700e anniversaire de la mort de Dante

 

 

 

 

L’Enfer de Dante, anonyme portugais, 1510-1520,

Museo Nacional de Arte Antigua, Lisboa

 

 

 

 

On vous en avait parlé, promis d’y revenir… et notre enfer terrestre au présent a pris le pas sur les célébrations.

 

L’Italie – la colonie US qui s’appelle ainsi – s’est fendue d’une grande exposition, aux écuries du Quirinal, donc à Rome, consacrée à l’Enfer de Dante. C’est quand même mieux que rien.

 

Aux « Scudertie del Quirinale », du 15 octobre 2021au 22 janvier 2022.

 

Il vous reste trois semaines…

 

 

 

Visite virtuelle :

 

 

 

 

Quelques mots de présentation des organisateurs :

 

 

INFERNO

Après le grand succès de l’exposition sur Raphaël, les Scuderie del Quirinale reviennent avec un projet international de haut niveau qui contribue à la célébration d’un autre anniversaire culturel important : l’exposition Inferno, organisée par Jean Clair à l’occasion du sept centième anniversaire de la mort de Dante Alighieri.

Une exposition puissante, ambitieuse et spectaculaire, capable d’entraîner le visiteur dans des territoires inattendus par la puissance des images et la profondeur des idées.

Première grande exposition consacrée à ce thème, Inferno retrace la présence, dans l’iconographie et la pensée, du concept d’enfer et de damnation, du Moyen Âge à nos jours.

Accompagnés par les mots de Dante, les visiteurs traverseront les lieux terrifiants et les visions lacérées de l’enfer tels qu’ils ont été dépeints par les artistes de tous les temps : des scènes médiévales schématiques aux sublimes inventions de la Renaissance et du Baroque, des visions romantiques tourmentées aux impitoyables interprétations psychanalytiques du XXe siècle. Le voyage en enfer nous conduira de plus en plus profondément dans les différentes translittérations de l’expérience de l’enfer sur terre : folie, aliénation, guerre, extermination. Passé le point culminant du Mal, l’exposition se conclura par l’évocation de l’idée de salut, confiée par Dante au dernier verset du Cantique : e quindi uscimmo a riveder le stelle [« et alors nous sortîmes revoir les étoiles »].

L’exposition se déroulera à travers plus de deux cents œuvres d’art prêtées par plus de quatre-vingts grands musées, collections publiques et prestigieuses collections privées provenant non seulement d’Italie et du Vatican, mais aussi de France, du Royaume-Uni, d’Allemagne, d’Espagne, du Portugal, de Belgique, de Suisse, du Luxembourg et de Bulgarie.

L’exposition comprned des œuvres de Fra Angelico, de Botticelli, Bosch, Bruegel, Goya, Manet, Delacroix, Rodin, Cézanne, von Stuck, Balla, Dix, Taslitzky, Richter et Kiefer… Entre autres.

 

 

 

N’oublions pas, cependant, la célébration littéraire dont nous vous avons parlé il y a peu, qui ne le cède en rien en importance ni en ambition aux célébrations picturales.

 

 

 

 

 

 

Monaldi et Sorti

Il Dante di Shakespeare

Éditions Solferino

352 pages

19 €

 

 

qui est le premier des trois volumes consacrés par le célèbre couple italien au 700e anniversaire de la mort du plus célèbre des Florentins.

 

Premier volume que nous ne devons pas espérer voir de si tôt en français, vu  la propension des merdias de l’édition dominante à saboter tout ce qui risquerait de déplaire à leurs maîtres. Traduits et publiés dans une trentaine de langues, Rita et Francesco ne le sont pas en italien depuis très longtemps, et les Français restent à la traîne des censeurs vaincus dans leur pays.

 

 

Lors de la sortie de ce premier volume, Rita et Francesco ont été interviewés par l’ANSA. Nous avons résumé cet entretien pour vous :

 

Le dernier livre, surprenant et hyper cultivé comme toujours, de Rita Monaldi et Francesco Sorti, auteurs pour les éditions Solferino du « Dante de Shakespeare », semble relever de la magie. Davantage même qu’un livre, c’est une superbe opération culturelle que, l’année même où l’on célèbre Dante, le couple d’écrivains (qui sont époux dans la vie) a réalisée avec un objectif « fou » en tête : se mettre « dans la plume » de Shakespeare (en imaginant la découverte d’une pièce perdue du Barde) pour représenter la vie du Poète Suprême dans une trilogie théâtrale, en l’entrelaçant avec la Divine Comédie.

 

Dans ce premier volume, consacré à l’Enfer – pour être suivi du Purgatoire et du Paradis en deux autres volumes qui devraient sortir en deux ans – le génie de Stratford met en scène l’enfance et la jeunesse de Dante, entre aventures et mésaventures, trahisons, luttes, cauchemars et visions : « Ce projet est né de la passion la plus viscérale, de l’impulsion de pénétrer dans les veines de grands prophètes comme Shakespeare et Dante pour “compléter” leur vie en utilisant leur propre sang.  Parce que Shakespeare, qui s’est tant inspiré de la Divine Comédie, n’a pas écrit de pièce sur Dante ! Or, Dante avait besoin de quelqu’un qui puisse raconter son histoire comme une chose vivante, ainsi que seul Shakespeare eût pu le faire. À un certain moment, leurs chemins se sont donc nécessairement croisés en nous », expliquent les auteurs, interrogés par l’ANSA.

 

 

 Comment avez-vous préparé un livre qui était une entreprise aussi ambitieuse ?

« En nous plongeant jusqu’au cou dans les pièces de Shakespeare et dans le vaste champ des études dantesques. La vulgate des études sur Dante nous donne l’image d’un Dante et d’une Comédie qu’il est presque impossible de représenter avec succès. Nous devions donc tenter de faire le spectacle épique que Shakespeare en aurait fait, mais il nous fallait aussi veiller à préserver la fiabilité historique. »

 

 

Quelle a été la plus grande difficulté que vous ayez rencontrée ?

« Nous avons grimpé comme deux puces l’auraient fait, sur les robes de Dante et de Shakespeare, pour scruter le panorama qui aurait été à leur portée. Tous les jours, il sort des publications nouvelles sur ces deux hommes. Suivre ce dialogue multiséculaire serait un exploit surhumain. Alors, pour chaque aspect de leurs vies, nous avons fait un choix très précis et donné une interprétation fondée – comme nous l’expliquons selon notre coutume dans les annexes finales – en tâchant d’éclaircir aussi certaines énigmes. Au fur et à mesure de la rédaction de ce livre, nous avons tenté, par la main de Shakespeare, de sortir de l’ombre des siècles et des informations historiques les silhouettes des protagonistes de cette histoire ».

 

 

Est-ce que, grâce à ce livre, nous pourrons voir La Divine Comédie à la télévision ?

« La RAI a annoncé au conseil d’administration et au MIA qu’elle avait l’intention de produire cette série, et c’est le bon moment : alors que la BBC ne cesse d’exporter son Shakespeare dans le monde entier depuis des décennies, notre chaîne de télévision publique restait bloquée sur un vieux docudrame de 1965 “consacré à Dante”. Mais à présent qu’à la tête de RAI Fiction, il y a une femme de lettres comme Maria Pia Ammirati, les augures sont plutôt favorables ».

 

 

Quels éléments Dante et Shakespeare ont-ils en commun ? Spiritualité, prédilection pour la forme théâtrale, capacité à parler à l’homme ?

« Toutes ces choses à la fois ! Ce qui nous frappe chez Shakespeare, c’est son sens religieux, qui n’est pas une doctrine, mais une leçon de morale, un avertissement, un enseignement. De son côté, Dante est un homme de théâtre : la Commedia – mais c’est une découverte de l’italianiste Paolo De Ventura, pas la nôtre – est née du théâtre populaire du Moyen Âge ».

 

 

Un lecteur-expert ne comprendra-t-il pas mieux un texte aussi complexe ?

« Nous nous adressons à tous les gens ordinaires. Nos livres ont toujours eu plusieurs niveaux de lecture. L’histoire humaine de Dante est émouvante en soi : celle d’un orphelin très jeune, atteint d’une maladie qui le rend socialement indésirable, mais qui est en même temps extraordinairement visionnaire. Il ne se vend jamais au courant dominant : en poésie, il va à contre-courant, en politique, il est tellement idéaliste qu’il va même à l’encontre de son propre parti, dans sa famille, il est le mouton noir qui utilise sa fortune pour pouvoir écrire. Dante n’est ni un fils-à-papa privilégié, ni une personne intelligente, ni quelqu’un qui aime la médiocrité dorée. Il est comme tant d’Italiens qui se débrouillent tout seuls. Mis à part son génie, bien sûr, qui est inégalé. »

 

 

Quel type de travail avez-vous effectué sur la langue ? Avez-vous posé le problème de la traduction si le livre est publié dans d’autres pays ?

 « Nous nous étions témérairement chargés d’une mission impossible : amalgamer la merveilleuse liberté expressive de Shakespeare aux vers denses, anguleux et sculpturaux de Dante. Lorsque Dante parlait d’amour, il devait le faire avec les mots non seulement de Paolo et Francesca, mais aussi avec ceux de Roméo et Juliette. Quand il parlait de la guerre, il devait le faire avec les mots d’Henry V. Quand il évoquait les esprits et la vie après la mort, il fallait que ce soit comme le font Macbeth et Hamlet. Travail immense, car pour chaque occasion, il nous fallait trouver la quintessence de la pensée shakespearienne et celle de la pensée dantesque. La traduction n’est pas une nouveauté pour nous. Nous vivons en Autriche et, sur nos 11 livres, 8 ont été publiés d’abord en traduction, puis seulement ensuite en italien. En relisant chacune de nos pages, nous entendons en même temps le son d’autres langues ». (ANSA).

 

 

 

 

On peut suivre (en italien et en anglais) les aventures du couple d’écrivains et de leurs livres sur le site

 

 

http://www.attomelani.net/

 

créé par des lecteurs qui, au départ, ne se connaissaient pas.

 

 

 

Dans ce livre, que nous ne sommes point capables d’analyser ici, les auteurs soulèvent, entre tant d’autres, la question de savoir dans quelle mesure les attaques d’épilepsie qui l’ont affecté dès l’enfance ont été déterminantes dans la façon dont Dante a perçu le monde visible et l’invisible, sa conscience et bien d’autres choses. Il suffit de penser que d’autres grands explorateurs de l’âme, tels que Fiodor Dostoïevski (qui a eu 200 ans le 11 novembre dernier) et John Cowper Powys (qui en aura 150 le 8 octobre prochain), étaient eux aussi atteints du « haut mal », pour se persuader que Rita et Francesco nous entraînent une fois de plus, dans ce livre, beaucoup plus loin que n’est censé le faire un simple « roman ».

 

Ce serait pourtant un beau sujet de thèse de philo : « L’influence de l’épilepsie sur la conscience et le génie créateur chez Dante Alighieri, Fiodor Dostoïevski et John Cowper Powys ».

 

 

URL de cet article : http://blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr/index.php/700e-anniversaire-de-la-mort-de-dante/

 

 

 

 

 

 

Décembre 2021

 

 

 

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