Un autre savant non conforme

qui n’a pas fini d’en voir

 

 

 

 

Histoire du « papyrus d’Artémidore »

 

 

En 2004, « des gens » ont réussi à vendre à une banque italienne – au bout d’une négociation de dix minutes – et pour la somme de 2.750.000 €, un papyrus « miraculeusement retrouvé » du plus grand géographe grec de l’Antiquité, dont on ne connaît les travaux que par des abrégés qu’en ont donné des auteurs ultérieurs.

Coup de tonnerre dans Landerneau.

Les merdias en cohortes se sont précipités sur cet os, accueillant dans leurs colonnes, à leurs micros et sur leurs plateaux-télé les « spécialistes » de tout poil qui n’en finissaient pas de donner des détails savants sur l’objet, les circonstances de sa découverte, etc.

C’est alors que quelqu’un leva poliment le doigt et dit « Euh, c’est un faux. Et je crois même savoir qui l’a fait. »

Tonnerre d’imprécations, ricanements de dérision, comment osait-il ? On aurait pu se croire quelquefois à une conférence de Samuel Butler chahutée par les vieux birbes d’Oxbridge d’avant 1900, et pourtant on était dans les annnées 2000…

C’est que la race des fausses valeurs et des cuistres-qui-pensent-en-file-indienne n’est pas éteinte. Prêts à tout, par tous les moyens, pour asseoir et maintenir leurs réputations usurpées.

Il a fallu des années à Luciano Canfora, et une bataille livrée pied à pied, pour que l’« on » reconnaisse enfin qu’il avait raison, et que les crédules banquiers inscrivent à leurs pertes et profits, dans la colonne « pertes » : 2,75 millions d’euros.

 

 

 

 

 

 

Quelqu’un qui ferait un fabuleux personnage de roman ou de cinéma,  et Canfora le connaît bien  : Constantin Simonidès, génial faussaire du XIXe siècle, qui fut assez souvent pris au sérieux par d’importantes et riches victimes, quand Samuel Butler faisait l’objet du dédain universel.

 

 

 

 

Luciano Canfora

La fabuleuse histoire du faux papyrus d’Artemidore

Préface de LaurentCalvié

Suivi de L’art et le faux, d’Olivier Cena

Anacharsis – 2014

313 pages

 

À la fin du mois de juillet 2004, une fondation bancaire de Turin faisait l’acquisition d’un papyrus antique miraculeusement retrouvé pour la somme de deux millions sept cent cinquante mille euros. Le papyrus contenait un fragment inédit de l’oeuvre par ailleurs disparue d’Artémidore d’Éphèse, géographe d’un immense renom dans l’Antiquité. Luciano Canfora démontre dans cet ouvrage enjoué qu’il s’agit d’un faux. Son enquête, menée sur plusieurs fronts (la police scientifique a aussi été mobilisée), est cependant essentiellement philologique : c’est par la lecture du texte dans toutes ses dimensions que la supercherie sera démasquée. Mais en identifiant le faussaire (Constantin Simonidès, un Grec du XIXe siècle) et en lui restituant toute sa gloire, il affirme surtout, contre le mensonge de l’argent, l’impératif de vérité qui oblige la science. Rappel salutaire dans la cuistrerie ambiante.

 

 

Il faut lire aussi, de lui :

 

Luciano Canfora

La véritable histoire de la bibliothèque d’Alexandrie

Desjonquères – 1988

216 pages

 

Ceux qui vous ont dit que César l’avait brûlée vous ont raconté des craques !

 

Auréolée de légende, la bibliothèque d’Alexandrie a réussi à incarner le mythe surréel qui voulait rassembler en un lieu clos les livres du monde entier. Ce fragile monument de la pensée humaine prétendait en symboliser l’immortalité, pourtant ses livres furent consumés par les flammes. Avec brio, Luciano Canfora retrace l’histoire de cette célèbre bibliothèque : l’incroyable cachette des textes d’Aristote, la traduction en grec des textes hébreux, la rivalité avec la bibliothèque de Pergame, le papyrus et le parchemin, Cléopâtre, qui pourrait bien être à l’origine du premier incendie… jusqu’au moment où nous finissons par découvrir qui l’a vraiment brûlée et pourquoi. Une lumière inattendue émane de ce passé lointain : Il était une fois à Alexandrie une bibliothèque pharaonienne célèbre dans le monde entier..

 

 

Mais ne ratez pas non plus son petit dernier :

 

Luciano Canfora

Philologie et liberté

Delga – 2020

144 pages

Dans son nouveau livre, Luciano Canfora établit explicitement le lien entre l’analyse rigoureuse des textes – la philologie – et l’indépendance et la fierté intellectuelle, cette liberté de pensée qui est la grande réalisation de l’époque moderne.

En septembre 1943, Pie XII publie une encyclique, Divino afflante spiritu, pour proclamer que la critique des textes dits « sacrés » est une pratique légitime. Cette concession tardive a permis de « dédouaner » la plus subversive des disciplines, la philologie, et a autorisé les chercheurs à soumettre la « parole de Dieu » à une analyse critique. Mais le chemin vers ce document papal historique fut laborieux, dégoulinant de censure et de répression de la liberté de pensée.

À travers l’histoire fascinante des disciplines philologiques, des premiers spécialistes de l’Écriture Sainte qui ont osé soumettre des textes intouchables à Érasme de Rotterdam, Spinoza et Giordano Bruno, des obscurs copistes médiévaux qui ont sauvé les grands écrits de l’Antiquité aux philologues de l’époque moderne qui ont rétabli la vérité historique de l’écriture et de la tradition contre les mystifications idéologiques ou religieuses, Luciano Canfora montre comment la philologie est une pratique de la liberté intellectuelle, de l’indépendance de la recherche et du droit des hommes à la vérité contre tout obscurantisme.

 

 

 

 

 

 

Luciano Canfora, né le 5 juin 1942 à Bari en Italie, est le plus important philologue classique d’Italie et peut-être d’Europe ; c’est aussi un historien et l’un des grands spécialistes italiens de l’Antiquité.

Il est aujourd’hui professeur de philologie grecque et latine à l’Université de Bari et directeur scientifique de l’École supérieure d’études historiques de l’université de Saint-Marin.

Depuis 1975, il dirige la revue Quaderni di storia.

Candidat aux Élections européennes de 1999, il était inscrit sur la liste du Parti des communistes italiens.

 

 

 

 

Œuvres traduites en français ou écrites en français

 

  • La Véritable Histoire de la bibliothèque d’Alexandrie, trad. par Jean-Paul Manganaro et Danielle Dubroca, Paris, Desjonquères, 1988.
  • Histoire de la littérature grecque : d’Homère à Aristote, trad. par Denise Fourgous, Paris, Desjonquères, 1994, 705 pages.
  • Une profession dangereuse : les penseurs grecs dans la cité, trad. par Isabelle Abramé-Battesti, Paris, Desjonquères, 2001, 153 pages.
  • Jules César, le dictateur démocrate, trad. par Corinne Paul Maïer et Sylvie Pittia, Flammarion, Paris, 2001, 496 pages.
  • L’Imposture démocratique : du procès de Socrate à l’élection de G. W. Bush, trad. par Pierre-Emmanuel Dauzat, Paris, Flammarion, 2003, 144 pages.
  • La Bibliothèque du patriarche : Photius censuré dans la France de Mazarin, trad. par Luigi-Alberto Sanchi, Paris, les Belles Lettres, 2003, 314 pages.
  • Histoire de la littérature grecque à l’époque hellénistique, trad. par Marilène Raiola et Luigi-Alberto Sanchi, Paris-Arles, Desjonquères-Harmonia mundi, 2004, 415 pages.
  • La Bibliothèque d’Alexandrie et l’histoire des textes, suivi de Alexandria docta : bibliographie générale, par Nathaël Istasse, Liège, Éd. de l’Université, 2004, 83 pages.
  • La démocratie : Histoire d’une idéologie [« La democrazia. Storia di un’ideologia »], Seuil, 2006, 482 p., trad. par Anna Colao et Paule Itoli, préface de Jacques Le Goff
  • Exporter la liberté : Échec d’un mythe [« Esportare la libertà. Il mito che ha fallito »] (trad. de l’italien), Paris, Editions Desjonquères, 2008, 91 p.
  • Liberté et Inquisition, trad. par Pierluca Emma, Desjonquères, 2009
  • La nature du pouvoir [« La natura del potere »] (trad. de l’italien), Paris, Les Belles Lettres, 2010, 91 p.
  • Le Copiste comme auteur [« Il copista come autore »] (trad. de l’italien), Toulouse, Anacharsis, 2012, 124 p.
  • 1914, Flammarion, 2014, 222 p.,
  • La fabuleuse histoire du faux papyrus d’Artémidore (trad. de l’italien), Toulouse, Anacharsis, 2014, 303 p.
  • Vie de Lucrèce, 2018

 

 

 

 

On en trouve quelques-uns ici :

 

https://www.amazon.fr/Luciano-Canfora/e/B004N7G4EC%3Fref=dbs_a_mng_rwt_scns_share

 

 

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Mars-Avril 2021

 

 

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