Tous les Chemins mènent à Rome pour XI

 

Le Premier ministre italien Conte dit que les protocoles d’accord sur l’OBOR (Routes de la Soie) avec la Chine sont « strictement du business ».

 

Pepe Escobar – Asia Times – 23.3.2019

 

 

 

 

 

Toutes les routes (de la soie) mènent vraiment à Rome, en ce samedi où le Présidnet Xi Jinping et le Premier ministre Giuseppe Conte vont signer un protocole d’adhésion aux nouvelles routes de la soie (ou Initiative BRI = OBOR).

Après cela, Xi deviendra une version magnanime du Sicilien en visitant le port de Palerme, Pékin ayant l’intention d’y investir dans l’infrastructure locale.

L’hystérie atlantiste s’en est étranglée de rage, accouchant de la « narration » selon laquelle l’Italie, membre du G7, au cœur du mare nostrum méditerranéen et bourrée comme elle l’est de bases de l’OTAN, n’a pas le droit de « se vendre » à la Chine.

Conte et la diplomatie romaine ont confirmé qu’il s’agit strictement de coopération économique et que signer un protocole n’engage à rien. En fait, l’Italie s’est officieusement alignée sur l’initiative OBOR dès 2015, quand elle est devenue un des membres fondateurs de la Banque Asiatique d’Investissement en Infrastructures (BAII), qui finance des quantités de projets de l’OBOR.

La Grèce, le Portugal et Malte, membres de l’UE, ont également signé des protocoles de ce genre. Berlin et Paris ne l’ont pas fait, du moins pas encore… Idem pour Londres, mais après le BREXIT, cela arrivera inévitablement, à mesure que commercer avec la Chine deviendra encore plus important pour le Royaume Uni.

 

Voici en anglais et en italien, le brouillon du texte du protocole, bien que la version finale puisse être légèrement diluée pour calmer les eurocrates de la Commission Européenne (CE), qui ont qualifié la Chine, la semaine dernière, de « rivale systémique ».

 

Le Corriere della Sera, de Milan, a publié un éditorial complet, signé par Xi lui-même, où il va jusqu’à citer l’écrivain célèbre Alberto Moravia. Xi met l’accent sur la « confiance mutuelle stratégique » entre la Chine et l’Italie et s’engage à « mener à bien une nouvelle étape des Routes de la Soie dans les domaines maritimes, terrestres, aéronautiques, spatiaux et culturels ». Donc, non, il ne s’agit pas ici, seulement, de géoéconomie, mais aussi, décisivement, de la projection d’un « soft power » géopolitique.

 

Prendre exemple sur Singapour

J’ai déjà expliqué comment Marco Polo est de retour en Chine et comment l’UE se donne du mal pour opposer un front commun dans ses négociations avec son partenaire commercial principal. Le jeu géoéconomique en cours concerne essentiellement la route de la soie maritime, l’Italie y prenant position de terminal sud-européen privilégié de l’OBOR.

Le port de Venise a déjà été mis à niveau pour un rôle éventuel de terminal OBOR. Maintenant, une possibilité se fait jour pour que Gênes et les ports de l’Adriatique Nord, Trieste et Ravenne soient développés par COSCO et la China Communication Construction (CCCC). Conte lui-même a déjà formellement désigné Gênes et Trieste comme « terminaux pour les Nouvelles Routes de la Soie ».

COSCO est en bonne position. La compagnie exploite le port du Pirée en Grèce depuis 2008 et détient 35% du port de Rotterdam et 20% de celui d’Anvers. Et elle ambitionne de construire un terminal à Hambourg. Dans la bataille pour les super-ports, comme je l’appelle, entre ceux du nord et ceux du sud, COSCO joue sur les deux tableaux..

Zeno D’Agostino, président de l’autorité portuaire de Trieste, rêve même de devenir le nouveau Singapour, de profiter des du nouveau statut de son port, comme c’est le cas pour Le Pirée. Il a parfaitement compris que, pour les Chinois, Trieste est « la porte d’accès parfaite à l’Europe ».

Palerme est un cas encore plus intéressant. Il se fait qu’elle est justement la ville natale du président Sergio Mattarella, et, plus significativement encore, de Michele Geraci, le sous-secrétaire d’État au Développement économique. Geraci a été professeur de finances à l’Université Zhejiang de Hangzhou de 2009 à 2018. Sinophile et parlant couramment le mandarin, il a été l’homme de pointe de Rome pour négocier avec Pékin.

La Chine investissant directement dans l’économie sicilienne, c’est une affaire énorme, tout à fait en phase avec les intérêts nationaux visant le renforcement du rôle de l’Italie comme pont stratégique entre l’Europe du Sud et l’Afrique du Nord.

Sur le front hypersensible des télécoms, il est évident que toute référence directe aux échanges de données, au 5G et aux infrastructures stratégiques sera soigneusement bannie du protocole Italie-Chine de l’OBOR.

Cela ne changera rien au fait que Huawei et ZTE expérimentent depuis des années le moyen d’installer 5G en Italie. Huawei patronne déjà deux centres de recherches « smart and safe cities » dans ce pays. Et la récente tribune d’opinion d’un des présidents tournants de Huawei a provoqué une sensation énorme, pas seulement en Italie, mais dans toute l’UE ; Guo Ping estime que la récente campagne de diabolisation lancée contre Huawei provient du fait que les équipements Huawei bloquent toutes les « back doors » qui permettaient à la NSA étatsunienne d’espionner tout le monde partout.

 

Tout le monde à bord du train de l’OBOR

Quand Xi, continuant son voyage, visitera la France au début de la semaine prochaine, son intérêt sera tout à fait différent. L’establishment français n’a pas encore décidé jusqu’où aller dans ses relations avec l’OBOR. À l’intérieur de l’UE, la France est le principal pouvoir à s’opposer aux investissements chinois. La stratégie de Xi, quand il rencontrera le président Macron, sera donc de mettre l’accent sur la coopération en matière de climat, de gouvernance mondiale et d’opérations de maintien de la paix

Selon les medias, Macron a également invité la chancelière allemande Angela Merkel et le président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker à participer à la rencontre.

À Pékin, on est très conscient que c’est la France qui préside cette année le G7 et qu’elle est, avec l’Allemagne,  le co-acteur décisif pour façonner la politique européenne, d’autant plus après les élections de mai, qui pourraient bien se solder par un grand succès de l’extrême-droite et des partis anti-Bruxelles.

 

 

Ça y est, la sauterie a eu lieu

 

Pékin s’est également donné pour tâche de garantir un sommet Chine-UE aussi lisse que possible, le 9 avril, à Bruxelles, ce qui devrait « faciliter les choses pour le sommet 16+1 Chine-nations d’Europe orientale et centrale, le 12 avril,, en Croatie ». Le fait inéluctable est que le 16+1 – dont la plupart sont membres de l’UE, tout comme la Grèce, le Portugal et Malte, et maintenant l’Italie – sont TOUS à bord du train de l’OBOR.

 

Source : asiatimes.com

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Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

 

 

 

 

 

 

28 mars 2019

 

 

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