La barque des évadés espagnols – Don Quichotte – Gustave Doré

 

 

 

 

COMPRENDRE !

 

 

 

Publication posthume d’une œuvre de

Manuel de Diéguez

 

 

 

Mémorial de la philosophie 

« Sous le regard de Don Quichotte et de Sancho Pança »

 

 

 

 

En 4 volumes

 

 

 

 

 

Toute une aventure…

 

 

 

Au cours des si mal nommées trente glorieuses, la main invisible du marché décida sans trop le crier sur les toits, qu’il était grand temps d’en finir avec un certain nombre d’intellectuels, représentatifs d’une génération et d’une forme d’éducation, c’est-à-dire d’une culture dont il urgeait de se débarrasser en la déclarant obsolète, pour la remplacer par la religion de la réussite matérielle, le libéralisme de droite (pléonasme), la culture des start ups et autres cadeaux de fée Carabosse venus d’Outre Atlantique et accueillis – faut-il le dire – par les mêmes pécores de Panurge qui se précipitent aujourd’hui les yeux brillants et la bouche ouverte sur les seringues porteuses de leur mort.

 

 

 

…d’Adam Smith

 

 

 

Dans la foulée, on allait aussi s’attaquer au principal trésor des peuples, autrement dit à leurs livres, en « dégraissant » les bibliothèques publiques de ce qu’elles avaient de plus précieux, pour faire place aux dégorgements exponentiels de l’édition dominante qui se conforma, empressée, aux oukases des nouveaux maîtres et se transforma sans sourciller en corporation de marchands de pâte à papier imprimé. Un de nos souvenirs très cher est ce week-end où une grande bibliothèque US (celle de San Francisco si notre mémoire de flanche pas) où, avertis le vendredi de ce que, le lundi, il leur faudrait remettre aux équarrisseurs tous les livres qui n’auraient pas été empruntés depuis trois ans, les bibliothécaires décidèrent de camper sur place et d’en sauver le plus possible, tamponnant à tour de bras de faux emprunts et ne dormant, par terre, qu’une heure de temps en temps, jusqu’à la réouverture fatidique.

 

De même, du jour au lendemain, tout écrivain, penseur, historien ou artiste qui ne se conformait pas aux valeurs à la mode fut décrété jetable comme un kleenex et traité en paria, en encombrant qui, lorsqu’il avait en outre le mauvais goût de vivre vieux, coûtait un pognon de dingue aux nouveaux mirliflores, en amenuisant au-delà du supportable, leur part de ce qu’ils ponctionnaient dans les poches contribuables.

 

Parmi les dégraissés humains, nous en connaissons trois, mais il y en eut bien d’autres, dans le monde dit libre (mais libre de quoi, hein ?).

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Mémorial

de la philosophie

 

 

Manuel de Diéguez a voulu reposer dans son propre jardin « au milieu des rosiers d’Aline ». C’est là qu’il se trouve, et c’est naturellement Aline aussi, le maître d’œuvre de ce Mémorial, qui en a écrit la préface.

 

 

Manuel de Diéguez

Présentation de l’homme et de l’œuvre

 

 

 

 

 

Je n’ignore pas que le handicap principal de Manuel aux yeux du Landerneau parisien, c’est qu’il n’allait pas dans les dîners en ville, n’appartenait à aucune chapelle, a suivi un parcours unique, à l’écart de toute idéologie et de toute croyance. Et maintenant, il est mort. Mais son œuvre est vivante. C’est l’essentiel. C’était l’essentiel pour lui. C’est grâce à sa vie retirée, consacrée entièrement à l’étude et à la rédaction d’une  œuvre jamais présentée à aucun éditeur qu’existent  le Mémorial , une anthropologie spécialisée dans l’étude du cerveau religieux dans l’Histoire intitulée Penser l’imaginaire et des dizaines de textes sur internet de réflexion ou d’application directe de son anthropologie à la géopolitique.

 

L’homme, écrivait-il,  appartient à une espèce dont nous savons depuis Darwin qu’elle est une fuyarde de la zoologie et que son encéphale bénéficie d’une évolution qui en augmente le volume avec une lenteur infinie. Ce que les philosophes contemporains ont tendance à oublier. Dans ces conditions, qu’est-ce que penser,  et comment la pensée utilise-t-elle la logique afin d’accéder à une éthique, celle de la droiture de l’intelligence, donc à une aristocratie de  la  philosophie ? Telle est la question centrale qui traverse la vie et l’ œuvre du philosophe.

 

Heidegger a intitulé l’un de ses livres : « Was heisst denken », ce qui signifie primo : « Qu’est-ce qu’il faut appeler la pensée ? », secundo, « Qu’est-ce qui s’appelle penser ? », au sens de « Qu’est-ce qui mérite de s’appeler la pensée ? », tertio, « Que signifie penser », c’est-à-dire « Quel sens faut-il donner à la faculté de penser ? » Dans cet éventail d’acceptions, inutile de chercher la plus aristocratique, parce que toutes se ramènent à l’art de traquer la tricherie de la fausse pensée. Or, si la pensée véritable cherche la vérité, qu’en est-il de la vérité ? Est-ce que son objectif n’est pas d’engendrer  la compréhensibilité de son objet , donc d’accéder à l’intelligible,  c’est-à-dire au sens ?

 

Dans le cheminement du Mémorial à travers  l’œuvre des philosophes au cours des siècles, il est question des tricheries du verbe comprendre, car l’intelligible est le  véhicule du sens. Or, sitôt que le sens est placé sous la lentille du microscope qu’on appelle la philosophie, on  découvre que ce substantif exprime des finalités humaines et qu’il est téléologique et même plus directement théologique.

 

C’est à cette traque et à cette pesée que s’est livré Manuel de Diéguez dans son  Mémorial. Pour ce faire, le Mémorial rappelle que Swift, Molière, Cervantès, Shakespeare ou Kafka sont aussi des philosophes et même les plus grands des philosophes. Le « crime » de Manuel  est de les tenir pour les vrais successeurs de Platon.

 

Son forfait est ancien et démontré : il avait  tenté de comprendre Pascal, Bossuet, Chateaubriand et Claudel en philosophes dans son Essai sur l’avenir poétique de Dieu, et il avait persévéré à écouter des voix et des hommes dans l’Écrivain et son langage, rappelant que Chateaubriand avait écrit : « Je ne m’occupe que de théologie poétique ».

 Aline de Diéguez

 

 

 

 

 

Sous le regard de Don Quichotte et de Sancho Pança

 

 

Extraits

 

 

 

 

 

Le soir tombait…

 

 

I

 

Le soir tombait… À d’autres de conduire de village en village la Rossinante de la dialectique et la mule de l’expérience, à d’autres de s’attarder dans les auberges où le gîte et le couvert sont assurés aux voyageurs. J’ai couru à tombeau ouvert d’une oasis à l’autre et je me suis désaltéré aux rares puits où coulait une eau claire.

 

Le Quichotte accélérait tellement l’allure qu’il m’a fallu négliger l’hospitalité des cités bourdonnantes de philosophes illustres. Le soir tombait. Le héros de Cervantès avait des allures de brahmane. Depuis le lever du soleil, et sans dévier un seul instant de son chemin, le fou marchait d’un pas pressé : il ne voulait pour rien au monde manquer le spectacle du soleil couchant. Derrière lui, pareil à un enfant distrait, j’aurais voulu m’arrêter à tous les étalages. Mais le Chevalier à la Triste Figure ne cessait de me rappeler que nous avions rendez‑vous avec un tombeau. Rossinante hâtait le trot et paraissait de plus en plus allègre au fur et à mesure que nous approchions du terme de notre équipée.

 

En vérité, c’était un songe de l’Occident que nous conduisions à sa dernière demeure à travers des déserts torrides ou glacés. Le Quichotte a agonisé tout au long de la route. Maintes fois, il a failli rendre le dernier soupir avant l’heure qu’il s’était fixée. Alors, il me rappelait que si je le conduisais d’une seule chevauchée jusqu’à sa sépulture, il ressusciterait d’entre les morts. Certes, me disait‑il, il n’avait que faire des jardins de Grenade de la métaphysique ; quelques fleurs sur sa tombe suffiraient à ses funérailles. Il ne désirait pas que le curé, le barbier et l’apothicaire de son village fussent présents à sa descente en terre.

 

Quand nous sommes arrivés au port, Rossinante était si efflanquée que je m’étonnai qu’elle tînt encore debout : et le grison du bon Sancho n’avait que la peau sur les os. « Voilà donc le Toboso », murmura le fantôme de Dame Dulcinée au bord du trou qu’avaient creusé des fossoyeurs repartis depuis longtemps.

 

 

 

 

Le délire de Don Quichotte – Gustave Doré

 

 

 

II

 

Il arrive que le romancier, le poète, le dramaturge, l’historien allèguent de bonnes raisons de n’être lus qu’après leur mort; mais celles du philosophe sont toujours excellentes et souvent impérieuses, parce que l’érémitisme de la pensée est d’une nature si particulière qu’elle n’est comparable à aucune autre. L’homme au service de la raison ne manie pas la plume pour plaire à ses contemporains, mais pour tenter de donner une plus grande profondeur au regard de l’esprit sur lui‑même. Il serait vain de qualifier de cruel le scalpel de ce chirurgien. Sa vocation est de soigner les infirmités du cerveau de l’humanité.

 

Certes, il se rencontre encore quelques théologiens déguisés en philosophes. Leur fonction dans la cité les éloigne de la carrière des rudes médecins de l’encéphale. Mais il arrive également que certains rationalistes se qualifient abusivement de disciples de Socrate. Alors ils se proclament au service de l’intelligence, mais ils se résignent à prendre l’humanité telle qu’elle est, à la manière des historiens, qui ne se demandent jamais pourquoi notre espèce se présente sous tels traits et non point sous tels autres. Ceux‑là se contentent d’observer des rites et des cérémonies séculaires et de peser les avantages et les désavantages politiques et moraux que les divers peuples tirent de leurs croyances. Aux yeux de ce genre de penseurs, c’est faire bien suffisamment usage de son jugement que de créditer les fables et les mythes d’une sorte de légitimité par des analyses de l’utilité qui se cache sous leur folie.

 

Tel n’a été à aucun moment l’idée que je me suis faite de la philosophie. Ma solitude a toujours trouvé son inspiration dans l’intense stupéfaction que j’ai éprouvée depuis mon adolescence de ce que les neuf dixièmes du genre humain croient sincèrement en l’existence plus ou moins objective de plusieurs dieux ou d’un seul et de ce que le dixième restant ne cherche ni à savoir, ni à comprendre comment la conque crânienne d’Adam est construite pour qu’elle prête crédit à une si grande sottise. Mon athéisme serait, à lui seul, un motif suffisant de m’adresser exclusivement à des lecteurs posthumes car en interposant une tombe entre leur regard et mon modeste Mémorial, j’espère retirer un grand obstacle à l’écoute honnête de mes écrits. Sachant que la fosse est pacificatrice, j’espère que sa protection permettra au lecteur d’écarter de son chemin deux formes de cécité de la pensée, celle qui se nourrit de la croyance et celle qui se complaît à un rationalisme superficiel.

 

Aristote a voulu que la philosophie naquît de l’étonnement. Mais l’étonnement de l’homme de science diffère de l’étonnement socratique. J’ai voulu me nourrir d’une surprise toujours renouvelée de ce que non seulement l’humanité ordinaire, mais également les apôtres de l’intensité et de la rigueur de la pensée, dont la tâche est de tailler le diamant extrême de l’étonnement, et qu’on appelle philosophes, ne s’étonnent pas d’un délire qui fut longtemps universel et qui n’a commencé d’être étudié que depuis deux siècles à peine.

 

Mon Mémorial est d’abord la première tentative, à ma connaissance, d’écrire une Histoire de la philosophie inspirée de bout en bout par une interrogation opiniâtre du phénomène de la croyance ‑ ce qui exige non seulement une traque de l’origine et de la nature de l’imaginaire, mais qui en permettent l’usage. Celles‑ci ne peuvent être conquises qu’en se mettant patiemment à l’écoute de vingt-quatre siècles d’Histoire de la philosophie.

 

Mais les obstacles qui se dressent encore de nos jours devant une philosophie animée d’une intention de ce genre sont tellement redoutables qu’il serait vain de publier mon ouvrage sans m’être assuré de la bienveillance de la mort. Ce dieu, le seul dont je demande la bénédiction, est aussi le seul qui puisse faire entendre une voix en amont de l’Histoire. Les eaux du Léthé charrient les nations depuis leur source jusqu’à leur anéantissement. Socrate, lui, médite sur une humanité qui dote d’un destin l’histoire de son cerveau.

 

 

 

La barque des évadés espagnols – 13e épisode – Gustave Doré

 

 

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En guise de postface…

 

 

 

 

 

Une interrogation passionnée habitait Manuel de Diéguez : « Qu’est-ce qui, en l’homme, est véritablement humain ? »  Pour lui, l’activité philosophique pourrait être symbolisée tout entière par le geste d’Hamlet élevant à la lumière le crâne  de Yorik. « Ce cerveau, c’est moi et il pense », disait Descartes. Il rêve, dit Manuel de Diéguez et la « pensée cartésienne » est l’une des formes que prennent ses rêves.

Lorsque le cerveau est celui d’un physicien ou d’un mathématicien, les rêves se manifestent sous la forme de théories scientifiques. Si sa vocation est la politique, il échafaude des systèmes qu’on appelle des « utopies », notamment lorsqu’ils ont échoué. Mais c’est dans les religions que l’imaginaire trouve l’empire le plus vaste et les nourritures les plus variées. Car le cerveau est la fois la source inépuisable des créations mythologiques extériorisées et une sorte de tonneau des Danaïdes  qui les recueille en retour dans l’espérance d’apaiser une inapaisable angoisse

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De quoi s’agit-il ?

 

Manuel de Diéguez

Mémorial de la philosophie

Sous le regard de Don Quichotte et de Sancho Pança

Perspectives Libres – 1er janvier 2022

4 volumes brochés (15 x 21 cm)

1715 pages

100 €

Mot de l’éditeur :

Première oeuvre posthume publiée du philosophe Manuel de Diéguez, ce Mémorial de la philosophie nous offre une confrontation avec les grands esprits du passé à la recherche de l’inconscient religieux de la pensée. Par ces volumes s’ouvre la redécouverte d’un grand auteur français du XXe siècle, enfin sorti des limbes de l’oubli.

Pour ceux qui l’ignoreraient encore :

Manuel de Diéguez (1922 – 2019) né à Saint-Gall (Suisse). Études de Lettres, de Droit et de Sciences politiques à l’Université de Lausanne (UNIL). Plusieurs fois Visiting Professor aux États-Unis. Principaux ouvrages : Science et Nescience (Gallimard, Bibliothèque des Idées), La Caverne (Gallimard, Bibliothèque des Idées), Essai sur l’avenir poétique de Dieu (Plon), Et l’homme créa son Dieu (Fayard), Le Combat de la raison (Albin Michel). Et beaucoup d’autres.

Tome 1.

Platon, Saint Augustin, Luther, Rabelais, Ignace de Loyola, Cervantès

Tome 2.

René Descartes, Thomas Hobbes, Baruch Spinoza, John Locke, Leibniz Berkeley, Hume, Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Emmanuel Kant, Hegel , David Strauss, Soeren Kierkegaard, Schopenhauer, Nietzsche.

Tome 3.

Franz Kafka, Henri Bergson, Edmond Husserl, Einstein, Sigmund Freud, Martin Heidegger, Karl Marx, Jean-Paul Sartre

Tome 4.

Réflexions sur l’histoire de la philosophie – Sur les chemins de la dialectique – Petite généalogie de l’imaginaire religieux – Qui sommes-nous ? – État du monde au début du XXe siècle – Pour une anthropologie post-darwinienne – Au soir de ma vie… – Conclusion : Mon testament intellectuel

 

 

 

 

Esprit de l’escalier :

Quelqu’un peut-il nous dire pourquoi, en français, on écrit Quichote avec deux t et Tartufe avec deux f ? – L.G.O.

 

 

 

 

 

Mis en ligne le 9 janvier 2022

 

 

 

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