Venezuela – Stratégie US pour un « regime change » et comment y répondre

 

Moon of AlabamaI.C.H. – 25.1.2019

 

Hier, les USA ont “reconnu” le « leader de l’opposition » d’extrême-droite Juan Guaido comme président du pays.

 

 

 

 « leader de l’opposition, mon cul ! » (R.Q.)

 

Un certain nombre de pays d’Amérique du Sud à gouvernements d’extrême-droite se sont joints à cette manœuvre. Cuba, la Bolivie et le Mexique l’ont dénoncée. La Russie, la Chine, l’Iran et la Turquie continuent de soutenir le président élu Nicolas Maduro et ont condamné la tentative de coup d’État. L’Union Européenne n’est pas unie dans sa réaction, avec la France néo-libérale qui est pour et l’Espagne qui est contre.

Le Venezuela doit se préparer à un conflit de beaucoup d’années en faisant tous les efforts possibles pour en limiter le nombre.

Cette manoeuvre programmée de longue date des USA contre le gouvernement du Venezuela n’est qu’un début. C’est la phase préparatoire d’une escalade et, bientôt, la dérive des missions – « Nous ne pouvons pas nous en tenir là ! » – prendra le relais. Plus de 300 milliards de barils de pétrole (la plus grande réserve de pétrole au monde) sont en jeu. Le factotum US Guaido a promis de changer la loi vénézuélienne sur le pétrole au bénéfice des États-Unis, alors que le gouvernement bolivarien se sert du pétrole pour lutter contre la pauvreté.

La stratégie pour l’opération US de changement de régime en cours contre le gouvernement du Venezuela est l’œuvre du sénateur Marco Rubio, aidé par le vice-président Pence.

 

 

Mike Pence et Marco Rubio

 

La reconnaissance américaine de M. Guaido comme président légitime du Venezuela est infiniment plus qu’une mesure symbolique et représente de nouvelles complications pour M. Maduro.

L’idée en a été avidement promue par le sénateur Marco Rubio, un Républicain de Floride, qui a poussé l’administration Trump à prendre cette mesure. Dans un discours au Sénat du 15 janvier, M. Rubio a expliqué que désigner M. Guaido comme président permettrait de mettre des millions de dollars d’avoirs vénézuéliens gelés aux États-Unis à la disposition des parlementaires de l’opposition, qui pourraient les utiliser pour financer de nouvelles élections ou une « aide humanitaire ».

Le montant réel que viennent de « geler »  les USA et la Grande Bretagne, c’est-à-dire en pratique de voler au Venezuela, s’élève à plusieurs milliards de dollars, pas juste à quelques millions. Ce genre de « gel » des biens de pays que les États-Unis n’aiment pas n’est devenu que trop courant. Si on y ajoute une foule d’autres sanctions, la guerre économique déchaînée depuis longtemps contre le pays rend une restauration de l’économie vénézuélienne à peu près impossible.

Les USA se préparant à confisquer de cette manière tous les fonds qui circuleront en direction du Venezuela, le pays se verra contraint d’arrêter ses exportations de pétrole vers les USA. Un certain nombre de raffineries US, dont certaines appartiennent au Venezuela, dépendent d’un type spécial de pétrole vénézuélien. Elles se retrouveront donc assez vite en difficulté. Ceci pourrait contribuer à changer l’humeur à Washington. La Chine pourrait trouver intéressant d’acheter davantage de pétrole vénézuélien.

L’opposition, au Venezuela, se servira probablement de l’accès qui lui est offert à cet argent « gelé » pour acheter des armes et créer une armée de mercenaires, qui fera une « guerre civile » au gouvernement et à quiconque s’avisera de le soutenir. Comme en Syrie, des forces US spéciales ou quelques « contractors » de la CIA s’empresseront de venir leur prêter main-forte. La ligne d’approvisionnement de ce genre de guerre passera plus que probablement par la Colombie. Si, comme en Syrie en 2011 – une telle guerre est à l’ordre du jour, elle commencera sans doute par les villes proches de cette frontière.

 

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Mais, avant de lancer un conflit militaire de cette envergure, les USA et l’opposition vénézuélienne essayeront d’autres voies.

Après l’annonce des USA intronisant Guaido, le président Maduro a donné 72 heures aux diplomates US pour quitter le pays. Comme les États-Unis ne reconnaissent plus Maduro, ils n’en ont pas tenu compte. Le secrétaire d’État Pompeo a annoncé qu’il n’allait « entretenir des relations avec le Venezuela (qu’) avec le gouvernement du président par intérim Guaido ». Cette fin de non- recevoir plus ou moins préparée à l’avance était supposée provoquer une réaction trop violente, du genre prise d’assaut de l’ambassade.

Dans un processus normal, le gouvernement vénézuélien devrait arrêter les diplomates US au moment où ils tenteraient de quitter l’ambassade. Il les mettrait alors dans un avion et les expulserait du pays. Mais si, comme tout porte à le croire, les USA suivent un plan préparé d’avance, les diplomates sont prêts à rester à l’ambassade pendant longtemps.

Ce que le Venezuela a de mieux à faire dans ces circonstances c’est tout simplement d’isoler l’ambassade. Il faut qu’elle soit assez bien gardée pour empêcher une attaque sous faux drapeau. Aucun visiteur ne devrait être autorisé. Toutes les lignes de communication de l’ambassade devraient être coupées (il leur resterait les communications par satellites), l’électricité et l’eau devraient leur être rationnées. Aucune aide humanitaire ne devrait leur être accordée qu’après demandes spécifiques. Il est important que tout se joue selon les règles, de façon que les USA ne puissent pas se servir de l’affaire pour poursuivre l’escalade.

Le « leader de l’opposition » Juan Guaido a commis un acte de haute trahison. Lui, son équipe et les gens qui les soutiennent doivent être recherchés, trouvés, saisis et emprisonnés. Il faut qu’ils soient détenus dans des conditions raisonnables mais sous strict contrôle militaire.

Avant de se lancer dans une guerre plus vaste, l’opposition essayera de créer un chaos insupportable dans les rues. Comme lors des violentes manifestations avortées de 2016, les émeutiers de l’opposition seront armés. La police sera attaquée et des gens mourront ders deux côtés. Le meilleur moyen, probablement, de maintenir cette situation à un niveau tolérable, est de séparer des autres et de saisir ceux qui sont armés et violents. La police aura besoin d’un bon niveau de renseignements sur le terrain pour y parvenir.

Les USA semblent vouloir laisser le coup d’État aller jusqu’au bout, sauf s’il a des conséquences négatives pour leur propre position. Au niveau national, le changement de régime illégal est soutenu, y compris par les Démocrates « socialistes ». L’appareil de propagande US, les medias « mainstream » et diverses campagnes de propagande robotisées sont à l’œuvre. Les médias sociaux soi-disant privés – Facebook, Instagram et Twitter – ont déjà clôturé les comptes officiels de Maduro. Ceux-ci ne portent plus la marque « vérifié ». La Voix de l’Amérique  diffuse des vidéos  où l’on voit Guaido se déclarer président au milieu de quelques centaines de supporters. La séquence est alors interrompue (à 1,05’) pour montrer des foules beaucoup plus impressionnantes filmées ailleurs en d’autres circonstances mais laissant croire que Guaido est largement soutenu. Des camions couverts de panneaux publicitaires anti-Maduro sillonnent les rues des villes US et toutes sortes de comptes propagandistes mettent en ligne de fausses images et publient une foule d’affirmations également fausses. Le soudain changement de lieu ci-dessous est assez amusant dans son culot :

 

 

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Le gouvernement vénézuélien doit consulter la Syrie et la Russie pour savoir comment s’y prendre pour remporter ce genre de conflit. Ce que Maduro a de plus important à faire à ce stade, c’est raffermir le soutien de sa base. Bien que le mouvement bolivarien – sous Chavez et aujourd’hui sous Maduro – jouisse toujours d’un vaste soutien, il a perdu une partie de celui des pauvres, suite au malaise économique provoqué par la chute des prix du pétrole. La situation est due, dans une certaine mesure, aux sanctions US, mais une partie significative de la responsabilité en revient à une politique économique mal conçue  et à la corruption. Les milliards en crédits et en investissements apportés par la Russie et par la Chine n’ont pas été employés à bon escient.

Une campagne anti-corruption bien concertée devrait aider à regagner le soutien populaire et augmenter la confiance de la Chine et de la Russie dans le gouvernement légitime.

Une autre étape devrait être l’ouverture aussi rapide que possible d’un dialogue avec les parties raisonnables de l’opposition. Des tas de gens qui ne sont pas d’accord avec le gouvernement Maduro ne le sont pas non plus avec un coup d’État dirigé par les États-Unis. On doit pouvoir les convaincre. L’Église catholique pourrait être priée de s’entremettre.

L’armée vénézuélienne a promis son soutien au président élu. Il devrait se servir d’elle pour étouffer dans l’oeuf toute tentative d’escalade. La leçon à retenir de la guerre en Syrie est qu’un conflit prolongé cause plus de morts et de dégâts qu’une réaction rapide, sèche et par conséquent décisive, à une guerre qui n’en finit pas d’incuber.

Je suis persuadé que le Venezuela et son people peuvent résister à cet assaut. Mais le gouvernement doit réagir rationnellement et avec décision. Il lui faut agir en étroite collaboration avec ses alliés principaux et se préparer à un affrontement prolongé.

Source :  http://www.informationclearinghouse.info/50967.htm

Source d’origine : Moon Of Alabama  

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

 

 

 

 

28 janvier 2019

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