Comment l’OTAN surveille « la redoutable flotte sous-marine russe ».V
MASKIROVKA
Le champ de bataille qui n’existe pas
ou
L’art russe de la supercherie, de l’Armée Rouge à l’Ukraine
Et si le champ de bataille le plus dangereux n’était pas celui qu’une armée peut voir, mais celui que son ennemi veut qu’elle voie ?
Kautilya Le Contemplateur ––- 18.9.2026
Traduction : c.l. pour L.G.O.
Le 17 janvier 2024, environ 150 soldats des troupes d’assaut russes ont disparu sous le champ de bataille au sud d’Avdiivka. La formation russe approchait du sud de la ville, et plus particulièrement de la fortification ukrainienne appelée Tsarskaïa Okhota (« Chasse du Tsar »). Avancer vers cette position en suivant les approches établies les aurait exposés à une surveillance constante par drones. De plus, l’endroit avait été fortement miné et le trajet exposé aux tirs d’artillerie ukrainiens. L’armée ukrainienne avait mis en place des positions chargées de détecter et de détruire toute formation russe avançant vers la ville.
Quelques mois plus tôt, la reconnaissance russe avait identifié un collecteur de drainage souterrain abandonné qui passait sous la position ukrainienne. Elle avait dégagé le passage inondé et l’avait préparé pour un assaut. Les récits russes ultérieurs ont confirmé que le travail avait dû être effectué manuellement, faute de quoi le bruit provenant de l’équipement mécanique aurait alerté les forces ukrainiennes. Les tirs d’artillerie russes avaient aidé à masquer les sons provenant du souterrain. Après l’achèvement des préparatifs, la force d’assaut était entrée dans le collecteur, s’étaitt déplacée de quatre kilomètres (~2,5 miles) dans l’obscurité à travers le tuyau rempli d’eau glacée et avait émergé avec succès derrière les lignes de défense ukrainiennes.
Une opération similaire a été exécutée en mars 2025 dans la région de Koursk, dans le cadre de l’opération Stream, lorsque les forces spéciales russes ont rampé sur 15 à 16 kilomètres (~ 9-10 miles) à l’intérieur d’un segment désaffecté du gazoduc Urengoy-Pomary-Uzhhorod pour lancer une attaque surprise contre l’arrière-garde des unités ukrainiennes, près de la ville de Sudzha.
Pour de nombreux observateurs, ces épisodes allaient être considérés comme une ingénieuse nouvelle stratégie sur un champ de bataille. Cependant, si on l’examine à travers la tradition intellectuelle de la pensée militaire russe, on découvre que cette stratégie n’est pas nouvelle. Il y a près d’un siècle, les théoriciens militaires soviétiques avaient commencé à se poser une question trompeusement simple : comment une armée peut-elle amener l’adversaire à lutter contre un champ de bataille qui n’existe pas ? La réponse était maskirovka.
Maskirovka ! Bien que traduit souvent par « camouflage » ou « tromperie », le mot a un sens plus nuancé dans la doctrine militaire soviétique et russe. Alors que le camouflage peut cacher un char, maskirovka peut cacher une armée. Son objectif ultime n’est pas l’invisibilité, mais l’erreur. Il peut cacher pourquoi une armée se déplac ou bien où son coup décisif frappera, quand une offensive commencera, quelle concentration de force est réelle et ce que le commandant entend accomplir.
Une discussion d’histoire militaire russe de 2025 portant sur l’opération « gazoduc » de Sudzha traite l’infiltration souterraine comme une application de maskirovka et identifie Avdiivka comme son pionnier précédent. Il décrit la préparation technique comme « obrazets vysokogo iskusstva maskirovki » (« un exemple de l’art de la maskirovka ») et note en particulier qu’un tunnel d’approche de 500 mètres a dû être creusé à la main pour éviter la détection vibro-acoustique. L’équipe qui a mené à bien cette tâche comprenait des membres de la brigade Veterany que l’étude identifie comme ayant de l’expérience avec des opérations similaires près d’Avdiivka. La préparation s’est poursuivie tandis que l’artillerie et le feu de mortier ont été utilisés pour masquer le bruit des travaux souterrains.
Le champ de bataille dans l’esprit de l’ennemi
Une position dissimulée empêche l’ennemi d’acquérir des informations alors qu’une position erronée lui donne des informations susceptibles de l’égarer. Une attaque bien visible quelque part peut montrer à l’ennemi une très réelle action militaire, mais enle poussant à en tirer des conclusions erronées. À son niveau le plus sophistiqué, maskirovka cherche à créer une distance croissante entre le champ de bataille qui existe réellement et celui qui est perçu par le commandant adverse.
L’opération Uranus, au cours de la bataille de Stalingrad en novembre 1942, est une parfaite illustration de la maskirovka opérationnelle sophistiquée. L’Armée Rouge a secrètement rassemblé ses forces en vue de l’opération tout en maintenant une activité qui a réussi à masquer la direction et l’ampleur de la contre-offensive à venir. Les renseignements allemands ont détecté des signes de préparations soviétiques, mais n’ont pas réussi à les interpréter correctement. De plus, ils ont sous-estimé l’ampleur de l’accumulation et n’ont pas été en mesure d’anticiper que le coup décisif frapperait les troupes de l’Axe sur les flancs de la sixième armée allemande, entraînant un encerclement massif. Maskirovka a donc bien réussi à dissimuler aux renseignements allemands les intentions véritables de l’Armée Rouge impliquées par ses préparatifs, tout en incitant fortement la Wehrmacht à pénétrer à l’intérieur de la ville elle-même.
Le maréchal Andreï Yeremenko, dont les forces ont contribué à encercler la Sixième armée par le sud, raconte :
«Оперативная маскировка, проведенная при подготовке этой крупной наступательной операции трех фронтов, явилась большим достижением нашего командно-начальствующего состава, готовившего контрнаступление. Опыт подобной маскировки широко применялся во всех последующих операциях Великой Отечественной войны…»2
« La maskirovka opérationnelle déployée en préparation de cette opération offensive par trois fronts représentait un accomplissement majeur de notre personnel de commandement en préparation à la contre-offensive. L’expérience acquise dans cette maskirovka a ensuite été largement utilisée dans toutes les opérations ultérieures de la Grande Guerre patriotique… »
Le maréchal Kirill Moskalenko expliquera plus tard le but intellectuel du subterfuge :
«Чтобы достичь внезапности, мы должны были прежде всего ничем не обнаружить свои приготовления к наступлению или по крайней мере сбить противника с толку относительно характера проводимых мероприятий и избранного направления главного удара…Но те времена прошли, чему доказательством было мощное контрнаступление в районе Сталинграда, явившееся полнейшей неожиданностью для противника.»3
« Pour réussir à véritablement surprendre, nous avons d’abord dû ne rien révéler de nos préparatifs pour l’offensive, ou au moins embrouiller l’ennemi quant à la nature des mesures entreprises et à la direction choisie pour le coup principal… Mais ces jours-là étaient passés, comme l’a démontré la puissante contre-offensive de Stalingrad, qui a fondu sur l’ennemi comme la foudre. »
Le champ de bataille moderne a rendu l’occultation d’une armée extrêmement difficile. Les satellites observent la profondeur opérationnelle. Un avion sans pilote fouille continuellement le front. Les caméras thermiques révèlent les traces de chaleur. Les détecteurs électroniques localisent les émetteurs et les systèmes de contre-batterie repèrent l’artillerie. Les drones de reconnaissance peuvent transmettre directement des images t à des unités capables de frapper ce qu’ils voient. Désormais,, maskirovka ne consiste plus à déterminer ce qu’un ennemi peut voir, mais à faire en sorte qu’il croie ce qu’il voit.
Quelle attaque est la vraie attaque ?
Quand maskirovka évolue au-dessus du champ de bataille tactique, la distinction entre voir et comprendrece qu’on voit devient plus importante. Le cas du groupe d’assaut russe entrant dans le collecteur sous Avdiivka a empêché l’ennemi d’observer un mouvement bien réel et a représenté la forme la plus intuitive de dissimulation. Cependant, dès les années 1920, les théoriciens militaires soviétiques avaient reconnu que la dissimulation imposait à elle seule des limites à l’embrouillage. L’Instruction temporaire des troupes Mastirovka de l’Armée Rouge de 1927 a défini le problème :
« Одним сокрытием нельзя обмануть противника… Необходимо поэтому, не ограничиваясь сокрытием, создавать у противника ложные впечатления о наших действиях и намерениях. » 4
« La dissimulation seule ne peut pas tromper l’ennemi… Il est donc nécessaire, plutôt que de nous limiter à cacher, de créer dans l’esprit de l’ennemi, de fausses impressions quant à nos actes et à nos intentions. »
Répandre de fausses informations, accomplir de fausses actions et créer de faux objets étaient les trois principales manière d’atteindrelee butpoursuivi selon l’Instruction. C’était l’aboutissement d’une importante transition conceptuelle déjà présente dans le Règlement sur les champs de bataille de l’Armée rouge en 1925. Ainsi, Maskirovka, au lieu de concerner la seule dissimulation, se voyait qualifier par ces règlements de sovokupnost vseh sredstv voennogo obmana (« agrégat de tous les moyens de supercherie militaire »). et faisait la distinction entre cacher les actions et les intentions soviétiques, et tromper l’ennemi à leur sujet. 5
Nikolaï Varfoloméev, commandant soviétique et théoricien de cette période, a encore développédavantage le concept. En 1927, il a publié son article operativnaya vnezapnost’ i maskirovka (« Surprise opérationnelle et Maskirovka ») devenant le premier théoricien à utiliser l’expression « maskirovka opérationnelle ». Le général Vladimir Lobov, qui a brièvement servi comme chef d’état-major soviétique en 1991, identifiera plus tard la distinction de Varfolomeev entre la « dissimulation » de skrytost et la vvedenie v zabluzhdenie « égarement de l’ennemi », comme les composantes conceptuelles de la tromperie opérationnelle.6 La première cherche à empêcher l’ennemi de découvrir la réalité tandis que le second lui permet de découvrir quelque chose mais en faisant en sorte que ce qu’’il découvre le conduise vers la mauvaise conclusion.
Dans l’exemple de Sudzha précédemment observé, tandis que 500-800 forces spéciales russes se sont secrètement déplacées à travers le gazoduc vers l’arrière ukrainien, d’autres unités russes ont lancé des attaques au-dessus du sol près de Cherkasskoye Porechnoye, attirant l’attention de l’Ukraine vers la forêt et les lignes d’arbres au nord de Sudzha. Ici, les deux skrytost’ et vvedenie v zabluzhdenie fonctionnaient simultanément. Les membres de la force d’attaque russe ont affirmé plus tard que les Ukrainiens s’attendaient à ce que l’attaque passe par les lignes forestières mais ont été pris au dépourvu lorsque des soldats russes sont sortis du pipeline derrière Kubatkin, à l’arrière de leurs propres positions.7 Cette percée a coïncidé avec une offensive russe plus large à travers Malaya Loknya, Kazachya Loknya et Martynovka, accélérant l’effondrement du saillant du nord de l’Ukraine. La maskirovka a été couronnée de succès parce que l’attaque au-dessus du sol était réelle. La reconnaissance ukrainienne avait observé une véritable activité militaire russe, mais le champ de bataille qu’elle a révélait a servi à cacher celui plus dangereux qui se dévelopait en-dessous.
La doctrine soviétique en temps de guerre envisageait explicitement de telles possibilités. Une instruction de l’Armée Rouge de 1941 sur la maskirovka opérationnelle révèle les méthodes prescrites :
«нанесение удара нааЀа наоЁтенном направлениии до наѹствиии до наѹствий направениии до наѹствий напЀвноии»
« une frappe dans une direction secondaire avant le début des opérations dans la direction principale. »
La même instruction prescrit des « attaques échelonnées » par des formations participant à la même opération, et elle va même plus loin en identifiant quatre principes de maskirovka :
« Оперативная маскировка основывается на принципах активности, естественности, разнообразия и непрерывности всех маскировочных мероприятий .»
« La maskirovka opérationnelle est basée sur les principes d’activité, de naturel, de diversité et de continuité dans toutes les mesures de maskirovka. »
Bagration ou comment construire une armée qui n’existe pas
L’opération Bagration en juin 1944 a démontré le principe sophistiqué de la maskirovka selon lequel une fausse armée devait à la fois ressembler à une vraie et se comporter comme elle. Il a évolué non seulement vers l’art d’échapper à la reconnaissance, mais également de concevoir ce que la reconnaissance allait découvrir.
Alors que d’énormes forces soviétiques se concentraient secrètement pour détruire le centre du groupe d’armées allemandes en Biélorussie, l’état-major soviétique fabriquait des preuves suggérant que des opérations majeures étaient en cours de préparation ailleurs. Le 3 mai, le 3e Front d’Ukraine a reçu l’ordre de simuler une concentration de huit ou neuf divisions de fusils avec des chars et de l’artillerie. La supercherie devait être « ozhivit » (« mise en vie ») à savoir que les soldats devraient se déplacer à travers la zone, les véhicules et les armes à feu apparaître, de fausses pièces blindées être recouvertes de véritables protections antiaériennes et des avions de chasse patrouiller par-dessus le tout. Les avions soviétiques ont même photographié la fausse concentration pour tester sa vidime i pravdopodonost (« sa visibilité et sa plausibilité »)
L’opération réunissait les quatre principes d’activité, de naturel, de diversité et de continuité prescrits par l’Armée rouge. La fausse armée a déplacé et émis des signatures convaincantes. La superfcherie avaut bin combiné imitation, mouvements contrôlés et activité démonstrative tandis que la concentration authentique, en Biélorussie, restait cachée. Le général d’armée Sergei Shtemenko, alors officier supérieur de l’état-major, a rappelé dans ses mémoires :
« верховное комадовние вомадовние вомадовние заблуждение относЂельно направления глаЁилѸх ииии»иих нпправление каблѸЂельно направление……9
« Le commandement suprême de l’ennemi a été induit en erreur. quant à la direction de notre effort principal. »
Les Allemands ont mordu à l’appât en intensifiant la reconnaissance aérienne au-dessus des secteurs sud en Ukraine tout en continuant à surveiller les formations de chars soviétiques. Lorsque l’opération Bagration a débuté, le 23 juin 1944, les formations allemandes l’ont prise de plein fouet, à l’endroit et au moment où elles ne l’attendaient pas.
La bagration souligne ce que les commandants soviétiques cherchaient à imposer à l’ennemi, la question n’étant pas de savoir « où se cachaient les Russes ? », mais « quelle attaque serait la bonne ? »
Le coût de la supercherie
La transparence moderne sur le champ de bataille a rendu la massirovka encore plus importante qu’avant. Il peut interférer avec chaque étape de la chaîne de destruction à partir du moment où une cible est détectée, classée, priorisée et attaquée.
En 2001, le général Lobov était déjà confronté au problème que le champ de bataille ukrainien rend aigu aujourd’hui. Dans sa synthèse post-soviétique Voennaya khitrost’ (Ruse militaire), à travers son analyse de l’expérience russe et soviétique des guerres antérieures à l’époque contemporaine, Lobov s’est demandé comment la dissimulation pouvait survivre à des armes de reconnaissance et de précision techniques de plus en plus sophistiquées. Il explique :
« Маскировкa… Она достигается применением искусственных масок и маскировочных комплектов; использованием естественных укрытий, погодных условий, времени года и суток; распятнением местности, снижением оптической, тепловой, акустической и радиолокационной заметности путем применения аэрозолей, теплоизоляционных покрытий и конструкций, создания радиолокационных и звуковых полей.»10
« Maskirovka… est réalisée grâce à l’utilisation de systèmes artificiels de camouflage et à l’exploitation de la couverture naturelle, aux conditions météorologiques, à la saison et à l’heure de la journée, à la perturbation des modèles de terrain reconnaissables, et à la réduction de la visibilité optique, thermique, acoustique et radar grâce à l’utilisation d’aérosols, de revêtements et de structures d’isolation thermique, et de la création de champs radar et acoustiques. »
La réduction de diverses signatures auxquelles Lobov fait allusion est aujourd’hui mise en péril par des drones, par la surveillance électronique et par les systèmes de contre-batterie. Il y a cependant aussi l’autre possibilité qu’un objet soit détecté de manière incorrecte. Un drone pourrait détecter une fausse position d’artillerie. La doctrine soviétique prévoyait ce cas de figure. Elle a soutenu que les faux objets devaient être « mis en vie » par le biais de mouvements de troupes. Aujourd’hui, un leurre convaincant peut nécessiter une écologie entière comprenant la chaleur, le mouvement, les communications et l’activité logistique pour pouvoir tromper simultanément plusieurs capteurs.
Cela impose une tromperie importante sur le champ de bataille et pèse lourd sur la capacité de leurrer le système de reconnaissance- Chaque leurre suspecté mobilise l’attention des analystes. Les munitions sont plus rapidement dépensées quand elles attaquent des objets factices. Les drones s’usent plus rapidement du fait qu’ils sont obligés de rester dans le ciel pendant de plus longues périodes à observer de fausses positions. En tant que telle, maskirovka n’a pas besoin de vaincre le système s’il peut l’épuiser par l’incertitude.
Slovyansk-Kramatorsk : Où va porter le coup principal ?
Cette histoire devient particulièrement pertinente lors de l’évaluation de l’évolution de la bataille sur les villes de Sloviansk et de Kramatorsk dans le Donbass. Le 27 août 2026, le chef d’état-major russe, le général Valery Gerasimov, a annoncé que le groupement sud des forces russes attaquait de multiples directions sur un front de 160 kilomètres de large. Au moins quatre directions peuvent être distinguées (voir la carte ci-dessous). Dans le nord, la 25e armée d’armes combinées opère en direction de Lyman, ouvrant potentiellement une approche vers Sloviansk et le corridor d’approvisionnement M03. Plus bas, la 3e armée d’armes combinées avance vers Slovyansk à travers le secteur de Mykolaivka. Plus au sud, certaines parties de la 3e armée et du groupement sud avancent vers Kramatorsk et Drouzhivka. Plus au sud-ouest, la 51e armée d’armes combinées est active près de Dobropillya, s’approchant potentiellement de l’agglomération en venant du sud.
Dans l’optique de la maskirovka opérationnelle soviétique, le groupement de forces du Sud pose problème à la partie ukrainienne. La question clé qui se pose à elle est de savoir laquelle de ces menaces mérite la concentration de ses réserves.
Maintenant, considérons l’état-major russe en train d’étudier cette même carte. Bien que nous ne puissions pas déduire ce qu’il a l’intention de faire demain, l’histoire passée de ce que les commandants soviétiques ont fait à Stalingrad et dans la bagration peut nous dire quelles questions l’état-majorest susceptible de se poser. Quelles formations ukrainiennes sont fixées sur chaque axe ? Si la pression vers Lyman augmente, quelles réserves se déplacent vers le nord, si la 51e armée menace Dobropillya, les réserves ukrainiennes se déplacent-elles vers le sud-ouest ? Une fois que ces formations se déplacent, quel(s) secteur(s) deviennent vulnérables ailleurs ? La 25e armée va-t-ellee maintenant recevoir des renforts ou continue-t-elle à maintenir la pression ?
L’instruction de 1941 de l’Armée Eouge est remarquablement révélatrice lorsqu’on applique ses principes doctrinaux de maskirovka à l’actuelle agglomération de Sloviansk-Kramatorsk. Parmi les méthodes prescrites, on trouve :
« нанесение ряда второстепенных ударов на широком фронте… усиленная разведывательная деятельность… на второстепенных направлениях… ложный железнодорожный или автомобильный маневр резервами… сосредоточение войск на широком фронте с расположением их небольшими группами…сосредоточение войск в глубине с обеспечением быстрой перевозки к фронту и немедленного ввода в действие.»11
« multiples frappes secondaires à travers un large front … reconnaissance intensifiée sur des directions secondaires… de faux mouvements de réserves par chemin de fer ou par route… concentrer les troupes sur un large front tout en les y déployant en petits groupes… concentrer les troupes en profondeur tout en assurant au besoin leur mouvement rapide vers le front et leur engagement immédiat à l’action. »
Bien que la ressemblance soit frappante, rien de tout cela n’implique que la Russie exécute un tel plan. La question n’est pas de savoir quelle formation russe avance le plus rapidement, mais quels groupes ukrainiens chaque axe est en train de fixer et où la Russie accumule simultanément la puissance de combat nécessaire pour transformer la pression tactique en rupture opérationnelle. C’est là que certains développements sur le terrain doivent être surveillés. Où viennent les réserves russes fraîches ? Où sont concentrés l’artillerie, les drones, la guerre électronique et la logistique ? Par conséquent, en quoi cela est-il en corrélation avec les mouvements des réserves ukrainiennes ? Après tout, une attaque qui gagne peu de territoire peut encore réussir sur le plan opérationnel si elle attire constamment vers elle les forces ukrainiennes. À l’inverse, une percée russe peut rester secondaire si elle n’est pas renforcée.
En même temps, rien de tout cela ne prouve que la maskirovka opérationnelle est en cours. Le plan de l’état-major n’est pas public. La doctrine soviétique, cependant, offre une façon différente de lire le champ de bataille. L’état-major peut se soucier moins de la flèche qui se déplace le plus rapidementet se soucier davantage de la flèche qui montre que l’Ukraine déplace ses réserves.
La bataille pour la certitude
Maskirovka a occupé une place déterminante dans la pensée militaire soviétique et russe. Son application dans la guerre a évolué en parallèle avec l’évolution du champ de bataille. Son histoire révèle qu’à mesure que le champ de bataille moderne devient technologiquement sophistiqué grâce à l’utilisation de satellites, de drones, de capteurs thermiques et de guerre électronique, le subterfuge devient de plus en plus nécessaire à la stratégie militaire. Tout au long de ce processus historique, la cible la plus pointue de la maskirovka a été le processus de prise de décision de l’adversaire.
À Stalingrad, le problème était de dissimuler l’ampleur et la direction de la contre-offensive. Au cours de l’opération Bagration, l’accent a été mis sur la construction de fausses concentrations de forces pour mobiliser l’attention allemande loin du centre réel de la puissance de combat qui était en cours d’élaboration. En Ukraine, aujourd’hui, le champ de bataille transparent et saturé de capteurs a changé l’orientation de la stratégie pour générer de l’incertitude.
C’est ce qui fait que le déroulement de la bataille en cours pour l’agglomération de Sloviansk-Kramatorsk mérite d’être observé. On ne peut pas savoir lequel des quatre axes d’avancée l’état-major juge déterminant. Cependant, la doctrine soviétique nous dit où regarder. Ce n’est peut-être pas l’attaque qui gagne le plus de terrain, mais celle qui façonne les décisions du commandement ukrainien. La réalisation ultime de maskirovka n’est donc pas de faire disparaître une armée mais de faire en sorte que l’adversaire combatte sur le mauvais champ de bataille.
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Direction principale du génie militaire de l’Armée Rouge. Instruction sur la Maskirovka opérationnelle, 26 juin 1941, § 4. Dans Recueil de documents de combt de la Grande Guerre patriotique, n° 27. Moscou : Maison d’édition militaire, 1956.
Source : https://chandragupta.substack.com/p/the-battlefield-that-does-not-exist
Point d’orgue
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Moscou en feu ?
Dimitri Lascaris à Moscou, le dimanche 21 septembre, invité pour y prendre la parole pendant la dernière journée d’élections à la Douma
https://www.youtube.com/watch?v=zrre_VaxqT8
Reportage pour Reason2Resist
Dans cette vidéo, Dimitri Lascaris circule dans les rues de Moscou au lendemain de la plus grosse frappe « ukrainienne » depuis le début de la guerre, censée démoraliser les Russes et les pousser à certaines extrémités.
Aperçu des rues du centre de la ville en ce 3e et dernier jour d’élections à la Douma. Descente dans la station de métro la plus proche de son hôtel (qui est aussi une des plus bellesde la capitale russe).
Arrivée aussi près que possible de la station de raffinerie de pétrole frappée pendant la nuit (par des drones interceptés à 99%). Dimitri s’en approche autant qu’il peut, comme un certain nombre de Moscovites venus voir aussi.
« La paix doit être imposée à la Russie » ose dire le gobelin vert sur une vidéo d’Euronews. Dimitri Lascaris fait un aparté opportun dans sa vidéo à lui pour rappeler que le très médiatisé différend sur l’Ukraine entre Trump et Zelensky n’est que du théâtre et que le nain ne fait qu’obéir au doigt et à l’œil à « l’agenda immuable des USA » (une fois de plus, voir Brian Berletič (The New Atlas) .
La raffinerie Gazprom Neft, de Moscou
frappée par des drones qui y ont fait deux morts et une vingtaine de blessés.Cette raffinerie alimente en diesel la moitié de la population moscovite, qui est, avec ses 22 millions de personnes (13 millions intra muros), la ville la plus peuplée d’Europe.
La raffinerie étant très proche du Musée de la Grande Guerre patriotique, il s’y rend et y arrive par la station de métro la plus profonde du monde. Autre record : ce Musée de la Victoire est le plus grand de ce genre au monde, érigé pour célébrer la victoire de l’Union soviétique sur les forces nazies, allemandes et autres, dans la Deuxième Guerre mondiale.
À l’intérieur, festonnant l’énorme Dôme, des médaillons consacrés aux villes russes résistantes, dont Odessa et Kiev. Gravés dans le marbre sur les murs qui encerclenl l’immense hall : les noms des 11.000 Héros (officiels) de l’URSS, qui ont contribué à cette victoire sans précédent..
L’édifice, commencé en 1986 – avant la Perestroïka – et terminé bien après – en 1995 – bien après surtout que Mikhaïl Gorbatchev ait pris la « funeste » décision de laisser – en 1990 – réunir les deux Allemagnes.
Dimitri termine sa visite sur une réflexion que lui inspire la raison apparente pour laquelle il a été invité par une « Assemblée Publique Mondiale » à y prendre la parole. Sur quoi et dans quel but ? Il dit ce qu’il pense de cette initiative et l’impression que lui font aujourd’hui la population moscovite en général et ses élites en particulier, mais aussi ce que lui inspire le gouvernement russe, «¯qui est imparfait » comme ils le sont tous. Il salue ses camarades russes qui vivent dans un pays capitaliste attaqué de partout mais où beaucoup de gens sont toujours attires par ceux qui les attaquent. Et après avoir une fois de plus rappelé les Palestiniesn pas encore morts, auxquels on n’avait pas le droit de voler leur pays, il prend, de ce lieu hautement symbolique, congé de de ses auditeurs russes et autres en leur disant « nous pouvons certainement faire mieux que le capitalisme ».
La fin de cette vidéo inhabituelle est une sorte de profession de foi ou, si on veut, de mini-testament, heureusement pas encore effectif.
Mis en ligne le 23 septembre 2026
par Les Grosses Otchades









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