PETIT ADDENDUM

En août 1920, Curzio Malaparte, jeune attaché militaire à l’ambassade d’Italie, se trouvait dans Varsovie, assiégée par Trotski.

 

 

1920 – L’expérience polonaise.

L’ordre règne à Varsovie

 

 

Femmes polonaises défendant Varsovie – Août 1920

 

 

 

Combattants polonais de l’Armée Rouge

 

 

[…]

« Varsovie, au cours de ces journées, présentait l’aspect d’une ville résignée au saccage. Une chaleur lourde étouffait les voix et les bruits ; un profond silence pesait sur la foule massée dans les rues. De temps en temps, des files interminables de tramways, chargés de blessés, fendaient lentement cette foule. Les blessés mettaient la tête aux fenêtres et montraient le poing en jurant. Un long murmure se propageait de trottopir en trottoir, de rue en rue. Au milieu d’une escorte de uhlans, parmi les sabots des chevaux, courbés, boiteux, vêtus de haillons, l’étoile rouge sur la poitrine, des prisonniers bolcheviques défilaient. Au passage des prisonniers, la foule s’ouvrait en silence, et se refermait pesamment derrière eux. Des tumultes éclataient par-ci par-là, immédiatement étouffés par la foule. Par-dessus cet océan de têtes, de hautes croix noires se dressaient parfois, portées en procession par des soldats maigres et fiévreux : le peuple avançait lentement, par vagues ; un courant se dessinait, au milieu de la rue, suivait les croix, stagnait, refluait, se perdait en bras tumultueux. À la tête du pont de la Vistule, une foule silencieuse tendait l’oreille à un tonnerre lointain. Des nuages denses, jaunes de soleil et de poussière, fermaient l’horizon qui vibrait en grondant comme sous le choc d’un bélier.

La gare centrale était assiégée jour et nuit par des bandes faméliques de déserteurs, de réfugiés, de fuyards de toutes races et de toutes conditions. Seuls les Juifs paraissaient se trouver dans leur élément au milieu du tumulte de ces journées. Le quartier de Nalewski, le ghetto de Varsovie, était en joie. La haine des Polonais persécuteurs des enfants d’Israël, la satisfaction d’assister à la grande pitié de la Pologne catholique et intolérante s’y manifestaient par des actes de courage et de violence, insolites chez les Juifs de Nalewski, muets et passifs par prudence et par tradition. Les Juifs devenaient silencieux : mauvais signe pour les Polonais.

Les nouvelles des régions envahies qu’apportaient les fuyards nourrissaient l’esprit de sédition : dans toute ville, dans tout village conquis, les bolcheviques ne se hâtaient-ils pas d’installer un Soviet, composé de Juifs de l’endroit ? Les Juifs, de persécutés, devenaient persécuteurs. La liberté, la vengeance, le pouvoir, c’étaient là fruits trop doux pour que la misérable plèbe de Nalewski ne désirât pas y mordre. L’armée rouge, maintenant à quelques milles de Varsovie, trouvait un allié naturel dans l’énorme population juive de la ville, dont le nombre et l’animation croissaient chaque jour. Aux premiers jours d’août, ils étaient au moins cinq cent mille dans Varsovie. Je me suis alors et souvent demandé ce qsui pouvait retenir cette énorme masse séditieuse, brûlante de fanatisme haineux, affamée de liberté, ce qui pouvait l’empêcher de tenter une insurrection.

L’État en dissolution, le gouvernement à l’agonie, une grande partie du territoire national envahie, la capitale en proie au désordre et déjà assiégée : mille hommes résolus, prêts à tout, eussent suffi pour s’emparer de la ville sans coup férir. Mais l’expérience de ces journées m’a convaincu que, si Catilina peut être Juif, les catilinaires, c’est-à-dire les exécuteurs du coup d’État, ne sauraient être recrutés parmi les enfants d’Israël. Au mois d’octobre 1917, à Petrograd, le Catilina de l’insurrection bolchevique fut le juif Trotsky, et non pas le Russe Lénine ; mais les exécuteurs, les catilinaires : matelots, ouvriers, soldats, étaient en majorité russes. Dans sa lutte contre Staline, en 1927, Trotsky devait apprendre à ses dépens le danger de tenter un coup d’État en en confiant l’exécution à des éléments dont la majorité était juive. »

[…]

Curzio Malaparte, Technique du coup d’État,

Grasset, 2017 – pp.101-103

 

 

Surtout à le tenter contre Staline…

 

 

« Weygand au secours de la Pologne » – Le Petit Journal

 

 

En somme, en ces historiques journées de 1920, le ghetto de Varsovie se promettait de faire subir aux catholiques polonais le sort que le IIIe Reich allait lui faire subir hélas vingt-trois ans plus tard. Seule, la défaite de Trotski a empêché ce massacre. À la fin du compte, qui est le plus à blâmer, qui le plus apte à supprimer les autres en bloc ? Les catholiques polonais ? Les juifs juifs ? Les juifs bolcheviques ? Les nazis ? Les Allemands ? Faites tourner les tables et convoquez Louis-Ferdinand Céline, vous entendrez : « l’espèce humaine ! »

 

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Janvier 2020

 

 

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