À moins d’une révolution, il n’y aura jamais de BREXIT

 

Neil Clark – Russia Insider  – 12.4.2019

 

 

Les anciens Bretons savaient comment en user avec leurs chefs :  le roi Jean signant la Magna Carta.

 

Bon. Donc, maintenant, c’est le 31 octobre. Est-ce que quelqu’un, qu’il soit pour ou contre le BREXIT, croit réellement que la Grande Bretagne sera sortie de l’UE à cette date-limite qui vient d’être acceptée par l’Europe ?

Theresa May  au cas où nous l’oublierions – nous a constamment répété que la Grande Bretagne quitterait l’Union Européenne le 29 mars 2019. Puis, quand ça ne s’est pas produit, elle a dit que ce serait le 30 juin. Maintenant, elle vient de se mettre d’accord pour une extension jusqu’à Halloween. Ah, que c’est bien trouvé ! Parce que toute cette affaire mérite de s’appeler plutôt « Cauchemar à Downing Street ».

Il n’était pas nécessaire d’en faire un tel film d’horreur. Le problème fondamental était le suivant : alors que le public (17,4 millions d’entre eux en tout cas) a voté pour SORTIR, l’establishment politique était très largement décidé à RESTER.

Cet establishment comprend le Premier ministre, qui s’est prononcée en 2016 pour que le Roiyaume Uni reste dans l’Europe, quoique de derrière le sofa. Comme je l’ai tweeté plus tôt cette semaine, on peut dire qu’elle a géré le BREXIT de façon désastreuse. Mais ça, c’est seulement si on accepte la prémisse qu’elle voulait que le Royaume Uni s’en aille. Si son but était de saboter le BREXIT tout en ayant l’air de le défendre, il faut dire qu’elle a joué un jeu absolument spectaculaire.

Pour obtenir un accord pas trop mauvais de l’UE, le bon sens voulait que le gouvernement se prépare correctement à une sortie sans accord. Au lieu de quoi Mrs May a signé un « Accord de Retrait » qui prévoyait que le Royaume Uni payerait à l’UE 39 milliards d’euros. Même John Cleese n’a pas dû payer tant que ça à ses ex-femmes.

Sans surprise, les partisans du BREXIT ont trouvé saumâtre d’avoir à voter pour ce genre d’accord. Il y en a même qui ont dit qu’à ce train-là, c’était pire que de rester dans l’UE. On ne peut pas dire qu’ils avaient tort.

May a essayé par trois fois de faire accepter son « accord » par le Parlement, et les trois fois, elle a échoué. Elle aurait dû, si elle avait voulu sérieusement que le BREXIT se fasse, annoncer alors que la Grande Bretagne sortirait de l’UE sans accord. Ce qui aurait, je crois, provoqué quelque mouvement de la part de Bruxelles.

Cela, parce que le monde des affaires européen – et en particulier l’industrie allemande – souhaite désespérément éviter un BREXIT sans accord. Il ne faut pas être professeur émérite en économie à Oxford pour comprendre pourquoi.

En 2017, le RU avait un déficit commercial global vis-à-vis de l’UE de £67 milliards. Son ahurissant déficit en échange de marchandises atteignait les £95 milliards. En d’autres termes, les pays de l’UE ont exporté davantage de marchandises vers la Grande Bretagne que la Grande Bretagne n’en a exporté vers eux. Le plus gros déficit de la GB est envers l’Allemagne. En 2017, l’excédent commercial de l’Allemagne par rapport à la GB atteignait les £21 milliards.

L’idée que l’accès libre de l’UE/Allemagne au lucratif marché anglais pourrait changer en quelque façon suscitait beaucoup de compréhensible inquiétude dans les conseils d’administration de tout le continent. May aurait pu se servir de cette inquiétude, en faveur de l’Angleterre, pour arracher davantage de concessions. Elle a choisi de ne pas le faire et a jeté sa carte maîtresse au vent. Quoi que vous fassiez, assurez-vous bien de ne jamais jouer au whist avec Theresa comme partenaire.

Ce n’est pas, pourtant, entièrement de sa faute.

Ses collègues du Cabinet, qui ont fait clairement savoir qu’ils étaient opposés à un BREXIT « Sans Accord », sont également coupables. Et le sont aussi tous les affreux jojos du BREXIT qui se sont réjouis bien trop vite.

Les mêmes qui nous avaient dit, avec raison, que l’establishment ferait tout ce qu’il pourrait pour nous maintenir dans l’UE, semblent assez naïvement avoir cru que le résultat du référendum serait la fin de l’affaire. Quelle blague ! Ils ont dansé de joie quand ils auraient dû être en train de former des comités de vigilance pro-BREXIT.

On peut dire que le BREXIT était virtuellement mort à partir du moment où il a été décidé que les députés – bien plus favorables à l’UE que la population en général – auraient le dernier mot. Comme je l’ai dit dans un article précédent, plutôt que soutenir la démocratie en Grande Bretagne, le Parlement, en réalité, la restreint. Il est là pour subvertir ou neutraliser l’opinion publique, pas pour la représenter.

On voit ça à propos d’une question après l’autre, pas seulement pour le BREXIT.

 

 

 

 

Si on considère qui était opposé à ce que la Grande Bretagne sorte de l’Europe, il n’est pas du tout surprenant que nous en soyons où nous en sommes aujourd’hui, près de trois ans après le référendum. Alors qu’une vraiment petite partie des élites économico-financières souhaitait que nous en sortions, les gens qui « comptent vraiment » soutenaient le statu quo de toutes leurs forces. J’en ai fait la liste en novembre :

 

  • les géants du capital financier  US
  • les capitalistes milliardaires comme Sir Richard Branson, George Soros et Lord Jacob Rothschild,
  • 1280 dirigeants du monde des affaires, y compris les administrateurs de 51 compagnies FTSE100
  • 100 dirigeants universitaires
  • la Banque d’Angleterre
  • les plus grands syndicats
  • l’Union Européenne
  • l’OTAN
  • Sir Humphrey Appleby
  • des membres éminents de la profession juridique

 

Pendant ce temps, le camp favorable à la sortie pouvait compter sur quelques Tories de droite dits « Empire Loyalists », sur le Parti Communiste, sur un UKIP divisé et sur ce type qui est le propriétaire de Wetherspoons. On ne peut pas dire que la lutte était égale, n’est-ce pas ?

Ensuite, il y a la sociodémographie des supporters de RESTER/PARTIR. Les classes sociales A et B – la première majoritairement représentée dans l’establishment, l’autre possédant le plus de poids dans le système – ont voté à 59 % pour rester, alors que les classes D et E ont soutenu la sortie à 64 %.

Si cela avait été l’inverse, quelqu’un doute-t-il sérieusement que nous serions aujourd’hui hors de l’Europe ?

En fait, une analyse du pouvoir des classes et de l’économie ne fait pas qu’expliquer pourquoi le BREXIT n’a toujours pas eu lieu, mais pourquoi il y a fort peu de chances qu’il ait jamais lieu, à moins d’une révolution.

Cette « révolution » impliquerait que nous nous écartions de notre modèle actuel de « démocratie parlementaire » – au moyen duquel de puissants groupes d’intérêts n’ont aucun mal à subvertir l’opinion de la majorité – pour adopter quelque chose de plus direct et de plus véritablement démocratique.

S’il arrivait qu’une bonne chose pût advenir du capotage du BREXIT, ce serait que les gens commencent à remettre en cause la manière dont nous faisons de la politique en Grande Bretagne. Comment nous faisons, par exemple, cadeau de nos droits démocratiques à des gens qui prennent le plus grand plaisir à nous ignorer.

Comme le disait feu le grand Charles de Gaulle, la politique est une chose beaucoup trop sérieuse pour être laissée aux politiciens. Et en particuliers à ceux qui, comme Theresa May, n’arrêtent pas de se parjurer.

 

Neil Clark est un journaliste, écrivain et blogueur britannique. Il vit en Grande Bretagne et collabore à un grand nombre d’organes de presse au Royaume Uni et à l’ »étranger. Son blog a reçu, en 2007, le prix du meilleur blog du Royaume Uni (le « Weblog Award »).

On peut le suivre sur @NeilClark66 et @MightyMagyar.

 

Source : https://sputniknews.com/columnists/201904111074046613-uk-eu-brexiteers-remainers/

Via : https://russia-insider.com/en/barring-revolution-brexit-never-going-happen/ri26758

 

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

 

 

18 avril 2019

 

 

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