Un Trump
peut en cacher un autre
Olivier Foreau – Normalosphère – 2.7. 2026
En direct de La Librairie Tropiques
Nous postposons viien volontiers d’un jour ou deux notre post en cours pour céder la place à un bouquet de mots qui ne sont pas indignes de la langue dans laquelle ils sont écrits et pas indignes non plus d’être déposés sur la tombe d’Ali Khamenei.
Pendant longtemps, nous n’avons vu que son côté sombre. Mais à mesure qu’il trahit son électorat, Donald Trump est devenu peu à peu une figure plus proche de nous, à la fois sensible et rassurante. L’an dernier déjà, son soutien participatif à l’anéantissement de Gaza, ses meurtres en série dans les Caraïbes, avaient montré combien au fond de lui-même, il partage nos valeurs.
Depuis qu’il kidnappe des dirigeants et les menace de mort, un vent d’espoir s’est levé parmi les partisans de la démocratie, bluffés par son approche disruptive de l’émancipation des peuples.
N’était-il pas naturel de compter sur lui pour réaliser notre rêve de toujours, à savoir rayer l’Iran de la carte ?
Des Lumières aux anti-Lumières
Comme nombre de gouvernements que nous avons en horreur (Cuba, Chine, etc.), le régime iranien est issu d’un vaste soulèvement populaire : c’est dire si d’emblée, il ne prenait pas le chemin de la démocratie.
Jusqu’à ce soulèvement inconsidéré, les masses baignaient dans l’euphorie, sous la houlette bienveillante et progressiste du Shah, et de sa police politique formée aux techniques de torture les plus modernes. Certes il s’agissait d’une monarchie, mais tellement brutale et corrompue qu’au bout du compte, elle ne différait pas fondamentalement d’une démocratie comme la nôtre : de l’aveu général, le pays était en voie d’européanisation, c’est-à-dire de soumission complète aux intérêts US.
Mais en 1979, le rêve tourne court. Sous l’impulsion fanatique des mollahs, les vieux démons ressurgissent : conservatisme, repli sur soi, antiaméricanisme… Livré à lui-même, le peuple choisit l’oppression (comme il le fait toujours). Les femmes perdent leur droit le plus essentiel : être elles-mêmes, c’est-à-dire habillées comme nous. C’est la société tout entière qui chavire dans le rigorisme – sinon comment expliquer que dans les Epchtine files, on ne trouve pas un seul ministre iranien ? Le fait qu’il n’existe aucun Jack Lang, aucun Bruno Le Maire iraniens, en dit long sur le fossé qui sépare ce pays de la démocratie.
Femme, vie, liberté
Que faire si nous surprenons une femme avec un foulard sur la tête ? Quelles mesures prendre ? Sur cette question absolument cruciale, nos gouvernants travaillent non stop depuis des décennies. De polémique en polémique, le débat fait rage autour de ces personnes qui à force de marcher dans nos rues, cherchent à nous imposer leurs codes. Ne faudrait-il pas, à tout le moins, les exclure des sorties scolaires ?
En Iran (où depuis la révolution, l’interdiction du voile est au point mort), voici des années que faute de pouvoir agir sur le terrain, nous faisons barrage à l’archaïsme en nous coupant des mèches de cheveux devant une webcam. Mais jusqu’à présent, les mollahs n’ont guère réagi à nos exigences. Malheureusement nous ne sommes plus au temps de l’Algérie française, où nos soldats étaient sur place, et organisaient des dévoilements publics de femmes indigènes pour les libérer de leur propre culture. Une initiative à saluer, même si elle n’a pas suffi à empêcher l’indépendance d’advenir.
À ce jour, seuls nos amis israéliens, défenseurs insatiables de la laïcité, ont su réagir avec succès aux signes extérieurs d’appartenance religieuse : ils carbonisent les contrevenantes au phosphore blanc – sans oublier le reste de la famille, généralement complice. En se donnant les moyens de leur intransigeance morale, ils prouvent que le combat pour nos idéaux n’est pas encore perdu.
Le retour des Lumières
Près d’un demi-siècle de sanctions économiques, supposées mettre à genoux les Iranien.ne.s, ont échoué à les briser moralement. Nous commencions à désespérer de leur émancipation quand miracle, en décembre 2025, le chaos s’installe enfin.
Comme tous les peuples victimes d’une révolution populaire, les Iraniens aspirent à une contre-révolution, qui leur permettrait de revenir quarante-sept ans en arrière. Cette fois, la chance est de leur côté : ils peuvent compter sur le soutien d’organisations humanitaires reconnues, comme le Mossad et l’administration Trump.
Des bâtiments publics sont saccagés et incendiés, dont plusieurs mosquées, ce qui ne peut qu’autosatisfaire notre soif de laïcisme. Spécialisés (entre autres) dans l’assassinat de scientifiques, les agents israéliens quadrillent le terrain, tandis que la Maison blanche expédie autant d’armes que nécessaire au bon déroulement des manifestations.
Ne manquait plus que Victoria Nuland pour distribuer des sandwiches et des biscuits dans les rues de Téhéran…
Depuis 2014, l’espoir a un visage
Comme la plupart des contre-révolutions, celle-ci n’aurait jamais pu voir le jour sans l’intervention inspirée de Washington, qui en orchestrant un effondrement monétaire, a réussi à faire descendre les Iraniens dans la rue. « Ce que nous avons fait, c’est créer une pénurie de dollars dans le pays », s’autocongratule Scott Bessent, secrétaire au Trésor. Qui aurait cru qu’il suffisait de ruiner les épargnants et de plonger les ménages dans le désarroi, pour les sensibiliser à la cause féminine ? Quand on y pense, c’est assez magique.
Source : https://www.librairie-tropiques.fr/2026/07/un-trump-peut-en-cacher-un-autre.html
Mis en ligne le 3 juillet 2026
par Les Grosses Orchades




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