Corbyn et la tyrannie du politiquement correct

 

Gilad Atzmon – Unz Review – 30.10.2020

Traduction : Les Grosses Orchades

 

 

 

 

Le cinéaste libéral Michael Moore, qui en 2016 avait prédit la victoire électorale de Trump, apporte cette fois encore un bémol à la célébration prématurée de la victoire de Biden

 

Hier, cinq jours tout juste avant l’élection, Moore a tiré la sonnette d’alarme, en affirmant avec force que les sondages qui donnent à Biden une confortable avance sur Trump, ne correspondent pas à la réalité.

Dans une récente interview télévisée, Moore a dit :

 

« Le vote en faveur de Trump est toujours sous-évalué par les instituts de sondage. Quand ils vont interroger les gens qui votent pour Trump, les gens qui votent pour Trump se méfient d’eux et se disent que c’est le Deep State qui vient les trouver pour essayer de savoir pour qui ils vont voter .»

 

Moore est catastrophé à l’idée que Trump puisse résider encore quatre ans à la même adresse, mais cela n’affecte pas l’acuité de son jugement. Dans ce monde si particulier, beaucoup d’Américains répugnent à admettre ouvertement leur soutien au président sortant. Ce phénomène n’est pas spécifiquement américain. Beaucoup de Britanniques n’admettraient jamais qu’ils ont voté pour le Brexit, mais revoteraient probablement pour le Brexit. De nombreux Britanniques n’admettraient jamais soutenir les Tories, mais quand ils sont allés voter, ils ont infligé au Labour le coup le plus dur de toute son histoire électorale. La même chose s’est produite aux récentes élections israéliennes : Netanyahou a obtenu un bien meilleur score le jour de l’élection que ne lui en avaient prédit les sondages. L’explication donnée en Israël a été que ceux qui votent pour lui ne disent pas la vérité aux sondeurs.

L’histoire nous offre des flopées de circonstances où les masses ont fait semblant de soutenir le régime, le parti au pouvoir ou un tyran. Ce que nous voyons actuellement en Occident est à l’exact opposé. Une grande partie du public craint l’opposition, elle craint ceux qui veulent la « libérer » de ses gouvernements crypto-fascistes, au nom des « valeurs libérales » et de « la liberté ».

Les Américains ne craignent pas Trump, son parti, ses services secrets, la NSA, le FBI ou la CIA. Ce qu’ils craignent, en réalité, ce sont les géants des médias sociaux « progressistes » et leurs « normes communautaires ». Aux États-Unis, les médias mainstream dans leur quasi-totalité n’ont aucun complexe à être unilatéraux et occultent  de manière flagrante les nouvelles qui pourraient jouer en défaveur du challenger présidentiel. Il est encore plus préoccupant de constater que beaucoup d’Américains paraissent avoir peur de l’opposition  et de son pouvoir éventuel sur eux. Ceci montre que l’Amérique n’est pas, même de loin, un endroit libre. Il faut dire qu’en Amérique, comme d’ailleurs en Angleterre, il faut dire que l’opposition s’est métamorphosée en une force obscure et autoritaire.

Quel est le noyau de ce passage à l’autoritarisme ? Les libéraux et les progressistes qui se disent « la gauche » sont totalement coupés des valeurs culturelles et politiques qui avaient fait de la notion de gauche un argument significatif. Aujourd’hui, le niveau du détachement indifférent est tel que la plupart des libéraux et des progressistes « de gauche » ne se rappellent même pas ce que furent ces valeurs. Cette gauche n’a pas su s’adapter à la nouvelle réalité. Ceux qui la composent recherchent évidemment le pouvoir politique, mais ils n’ont pas été capables d’accoucher d’un plan susceptible de faire du monde un endroit un peu meilleur. Il ne faut pas être un génie pour pouvoir montrer du doigt les dysfonctionnements de l’opération Trump, et pas davantage pour épingler ce qu’il y a de risible dans le cabinet Johnson, mais qu’est-ce que propose l’opposition pour les remplacer ? J’aurais aimé pouvoir dire « pas grand-chose », mais la réponse, en fait, est « rien du tout ».

La faillite humiliante de Jeremy Corby est probablement la fenêtre la plus utile, d’où observer l’évaporation de la gauche et des valeurs progressistes, des deux côtés de l’Atlantique. Quand Corbyn a été élu à la tête du Parti Travailliste en septembre 2015, il était considéré comme la principale icône idéologique de gauche, comme un  homme qui avait soutenu les opprimés tout au long de sa carrière politique. Même ceux qui n’étaient pas de ses partisans admettaient que Corbyn était le premier antiraciste de Grande Bretagne. Dans les jours qui ont suivi sa candidature au poste de Premier ministre, Corbyn a eu toutes les caractéristiques d’une rock star. Des millions de jeunes, en Grande Bretagne et ailleurs dans le monde, voyaient en lui un héros justicier et brûlaient de jouer le rôle d’avant-garde dans la bataille qu’il allait livrer pour la justice et contre l’austérité.

Hier, le même Corbyn a encaissé l’humiliation ultime. Il a été suspendu par le parti qu’il dirigeait encore il y a quelques mois. Que s’est-il passé entre 2015 et 2020 ?

Aussitôt que Corbyn eut pris la direction du Labour, lui-même et son parti ont été soumis à un feu roulant d’attaques de la part du Lobby israélien et des Institutions Juives Britanniques. L’un après l’autre, tous les proches alliés de Corbyn ont été pris pour cibles. Corbyn n’en a pas défendu un seul, ou s’il l’a fait, il a pris grand soin de le faire en cachette.  Des milliers de militants du Labour ont été suspendus et expulsés du parti pour avoir critiqué Israël, son lobby ou fait remarquer l’un ou l’autre aspect exceptionnaliste de la culture politique juive. Et tout au long de cette longue chasse aux sorcières, Corbyn a gardé le silence. Quand il s’est agi de politique seule, Corbyn n’a pas été capable de prendre fermement position sur le Brexit ou sur quoi que ce soit. Il n’a fallu à Cortbyn que quatre ans pour gâcher rédhibitoirement le soutien immense dont il jouissait au départ et pour réduire son parti à l’état de farce tragique. Au cours de ces quatre ans, le Labour a exploré toutes les méthodes autoritaires. Il a harcelé ses militants et rassemblé sur eux des tas d’informations privées, il a même espionné leurs comptes sur les réseaux sociaux. Il a opéré en étroite collaboration avec la police et le lobby israélien, au détriment de ses propres précieux militants. Pendant toute la période où il a été le dirigeant en titre du Labour, Jeremy Corbyn ne s’est pas comporté une seule fois comme un chef, il ne s’est pas une seule fois insurgé contre cette démence ni n’a tenté d’y mettre fin.

Il a été suspendu hier, suite à sa réaction devant le verdict de l’EHRC (Commission Égalités et Droits Humains), selon lequel le Labour a enfreint la loi par sa manière de traiter les plaintes pour antisémitismes au cours de la période où M. Corbyn était à sa tête.

Personne, dans la perfide presse britannique, n’a osé dire en clair ce que signifie cette suspension, à savoir que l’ex-leader du Parti travailliste –quelqu’un qui était candidat au poste de Premier ministre en décembre dernier – n’est pas autorisé à exprimer des opinions personnelles. Tout ce qu’il a le droit de faire, c’est suivre le scénario. Il s’avère ainsi clairement que ce ne sont pas juste les masses qui sont soumises au terrorisme du politiquement correct, mais que le Parti Travailliste lui-même et sa direction sont frappés des proscriptions les plus autoritaires. Il leur est enjoint de se conformer à un scénario. La seule question restée sans réponse, est : qui écrit le scénario et qui le traduit en anglais ?

Mais l’absurdité va encore bien plus loin, car…  la commission EHRC a été créée par le gouvernement travailliste en 2007. Sa tâche non officielle était de s’attaquer au racisme de droite en taillant des croupières au Front National Britannique. Dès sa création, l’EHRC a donc été vouée au rôle de police de la pensée et de l’expression. À considérer les dégâts que Corbyn et le Labour se sont infligés à eux-mêmes, on peut dire qu’ils récoltent ce qu’ils ont semé. Le Labour a été défait par la machine dictatoriale qu’il avait inventée pour museler ses ennemis politiques

On ne sait pas encore qui va gagner l’élection présidentielle US. Mais même si c’est Biden qui la remporte, il est impossible de nier le fait qu’un électeur américain sur deux croit que Trump vaut mieux que lui pour diriger le pays. C’est exactement pareil en Grande Bretagne : même si le Labour avait gagné les dernières élections, un Britannique sur deux croit qu’i !l faut le Brexit pour avancer.

Je crois que s’il reste quelque chose de l’esprit athénien et de l’éthos chrétien dont l’Occident a reçu une précieuse civilisation digne d’inspirer les autres, c’est que nous devons « aimer notre prochain ». En 2020, aimer son prochain signifie être d’accord avec lui pour n’être pas d’accord, c’est voir un humain et toute l’humanité dans chacun de nous. Aimer son prochain, c’est rechercher ce qui nous unit et qui nous oppose fermement à ceux qui veulent nous atomiser en autant de segments biologiques identitaires, séparés par le genre, la couleur de la peau, l’orientation sexuelle, etc. Aimer son prochain, en 2020,  c’est rechercher l’harmonie.

La « Gauche », dans sa forme autoritaire actuelle ne peut pas nous conduire vers ce but. C’est une zone occupée. La Gauche a besoin d’une remise à zéro, d’un retour aux sources. Elle a besoin de plonger dans ses origines métaphysiques : dans cet instinct unificateur qui est universel aussi. Corbyn a été une star quand les gens croyaient qu’il se préoccupait véritablement de « tous » et non de « quelques-uns ». Il s’est évaporé, en tant que puissance politique, quand « tous » ont compris que lui et son parti étaient les marionnettes de quelques-uns.

Source : https://www.unz.com/gatzmon/corbyn-and-the-tyranny-of-correctness/

Source originale : https://gilad.online/writings/2020/10/30/corbyn-and-the-tyranny-of-correctness

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

URL de cet article : http://blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr/index.php/12334-2/

 

 

 

 

 

Novembre 2020

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