L’ordre libéral mondial s’effondre sous la pression du coronavirus

 

Paul Antonopoulos – Infobrics18.3.2020

Via TheDuran

 

 

 

 

Le coronavirus permet à Trump de pousser encore plus loin son isolationnisme

 

La décision du Président US Donald Trump d’annuler les vols entre l’Europe et son pays, à l’exception de ceux en provenance du Royaume Uni, et d’imposer une quarantaine de 14 jours à qui veut entrer a été une surprise déplaisante pour l’Europe, d’autant que Washington a annoncé cette décision sans l’en avoir au préalable informée et sans aucune coordination. Ces restrictions ont été introduites pour une période initiale de 30 jours et ont pour cause la pandémie de coronavirus déclarée par l’Organisation Mondiale de la Santé. Bien que jugeant cette action excessive, l’Union Européenne a totalement échoué à affronter le problème du coronavirus, et de telles actions sont tout à fait de l’ordre des mesures prises par de nombreux pays, y compris Israël et l’Australie. En Israël, quiconque arrive de l’étranger est soumis à une quarantaine de deux semaines à son domicile, les autorités ne permettant pas les séjours à l’hôtel – effectivement, il n’y a pas de tourisme. Quoique, de son côté, l’Australie ait imposé une quarantaine de 14 jours à l’arrivée, les séjours à l’hôtel y sont autorisés.

Par suite de tout ceci, le nombre croissant des restrictions imposées par de nombreux pays pour cause de coronavirus affectent sérieusement à la fois les économies nationales et l’idée même de mondialisation. À l’égal des USA, d’Israël et de l’Australie, la Russie a décidé de mettre fin aux échanges de vols avec l’Italie, l’Allemagne, la France et l’Espagne, à de très rares exceptions près. Au nombre des pays qui ont resserré leur régime de visas sont l’Inde, la Thaïlande et le Sri Lanka, la liste étant susceptible de s’allonger. Alors que le coronavirus échappe à tout contrôle dans certains pays de l’Union Européenne, beaucoup d’Ukrainiens rentrent chez eux, ce qui pourrait provoquert un fort déclenchement de l’épidémie, alors que le pays a déjà un système de santé très détérioré.

Les rencontres internationales et nationales sont annulées, y compris la Conférence Interministérielle de l’Organisation Mondiale du Commerce, peut-être la plus importante de toutes, qui devait se tenir au Kazakhstan. Les Championnats du monde de patinage artistique ne se dérouleront pas au Canada et les USA refusent d’accueillir les épreuves de la Coupe du monde de ski. Bien que l’annulation du sommet de l’Organisation Mondiale du Commerce soit le plus important des événements victimes du coronavirus, il ne faut pas oublier les Jeux Olympiques d’Été, qui doivent se tenir cette année à Tokyo : la flamme olympique vient de quitter la Grèce, il y a peu de jours, Le sort des Jeux Olympiques de Tokyo n’est pas encore fixé. Son annulation représenterait, pour les organisateurs, une perte dévastatrice, car c’est l’événement mondial le plus important de cette année. Le Comité Olympique International et le Japon sont toujours bien déterminés à ce qu’il ait lieu, ce qui est compréhensible, puisque tout report ou annulation porterait un coup financier sans précédent à ce pays d’Asie. 

La fermeture de beaucoup de pays aux étrangers et l’annulation d’événements importants portent un coup sérieux aux économies nationales et soulèvent la question de la légitimité de l’ordre libéral mondialisé. Il semble, en effet, que la mondialisation soit en train de mourir avec les progrès du coronavirus à travers le monde. L’idée d’un monde totalement ouvert et globalisé est un dogme fondamental du monde libéral, et toute opposition s’est vue stigmatiser et qualifier de « régime brutal », comme cela a été le cas, notamment pour l’Union Soviétique et la Corée du Nord. L’idée libérale de liberté de mouvement est presque universellement acceptée, s’étendant à ceux qui voyagent pour trouver du travail à l’étranger. Cependant, cette conception du monde et les habitudes qui en étaient nées commencent à cesser d’exister à mesure que les gens subissent des pertes financières sérieuses et se voient infliger des sanctions gouvernementales telles que la quarantaine. Ceci est en train de se produire dans divers pays, quel que soit leur degré de démocratie et de liberté.  

En outre, les USA sous Trump étant au premier rang du changement de cap à l’égard de la mondialisation – notamment par sa fermeture des USA aux étrangers arrivant d’Europe et sa célèbre décision de construire un mur à la frontière US-Mexique – tout indique qu’il va se servir du coronavirus. Et il est peu probable qu’il s’agisse d’une solution à court terme : Trump va au contraire faire traîner cette situation autant que possible, pour pouvoir mettre en œuvre les changements qu’il veut. Le coronavirus va lui servir de parfait prétexte pour imposer davantage encore de politique isolationniste et lui permettre de porter un coup de plus à l’ordre libéral mondialisé. L’Union Européenne, quintessence de l’ordre mondial libéral, a été choquée par la démarche de Trump, mais, aux prises comme elle l’est avec le coronavirus et la crise des migrants à la frontière grecque, elle a peu de chances de pouvoir maintenir le statu quo auquel elle s’accroche si désespérément. 

Trump s’est toujours opposé aux frontières ouvertes, ceci n’est donc pas surprenant. La véritable surprise vient de ce que huit pays européens imposent désormais des contrôles à leurs frontières : l’Autriche, la République Tchèque, le Danemark, la Hongrie, la Lituanie, la Pologne, la Suisse, et – beaucoup plus surprenant encore – l’Allemagne. Lundi, l’Allemagne a fermé ses frontières avec l’Autriche, la Suisse, la France, le Luxembourg et le Danemark, et la surprise est d’autant plus grande que la Chancelière allemande, Angela Merkel, s’était fait la championne de l’ouverture des frontières pendant la crise migratoire de 2015. Effectivement, l’Union Européenne ouvrant ses frontières à un flot de migrants sans papiers, l’alliance était plus ou moins condamnée à la propagation du coronavirus.

Bien que Merkel soit un ardent défenseur du libéralisme, même elle est obligée de se concentrer aujourd’hui sur les problèmes intérieurs. L’Union Européenne, en tant qu’institution, défend toujours les frontières ouvertes, la Présidente de la Commission européenne, et pour Ursula von der Leyen, « Nous avons besoin de laisser les marchandises circuler sans obstacles en Europe ». Cependant, l’Allemagne est en situation de crise, avec au moins 9.360 cas confirmés de coronavirus, et elle a senti que la seule solution était de s’opposer à l’ouverture des frontières, alors qu’elle avait exigé, en 2015, que la Grèce, la Bulgarie et l’Italie laissent les leurs ouvertes aux migrants sans papiers. Il se peut que la pandémie de coronavirus qui atteint l’Europe commence à faire naître des critiques plus fortes à l’égard de l’ordre libéral mondial et plus de sympathie de l’Europe du nord pour l’Europe méditerranéenne, qui a tant souffert des exigences de Berlin et de Bruxelles les contraignant à maintenir leurs frontière ouvertes. Le dernier coup, cependant, a été porté à l’Union Européenne quand elle a été forcée d’accepter qu’elle devait interdire d’entrée tous les non-nationaux de l’UE, à l’exception de la Grande Bretagne, de l’Islande, du Lichtenstein, de la Norvège et de la Suisse : les champions de l’ouverture des frontières ont été contraints de fermer les leurs.

 

Paul Antonopoulos est Research Fellow au Center for Syncretic Studies. Il collabore couramment à Global Research.ca, à Geopolitica.ru, a FortRuss et à Al Masdar News/AMN

 

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

 

Source : https://theduran.com/liberal-globalized-order-is-collapsing-under-pressure-from-coronavirus/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=the_duran_daily&utm_term=2020-03-18

Source d’origine : http://infobrics.org/post/30560/

URL de cet article : http://blog.lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.fr/index.php/8939-2/

 

 

 

 

Mars 2020

 

 

 

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