pour la construction de sites de missiles, de stations spatiales, de réservoirs et d’autres installations publiques.

Ses efforts pour que soit respectée la justice au cours du processus — et en particulier ceux qu’il a d éployés pour régler en toute équité les affaires où des plaintes avaient été déposées par les Amérindiens, qui cherchaient à obtenir réparation pour les biens saisis à leurs ancêtres — ont fini par attirer l’attention du procureur général Robert Kennedy. Lorsque l’administration a dû consacrer tous ses efforts aux droits civiques, Robert Kennedy a réclamé l’aide de Clark.

Dans l’espoir que son accent méridional et ses racines texanes feraient ouvrir des portes qui resteraient fermées à un ressortissant de la Nouvelle Angleterre, Kennedy a envoyé Clark en Géorgie, en Caroline du Sud et en Louisiane, pour y faire respecter les ordres fédéraux d’intégration.

C’est ainsi qu’encadré par des agents fédéraux, on a vu Ramsey arpenter le campus d’Ole Miss avec James Meredith, pour le protéger de la violence.

 

 

James Meredith [Source: wikipedia.org]

 

 

Au début de mars 1965, Clark a roulé le long de la route 80 des États-Unis entre Montgomery et Selma, établissant des camps pour les manifestants et essayant de s’assurer que les racistes armés ne réussiraient pas à briser la mince ligne bleue qui protégeait les militants des droits civiques. « Imaginez, a-t-il rappelé plus tard, qu’il a fallu, dans ce pays, en 1965, marcher cinq jours pour le droit de vote. »

Clark a été témoin de la façon dont ces militants ont stimulé le gouvernement en poussant ses représentants à prendre des mesures de plus en plus énergiques. Il a vu leur patience et leur engagement et il a admiré leurs méthodes de désobéissance civile. Lorsqu’il a quitté ses fonctions en 1969, à la fin de son mandat de procureur général, il était bien décidé à rejoindre leurs rangs et c’est ainsi qu’à l’âge de 41 ans, il a entamé la deuxième étape de sa carrière.

Il a commencé par écrire Crime in America, un livre dénonçant le système correctionnel qu’il venait de superviser. Dans ses travaux, il a qualifié les prisons américaines de « fabriques de crimes » et a proposé une totale révision systémique qui favoriserait la réadaptation par rapport à la punition.

 

 

[Source: amazon.com]

 

 

Par la suite Clark est entré dans un cabinet d’avocats progressistes de New York, où il a consacré beaucoup de son énergie aux affaires à plaider pro bono. Au fil des ans, il a ainsi représenté le militant amérindien Leonard Peltier, les Plowshares 8 (militants anti-guerre qui avaient tenté de saboter symboliquement des installations d’armes nucléaires), les émeutiers de la prison d’Attica, les familles d’officiers chiliens de l’armée de l’air « disparus » par le gouvernement Pinochet pour le compte [n’ayons pas peur des mots, NdT] des États-Unis, une femme déclarée coupable d’avoir soutenu la guérilla marxiste au Pérou, les Libyens tués dans un attentat à la bombe aux USA en 1986, et les condamnés du couloir de la mort en général. Il a rejoint le conseil d’administration d’Amnesty International. Il a travaillé avec Coretta Scott King [veuve de Martin Luther King, NdT] pour obtenir qu’une fête nationale soit dédiée à son mari assassiné. Clark s’est aussi présenté aux élections sénatoriales US, sur un programme de réduction de 50% du budget de la défense et… il a été battu.

L’activisme de Clark l’a emmené à l’étranger dans les points chauds du monde : à la Grenade, en Iran, en Libye, au Panama, en Corée du Nord, au Soudan et en Irak, où il est carrément devenu une « opposition d’un seul homme au département d’État » dans l’espoir que les États-Unis seraient forcés de respecter les Accords de Genève et la Constitution des USA.

 

 

Le militant pour la paix John Parker (au micro) et un homme non identifié avec Clark, lors d’une mission au Soudan en septembre 1998, pour découvrir la vérité sur le bombardement américain du plan pharmaceutique Al-shifa, qui fournissait des médicaments vitaux pour le Soudan et toute l’Afrique. L’administration Clinton a affirmé que cette usine fabriquait du gaz neurotoxique, ce qui s’est avéré faux. [Source : Photo de John Parker]

 

 

Clark a souvent participé à des procès  « pour crimes de guerre » fictifs. En 2011, il a servi d’expert-témoin pour la défense dans l’affaire des 14 de Creech qui avaient tenté d’empêcher les meurtres illégaux par drones, effectués à partir d’une base militaire de Las Vegas. Il a également été un porte-parole de pointe de l’opposition aux sanctions économiques, dont les conséquences en dégâts humains sont terrifiantes.

 

 

 

Ramsey Clark à l’extérieur du palais de justice où il venait de témoigner pour les 14 de Creech. [Photo gracieusement fournie par le colonel Ann Wright]

 

 

Tout au long de sa carrière, la volonté de Clark de fournir des conseils juridiques et une représentation à ceux qui vivent en marge de la société et que l’on qualifie d’ennemis des États-Unis, lui a valu l’admiration des uns et le dédain agacé des autres. Pour certains, il était la voix de la vérité dans un système régi par l’hypocrisie. Pour d’autres, c’était un anti-américain, voire « une peluche des années 1960 » , pour citer le chroniqueur conservateur George F. Will.

Homme d’idéaux forts et de peu de mots, Clark aurait opposé à ce commentaires une de ses expressions favorites :

 

« La démocratie n’est pas un sport pour spectateurs ».

 

Il croyait que pour qu’un pays soit véritablement démocratique, la participation du peuple aux affaires est impérative. et que tout peuple doit tenir son gouvernement pour responsable de ce qu’il fait et exiger de lui des comptes.

C’est ce qu’il a passé sa vie à essayer lui-même de faire.

 

_______________

 

NOTES :

  1. Clark a défendu l’ecclésiastique hutu Elizaphan Ntakirutimana, accusé de génocide, qu’il croyait innocent.
  2. Ramsey Clark, The Fire This Time: U.S. War Crimes in the Gulf(New York – Thunder’s Mouth Press, 1992), xvi. Clark a poursuivi : « Ce qui était visible, c’était une nation avec des milliers de civils morts, sans eau, sans hôpitaux ni soins de santé, sans électricité, sans communications ni transports en commun, sans essence, sans rien pour réparer les routes et les ponts… et frappé d’une crise alimentaire galopante. Les bombardements, comme on pouvait le voir depuis le sol, n’avaient rien de chirurgical, mais étaient très clairement  conçus pour anéantir tout un pays et sa population pour un très long avenir.
  3. Clark a défendu d’autres clients controversés, y compris des « ex-nazis accusés de crimes de guerre » et Lyndon LaRouche, chef d’une secte politique, condamné en 1988 pour avoir « conspiré en vue de commettre une fraude postale ». ↑ ↑

 

Source : Ramsey Clark, Former Attorney General of the United States and Principled Critic of the U.S. Warfare State, Dies at 93 – CovertAction Magazine

 

L’auteur :

 

Frank Dorrel

 

Frank Dorrel est membre de la section de Los Angeles de Veterans for Peace et éditeur de l’ouvrage collectif Addicted to War.

Il a également réalisé un film de deux heures intitulé What I’ve Learned About U.S. Foreign Policy : The War Against The Third World (« Ce que j’ai appris sur la politique étrangère US : la guerre contre le Tiers Monde »), qui a été vu par plus de 2 millions de personnes depuis 2000. Le film comprend une séquence consacrée à Ramsey Clark.

On peut le joindre à l’adresse : frank.dorrel@gmail.com.

 

 

 

 

 

Modeste contribution des Grosses Orchades

 

à une

 

Bibliographie partielle de Ramsey Clark

 

 

Slobodan Milosevic, Milo Yelesiyevich

The Defense speaks

Introduction de Ramsey Clark

International Action Center, 2006

120 pages

Inédit en français

 

Ramsey Clark

War Crimes: A Report on United States War Crimes Against Iraq

Maisonneuve Press U.S. – 1992

285 pages

Inédit en français

 

Ramsey Clark

Crime in America

Littlehampton Book Services Ltd – 1971

352 pages

Inédit en français

 

Ramsey Clark

The Fire this Time – US War Crimes in the Gulf

International Action Center – 2005

380 pages

Inédit en français

 

Ramsey Clark

Nato in the Balkans

International Action Center – 1998

219 pages

Inédit en français

 

Ramsey Clark

The Impact of Sanctions on Iraq : The Children are Dying

World View Forum Pub – 1996

164 pages

Inédit en français

 

Ramsey Clark & Harry J. Kalven (Sous la direction de)

Contempt : Transcript of the Contempt Citations, Sentences, and Responses of the Chicago Conspiracy 10

Swallow Press Inc.,U.S. – 1970

254 pages

Inédit en français

 

Ramsey Clark

Ramsey Clark

The Torturer in the Mirror

Seven Stories Press – 2010

? pages

Inédit en français

 

Ramsey Clark

Challenge to Genocide – Let Iraq live

International Action Center – 1982

? pages

Inédit en français

 

Ramsey Clark & Curtis Doebbler

The Iraqi Special Tribunal

Lulu.com  – 2011

1220 kb (Kindle)

Inédit en français

 

En somme, l’édition française a pris à l’Amérique ce qui l’intéressait. Il est clair que Ramsey Clark n’en faisait pas partie. Et que la censure par omission est la plus efficace de toutes.

 

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Avril 2021

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