La descendance de Garibaldi en guerre

 

Garibaldi photographié par Nadar

 

 

On connaît ou on devrait connaître l’histoire du légendaire Giuseppe Garibaldi, héros du Risorgimento, père de l’unité italienne et « Héros des deux mondes ». On devrait d’autant plus le connaître qu’il est né à Nice et que Victor Hugo, Alexandre Dumas, Georges Sand et d’autres ne lui ont pas ménagé leur admiration. On connaît ne connaît pas ou moins bien celle de sa descendance humaine.

Or, Garibaldi a eu trois femmes et plusieurs enfants.

De la première de ses épouses, Anita Garibaldi, née à Montevideo, qui a sa statue à Rome, sur le Janicule, il a eu deux filles et deux fils. De ses deux fils – Menotti (1840-1903) et Ricciotti (1847-1924) – c’est le cadet qui nous intéresse aujourd’hui, car c’est lui le père du général « Peppino ».

 

 

Ricciotti Garibaldi

Montevideo 1847  – Rome 1924

 

 

Ricciotti Garibaldi

 

Ainsi prénommé en mémoire de Nicola Ricciotti (it), patriote fusillé par les Bourbons, Ricciotti Garibaldi a été un homme politique et un combattant (on dit aussi condottiere).

Avec son père, il s’est battu aux côtés de la France dans la guerre de 1870, suivie, comme on le sait, par la chute du Second Empire et par la Commune. En 1912, dans la Première Guerre balkanique, il a combattu aux côtés des Grecs contre l’Empire Ottoman.

Également homme politique, il a été député du Royaume d’Italie de 1887 à 1890.

Quand son pays est entré dans la Première Guerre mondiale en 1915, il était malade, invalide et trop âgé pour encore se battre, mais ses fils la feront tous. Après la guerre, il s’opposera à l’avènement du fascisme. Il est mort en 1924.

De son épouse anglaise, Constance Hopcraft, Ricciotti Garibaldi a eu six fils :

 

Peppino (1879-1950)

Ricciotti Jr (1881-1951)

Menotti Jr (1884-1934)

Sante (1888-1946)

Bruno (1889-1914)

Costante (1892-1915)

Ezio (1894-1969)

 

Et une fille, Anita Italia, morte à Rome en 1962

Certaines sources parlent de trois filles…

 

 

 

 

 

Giuseppe « Peppino » Garibaldi

Melbourne 1879 – Rome 1950

 

 

 

Peppino Garibaldi et Ricciotti Garibaldi, son père

 

 

Ce n’est pas ici le lieu de nous étendre en détail sur la carrière du général Peppino, qui nous intéresse surtout pour son action dans la Première Guerre mondiale, d’abord aux côtés de la France, ensuite aux côtés des Alliés.

Résumons très schématiquement :

Il a combattu les Turcs, côté grec, avec son père, en 1887, puis avec les révolutionnaires, au Venezuela et dans divers pays d’Amérique Latine, y compris dans la révolution mexicaine aux côtés de Pancho Villa (batailles de Casas Grandes et de Ciudad Juárez). Comme personne n’est parfait, il a aussi offert ses services à l’Angleterre pendant la Guerre des Boers (il faut dire que sa mère était anglaise). En 1912, il a servi avec l’armée grecque dans la Première Guerre balkanique et, rentré en Europe, a formé la légion garibaldienne dont nous avons parlé et s’est battu en France à titre personnel. Après l’entrée en guerre de l’Italie et la dissolution de sa légion, il a continué à se battre au sein des forces italiennes (IIe Corps d’armée du général Albricci).

Époux heureux de l’américaine Maddalyn Nichols, Peppino Garibaldi a ensuite vécu une vie civile aux États-Unis, jusqu’à son retour en Italie en 1940, pour revoir sa mère (décédée l’année suivante). Lors de l’armistice de Cassibile (3-8 septembre 1943) il a été arrêté par les Allemands et interné à Regina Coeli. Il a vécu les années suivantes, à Rome, avec son épouse, une vie tranquille et réservée, jusqu’à sa mort en 1950, à l’âge de 70 ans.

 

 

 

 

Mais dans la légion garibaldienne, il n’y a pas eu que Kurt Suckert-futur Malaparte, ses 23 jeunes républicains pratéens et un certain nombre d’anars et d’hommes du peuple italiens à servir sous les ordres du général Peppino : il y a eu aussi ses cinq frères. Entre Noël et le jour des Rois, il en aura perdu deux.

 

 

 

 

Ricciotti Garibaldi Jr 

Rome 1881 – Rome 1951

 

 

Ricciotti Jr recevant les félicitation du général Gouraud, après avoir été décoré de la médaille militaire

 

 

Ricciotti Garibaldi Jr. a d’abord fait des études industrielles et travaillé – dans le bâtiment et les chemins de fer – en Égypte et en  Tripolitaine.

En 1912, il participe avec ses frères à la Deuxième Guerre balkanique. En 1914, interventionniste passionné, il s’implique avec décision dans le recrutement de volontaires et la collecte de fonds, puis rejoint, en France, la légion commandée par son frère aîné. Lors de l’entrée en guerre de l’Italie, il s’enrôle comme volontaire dans le 51e régiment d’infanterie où il atteint le grade de major, puis, la guerre finie sur le front italien, s’enrôle pour la terminer sur le front franco-belge.

Avec ses frères Peppino et Sante, il a tente également de s’opposer à l’ascension de Mussolini et du fascisme en créant le mouvement Italia Libera.

La vie de Ricciotti Jr est pleine de rebondissements. Expulsé de France pendant la Deuxième Guerre mondiale, il se réfugie à Cuba, mais revient assez vite en Italie, où, après des péripéties diverses, il entre dans la résistance. Après le fatidique 8 septembre (voir plus haut) il est nommé informateur le long de la « ligne Gustav » par le Commandement US. IL passe les années d’après-guerre dans une assez grande pauvreté, à Rome, où il meurt en 1951.

 

 

 

 

 

Menotti Garibaldi Jr

Rome 1884 – Sri Lanka 1934

 

 

 

 

 

Menotti Jr est ainsi nommé d’après le frère aîné de son père. Comme ses frères, il est poussé vers les études techniques . Il quitte l’école navale de Gaeta en 1901 et, à l’âge de 18 ans, est diplômé en ingénierie.  Il rejoint alors son frère Sante au Caire, participe, au Soudan, aux travaux d’irrigation anglo-égyptiens. En 1906, il se sépare de son frère, qui va poursuivre, à Khartoum, des activités de cartographe., et il se dirige vers la Chine, où il fonde une importante compagnie de construction de chemins de fer. Les gouvernements chinois et japonais lui confient des emplois difficiles et exigeants.

Rappelé par son père, en 1912, pour participer à la guerre de Grèce, il ne peut se libérer de ses engagements. Mais, en 1914, il est là et, en 1915, il s’enrôle comme ses frères dans la 51e régiment d’infanterie, où il est rapidement promu lieutenant, puis capitaine. Il reçoit la médaille d’argent à la valeur militaire lors de la campagne de la Marmolada, en 1916. En 1917, il est fait major « pour mérites exceptionnels ».

En juillet 1918, Menotti Jr est envoyé en Sibérie comme délégué de l’Italie auprès du comité technique interallié pour la réorganisation du Transsibérien et la délimitation des frontières de la Sibérie. Il y reste toute l’année 1919 et rentre chez lui en 1920, où il est mis à la disposition de l’État-Major général et démobilisé. Il retourne alors en Chine, où il est nommé à la direction  des tramways de Tien Tsin, et il y reste jusqu’en 1924 sans s’impliquer politiquement, mais, de retour en Italie en 1925, il déclare à son frère Sante qu’il ne peut rester en Chine dans la situation où elle se trouve. Il demande à être réincorporé dans l’armée, qui le met à la disposition du ministère des Colonies. En 1929, il est envoyé en Érythrée avec le grade de lieutenant-colonel. En 1932, déjà en très mauvaise santé, il doit quitter Massawa et, accompagné de sa jeune femme anversoise, Hortense Scheerdijk, il rejoint en France son frère Sante, qui vient d’épouser Beatrice Borzatti. La dégradation de sa santé l’oblige à quitter la carrière des armes et sa dernière activité est celle de consul d’Italie à Colombo (Ceylan). Pour obtenir cet emploi, il doit prendre sa carte du PNF, que son frère Ezio (seul des Garibaldi à avoir embrassé le fascisme) lui fait obtenir en 1933. Il meurt à Colombo, sans enfant, en 1934.

 

 

 

 

 

Sante Garibaldi 

Rome 1888 – Bordeaux 1946

 

 

Sante Garibaldi, défilant à la tête de la Fédération Garibaldienne (pacifiste et antifasciste) le 14 mai 1939, à Bergerac (Dordogne).

 

 

Ayant fait la Première Guerre mondiale avec ses frères sur l’Argonne, Sante Garibaldi émigre en France après la prise du pouvoir par Mussdolini. Il réside à Verteillac (Dordogne), puis s’installe à Bordeaux où il prend la tête d’une société de travaux publics.

À Bordeaux, on lui doit notamment la construction du grand stade municipal ainsi que la piscine Judaïque. Très engagé politiquement, il œuvre à la tête du mouvement garibaldien démocratique, puis, après l’armistice, entre en résistance. La Gestapo l’arrête le 24 juin 1943 et l’enferme au Fort du Hâ, à Bordeaux. Il est déporté à Dachau en septembre 1943.

Libéré le 24 avril 1945, il meurt à Caudéran des suites de son internement, le 4 juillet 1946. Le 30 décembre 1948, le président Vincent Auriol lui décerne, à titre posthume, la cravate de Commandeur de la Légion d’Honneur.

 

 

 

 

 

 

Bruno Garibaldi

Rome 1889 – Argonne 1914

 

Bruno  Garibaldi, tombé dans les Vosges le 26 décembre 1914

 

 

Décembre 1914, bataille des Vosges – Le corps de Bruno Garibaldi est ramené par des soldats français

 

 

 

 

 

 

Costante Garibaldi

Rome 1892 – Argonne 1915

 

 

 

 

 

 

Il n’y a guère, sur les deux frères, que des photos, tant leur vie a été brève.

 

 

Plaque à Costante et Bruno Garibaldi apposée sur le socle de la statue de leur grand-père –Paris, Square Garibaldi

 

À lire :

La légion garibaldienne en Argonne

http://aufildesmotsetdelhistoire.unblog.fr/2009/07/19/la-legion-garibaldienne-en-argonne/

 

 

 

 

 

Ezio Garibaldi

Riofreddo 1894  – Rome 1969

 

 

 

Ezio Garibaldi et sa mère

 

De tous les Garibaldi, Ezio a été le seul fasciste, jusqu’en 1940. Comme il était de règle chez tous les petits Garibaldi mâles, il a étudié à l’Institut technique de Fermo. Mais, contrairement à ses frères, il n’a pas été invité à quitter la maison familiale à 18 ans.

Inscrit à l’école en 1911, il interrompt ses études en 1912 pour rejoindre son père et ses frères en Grèce. En 1914, il se bat en Argonne sous le commandement de son frère aîné. En 1915, il est incorporé dans les chasseurs alpins où il atteint le grade de capitaine. La même année, il est blessé au col de Lana (d’une balle à la gorge, mais il s’en sort). Il sera blessé une deuxième fois et, en 1917, envoyé à Nice pour une cérémonie destinée à exprimer aux USA de la reconnaissance pour leur intervention dans le conflit, il y rencontre Hope MacMichael, volontaire de la Croix-Rouge et descendante d’une des plus vieilles familles de Philadelphie, qu’il épousera en 1921 et dont il aura une fille, Anita.

Avant la guerre, Ezio avait connu Benito Mussolini et collaboré à l’Avanti. Après le conflit, il entre au Popolo d’Italia et renoue avec le futur Duce. Petit à petit, il s’est éloigné du socialisme auquel il ne croit plus. Avec sa femme, il s’établit à Mexico, où il devient représentant de la société américaine Baldwin Locomotive Works. C’est là qu’en 1922 il est nommé par Mussolini « envoyé extraordinaire », avec le grade de ministre plénipotentiaire. En 1924, il rentre à Rome. Ébranlé par l’assassinat de Matteotti, il demande à être envoyé eu Pérou, mais son état de santé le contraint d’y renoncer. Il se transfère alors à Riofreddo, son endroit natal, où il est élu maire, puis fait préfet.

En 1925, avec l’aide matérielle de sa femme, il acquiert une imprimerie et lance un mensuel qui vise à diffuser la tradition garibaldienne – Camicia rossa (« Chemise rouge ») – qui durera pendant les vingt ans du fascisme

En 1927, il devient consul général de la Milice.

En 1929, il est élu député sur une liste fasciste et réélu en 1934.

Président de la FNVG (Federazione Nazionale Volontari Garibaldini), il adhère officiellement au Parti National Fasciste et rompt les relations avec son frère Sante, réfugié en France, qui a, dans son pays d’accueil, constitué plusieurs associations garibaldiennes antifascistes.

Dès le début de la Deuxième Guerre mondiale, il soutient vigoureusement les Gruppi d’Azione Nizzarda (GAN) qui réclament le retour de Nice au Royaume d’Italie.

Quoi qu’il condamne dès ses débuts le nazisme et qu’il ait appris avec dégoût la promulgation des lois raciales, il n’en devient pas moins, en 1939, conseiller national de la Chambre des Fasci et des Corporations. Après le 8 septembre 1943, il se retire complètement de la vie politique et, en 1944, est arrêté par les Forces alliées et incarcéré au camp de concentration de Padula. Il tentera, en 1958, de renouer avec la vie politique en se présentant comme candidat à la Chambre pour le Parti Monarchique Populaire mais ne sera pas élu.

Ezio Garibaldi est mort à Rome en 1969, à l’âge de 75 ans.

 

 

 

 

 

 

 

Assis, de g. à dr. Le major Longo, commandant du 3e bataillon, Ricciotti Jr, Peppino et Sante. Debout, de g. à dr., le 1er est Giuseppe Evangelisti, le 3e Menotti Jr et le 4e Ezio. Bruno et Costante sont déjà morts (brassards noirs)

 

 

 

 

 

 

Une photo insolite

 

 

Mussolini conversant avec De Bono, Ezio et Sante Garibaldi et un homme en uniforme (Menotti Garibaldi)

 

 

Explication : cette photo a été prise le 2 juin 1932. Mussolini a décidé de faire amener, de Viterbe à Rome, les cendres de leur grand-mère Anita Garibaldi et de lui consacrer, sur le Janicule, un mausolée et une statue. Les Garibaldi sont en service commandé.

 

 

 

 

Statue équestre et tombeau d’Anita Garibaldi – Rome

 

 

 

 

 

 

11-17 Novembre 2019

 

 

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