LES BRICS, C’EST MORT
[ BRICS IS DEAD ]
Pepe Escobar – Suleiman Ahmed – Moral Resistance 16.5.2026
Transcription :
SULEIMAN AHMED – Pourrait-il y avoir un scénario où l’on aurait la Chine, la Russie, et peut-être maintenant l’Iran ? Vous en avez parlé lors de la dernière émission, une sorte de triade ou… vous savez, une organisation tripartite, avec d’autres acteurs par dessous. Ou peut-être pourrait-on même avoir la Chine et la Russie, puis d’autres acteurs à différents niveaux ou je ne sais quoi, mais en ce qui concerne spécifiquement les BRICS, je n’ai jamais pensé que ça marcherait. J’aimerais bien savoir ce que vous en pensez.
PEPE ESCOBAR – Je suis d’accord avec vous, Suleiman. Je me suis peut-être montré trop idéaliste. Vous savez, j’ai suivi de très près le projet «BRICS » ces derniers temps : avant le sommet de Kazan en Russie et avant le sommet de Rio l’année dernière. J’ai toujours essayé de promouvoir les BRICS. J’ai tout le temps parlé aux sherpas. Parce que, vous savez, je crois que ça pourrait marcher. Mais c’était, tout ça, c’était jusqu’à l’année dernière. Cette guerre change tout. Vraiment tout. Et… même avant le début de la guerre : avec cette visite de Modi en Israël qui a fait exploser les fondations de l’intérieur, mais à très grande échelle,… Ppuis leur refus [aux BRICS, NdT] de condamner la guerre contre l’Iran ! Jamais, jamais ils ne l’ont fait. Voilà, c’est comme ça. Et au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai, il y a même une certaine entente entre l’Inde et le Pakistan – pardon, entre l’Inde et le Pakistan, et entre l’Inde et la Chine –, mais au sein des fondations, d’après ce que j’ ai suivi ces dernières années, c’est Poutine qui était le ciment. Donc Poutine était le seul à pouvoir, vous savez, réunir Modi et Xi dans la même pièce, à la même table, et leur dire à tous les deux : « Bon, maintenant, nous sommes assis ici tous les trois et vous allez discuter de vos problèmes face à face ». C’était donc lui le ciment, et c’est pourquoi ça commençait à fonctionner au sein des BRICS. Mais maintenant, après la guerre contre un membre à part entière des BRICS, et avec deux autres membres qui lui sont fondamentalement opposés, l’organisation est en train de voler en éclats. Donc… c’est une question qu’on devrait poser à notre grand ami Sergueï Lavrov, ce que j’ac bien l’intention de faire la prochaine fois que je serai en Russie. C’était un fervent partisan des BRICS et il a travaillé d’arrache-pied pour ce groupe, notamment avant le sommet de Kazan. Quant à Sergueï Ryabkov, le numéro deux du ministère des Affaires étrangères, c’est un homme brillant et le principal représentant russe auprès des BRICS. Il occupera sans doute à nouveau ce poste cette année, avant qu’ils ne soient tous au tapis. Mais comment va-t-on pouvoir recoller les morceaux ?
SULEIMAN – C’est bien malheureux, mais votre analyse est juste : vu la façon dont les choses tournent actuellement, c’est même impossible. Surtout si on écoute ce que disent les Indiens. Ce que je veux dire par là, c’est que l’Inde a infiltré les États-Unis d’Amérique et le Royaume-Uni. Prenons l’exemple de Vivaswami : son grand-père est membre du BJP [le parti de Narendra Modi, NdT], et aux USA, vous avez des gens comme Viv Ramaswan (?) ou Nikki Haley, qui sont tous extrêmement proches d’Israël, tous sionistes. Et l’une des choses qu’ils disent toujours… ils le disent en privé, mais en fait, quand j’ai interviewé Vivc, il l’a laissé échapper… et ce qu’il a dit, c’est « ce vers quoi nous poussons essentiellement les choses aux États-Unis, c’est de faire diminuer leur commerce avec la Chine et de faire augmenter celui qu’ils entretiennent avec l’Inde ». Donc toute cette infiltration indienne a toujours eu pour but de s’immiscer dans les affaires des USA. Je ne pourrais jamais… personne ne peut… leur faire confiance en tant que partenaire. Leur partenariat « avec les BRICS » n’a jamais été qu’un moyen de les rapprocher des USA. Mais le problème, avec les États-Unis, c’est qu’ils ne se laisseront faire que si le Pakistan s’éloigne d’eux. C’est donc une situation assez complexe, voire très complexe.
PEPE : Exactement. Et là, les Indiens ont bien failli avoir une crise cardiaque quand le Pakistan s’est proposé comme médiateur. Ouais, ils ne s’attendaient vraiment pas à ça. Non, vraimentt pas.
Et bien sûr, la Chine et le Pakistan… OUI..
Par exemple, la Chine adorerait faire entrer le Pakistan dans les BRICS et les Russes ne s’y opposeraient pas. Même si les relations entre la Russie et l’Inde sont très étroites, les Russes n’y opposeraient pas leur veto. Pas du tout. Pas plus qu’ils ne l’ont fait à l’OSCE.
La Chine va-t-elle financer le gazoduc reliant directement le Pakistan à l’Iran ? Je sais qu’il n’est pas encore achevé, mais que des discussions sont en cours à son sujet. Oh, c’est… c’est… c’est une de mes histoires préférées depuis des années ! Suleman, au début, c’était l’IPI : IRAN-PAKISTAN-INDE. Ils ont donc opposé leur veto à l’Inde. C’est devenu l’ IP. Les Américains ont alors tout fait pour faire échouer l’IP. C’était à l’époque où ils étaient encore au Pakistan. Maintenant, il y a une forte possibilité… parce que la partie iranienne est déjà construite et que les Pakistanais ont dit : « Écoutez, nous n’avons pas l’argent pour terminer notre tronçon », et que l’autre partie a répondu : « Ça ne fait rien, nous pouvons vous aider. » Voilà où nous en étions il y a peu, puis les Chinois ont examiné les deux côtés et ont dit : « Écoutez, nous pouvons… nous pouvons nous lancer là-dedans. Ça devient l’IPC, et ensuite nous nous fournissons, au Pakistan. Le Pakistan obtient du gaz en provenance de l’Iran, et nous sommes, nous, à la tête d’un itinéraire de plus. » C’est donc tout à fait possible ; sinon, ils trouveront un moyen d’organiser tout cela en contournant les sanctions, en contournant le système SWIFT, en contournant le dollar.
Ouais, ça peut se faire sans pro… et à partir de maintenant, sans problème.… Et bien sûr, pour… la Chine, c’est très très important, si on revient à la fuite de Malacca et à tout ce qui s’y rapporte…
SULEIMAN : Exactement.
Le détroit de MALACCA, en Asie du Sud-Est
Vous savez, ils observentt tout ce qui se passe à Ormuz et y voient comme… comme une préfiguration de ce qui pourrait arriver à Malacca. Exactement, ils savent que les Américains s’attaqueront à Malacca tôt ou tard et ils s’y préparent depuis près de 20 ans. Mais c’est toujours formidable d’avoir un corridor de connectivité supplémentaire, qui soit encore un cordon ombilical.
Pour l’iran, , le Pakistan, et la Chine… Vu que les relations entre l’Iran et le Pakistan sont actuellement… très, très bonnes. Et que le meilleur moyen pour que les marchandises iraniennes parviennent en Chine et vice versa, c’est via le Pakistan…pourquoi pas un gazoduc ? Le seul risque avec le Pakistan, pour moi, c’est qu’il est tellement sous l’emprise du complexe militaro-industriel américain.
Oui, et si ce n’était pas pour ça, je pense que ç’aurait été une décision très facile à prendre, et, oui, c’est de plus en plus facile. Mais, oh oui…. Et notre ami Mounir… Oh, mon Dieu, c’est dur, hein ?
SULEIMAN : Exactement. C’est essentiellement une extension du Pentagone. Je suis tout à fait d’accord..
[…]
SULEIMAN : Oui. Et donc, une autre question que j’ai à vous poser. C’est la dernière… on en a parlé l’autre fois : c’était les six routes commerciales différentes à travers le Pakistan.
Les six routes terrestres vers l’Iran ouvertes par le Pakistan.
[… ???…]
[Oui, les voilà. Mais il est évident qu’il manque ici quelque chose. NdT.]
PEPE : Il y a eu un article hier, et on pourrait dire que je ne parle que du Pakistan, mais c’est parce que vous êtes l’expert en routes commerciales…
Parce que, la deuxième chose, c’est qu’il y a eu un article hier selon lequel le pétrole iranien passerait désormais par les ports pakistanais plutôt que par les ports iraniens. Maman, c’est là que j’ai vu ça, C’est ça.
Alors, donc : dans notre vie professionnelle, nous avons tous des sujets de prédilection. Pour moi, Gwadar a été un sujet de prédilection pendant et depuis des années. Savez-vous pourquoi je n’ai jamais réussi à m’y rendre ? Parce qu’on me disati ttoujours : « Non, c’est trop… sensible pour les étrangers ! C’est trop dangereux, on ne peut pas vous donner de permis ». Je pouvais donc aller dans le nord du Karakorum, mais je n’ai jamais pu aller dans le sud du Karakorum, en passant par le Baloutchistan, jusqu’à Gwadar. Par exemple, au moment du 11 septembre, j’étais tout le temps au Baloutchistan. Sans problème. Mais bien sûr, ces dernières années, je sais que c’est devenu trop compliqué. À cause du Mouvement de libération du Baloutchistan. J’ai interviewé ces gars-là il y a de nombreuses années, Suleiman, vous pouvez le croire ?
GWADAR, un port chinois des nouvelles routes de la soie, dans un Balouchistan désertique et instable
SULEIMAN : Balouchistanlibmovement ! Mouvement de libération du Baloutchista !. BLM. Quest-ce qu-ils vous ont dit ? Comment ça s’est passé ? Hein, qu’est-ce qu’ils ont dit ?
PEPE : Eh bien, ils essayaient de poser aux diplomates, mais au bout d’une quarantaine de minutes, vous voyiez bien quels étaient leurs objectifs, et surtout, à quel point ils étaient infiltrés. Il y avait des agents du MI6 et de la CIA partout. Vous voyez ? Ces types sont très, très dangereux. Et, bien sûr, à Islamabad, on les considère comme tels. Évidemment. Ça, oui.. Tout comme en Chine d’ailleurs. Et en Iran aussi, désolé. Oui. Oui.
Je n’ai donc jamais réussi à me rendre à Gwadar, mais j’ai beaucoup écrit sur l’importance stratégique de ce port pour les Chinois et en tant que point extrême du corridor économique Chine-Pakistan, n’est-ce pas ? Et maintenant, il rempltt son rôle d’une manière complètement différente : aujourd’hui, c’est devenu un port iranien à bien des égards. C’est fascinant, vous savez. Absolument fascinant. Et c’est quelque chose à quoi on ne se serait jamais attendu intuitivement… parce qu’on a toujours pensé que Gwadar seratt un concurrent direct de Chabahar. Ils sont à 80 kilomètres l’un de l’autre !
Écoutez… j’étais à Chabahar l’année dernière, occupé à tourner un documentaire sur le corridor de transport nord-sud, et nous avons un peu parlé de Gwadar. Moi, je leur ai dit : « Vous avez un concurrent de l’autre côté de la frontière, pas très loin d’ici ». Mais eux, ils m’ont répondu : « Oui, mais ce n’est pas grave. Les Chinois utilisent notre eau, mais les Indiens, c’est nous qu’ils utilisent. »
Et puis il s’est passé quelque chose de drôle : en jetant un coup œil au port, j’ai vu… deux pétroliers chinois. J’ai demandé au type : « Les pétroliers chinois viennent ici aussi ? » Et lui m’a répondu : « Euh… non, pas tant que ça. Ils vont généralement à Bandar Abbas, mais certains viennent ici aussi. Ils s’approvisionnent probablement en gaz à Jas, le port J de Karachi, qui n’est pas très loin de Chabahar non plus. Donc maintenant, vous voyez, c’est incroyable… on voit Chabahar devenu presque un port jumeau de Gwadar.
SULEIMAN : Quelle histoire incroyable. Quelle histoire incroyable ! C’est…
Et la transcription s’arrête là.
Et nous, on est désolés du décousu de cette converstaion. Il nous a fallu la réécouter plusieurs fois pour simplement pouvoir noter, minute par minute, qui parlait.
China Belt & Roads Initiative
[ es nouvelles routes de la soie]
URL de cet article :
À suivre, espérons-le, dans de meilleures conditions.





0 Comments