Il n’y avait pas que les Chinois, à Rome, cette semaine

 

La Russie trace une ligne rouge devant les USA au Venezuela

 

Finian CunninghamTheDuran24 mars 2019

 

« L’usage de la force politique est exclue. L’usage de la force militaire est hors de question. Respectez les lois internationales et la souveraineté du Venezuela. »

 

 

 

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Lors d’une rencontre au plus haut niveau, à Rome, cette semaine, il semble que la Russie ait réitéré une sévère mise en garde à Washington : Moscou ne tolérera pas une intervention militaire américaine pour renverser le gouvernement vénézuélien, qui est son allié.

 

Pendant ce temps-là,  à Washington D.C., le président Donald Trump s’est à nouveau vanté de ce que l’option militaire était toujours sur la table, au cours de la conférence de presse qu’il a donnée avec son homologue brésilien Jair Bolsonaro. Soit Trump bluffait, soit il n’était pas encore au courant de l’ultimatum russe.

La rencontre, dans la capitale italienne, entre l’« envoyé spécial » sur les affaires vénézuéliennes, Elliott Abrams, et le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Ryabkov a même eu un vague air d’urgence dans les préparatifs. Le département d’État US n’a annoncé le tête-à-tête que trois jours avant qu’il ait lieu. Les deux hauts fonctionnaires ont également tenu leurs deux heures de discussions dans un hôtel de Rome, ce qui indique assez un arrangement ad hoc.

Abrams n’est pas un diplomate ordinaire. C’est un spécialiste des changements de régime, avec un palmarès criminel particulièrement riche en patronage d’opérations terroristes, dont  la tristement célèbre affaire Iran-Contra qui avait eu pour but de déstabiliser le Nicaragua, dans les années 1980. Sa nomination par le président Trump sur le « dossier Venezuela » ne fait que souligner à quel point Washington veut sérieusement changer le régime à Caracas. Savoir s’il y arrivera ou non est une tout autre affaire.

L’interlocuteur moscovite, Sergueï Ryabkov est connu pour ne pas mâcher ses mots et pour avoir naguère tancé Washington sur sa volonté de rechercher une domination militaire de la planète. Il appelle un chat un chat et, on s’en doute, un criminel un criminel.

La rencontre de cette semaine à Rome a été qualifiée de « franche » et de « sérieuse », ce qui est la façon diplomatique de parler d’un échange bouillant. Le moment était bien choisi, les enjeux étant élevés, juste après que le Venezuela venait d’être plongé dans des pannes massives d’électricité, que beaucoup d’observateurs, le Kremlin inclus, ont attribué à des sabotages US. Les coupures de courant avaient suivi de peu par une mise en scène avortée de provocation de l’armée vénézuélienne, au moyen de livraisons d’« aide humanitaire » en provenance de la Colombie voisine.

Le fait que les efforts de Washington pour renverser le président élu Nicolas Maduro aient échoué jusqu’ici, pourrait laisser penser que les Américains intensifient leur campagne de déstabilisation du pays, avec l’objectif d’installer l’opposant soutenu par les USA, Juan Guaido. Il s’est autoproclame « président en exercice » en janvier, avec l’imprimatur de Washington.

Étant donné que les coupures de courant à l’échelle nationale n’ont pas réussi non plus à fomenter une révolte de la population civile ni de l’armée contre Maduro, la nouvelle option qui tenterait Washington pourrait être l’option militaire.

Il semble en tout cas significatif que Washington ait récemment évacué, du pays sud-américain, ce qu’il y restait de ses diplomates. Le secrétaire d’État US Mike Pompeo a commenté cette évacuation en disant qu’avoir du personnel sur le terrain « limitait » le champ d’action de Washington. Selon certaines informations, les American Airlines ont interrompu la semaine dernière toutes leurs activités au Venezuela. Autre signe que les USA semblent envisager une intervention militaire, soit directement, soit en armant secrètement des mercenaires locaux. Cette dernière solution relève certainement du domaine d’Abrams.

Après la rencontre de Rome, Ryabkov a déclaré sans prendre de gants : « Nous voulons croire que Washington prend nos priorités au sérieux,  tout comme notre approche et nos avertissements ».

Une des mises en garde formulées par Ryabkov semble bien avoir été qu’aucune intervention militaire au Venezuela ne sera tolérée par Moscou.

Abrams, pour sa part, en sortant de la rencontre, avait l’air de quelqu’un qui a reçu une réprimande sévère. « Non, nous ne sommes pas arrivés à une entente, mais je pense que les discussions ont été positives, en ce sens que les deux parties en sont sorties avec une meilleure compréhension des points de vue de l’autre », a-t-il déclaré aux reporters.

« Une meilleure compréhension des points de vue de l’autre » signifie que Washington a vu tracer devant ses pieds une ligne rouge à ne pas dépasser>.

L’arrogance des Américains est confondantes. Si on en croit les éditoriaux de presse US, Abrams semble s’être envolé pour Rome dans l’idée de trouver, avec Ryabkov, une « transition » ou un « compromis » quant à celui qui garderait le titre de président du Venezuela.

C’est sans aucun doute ce qu’il voulait dire, quand il a déclaré, après la rencontre, qu’il n’y a pas eu « convergence de vues », mais qu’il a « une meilleure compréhension » de la position russe.

La tactique de Washington est un remake de la Syrie. Tout au long des huit ans de la guerre dans ce pays, les USA n’ont jamais cessé de proférer des exigences sur une « transition politique » qui verrait à la fin le président Bachar al-Assad démissionner sa fonction. À l’opposé,  la position invariable de la Russie a toujours été  qu’il n’appartient à aucun pouvoir extérieur de décider de la politique syrienne. C’est une affaire de souveraineté : le peuple syrien doit se déterminer de façon indépendante.

Presque trois ans après que la Russie soit intervenue militairement en Syrie pour sauver le pays arabe d’une guerre clandestine soutenue par les États –Unis pour en changer le régime, la partie américaine a manifestement laissé tomber ses exigences pourtant impérieuses de « transition politique ». Le principe de la souveraineté syrienne a prévalu, dans une large mesure grâce à la défense déterminée, par la Russie, de son alliée arabe.

Et voilà que, de même, Washington, s’attire une autre leçon de la Russie, cette fois dans sa propre prétendue « arrière-cour » d’Amérique Latine.

Il n’est pas question que la Russie se laisse entraîner par les stratèges du changement de régime de Washington dans des discussions byzantines sur qui devrait être le président du Venezuela, ni « comment on pourrait s’entendre sur une transition ». Moscou a réitéré un nombre incalculable de fois que son président légitime est Nicolas Maduro, que le peuple a élu l’an dernier en votant pour lui à une majorité écrasante, dans une élection libre et non truquée, quoique soumise à un boycott de l’opposition orchestré par les USA.

Le cadre que Washington tente d’élaborer entre le « président intérimaire » qu’il souhaite et le « président sortant » Maduro, est entièrement spécieux et infondé. Il ne mérite même pas d’être discuté, parce qu’il n’est qu’une violation grossière de la souveraineté vénézuélienne. Mais qui est Washington pour oser même essayer d’imposer ses faux choix ?

À propos du Venezuela, la Russie se voit encore une fois contrainte de rappeler, aux criminels dirigeants américains, les lois internationales et le respect obligatoire des souverainetés nationales, comme elle a dû le faire à propos de la Syrie.

Et, au cas où Washington prendrait le mors aux dents et opterait pour la solution militaire, Moscou a fait savoir cette semaine, à l’homme de main régime-changiste Abrams, ce que c’est qu’une ligne rouge à ne pas dépasser. S’il reste à Washington le moindre atome de raison, on y aura appris, du fiasco syrien, que la Russie ne plaisante pas et compte vraiment protéger les arrières du Venezuela.

L’usage de la force politique est exclue. L’usage de la force militaire est hors de question. Respectez les lois internationales et la souveraineté du Venezuela. C’est l’ultimatum éminemment raisonnable de la Russie à Washington.

Là-dessus, les Américains aux abois pourraient quand même essayer de se livrer à toujours plus de sabotages, cyber ou financiers. Mais leurs options sont limitées, contrairement à ce que pense Trump.

Les jours des bravaches impérialistes US sont comptés. Il fut un temps où il leur était loisible de saccager à leur gré toute l’Amérique Latine. Cette époque est révolue. En partie grâce au standing mondial et à la puissance militaire de la Russie.

 

Source : http://theduran.com/russia-gives-us-red-line-on-venezuela-2/

Source d’origine : Strategic Culture Foundation

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Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

 

 

 

28 mars 2019

 

 

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