Siegfried Sassoon

 

 

 

 

 

Siegfried Loraine Sassoon, (Matfield 1886) – (Heytesbury 1967), est un homme de lettres anglais et un héros de la Première Guerre mondiale.

Fils d’Alfred Sassoon, descendant d’une lignée de riches marchands juifs baghdadi, déshérité par son propre père, David, pour avoir épousé une non-juive. La non-juive, Theresa Thornycroft, était anglaise et protestante, mais surtout issue d’une famille d’artistes et elle-même passionnée par la musique de Richard Wagner. C’est en l’honneur du maître que le futur poète fut prénommé Siegfried, Son second prénom, Loraine, hommage rendu à un pasteur ami de la famille.

 

 

 

David Sassoon et ses fils (dont Albert, deuxième en partant de la gauche), membres de la communauté Baghdadi en Inde.

 

 

 

Alfred avait un autre fils, prénommé Hamo, qui se fit tuer en 1915 à Gallipoli, juste avant Rupert Brooke.

Siegfried était un jeune homme brillant : ce qu’on appelait alors un homme de loisirs. Il avait fait, à Cambridge, des études de droit et d’histoire non sanctionnées par un diplôme. Ses revenus lui permettaient de vivre sans travailler mais pas sur un grand pied. Il s’en contentait, chassant, faisant du sport et publiant ses premiers recueils de vers à compte d’auteur, mais sans succès notable.

Quand survint la guerre. Il s’engagea le 3 août 1914 et sa vie, dès lors, prit une tout autre direction.

C’est sa poésie, succédant aux actions d’éclat qui lui avaient valu de recevoir plusieurs distinctions militaires, qui l’a fait remarquer d’abord et qui lui vaut, de nos jours encore, des légions d’admirateurs.

Aujourd’hui, nous sommes plus qu’habitués aux horreurs de la guerre : nous nous en repaissons tous les jours aux informations, si bien qu’elle est devenue, à nos yeux, banale. À l’époque de la Première Guerre mondiale, la machine à décerveler s’y prenait différemment : on partait défendre son roi et son pays ; l’héroïsme était à la mode ; la guerre serait terminée à Noël ; on était en train de la gagner, bref, les gens sans méfiance pouvaient l’imaginer comme une sorte de match de foot juste un peu plus dangereux, où, d’accord on pouvait se faire tuer, mais bon… Sassoon a déboulé dans le match et bouleversé l’Establishment en décrivant – quoi qu’en vers – les vraies horreurs de la guerre. Il n’est pas étonnant que les maîtres du jeu aient tout tenté pour les occulter.

Pourtant, Sassoon avait commencé, comme tant de jeunes hommes de son temps, par y aller de bon cœur, avec un certain optimisme, sans se poser trop de questions sur les finalités ou la justification de la chose. C’est de se retrouver nez à nez avec la vraie guerre et ses vraies victimes pêle-mêle qui l’a débarrassé de ses illusions et de son enthousiasme patriotique. Et aussi, rendons-leur cette justice, l’influence qu’ont exercée sur lui des pacifistes (espèce honnie des gouvernements), au premier rang desquels ses amis Philip et Ottoline Morrel et Bertrand Russell. C’est au front qu’il a rencontré Robert Graves, car, lui aussi s’était retrouvé incorporé dans les Royal Welsh Fusiliers, sans être plus gallois que son ami. Avec lequel il a partagé le privilège peu enviable de se coltiner un nom allemand en un temps d’hystérie chauvine de la pire espèce. S’appeler Siegfried ou avoir von Ranke pour second prénom pouvait très facilement vous coûter la vie. Il en va de même dans toutes les guerres, et dans toutes les révolutions : c’est l’espèce humaine qui est ainsi faite.

Robert Graves a eu, sur la poésie de son ami, une certaine influence, et à son tour Sassoon a influencé ce qu’a écrit son autre ami Wilfed Owen. Quoi qu’il se soit exprimé dans un style plus traditionnel que moderne (ce qui vaut d’ailleurs probablement mieux lorsqu’il s’agit de guerre) il n’en a pas moins exercé une influence sur le mouvement moderniste en décrivant la réalité crue.

C’est en 1917, à la fin d’un congé de convalescence, qu’il a décidé que la farce avait assez duré et qu’il a envoyé à ses chefs, en passant par les journaux, une lettre qui allait faire autant de bruit qu’une bombe.

Il faut dire que, dès 1915, l’Allemagne avait demandé un armistice qui lui avait été refusé. Le gouvernement qui se préparait à l’accorder s’était fait renverser et remplacer par celui va-t-en-guerre-à-tout-prix de Lloyd George (encore un Gallois !). Ne soyons pas complotistes et n’allons pas dire qu’il y avait encore pour deux ou trois ans d’armes à utiliser avant de passer à celles de la génération suivante, ce serait de mauvais goût.

On sait que Robert Graves s’est donné beaucoup de mal pour sauver la vie de son ami menacé du peloton d’exécution et qu’il l’a, effectivement, sauvée.

Sa cohabitation dans la guerre avec des gens des classes défavorisées avait fait pencher Sassoon vers le socialisme. Il a même fait un bout de chemin avec le mouvement ouvrier, ce qui lui a valu d’occuper, en 1919, un poste de rédacteur en chef littéraire au journal socialiste The Daily Herald, où il a fait paraître des écrits de gens aussi intéressants qu’Arnold Bennett, A.M. Forster et Osbert Sitwell. Ensuite de quoi, à l’occasion d’une tournée de conférences aux États-Unis, il s’est mis à assumer ouvertement son homosexualité. Cette époque de sa vie est marquée par plusieurs liaisons avec des hommes de lettres et des artistes plus ou moins célèbres.

Peut-être sur les conseils de Frankie Schuster (?) Sassoon s’est alors tourné vers le roman, en écrivant (et en publiant anonymement) le premier titre de sa trilogie autobiographique romancée, Mémoires d’un chasseur de renards. Ce livre, qui eut tout de suite un grand succès, devait être suivi par les Mémoires d’un officier d’infanterie et Les mémoires de George Sherston. Après quoi, il allait faire paraître une autre trilogie autobiographique, cette fois plus classique : The Old Century, The Weald of Youth et Siegfried’s Journey.

En 1933, Sassoon devait surprendre tout le monde en épousant une femme bien plus jeune que lui, Hester Gatty, qui, trois ans plus tard, allait lui donner un fils, Georges (1936-2006). Ce fils, la prunelle de ses yeux, lui a, à son tour, donné trois petits-fils, dont deux sont morts dans le même accident de voiture. Le troisième  doit être encore de ce monde.

Vers la fin de sa vie, Siegfried Sassoon s’est converti au catholicisme, raison pour laquelle il a été admis à l’abbaye bénédictine de Downside, proche de l’endroit où il vivait. Mort peu de jours avant son 81e anniversaire, il est enterré à l’église Saint-André de Mells, dans le Somerset.

 

 

 

 

 

 

Siegfried Sassoon

The War Poems of Siegfried Sassoon

Merchant Books – 2010

92 pages

(et de nombreuses autres éditions)

 

En français :

 

Siegfried Sassoon

Qu’est-ce que ça peut faire ?Poèmes 1914-1918

Traduction : Emmanuel Malherbet

Aizy-Jouy – L’Arbre – 2005

33 pages

 

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Siegfried Sassoon

Poèmes de guerre

Traduction Bernard LE FLOCH
Caractères – 2005

Pas même de couverture disponible !!!

 

 

Siegfried Sassoon

Mémoires d’un chasseur de renards

Traduit par Antoinette Sémeziès et Jacques Elsey,

Paris, Gallimard, 1936

Réédition :

Phébus 1995

272 pages

Ce roman d’une étrangeté absolue (traduit en français peu après sa parution Gallimard, 1936) était introuvable depuis près d’un demi-siècle. Chronique des très riches heures de la campagne anglaise, chronique surtout d’une aristocratie « cavalière » à la recherche de sa virilité perdue, il proclame la fin d’un monde auquel la Grande Guerre servira de catafalque. Tristesse et beauté se donnent ici la main, dans un trouble tournoiement d’ambiguïtés non résolues : on imagine le film qu’aurait pu en tirer un James Ivory !

 

Une réédition plus récente :

 

Siegfried Sassoon

Mémoires d’un chasseur de renards

Réédition de la traduction d’origine

Préface de François Rivière

Bordeaux, L’éveilleur – 2017

250 pages

George Sherston, orphelin élevé par sa tante découvre sa vocation au contact d’un cocher bourru et passionné. De son premier poney au cheval de chasse, il se forge un caractère de garçon déterminé, endurant, loyal et courageux.
Pas à pas, Sassoon narre la formation d’un gentleman naïf et un peu fruste, de l’enfance à la guerre de 14, les premiers combats et la mort de son tendre compagnon Dick.

Captivant, ces Mémoires (1928) ont les dimensions d’un roman russe, variant effets atmosphériques et charme des paysages profondément exprimés. Sassoon donne de l’ancienne Angleterre sportive et équestre, de la vie de château, un tableau saisissant de fraîcheur ingénue, mêlant le parfum des pelouses vertes à la grâce des rituels fanés. Avec ce non-dit sexuel qui traverse tout le livre.

 

Memoirs of a Fox-Hunting Man (Faber & Gwyer: 1928)

est le premier titre de l’« Ensemble de la guerre » qui comprend aussi :

Memoirs of an Infantry Officer (Faber and Faber: 1930)

Sherston’s Progress (Faber and Faber: 1936) Suivi d’une édition revue :

Complete Memoirs of George Sherston (Faber and Faber: 1937)

 

Dont nous ne connaissons pas de traduction en français.

 

 

Siegfried Sassoon

Memoirs of an Infantry Officer – The Memoirs of George Sherston

(The George Sherston Trilogy)

Introduction : Paul Fussell

Penguin Classics – 2013

176 pages

 

Mais aussi :

 

Les cahiers de guerre de Siegfried Sassoon publiés en ligne

Julien Helmlinger – ActuaLitté – 1.8.2014

 

Des vers à la mitraille. À une époque où le patriotisme était allègrement invoqué pour apporter aux tranchées leur dose de chair fraîche nécessaire aux batailles, le ton du poète et soldat britannique Siegfried Sassoon allait refléter le traumatisme de son expérience belliqueuse. Bien moins mignonne que son écriture des débuts, sa poésie présenta désormais toute l’horreur du conflit à un public plus habitué à la propagande d’État.

 

En cette année de commémoration, la bibliothèque de l’université de Cambridge publie en ligne ses War Diaries.

 

Ce mélange de souvenirs de guerre et de poésie, est bien loin des chansons que les troupes entonnaient la fleur au fusil. Le poète a pris une balle de fusil, lors de la bataille d’Arras, son jeune frère est tombé au combat, quand Siegfried est connu pour avoir accompli des missions jugées suicidaires derrière les lignes ennemies.

 

L’intégralité des 23 journaux et deux autres cahiers a été numérisée et se trouve gracieusement mise en orbite par l’université, pour le bonheur des amateurs du genre.

 

Plus de 4000 pages composent ces archives, conservées dans un état de grande fragilité, mais qui n’enlève rien à leur « imposante importance » comme l’affirme la bibliothécaire Anne Jarvis. Elles constituent un témoignage unique quant à la vie du front, pendant la guerre. Ses pages sont encore marquées par les traces de boue des tranchées. Une œuvre que son auteur a lui-même illustrée de sombres croquis, avec du matériel d’écriture assez compact pour tenir dans son barda d’officier.

 

Source : https://actualitte.com/article/47682/bibliotheque/les-cahiers-de-guerre-de-siegfried-sassoon-publies-en-ligne

 

URL de cet article : http://blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr/index.php/15268-2/

 

 

 

 

Quelques poèmes en vrac

 

 

 

 

 

Extraits de :

Qu’est-ce que ça peut faire ?

 

Traduits par des anonymes qui veulent le rester parce que leur traduction est à retravailler…

 

Et même deux petits, sans modestie ni complexe,

par L.G.O.

 

Lire la suite…

 

 

 

 

 

11 novembre 2021

 

 

0 Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *