Commentaire un peu sidéré des Grosses Orchades

Théroigne21.2.2019

 

 

© Plonk & Replonk

 

Avons-nous tellement besoin, si remarquable qu’il soit, du roman noir US de Don Tracy, pour comprendre ce qui est en train de se passer en France, quand nous avons Bagatelles pour un massacre, remarquable pamphlet français, que personne ne lit, c’est vrai, puisque le terrorisme intellectuel qui tient depuis trois quarts de siècle toute la francophonie et pas rien que la France en otage l’a frappé d’interdit.

Ce n’était pas le moment prévu pour en parler – c’était et c’est toujours prévu pour la tranche réservée à Céline dans nos célébrations du centenaire de « l’Armistice ». C’est seulement l’actualité qui fait des siennes.

Soyons donc aussi brefs que possible, mais foin des tabous et des interdits.

Oui, ce texte est raciste, quoique pas antisémite si les mots ont un sens. Disons judéophobe. Le racisme n’est pas un crime, c’est une maladie. Née de l’ignorance et de la peur de quelqu’un ou de quelque chose. Toujours. Et une maladie n’est pas légitime ou illégitime : elle est. Et elle n’a pas que des symptômes, elle a aussi des causes.

Ce qu’il vitupère, Céline, avec une petite centaine d’années d’avance, tout au long de ses 382 pages, c’est le sionisme actuel, ses pompes, ses œuvres. En disant « les juifs », c’est-à-dire en oubliant les juifs qui sont, comme tout le monde, les victimes de ceux-là. [Sauf, soit dit en passant, dans le court passage consacré à la guerre d’Espagne, où il salue (eh oui) les émigrés d’Europe de l’Est qui retraversent l’océan pour venir se battre – donc mourir – à Madrid.]  Comme quand on dit « les Français », en oubliant que depuis des siècles la moitié de la France fait la guerre à l’autre.

Généralisation abusive. Elles le sont toutes.

Quand j’ai lu cela dans les années 70, j’ai trouvé qu’il aurait peut-être pu délirer un peu moins, Céline, qu’il s’acharnait. Et voilà qu’un demi-siècle plus tard, la réalité dépasse le délire, que dis-je, le caricature ! Ce qu’il n’avait pas prévu, notre Jérémie occidental, c’est que cet empire-là, qu’il croyait indestructible, se détruirait lui-même comme les autres, et comme les autres par l’hybris. Puisque, en effet, personne ne lui aura résisté, en dehors des Palestiniens.

Mais laissons les considérations historico-générales, puisque c’est d’un fait d’actualité qu’il s’agit.

Au moment où ce qu’on peut qualifier – abusivement selon moi – de gouvernement a tellement jeté le masque rigolo qui le faisait passer pour tel aux yeux des aveugles, que la presse étrangère (même quelquefois mainstream !) le dépeint pour ce qu’il est : une bande de malfaiteurs acculés, qui paniquent et « tirent dans le tas » avec une hystérie grandissante, à moins que ce ne soit avec machiavélisme, et que « le Machin » où pourtant il siège avec droit de veto le condamne pour violences dignes d’une dictature bananière… au moment, donc, où on perd le compte des grièvement blessés exprès par une police nationale passée sans état d’âme du maintien de l’ordre à l’assassinat à gages, où un pandore a réussi, de la rue, à trucider une vielle dame dans son troisième étage sans même être mis à pied pour la forme (ou la sauvegarde des apparences)… voilà qu’il n’est tout à coup question, dans Landerneau, que de l’« agression » dont a été victime, au cours de l’acte XIV, le « philosophe » Alain Finkielkraut, par cette bande d’antisémites patentés que sont forcément les Gilets Jaunes, pour qui M. Brighelli n’a pas de mots assez durs, assez cinglants, assez stigmatisants. En chorus avec d’autres, faut-il le dire.

Keskispass ?

Il se passe que « le philosophe Alain Finkielkraut » a eu l’idée en apparence saugrenuie d’aller au bout de trois mois et 14 actes, apporter son soutien en chair et en os à des énergumènes qu’il a, paraît-il, « constamment compris et défendus », pour s’en voir si mal et si injustement récompenser. Et il s’est trouvé des cyniques pour dire « il l’a bien cherché ».

En toute inconscience ou en service commandé ?

Car enfin…

Il y a des décennies que M. Finkielkraut défend l’indéfendable : une entreprise génocidaire à rendre verts de jalousie les spectres du IIIe Reich.

Ce IIIe Reich dont le regretté William Blum disait qu’il avait voulu durer mille ans mais qu’il en avant quand même duré douze.

Celui d’aujourd’hui (le IVe ?) dure, officiellement, depuis 71 ans. Or, on ne sache pas que M. Finkielkraut ait « compris et défendu » la petite Rachel Corrie pourtant un peu plus que molestée puisqu’elle en est morte. Ni tant et tant d’autres. Dont une infinité de bébés. Oh, on n’en est pas encore à les saisir par les pieds pour leur fracasser la tête contre des murs comme au temps de Caligula (d’autant que le moindre i-phone pourrait vous filmer en train de le faire) mais le résultat global serait plutôt pire, non ?

Pour abréger : la question que de mauvais esprits se posent est :

Qu’allait-il faire dans cette galère ?

Dans quel but (outre exprimer sa sympathie et défendre des gens qui ne le méritaient pas) ?

C’est un secret de polichinelle que l’indéfendable défendu par M. Finkielkraut n’a même pas à claquer des doigts pour être obéi du susdit « gouvernement » et de sa magistrature à plat ventre. Or il n’est question, à chuchotements de plus en plus sonores, que d’une loi en gestation avancée interdisant (condamnant ?) « l’antisémitisme », qui devrait ressembler – comme on connaît ses saints on  les honore – aux « lois » anti-communistes des Franco et des Pinochet, avec autant de respect que celles-là pour la sémantique, la justice et l’intégrité physique des foules d’en-France.

Alléluiah !

Qui ne se dévouerait, qui ne risquerait de subir quelque bousculade pour une cause pareille ? Il faut avoir décidément très mauvais esprit pour penser que M. Finkielkraut est allé se faire molester exprès, là où « quelques flics heureusement présents [allaient venir] en aide au philosophe ».

Tempête dans un verre d’eau ? Verre d’eau, on ne sait pas, mais tempête assurément.

Quid de M. Brighelli ?

Il est toujours profondément triste de voir un enseignant de la qualité qu’on lui suppose exiger, de gamins nés et malmenés dans des ghettos, qu’ils se conduisent en philosophes, quand les philosophes se conduisent en supplétifs de police, certains même en fauteurs de guerre professionnels.

Si redoutable et redoutée à juste titre que soit l’entreprise d’asservissement salafiste en cours, comment oublier que ceux qui en sont les premières victimes lui ont été livrés pieds et poings liés par les « gouvernements » successifs et leurs adroits marionnettistes ? Comment oublier que l’indéfendable défendu par M. Finkielkraut est aujourd’hui ouvertement complice, sinon instigateur, de la totalitaire entreprise  musulmane hérétique ? Et que Yahwé, s’il peut, y reconnaisse les siens !

M. Brighelli n’aurait-il rien vu de tout cela ?

Son blog « Bonnet d’âne » est hébergé par Causeur. C’est-à-dire par Mme Elisabeth Lévy et M. Alain Finkielkraut. Quoi de plus naturel que de défendre celui qui vous donne l’hospitalité ? Même s’il faut, ce faisant, piétiner quelques damnés de la terre…

Le problème, c’est que, comme l’a fait remarquer quelqu’un (serait-ce pas Elsa Triolet ?) il n’y a que deux côtés aux barricades, et nous vivons une époque à barricades. Pas question de se tenir en équilibre comme un ange sur la pointe d’une aiguille ni de tenter quelque inenvisageable grand écart : il faut bien regarder de quel côté on tombe. Arrive un moment où il ne peut pas être question d’en changer. Arrive un moment où ceux qui sont de part et d’autre ne peuvent plus échanger que des balles. Un moment où il faudra peut-être tuer et peut-être mourir.

Un des deux côtés de la barricade est celui des humiliés et des offensés. Ce sont les mêmes dans toutes les communautés humaines. Il ne saurait être question, dès lors, de respect humain.

Choisis ton camp, camarade.

 

 

 

 

Deux mots pour finir sur Causeur, magazine fort bien fait qui héberge des gens de qualité parfois exceptionnelle, dont M. Brighelli. Ne pas le lire serait délibérément s’appauvrir.

Est-ce qu’il pratique la manipulation des foules ?

Évidemment !

On peut manipuler grossièrement, brutalement. Ou avec doigté. Et dans tel ou tel sens.

C’est aux foules qu’il appartient d’apprendre à lire et à trier ce qui, dans ce qu’elles lisent, relève du bien général ou obéit à des intérêts plus particuliers, parfois même contraires au bien commun.

À titre d’exemple presque anodin :

Il vient de paraître dans Causeur un article dithyrambique sur Sami Frei et la lecture-spectacle d’un texte de Samuel Beckett qu’il donne en ce moment.

C’est vrai que Sami Frei est un grand acteur. On n’en dira jamais trop de bien. Et vrai qu’il s’attaque, en Beckett, à un grand auteur.

Fabrice Lucchini aussi est un grand acteur. Et Céline, un de ses auteurs de prédilection, n’est pas, et de loin, inférieur à Beckett.

Néanmoins, je doute qu’il y ait jamais eu une seule ligne, dans Causeur, pour dire tout le bien qu’il fallait penser des lectures-spectacles Céline de Lucchini et inciter le public à s’y rendre. S’il y en a eu, je battrai ma coulpe, promis, juré, craché.

Encore une fois, Causeur a le droit de publier ou de ne pas publier ce qu’il veut. C’est juste pour montrer une des formes infinies que peut prendre la manipulation.

Soit dit entre nous, quel merveilleux parallèle on aurait pu faire entre les deux grands nihilistes et leurs brillants interprètes. Tant pis, ce sera pour une autre fois.

Quand nous serons tous moins immatures.

 

 

 

 

 

Le 21 février 2019

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