L’aide du FMI À l’Ukraine…
La Russie vote contre. L’Inde s’abstient. La Chine vote pour [!]
Et autres secrets que Lavtov vient juste d’exposer
John Helmer – Dances with Bears – 17 mai 2026
« J’espère ne pas révéler un grand secret », a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov (photo ci-dessus), lors de sa conférence de presse à l’issue de la réunion ministérielle des BRICS qui s’est tenue à Delhi vendredi 15 mai.
Mais c’est pourtant exactement ce qu’il a fait
En faisant allusion à la Chine concernant son vote en faveur de l’octroi de prêts à l’Ukraine par le Fonds monétaire international (FMI) ; à l’Inde pour avoir empêché l’adoption d’une déclaration commune des pays des BRICS en soutien à la défense de l’Iran dans la guerre que lui livrent les USA et Israël ; et en n’ayant pas été explicites à l’égard des États-Unis, particulièrement au sujet de leur négociateur Steven Witkoff pour sa duplicité lors des négociations sur la « formule d’Anchorage .,.
Lavrov répondait aux questions de la presse. L’une d’elles était la suivante : « Les pays des BRICS partagent-ils le point de vue selon lequel la crise ukrainienne touche à sa fin, et peuvent-ils y contribuer d’une manière ou d’une autre ? »
Le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, troisième à partir de la droite, s’entretenant avec le vice-ministre des Affaires étrangères d’Arabie saoudite, Walidd ben Abdulkarim, deuxième à partir de la droite, en présence du ministre indien des Affaires étrangères Subrahmanyan Jaishankar, à l’extrême droite, du ministre sud-africain des Affaires étrangères Ronald Lamola, deuxième à partir de la gauche, du ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, à l’extrême gauche, et du vice-ministre vietnamien des Affaires étrangères Nguyen Hang, troisième à partir de la gauche.
,Ccliquez ici. pour visionner l’intégralité de la présentation vidéo de Lavrov Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, ou tout autre représentant gouvernemental de rang équivalent, brillait par son absence sur la photo et à la conférence. C’est l’ambassadeur de Chine en Inde qui l’a remplacé, Pékin ayant de la sorte signalé qu’il accordait moins d’importance aux BRICS après la rencontre au sommet avec le président Donald Trump.
Dans sa réponse, Lavrov a directement abordé le rôle que jouent les principaux États des BRICS dans le financement de la guerre de l’Ukraine. « Lors des réunions d’aujourd’hui et d’hier, j’ai présenté à mes partenaires, de manière très détaillée, nos analyses de la situation actuelle autour de l’Ukraine. Cela comprenait des questions inscrites à l’ordre du jour (du sommet) des BRICS, telles que la réforme du système de gouvernance mondiale. Si on examine les institutions de Bretton Woods sous cet angle, il convient de prendre en compte les statistiques des trois ou quatre dernières années. Je ne me rappelle pas, de mémoire, du chiffre exact, et je ne peux pas garantir la précision du montant, mais regardez quels pays ont reçu des prêts et comparez ces prêts entre eux. Au cours des trois ou quatre dernières années, l’Ukraine a reçu du Fonds monétaire international (je peux me tromper très légèrement) des prêts représentant environ 600 % de sa quote-part, autrement dit six fois la quote-part à laquelle elle pouvait prétendre. Ce montant est plusieurs fois supérieur aux prêts reçus par l’ensemble des pays africains au cours de la même période. Cela illustre clairement la manière dont les institutions de Bretton Woods sont actuellement gérées, et dans l’intérêt de qui. Ce n’est certainement pas dans l’intérêt d’une gouvernance mondiale équitable. »
Bien que cela n’ait pas été mentionné, il est clair que Lavrov visait la Chine pour avoir voté en faveur du soutien du FMI au budget de la guerre de l’Ukraine. Et parmi les États membres des BRICS, il n’y a pas que la Chine : l’Arabie saoudite vote elle aussi en faveur des prêts du FMI à l’Ukraine et a même versé directement à Kiev une aide de 400 millions de dollars. Les Émirats arabes unis, en revanche, autre membre des BRICS, n’ont t pas voté en faveur du programme des prêts du FMI à l’Ukraine.
Le dernier vote du Conseil d’administration du FMI sur le financement de la guerre en Ukraine a eu lieu le 26 février. Un nouveau versement de 8,1 milliards de dollars sur quatre ans a été approuvé, avec un décaissement immédiat d’environ 1,5 milliard de dollars.
Les données du FMI indiquent qu’à ce jour, le régime de Kiev a un encours total de 10,9 milliards de droits de tirage spéciaux (DTS), soit environ 15,6 milliards de dollars U.S., au titre de prêts et d’obligations, au 31 mars 2026. La quote-part officielle de l’Ukraine au FMI s’élève à 2.011,8 millions de DTS (2,9 milliards de dollars). Le premier montant dépasse donc le second de 5,4 fois, soit 540 %. Ce chiffre est très proche de l’estimation de Lavrov. Cependant, le FMI explique que cette faveur (appelée « statut de créancier privilégié » dans son jargon) a été approuvée par la majorité des voix des pays actionnaires au sein de son conseil d’administration.
Lors du vote du conseil d’administration du 26 février visant à accorder la nouvelle aide de 8,1 milliards de dollars, la directrice générale bulgare du FMI, Kristalina Georgieva, a déclaré : « Un groupe important d’actionnaires du Fonds réaffirme sa reconnaissance du statut de créancier privilégié du Fonds en ce qui concerne les montants actuellement dus au Fonds par l’Ukraine, ainsi que tout achat effectué dans le cadre du nouvel accord prolongé. Ces actionnaires comprennent les pays suivants : l’Autriche, la Belgique, le Canada, le Danemark, l’Estonie, la Finlande, la France, l’Allemagne, la Grèce, l’Islande, l’Irlande, l’Italie, le Japon, la Lituanie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège, la Pologne, le Portugal, l’Espagne, la Suède, le Royaume-Uni et les États-Unis. Ils s’engagent en outre à fournir un soutien financier adéquat afin de garantir la capacité de l’Ukraine à honorer l’ensemble de ses obligations envers le Fonds, conformément au statut de créancier privilégié de ce dernier et en complément de son cadre de gestion des risques à plusieurs niveaux. »
Si l’on compte les voix au sein du conseil d’administration du Fonds, la liste de Mme Georgieva recueille une majorité d’environ 57 %. Face à eux, la Chine détient 6,08 %, l’Inde 3,05 % et la Russie 2,68 % — soit un total de 11,81 % s’ils votaient en bloc. Les règles du conseil d’administration du FMI interdisant les votes pour et contre, la Russie a officiellement fait part de son abstention lors des votes sur l’aide financière à l’Ukraine ; de même, en s’abstenant, l’Inde a réaffirmé sa politique de neutralité envers les États en conflit ouvert.
Cependant, la Chine a régulièrement voté en faveur de l’octroi d’une aide financière à l’Ukraine. Pressé par les journalistes de s’expliquer, le vice-ministre chinois des Finances, Zhu Guangyao, avait répondu en 2014 : « Nous espérons que les événements liés aux risques géopolitiques ne provoqueront pas de choc majeur pour l’économie mondiale, en particulier pour… l’économie européenne. C’est pourquoi nous soutenons toute action tendant à apaiser les tensions et à stabiliser l’économie, y compris celle de l’Ukraine. »
Aucun responsable du gouvernement chinois n’a fourni d’explication quant au fait que la Chine continue de voter en faveur de l’Ukraine au FMI depuis 2022.
À gauche : le ministre chinois des Finances, Lo Fo’an (à droite sur la photo), en compagnie du ministre pakistanais des Finances, Muhammad Aurangzeb, lors de la réunion du Conseil d’administration du 26 février. À droite, Le ministre Lo n’apparaît pas sur la photo officielle de la réunion du Conseil.
Au cours de la conférence de presse de vendredi, plusieurs questions ont été posées à Lavrov concernant le soutien apporté par les BRICS à l’Iran dans le conflit actuel. « En effet, des contradictions sont apparues », a-t-il déclaré, « entre ces deux pays [l’Iran et les Émirats arabes unis]. Dans ce genre de discussions, comme dans celles portant sur tout autre conflit, il faut garder à l’esprit la nécessité de se concentrer sur les questions d’une importance capitale… Je ne pense pas que le groupe [des BRICS] doive nécessairement revendiquer le rôle de modérateur, mais certains membres des BRICS pourraient s’en charger, en particulier ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont intérêt à ce qu’il n’y ait pas de problèmes dans le détroit d’Ormuz et dans le golfe Persique. Par exemple, l’Inde, en sa qualité de présidente, dépend directement des approvisionnements en pétrole, y compris ceux provenant de cette région. Pourquoi ne pas offrir ses bons offices, notamment en tant que pays présidant des BRICS, et inviter l’Iran et les Émirats arabes unis, pour commencer, à se parler et à déterminer comment prévenir l’hostilité. N n’oubliant pas que cette hostilité est attisée de l’extérieur.
Je ne doute pas une seule seconde que l’un des objectifs de l’agression contre la République islamique d’Iran ait eu précisément pour but d’empêcher la normalisation de leurs relations, voire de créer de nouveaux problèmes dans ces relations, afin de semer la discorde entre l’Iran et ses voisins arabes. Nous devons poursuivre exactement l’objectif inverse. Le Pakistan contribue actuellement à établir un dialogue entre l’Iran et les États-Unis. Cela vise à résoudre le problème immédiat – la crise en cours. À long terme, le rôle d’un tel intermédiaire, d’un médiateur entre l’Iran et ses voisins arabes, aurait pu être joué par l’Inde, compte tenu de son expérience diplomatique considérable et de son prestige. »
La question de Lavrov était rhétorique. L’Inde a refusé en effet de jouer un rôle de médiation pare que son Premier ministre Narendra Modi a soutenu Israël et les USA dans leur guerre depuis le début. Pour une analyseplus détaillée, consultez ceci et ceci.
« Qu’a fait exactement l’Inde, en tsa qualité de présidente des BRICS cette année et d’organisatrice de la conférence des ministres des Affaires étrangères, pour que l’Iran soit mentionné dans la déclaration finale ? », a-t-on encore demandé à Lavrov. Sa réponse a étét éloquente, maisdiscrète : « Je l’ai déjà mentionné, et comme le ministre des Affaires étrangères [Jaishankar] nous l’a assuré, une déclaration de la présidence indienne sera publiée dans le courant de la journée. » Comme Lavrov le savait déjà, la déclaration indiennefut flatteuse, mais vide.
La déclaration officielle du président indien compte 63 paragraphes et 8.148 mots. Pas un seul ne fait référence à l’Iran. Les États-Unis ne sont pas non plus mentionnés. Israël est pointé du doigt pour ses attaques contre Gaza, la Cisjordanie palestinienne et le Liban, alors que, selon les termes des BRICS eux-mêmes, il devrait être exigé : « Le retrait des forces israéliennes de la bande de Gaza et de toutes les autres parties du territoire palestinien occupé, la libération de tous les otages et détenus retenus en violation du droit international, ainsi qu’un accès et une acheminement soutenus et sans entrave de l’aide humanitaire… et le retrait de ses forces d’occupation de l’ensemble du territoire libanais, y compris les cinq sites du Sud-Liban où elles se trouvent encore. »
C’est ainsi que le ministre des Affaires étrangères Jaishankar s’était rangé du côté des USA, d’Israël et des Émirats arabes unis contre l’Iran, tout comme Modi l’avait fait en Israël le 25 février. C’est, comme le révélait Lavrov, la raison pour laquelle sa proposition visant à ce que l’Inde adopte une attitude différente a été rejetée.
Deux jours plus tôt, Lavrov s’était montré plus explicite lors d’un entretien avec des journalistes indiens : « Si nos amis indiens sont intéressés, je pense que nous ne pourrions que nous réjouir de ce que lse BRICS puissent jouer un rôle proactif pour aider à surmonter la crise dans le détroit d’Ormuz. Nous ne présidons pas les BRICS, mais en tant que participants au BRICS, nous avons suggéré que soit rédigée une déclaration. Cependant, des divergences irréconciliables sont apparues entre l’Iran et les Émirats arabes unis alors que nous travaillions à la coordination du projet, ce qui a empêché cette déclaration de voir le jour. Je pense que lors de la réunion ministérielle, qui doit s’ouvrir après-demain à New Delhi, si le président [Jaishankar] propose de revenir sur le sujet et d’en discuter sur le fond tout en mettant de côté les émotions pour se concentrer sur les causes profondes des événements actuels, nous soutiendrions une initiative de ce type. »
Jaishankar ne l’a pas fait.
Steven Witkoff, assis au premier rang lors de la conférence de presse des présidents Trump et Poutine à Anchorage, le 15 août 2025, avant le début de la séance.
« Nous sommes sur la bonne voie pour la première fois. Nous constatons davantage de concessions que par le passé, et certainement plus que sous la dernière administration. Et c’est encourageant. Nous devons maintenant nous appuyer sur cela », a-t-il déclaré alors à la presse US.
Lavrov est également allé plus loin que n’importe quel autre responsable russe en expliquant en quoi consistait exactement la « formule d’Anchorage », que le président Vladimir Poutine et ses partisans au Kremlin affirment avoir été acceptée par l’administration Trump lors du sommet d’Alaska du 15 août 2025 ; pour plus de détails sur la formule d’Anchorage, consultez nos archives.
« Nous avons toujours affirmé », a déclaré Lavrov, « que nous avions des accords clairs à la suite des pourparlers tenus à Anchorage, en Alaska, le 15 août 2025. Pour rappel – nous en avons discuté à maintes reprises, et le président Poutine l’a mentionné –, une semaine avant ce sommet, l’envoyé spécial du président Trump, Steve Witkoff, est venu à Moscou. Il a apporté avec lui les idées américaines sur la manière de parvenir à une résolution durable et à long terme du conflit en Ukraine. Ces idées reposaient sur la compréhension qu’ont les USA des causes profondes de la crise actuelle, notamment, comme l’a déclaré à plusieurs reprises le président Trump, l’idée que l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN est inacceptable, ainsi que la reconnaissance des réalités sur le terrain résultant des référendums organisés dans les territoires concernés. Fort de cette compréhension, M. Witkoff a présenté les propositions correspondantes à Moscou. Nous les avons prises en considération. »
« Une semaine plus tard, lors de la réunion en Alaska, le président Poutine a déclaré qu’il était prêt à soutenir cette initiative américaine – toutes ces propositions américaines. Je tiens à préciser (j’espère ne pas révéler de grand secret) que notre président a énuméré un à un tous les éléments américains de ces propositions. Après chaque élément, M. Poutine s’est tourné vers M. Witkoff, qui était présent aux pourparlers, et lui a demandé s’il présentait fidèlement ce que l’envoyé spécial avait apporté. Toutes ces questions ont reçu une réponse affirmative, et la réunion en Alaska s’est donc conclue par un accord. »
Deux jours plus tôt, lors d’une interview accordée à des journalistes indiens, Lavrov avait expliqué ce qui avait suivi cet « accord » : « Nous avons eu des échanges au niveau des chefs du Département d’État U.S. et de notre ministère des Affaires étrangères, et l’assistant du président russe tient des réunions avec le représentant spécial du président Trump. On entend beaucoup de belles paroles sur l’énorme potentiel de projets mutuellement bénéfiques, modernes, technologiques, énergétiques et autres entre la Russie et les États-Unis. Cependant, rien ne se passe dans la réalité… »
Lavrov voulait-il dire qu’il existe toujours une « formule d’Anchorage », ou bien n’y a-t-il rien d’autre que les déclarations de Witkoff, ses revirements, changements d’avis, de conditions, et ses tromperies ?
« Je tiensjuste à le répéter », a ajouté Lavrov le 15 mai : « cela n’a jamais signifié que nous allions publier les décisions d’Anchorage et que tout serait réglé du jour au lendemain. Les principes fondamentaux y ont été convenus. Mais il reste de nombreuses questions qui nécessitent un examen plus approfondi. Cet examen sera possible dès que nous aurons ratifié les accords d’Alaska. J’espère que cela se fera le plus tôt possible. Comme l’a déclaré le président russe Vladimir Poutine, nous atteindrons les objectifs de l’opération militaire spéciale quelles que soient les circonstances. De préférence par la voie diplomatique, mais si ce n’est pas le cas, nous continuerons à le faire dans le cadre de l’opération militaire spéciale. »
by Editor – Friday, May 15th, 202
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