Israël et le « Complexe de Monsieur Perrichon »

 

Aline de Diéguez

 

12 juillet 2026

 

 

 

 

 

 

1 – Le Voyage de Monsieur Perrichon d’Eugène Labiche

Le carrossier du Voyage de Monsieur Perrichon d’Eugène Labiche prononce deux phrases immortelles qui, grâce à un léger glissement sémantique, éclairent la pathologie des relations qu’entretiennent les Israéliens avec leurs voisins et victimes palestiniennes.

« Vous me devez tout. Je ne l’oublierai jamais. » dit M. Perrichon au jeune homme qu’il se vante d’avoir sauvé d’un grand danger, lequel devient le miroir vivant de la « belle âme » de son bienfaiteur. Et la conclusion reprend la même idée en la généralisant :

« Les hommes ne s’attachent point à nous en raison des services que nous leur rendons, mais en raison de ceux qu’ils nous rendent. »

Ce qui signifie qu’un service rendu induit un sentiment d’infériorité chez celui qui en est le récepteur et s’accompagne d’un sentiment de rejet, qu’on nomme aussi l’ingratitude ou la mauvaise conscience, et qui peut aller jusqu’à la haine du bienfaiteur.

 C’est pourquoi M. Perrichon déteste son « bienfaiteur », l’homme qui l’a sauvé d’un péril.

Les Israéliens sont, comme tous les peuples de la terre, capables d’éprouver de la pitié ou de la compassion pour les victimes lointaines d’un tsunami, par exemple, pour les malheurs de leurs amis, ceux de leurs enfants ou même ceux de leur chien. En revanche, à part quelques personnalités exceptionnelles, dont les témoignages sont bouleversants, ainsi qu’une très faible minorité de la population – les « justes » d’aujourd’hui – les drames que vivent leurs voisins palestiniens, victimes de leur « Tsahal » et des décisions de leur gouvernement, laissent l’immense majorité de la population totalement indifférente et même  pire, la quasi-totalité de la population applaudit et en redemande.

Les tortures que subissent des milliers de détenus qui croupissent dans leurs geôles – y compris des femmes et des enfants – les humiliations, les spoliations, les assassinats, loin de provoquer une indignation ou au moins une empathie naturelle envers des victimes, glissent sur leur sensibilité comme l’eau sur la plume d’un canard et sont quasiment inexistants dans leurs journaux écrits, parlés ou télévisés. Cela nous « interpelle quelque part », comme on dit chez les bobos-psychanalystes « branchésés ».

Cette pathologie est d’ailleurs la même que celle qu’ont subie les victimes des camps nazis, aujourd’hui bourreaux des Palestiniens. En effet, elles aussi reprochaient amèrement leur indifférence à la population allemande : ils savaient et se sont tus, ils sont donc tous coupables.

Or, dans un gouvernement qui se prétend « démocratique », la ligne d’un gouvernement est, globalement, le reflet du sentiment général de ses électeurs. La violence de l’armée acceptée et soutenue par la société tout entière, n’est donc que le reflet de la violence des sentiments de l’ensemble des Israéliens eux-mêmes.

Il m’a semblé que le « Complexe de M. Perrichon » apportait un début de compréhension de cette pathologie, dont les symptômes visibles sont l’insensibilité, la non compassion, la déshumanisation et la haine des victimes

 

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2 – Les Palestiniens sont les bienfaiteurs d’Israël

Il est certes paradoxal à première vue de présenter les Palestiniens dans la situation du jeune homme qui, en sauvant la vie à M. Perrichon, devient son bienfaiteur et les Israéliens dans la peau d’un M. Perrichon  qui souffrirait d’un complexe d’infériorité et haïrait son bienfaiteur pour ce motif.

Or, bien qu’ils ne se l’avouent évidemment pas, les Israéliens savent que les Palestiniens sont leurs bienfaiteurs – bienfaiteurs malgré eux, certes, mais bienfaiteurs tout de même, car ils ont été contraints « d’offrir » leurs terres et leurs maisons aux nouveaux venus. Ceux-ci s’en sont emparés sans trop se poser de questions. En effet, l’État d’Israël s’est installé sur 78% des terres et des maisons appartenant à des Palestiniens, en a chassé la population par la violence, les massacres et des intimidations diverses. Aujourd’hui, il poursuit inlassablement une occupation prédatrice – officielle ou souterraine – volant mètre carré par mètre carré l’espace réservé aux habitants originels, lequel se réduit comme une peau de chagrin.

Le déni du vol est subsumé par les expressions « le temple de Jérusalem était vide » ou « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » qui ont formé le credo israélien pendant des décennies.

 

 

3 – Le déni de l’existence des victimes

Israël a donc tenté – et partiellement réussi – à occulter les circonstances de son installation. Le retour du refoulé se manifeste par une haine rabique de l’État juif pour les victimes de sa politique. Cette haine suinte dans chacune de ses actions à l’encontre des Palestiniens.

C’est pourquoi nous voyons un personnage qui s’appelle « Israël » s’octroyer un statut de « victime éternelle » et le brandir comme un bouclier contre toutes les critiques de sa politique. Il sait que c’est sur ce statut que repose la réussite du projet sioniste de vider la Palestine des Palestiniens, et c’est ce statut qu’il tente coûte que coûte d’imposer au monde entier.

Or le hiatus entre le personnage rêvé d’un gentil État démocratique qui défend sa survie – donc l’image idéale qu’il veut donner de lui-même – et la réalité sinistre des conséquences visibles de son action sur le terrain, lui saute chaque jour à la figure. D’où la détestation qu’il éprouve pour ces sous-hommes de Palestiniens dont l’existence même est une pollution qui plombe la belle image d’un Israël faisant fleurir le désert. La haine est partout tellement omniprésente qu’elle en devient concrète, palpable et culmine avec le déni de l’existence même de la victime-ennemie.

Le rêve poursuivi est clairement celui de l’anéantissement des Palestiniens.

Alors qu’Israël se proclame menacé par des forces obscures et féroces qui voudraient « rejeter sa population à la mer », comme il dit, on voit jour après jour se produire exactement le contraire : à savoir le bulldozer israélien comprimer la population palestinienne dans un espace de plus en plus resserré, de plus en plus hermétiquement cadenassé dans l’espèce de camp de concentration à ciel ouvert qu’est devenu le Territoire de Gaza et aussi dans les banthoustans de Cisjordanie, véritable royaume du Père Ubu, dont les surfaces sont grignotées jour après jour.

La haine d’Israël pour les Palestiniens a culminé dans la destruction de tous les immeubles du camp de concentration de Gaza, l’assassinat par les missiles et les snipers de l’armée de près de cent mille Palestiniens, hommes, femmes, enfants, nourrissons. Aucune pitié. Comme les effets de la violence de l’armée étaient jugés trop lents, les bourreaux y ajoutèrent la famine, des ordres absurdes et épuisants d’obligations de déplacements du nord au sud, puis du sud au nord du territoire. Une autre forme de torture. Pour en arriver là, il a fallu un niveau de haine sidéral de la part des autorités politiques, expression de la mentalité générale.

Le mur autour de Gaza et les murs en Cisjordanie sont le stade ultime de ce déni de l’existence même des Palestiniens. Le mur est là non pour « protéger » – prétexte invoqué pour faire avancer le bulldozer de la colonisation – mais pour tenter de cacher et d’oublier le péché originel de la fondation d’un État juif « pur » et « innocent ». Le mur est si haut que les Palestiniens, devenus invisibles, n’existent plus dans le champ du regard des Israéliens. Ils finissent par s’effacer et par devenir des zombies abstraits. Quant aux cadavres que Tsahal laisse sur le carreau, ils s’évanouissent dans la comptabilité macabre des statistiques.

Mais Israël ne parvient pas à occulter qu’il y avait un ver dans le fruit. Dans la postérité de M. Perrichon, il exprime sa fureur et son impuissance de continuer d’être le débiteur de sa victime. Les bombes, les missiles, les massacres de familles entières, les destructions, les arrestations arbitraires, les tortures hurlent le dépit de Goliath : « Je vous dois tout. Je n’arrive pas à l’oublier ». Il exprime également le dépit assaisonné de la rage, de l’humiliation, de l’impuissance et du ressentiment de se trouver dans cette situation.

 

 

4 – Les petites mains

L’histoire est facétieuse. Un des lobbyistes les plus actifs dans la défense d’Israël et du sionisme sur la planète entière avait prononcé, la veille, avec des trémolos dans la voix, un hymne à la gloire d’une armée dans laquelle il avait voulu entrer en son jeune âge. « Je n’ai jamais vu une armée aussi démocratique, qui se pose autant de questions morales. Il y a quelque chose d’inhabituellement vital dans la démocratie israélienne. »

M. Béhachel Lévy est décidément un grand humoriste.

Mais malgré la censure des journaux et des télévisions, la complicité des grandes agences de presse comme AFP, Reuters ou Associated Press et malgré les efforts des innombrables petites mains qui officient dans les médias occidentaux et se contentent de relayer la version israélienne, la vérité se fraie son chemin.

Avec la complicité de l’armée, qui d’ailleurs participe aux rapines, soldats et colons volent tout ce qui peut être emporté, camescopes, appareils photos, ordinateurs et même cartes de crédit, argent liquide, bijoux, passeports tout a été volé à Gaza. En bons voyous, certains soldats ont utilisé des cartes de crédit volées pour leur usage personnel, achats d’i-pod et d’autres babioles électroniques. [17] A côté du comportement de l’armée israélienne, les pirates somaliens faisaient figure de gentils adeptes des principes de Baden-Powell.

Mais aucun ridicule, aucun mensonge ne découragent l’armée innombrable des membres potentiels de cet État dispersés sur la planète entière. Comme ils occupent des places stratégiques dans les médias de tous les pays du monde leur force de frappe est immense et avec une énergie que ne freine aucun scrupule et ne décourage aucun mensonge, ils s’évertuent à peindre en rose l’Etat bien-aimé, leur véritable patrie. « Des matinées entières, ils s’étaient immobilisés devant ce portrait, s’émerveillant de sa beauté .» (Dorian Gray d’Oscar Wilde)

Ils savaient au fond de leur cœur que cet Etat était devenu « monstrueux et repoussant », « en proie à une corruption particulière, pire que celle de la mort », que, de semaine en semaine, de mois en mois, d’année en année, sa figure devenait « bestiale, flasque, immonde », mais ils refusaient de l’admettre. Ils cachaient « son masque de turpitude et de laideur » sous des draperies de mensonges de velours rouge, essayant d’imposer un « universel respect » pour « la seule démocratie au Moyen-Orient », la « lumière parmi les nations », la « nation au-dessus de toutes les nations » qui, grâce à son ingéniosité, avait fait « refleurir le désert ».

Mais pendant que les aèdes du sionisme chantaient leur extase, derrière son mur hérissé de bombes et de missiles nucléaires, « un visage hideux dans le clair-obscur grimaçait sur la toile ». « La corruption et l’ignominie » donnaient à cet Etat « le visage d’un satyre ». (Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray)

Le comble de la barbarie mécanisée est atteint avec l’installation du système électronique Spot and Shoot (Repère et Tire). Devant des écrans « des femmes soldats, situées loin de là dans une salle d’opération, ont la responsabilité de cibler et d’actionner les tirs des mitrailleuses télécommandées installées sur des tours de guet tous les quelques mètres le long de la grille électronique qui encercle Gaza. ».

On voit comme Oscar Wilde a su décrire l’évolution de l’État d’Israël et son passage du mythe à la réalité.

Des militaires femmes sont préférées pour ce genre d’assassinat électronique afin d’économiser les mâles, utilisés de préférence dans les confrontations musclées ou sanglantes. Quand ces femelles-tueuses, qui éprouvent visiblement une véritable jouissance à humilier des hommes arabes, retournent à une vie civile normale après les deux années durant lesquelles elles se sont livrées à des assassinats télécommandés ou à torturer des prisonniers, quelle est leur psychologie ? L’une d’elles, Mlle Eden Abargil – dont le prénom constitue une véritable dérision – a donné une réponse à cette question : « Je hais les Arabes et je leur souhaite le pire. Je serais heureuse de tous les tuer, même de me livrer à une véritable boucherie ». (Eden Abergil sur Facebook). Abou Ghraib bis repetita.

Si cette activité-là est normale, alors pourquoi s’étonner et s’indigner du comportement des gardiens des camps de concentration nazis ? Quelle est la mentalité d’un pays dans lequel tous ses membres – les hommes pendant trois ans et les femmes pendant deux ans – ont été, au moment charnière de leur existence où ils entrent dans la vie adulte, des tueurs et des meurtriers potentiels entraînés dès la petite enfance au maniement des armes ? Et cela depuis trois générations. Bourreaux et bourrelles, est-ce là la nouvelle mission du « peuple élu » ?

Il semble que le gouvernement israélien soit particulièrement prévoyant dans la formation de ses tortionnaires. Comme chacun sait, plus l’éducation est précoce, plus le « professionnel » est performant. C’est pourquoi l’armée « morale » fait appel à des volontaires lycéens afin de les entraîner dès l’adolescence à harceler les familles palestiniennes et à considérer comme une fête le fait d’écraser au bulldozer leurs maisons. Après les maisons, les humains ? Le conducteur de l’engin qui avait écrabouillé sans état d’âme l’héroïque Rachel Corrie avait déjà montré la voie. Des centaines de conducteurs d’engins ont suivi son exemple à Gaza.

C’est ainsi qu’on voit des gamins de quinze ans intégrés dans la « garde civile israélienne » rigoler à vandaliser les biens, à détruire et à souiller les photos de famille, les meubles et le linge. Même les nazis, qui servent habituellement de référence de la barbarie moderne, n’étaient jamais allés si bas dans la corruption morale des enfants et n’avaient pas directement utilisé les mouvements de « Jeunesse hitlérienne » dans la persécution des juifs. On devine que tous les Abergil mâles et femelles n’attendent que l’occasion pour assouvir la « haine » qu’ils ont aspirée depuis l’enfance et pour se livrer à la « véritable boucherie » à laquelle rêve cette jeune personne, qui n’est certainement pas un cas isolé.

 

 

5 – Vaincre Hitler

Dans son ouvrage Vaincre Hitler : Pour un judaïsme plus humaniste et universaliste (Fayard 2008) Avraham Burg, ancien Président de l’Agence Juive et ancien Président de la Knesset, devenu français en 2007, analysant la mentalité des Israéliens révèle à quel point ils sont devenus racistes. Les inscriptions « Mort aux Arabes », « Arabes=Nazis » sont devenues banales. « Sommes-nous totalement happés par cette effroyable ressemblance avec nos bourreaux ? » écrit-il. Tous ces exemples montrent combien Hanna Arendt avait raison de parler de la « banalité du mal ».

Burg critique violemment l’instrumentalisation par Israël du génocide nazi et imagine les mécanismes destinés à sortir Hitler et le nazisme de la tête des Israéliens. Or, vaincre Hitler, c’est, certes, vaincre la référence constante au nazisme et surmonter enfin la complaisance morbide à la faveur de laquelle les Israéliens se posent en victimes professionnelles, y compris lorsqu’ils agressent et tuent des Palestiniens ou des Libanais par milliers.

Mais Vaincre Hitler, c’est aussi en finir avec la célébration morbide de l’holocauste et les pèlerinages compulsionnels à Auschwitz. Et surtout, Vaincre Hitler, c’est refuser l’idée que la mémoire d’un massacre puisse légitimer la conduite actuelle de la politique et la mentalité de la société israélienne.

Car Vaincre Hitler, c’est avant tout vaincre la fascination pour Hitler et tuer le bourreau qui habite aujourd’hui de nombreux Israéliens et qui se donne impunément libre cours. Vaincre Hitler, c’est réveiller la conscience des poupées-tueuses qui officient paisiblement devant leur écran aseptisé et déclenchent un missile assassin d’un clic négligent. Vaincre Hitler, c’est tenter de guérir de la paranoïa d’une grande partie de la population et de ses dirigeants qui se traduit par une surestimation pathologique de soi-même subsumée dans la notion d’élection divine.

La conséquence en est la méfiance et le mépris pour le reste des humains dont la Thora et le Talmud sont remplis et qui sont aujourd’hui concrétisés dans d’innombrables lois racistes. Guérir de la paranoïa, c’est cesser de rejeter en permanence sur ses victimes la responsabilité de ses propres crimes. Car c’est toujours pour « se défendre » qu’Israël tue, blesse, torture, vole des terres, détruit des maisons, dévaste les vergers, ravage et brûle des récoltes, attaque ses voisins et envoie des bombes de tout calibre et de toutes natures, y compris des bombes à fléchettes interdites par le droit international, au milieu de zones résidentielles grouillantes d’enfants afin de provoquer des blessures atroces. Vaincre Hitler, c’est cesser d’être un meurtrier qui, avec constance se proclame innocent et victime.

Comment les Israéliens habités par l’hubris de leur puissance et de leur « exceptionnalité » peuvent-ils s’imaginer qu’un racisme brutal et inhumain leur permettra de s’implanter durablement dans la région ? Comment se fait-il qu’ils soient à ce point aveuglés par un nationalisme orgueilleux qu’ils croient que les missiles et les bombes, même nucléaires, seront suffisants pour leur assurer une présence pérenne dans la région et qu’ils ne voient pas que chaque « succès militaire » contre des civils désarmés est une défaite morale qui sape les fondements de leur État, l’isole du reste du monde et constitue un pas supplémentaire en direction de son auto-destruction.

 

 

6 – La demande de « reconnaissance »

La demande compulsionnelle, malgré un déséquilibre sidéral des forces en présence, que les victimes impuissantes et pratiquement désarmées reconnaissent au Goliath militaire ce qu’il appelle « le droit à l’existence d’un Etat juif » dépasse l’exigence politique rationnelle. Ce qu’Israël attend des Palestiniens, c’est qu’ils lui offrent ce qu’il a déjà pris, tel un voleur qui demanderait au volé de lui offrir volontairement son larcin.

La fureur d’Israël devant le refus obstiné des victimes explique seule la violence disproportionnée et l’escalade ravageuse des représailles aveugles de l’armée et finalement le recours à la famine avec la complicité active du machin qu’on appelle « la communauté internationale ».

De plus, dans l’expression « droit à l’existence d’un Etat juif », Israël et la fameuse et fantomatique « communauté internationale » feignent de faire croire au monde que le mot important serait « existence » parce que les Israéliens seraient menacés d’un « nouveau génocide ».

Erreur, les mots importants sont « État juif ». En fait, Israël demande aux Palestiniens rien moins que de reconnaître qu’Israël jouirait du privilège d’être un État ethniquement pur – ou racialement pur, comme on voudra. Le retour aux lois d’Esdras. En conséquence, les Palestiniens « reconnaîtraient », dans la foulée et a posteriori, la légitimité de leur statut de parias chassés de leurs terres et de leurs maisons.

Pire encore, par une « reconnaissance » de ce type, ils donneraient à Israël la légitimité juridique d’expulser à l’avenir les « non-juifs », à savoir les 800.000 à un million de Palestiniens obstinément restés sur place.

Et que disent de ce mirobolant projet de purification ethnique la kyrielle de ligues et d’associations anti-racistes ? Rien.

Le temple de Jérusalem n’était pas vide et la taupe de la mauvaise conscience ronge une population tout entière frénétiquement occupée à nier la faute du génocide larvé d’un autre peuple dont elle a pris la place.

Voilà pourquoi Israël est le seul État au monde dans lequel il n’existe pas de citoyenneté générale. Il est, en effet, resté sur place, comme il a été rappelé ci-dessus, près d’un million d’obstinés Palestiniens, particulièrement coriaces, attachés à leur lopin, recensés sous le nom d’« Arabes israéliens ». Comme il n’est pas question d’en faire des citoyens de plein droit d’un « Etat juif », du coup, personne n’est officiellement « israélien ». Sur les documents officiels de cet État figurent les mentions « Juif » pour les citoyens de première classe, alors que plusieurs dizaines de « nationalités » ou d’entités, affublées d’un statut inférieur, s’éparpillent sous les vocables « arabe », « russe », « arménien », etc.

On comprend mieux pourquoi une députée, Mme Tartman, a pu dire récemment, à la suite de la nomination d’un ministre non juif – arabe, comme ils disent – que c’est « un coup de poignard dans le dos du Judaïsme » et qu’il faut « déraciner ce mal terrible d’entre nous ».

Mais elle ne sait pas que le « Mal » est indéracinable, car c’est dans la conscience même de chaque Israélien qu’il faudrait aller le traquer.

La faiblesse n’est donc pas là où l’on croit la voir, car le sentiment de force ou de faiblesse sont d’abord dans les têtes. La capacité d’endurance des Palestiniens et leur volonté de résistance sont des forces telles qu’elles commencent à déconcerter et à déstabiliser le Moloch armé jusqu’aux dents. Malgré la puissance de feu de son armée, qui a fini par mettre l’État tout entier à son service, Israël se trouve dans une situation morale et légale de demandeur, donc d’infériorité psychique et finalement d’impuissance. Celle-ci se traduit par la fureur avec laquelle son armée pilonne sans pitié et sans discrimination la population civile. Elle explique aussi la frénésie avec laquelle cet État exige d’être  « reconnu » par ses victimes.

 

 

7 – La guerre messianique

Mais il n’a rien à offrir en échange car dans une guerre entre le « Bien » et un « Mal terrible », telle que la révèle la député Tartman, il n’y a pas de place pour un compromis politique équitable. Seules la capitulation et la soumission peuvent être proposées.

Dans La Guerre et la Paix, Tolstoï fait dire au vieux Maréchal Koutouzov que le vainqueur est le dernier qui tient le terrain et qui ne déserte pas le champ de bataille. Mais la loi de la force, même cachée derrière l’étendard d’un messianisme biblique, a des limites, surtout dans une civilisation de l’image.

Les Palestiniens sont le miroir dans lequel Israël voit son péché.

La laideur de l’image que le miroir lui renvoie révolte de la « belle âme » israélienne, et la pousse, tel le Dorian Gray d’Oscar Wilde, à vouloir briser ce miroir.

Mais comment réussir à tuer discrètement quatre millions d’individus sans susciter un scandale international et passer du stade officiel de victime à celui de bourreau ?

Mais elle ne sait pas que le « Mal » est indéracinable, car c’est dans la conscience même de chaque Israélien qu’il faudrait aller le traquer.

La faiblesse n’est donc pas là où l’on croit la voir, car le sentiment de force ou de faiblesse sont d’abord dans les têtes. La capacité d’endurance des Palestiniens et leur volonté de résistance sont des forces telles qu’elles commencent à déconcerter et à déstabiliser le Moloch armé jusqu’aux dents. Malgré la puissance de feu de son armée, qui a fini par mettre l’État tout entier à son service, Israël se trouve dans une situation morale et légale de demandeur, donc d’infériorité psychique et finalement d’impuissance. Celle-ci se traduit par la fureur avec laquelle son armée pilonne sans pitié et sans discrimination la population civile.

Elle explique aussi la frénésie avec laquelle cet État exige d’être « reconnu » par ses victimes.

 

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